"On connaît bien les Russes parce qu'on a joué contre eux en qualifications, mais ils nous connaissent bien aussi (...) On va jouer à l'extérieur, on sait que ça va être dur (...) Les grandes équipes ont souvent du mal dans leur premier match à un tournoi, on a vu ça avec nous contre l'Algérie à la Coupe du monde, contre l'Italie à l'EURO en France." Et d'autres mises en garde sur le même thème.
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"On connaît bien les Russes parce qu'on a joué contre eux en qualifications, mais ils nous connaissent bien aussi (...) On va jouer à l'extérieur, on sait que ça va être dur (...) Les grandes équipes ont souvent du mal dans leur premier match à un tournoi, on a vu ça avec nous contre l'Algérie à la Coupe du monde, contre l'Italie à l'EURO en France." Et d'autres mises en garde sur le même thème. C'est Thibaut Courtois qui s'exprime, un peu plus de 24 heures avant notre entrée dans cet EURO. Il est prudent, mesuré. À l'entendre, les Russes, c'est du solide. Et puis, ils risquent d'en avoir plein le réservoir. Les sceptiques n'ont pas oublié le départ de cette équipe dans sa Coupe du monde 2018. Un départ canon. D'abord une victoire 5-0 contre l'Arabie Saoudite. Puis une autre contre l'Égypte (3-1). Avec des joueurs qui volaient. Bourrés d'adrénaline, d'énergie, de tout ce qu'il faut. Sur ces deux premiers matches, les Russes sont ceux qui ont parcouru le plus de kilomètres. Directement, des soupçons de dopage sont apparus. Un journal anglais a expliqué que la FIFA avait refusé de communiquer le nombre de contrôles subis par les internationaux russes. Le médecin de l'équipe en a pris plein la tronche et s'est justifié. Maladroitement. Et si, trois ans plus tard, ils nous refaisaient le coup? Et s'ils nous prenaient à la gorge? "On a déjà gagné contre eux sur leur terrain, on est prêts", lance encore Thibaut Courtois à J-1. "On entend qu'on a une équipe qui commence à être vieille, moi je dis que beaucoup de joueurs ont l'âge parfait pour gagner un tournoi. On ne doit pas déjà se voir en juillet, mais on doit y croire. On ne pourra pas être contents si on se fait éliminer en quart ou en demi." En temps "normal", dans un tournoi "normal", Thibaut Courtois nous aurait confié tout ça dans le stade où il devait se produire le lendemain. C'est une règle vieille comme le temps. Chaque veille de match d'EURO ou de Coupe du monde, les deux coaches et un joueur de chaque équipe répondent aux questions de la presse dans une salle du stade concerné. Et dans la foulée, les deux équipes s'entraînent sur la pelouse où ils se produiront le lendemain. Mais ici, justement, il y a exception. Une exception historique. Le vendredi soir, Roberto Martínez et Thibaut Courtois ne sont pas à la Gazprom Arena où Russie-Belgique aura lieu le lendemain. Un des plus beaux stades d'Europe. Ils sont calés dans un local du stade Petrovski. L'ancien stade du Zenit Saint-Pétersbourg. Certains lui trouvent du charme parce qu'il a une âme. Il nous fait penser à l'ancien stade olympique de Munich ou à l'ex de Schalke 04. Mais il est vieillot. Les séances de questions-réponses avec Martínez et Courtois se font par vidéo, c'est une généralité dans cet EURO particulier. Mais il n'y a pas de wifi. Certains se rabattent sur la 4G, qui coûte une blinde en Russie. La connexion est mauvaise, des intervenants ont du mal à se faire comprendre. C'est un peu compliqué comme point presse. Comment l'UEFA accepte-t-elle que les deux équipes qui vont jouer dans un stade le lendemain soient éjectées ailleurs pour le dernier entraînement? Sans possibilité de prendre leurs repères. Les Russes font aussi leur ultime galop au Petrovski, mais au moins, ils connaissent très bien la Gazprom Arena. Faut-il y voir une manoeuvre d'intimidation de la Fédération russe? Officiellement, cet entraînement à J-1 est délocalisé pour épargner la pelouse du match du lendemain. Ouais. Surtout, on y voit un nouvel avantage donné aux Russes, déjà favorisés par deux matches à domicile au premier tour. Quelques jours plus tôt, à Tubize, Thorgan Hazard a rassuré: "On l'aime bien, ce stade. On y a déjà fait des gros trucs avec les Diables et j'y ai aussi des bons souvenirs d'un match gagné contre le Zenit en Ligue des Champions avec Dortmund." Des gros trucs, oui, comme la victoire contre l'Angleterre dans la petite finale du Mondial 2018. Mais c'est aussi sur cette pelouse que les Belges ont été éliminés par les Français. Thibaut Courtois, Thorgan Hazard et d'autres Diables qui se sont exprimés depuis le début du rassemblement ne fanfaronnent pas. Aucun n'a dit: "Cet EURO est pour nous." Mais tout le monde croit clairement qu'il est possible d'aller au bout. Impossible à confirmer après le match contre une Russie amorphe et sans inspiration. Probablement encore impossible à confirmer après le match de ce jeudi contre des Danois perturbés par l'affaire Christian Eriksen. Et toujours pas possible à valider après le duel avec les Finlandais. Ces matches de poules ne doivent être qu'une formalité. C'est juste après qu'on y verra plus clair. À Saint-Pétersbourg, on s'est intéressé à l'absence d'un local de l'étape, Axel Witsel, et à la façon dont son indisponibilité contre les Russes y a été perçue. On a questionné des gens sur place. Et entendu l'une ou l'autre analyse étonnante. Comme celle-ci: "La Belgique est plus forte sans lui!" C'est prononcé par un journaliste d'un site sportif, Ivan Zhidkov. Très vite, on comprend qu'il sait tout sur le foot dans cette ville et qu'il est aussi très bien renseigné sur les Diables. "Quand on a entendu qu'il était repris pour l'EURO, on a été surpