Simon Deli est issu d'une famille nombreuse - sept enfants - d'Abidjan. Il a reçu une éducation stricte : l'école passait avant le sport. Il a obéi à ses parents jusqu'à son brevet, à 14 ou 15 ans. " Je suis rentré à la maison et j'ai annoncé que j'arrêtais l'école. Quel choc ! D'autant que j'étais un bon élève. Mais je voulais réaliser mon rêve. "
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Simon Deli est issu d'une famille nombreuse - sept enfants - d'Abidjan. Il a reçu une éducation stricte : l'école passait avant le sport. Il a obéi à ses parents jusqu'à son brevet, à 14 ou 15 ans. " Je suis rentré à la maison et j'ai annoncé que j'arrêtais l'école. Quel choc ! D'autant que j'étais un bon élève. Mais je voulais réaliser mon rêve. " C'est la faute des journaux. " Didier Drogba, les frères Touré... Leur photo était dans tous les quotidiens. Ils étaient des modèles. Je ne sais pas si je suis entêté mais j'avais du mal à satisfaire tout le monde : l'école, mes parents, mon entourage. Un oncle m'a emmené à Bingerville. Il voulait m'inscrire dans un sport-études mais je trouvais l'inscription trop chère. J'étais trop âgé pour payer afin de jouer. Au contraire, il fallait me payer pour que je puisse aider ma famille. Nous sommes partis. " Il a passé des tests chez Africa Sports. Des entraîneurs italiens l'ont repéré. " Mon oncle m'a emmené sur un marché à Abidjan pour m'acheter des chaussures de sport car jusque là, j'avais joué pieds nus. C'était une paire de Nike. Je n'étais pas un défenseur. J'étais un bon technicien, grand mais pas large. On m'appelait Rivaldo. Un jour, un costaud m'a fauché. Je suis mal retombé et pouvais à peine bouger. Je suis resté allongé pendant des semaines. C'est à ce moment que j'ai décidé de devenir défenseur. Pas pour prendre ma revanche mais pour être plus costaud dans les duels, même si je préfère la relance. Je suis fan du Barça, de l'Ajax, des équipes qui construisent depuis l'arrière. " De Rivaldo, il est devenu... Materazzi. " Un grand frère qui jouait souvent à la PlayStation m'a comparé à lui car nous sommes tous les deux grands et gauchers. Pourtant, nous n'avons pas le même style. " En 2012, Deli passe un test au Sparta Prague. " En décembre... J'ai découvert la neige, le froid. Mes pieds étaient gelés. Je ne parlais pas un mot d'anglais et le français ne me servait à rien là-bas. J'ai appris à me tirer d'affaire. " Il y est devenu un homme mais son transfert ne s'est pas fait immédiatement, les clubs n'étant pas d'accord. Une équipe tunisienne le briguait et son club avait reçu une invitation de l'Olympique Marseille. Pour un test. " Pas de contrat mais ça a tout compliqué et j'ai perdu du temps. Je n'ai signé mon premier contrat en Europe qu'en 2013. Pour trois saisons. Toutefois, le Sparta a patienté et sa confiance m'a touché. " Il n'a pas joué une minute en Première. Deli a appris la langue, s'est livré à fond à l'entraînement mais le coach ne l'aimait pas. Comble de malheur, il s'est blessé au ménisque en équipe B. L'opération n'a pas été une réussite et son retour s'est fait attendre. L'entraîneur l'a ensuite convoqué deux fois. Sans se déplacer au rendez-vous. C'en était trop : Deli a chargé son agent de trouver un club qui accepte de le louer. Il s'est retrouvé à Budejovice, un club de D2 avec lequel il a été promu mais le Sparta a refusé de le céder définitivement. Deli a alors mis le cap sur le France. En vain, puisqu'il était toujours lié au Sparta. Il y est retourné pour s'entraîner seul, avec le préparateur physique. " Ce fut le pire moment de ma carrière. Je passais mon temps à courir, seul. Le préparateur a eu pitié de moi au bout de deux semaines. Il m'a conseillé de tirer un trait sur l'aventure mais j'ai répondu que je courrais six mois s'il le fallait. Le président a tenté d'influencer l'entraîneur, en vain. Du racisme ? Je ne pense pas mais il préférait aligner de jeunes Tchèques. " Il a touché le fond mais à partir de 2015, il a rebondi et a grimpé les échelons. Il a été loué au FK Pribram. " L'entraîneur m'a demandé si je voulais tenter ma chance dans l'entrejeu et m'a conseillé de profiter de l'occasion. Ça m'a fait rire, après tout ce qui m'était arrivé, ça n'allait pas être difficile ! " Quelques semaines plus tard, le Slavia Prague l'a enrôlé. " La Tchéquie m'a rebaptisé : j'étais le nouveau YayaTouré, puisque je jouais dans l'entrejeu." C'était le début d'une période comblée de succès, nationaux et en coupe d'Europe. " J'ai vraiment tout vécu avec ce club. Il luttait contre la relégation à mon arrivée mais il s'est ressaisi et est devenu invincible. La saison passée, j'ai été capitaine contre Chelsea. Je ne l'oublierai jamais. En l'espace de deux ans, je suis devenu une légende là-bas. Chaque fois que j'enfilais ce maillot, j'avais l'impression de devenir un autre homme, même si ma condition avait pâti de plusieurs blessures." L'une d'elles, mal soignée, lui a valu de nombreux problèmes. " Mais Marc Wilmots, un entraîneur fantastique, m'a convoqué pour le match de qualification pour le Mondial contre le Maroc. Après la première séance, j'ai senti quelque chose au genou. J'ai cru que c'était dû au voyage ou au terrain mais le problème a persisté. Mon genou gonflait. Je me suis reposé le jeudi, on m'a fait une infiltration le vendredi et l'entraîneur m'a demandé si je voulais jouer à l'arrière gauche car les autres ne se sentaient pas bien. J'ai accepté, même si c'était une position inhabituelle et que j'étais blessé. Mais je voulais aller en Russie. " Tout a dérapé. La Côte d'Ivoire était menée 2-0 au repos, la blessure de Deli a empiré et il est resté au vestiaire. À l'issue du match, comme d'habitude, il est allé prier à l'église. Mal lui en a pris. " Deli échappe au lynchage ", écrit un journal. Le prêtre a dû venir à la rescousse. " C'est un peu exagéré. C'était tout près de l'endroit où j'ai grandi. Quelques jeunes m'ont demandé pourquoi j'avais accepté de jouer à ce poste, où j'avais été mauvais. Je lui ai dit que je le referais, pour mon pays et la discussion s'est envenimée mais de là à parler de lynchage... Ils ne m'ont pas agressé. Mais de fait, le prêtre est intervenu pour apaiser les esprits. " À son retour, le Slavia a voulu qu'il se fasse réopérer mais Deli a refusé, pensant guérir spontanément. Il a eu du mal à retrouver sa place, le nouvel entraîneur ayant amené ses propres joueurs. " Mais rien ne peut arrêter un battant. J'ai récupéré ma place. L'entraîneur m'a dit, un jour : -Tu es un monsieur. Ça m'a touché. Je suis fier de notre saison. Nous avions du talent et nous formions une bande soudée. On l'a vu à Genk. Nous avons fait match nul à domicile puis nous avons été menés à Genk, suite à un but gag, mais nous nous sommes surpassés face à une excellente équipe. Au tour suivant, nous avons éliminé Séville, le spécialiste de l'Europa league. Nous sommes allés dans le rouge, physiquement et mentalement, mais nous avons réussi parce que nous savions ce que nous voulions : nous montrer au monde entier. C'est ça, le football : on a toujours une chance. Le Dynamo Kiev nous avait éliminés de la Ligue des Champions. Je vais le retrouver avec Bruges. Je vous le dis : je ne me laisserai pas éliminer deux fois de suite. Pas question ! "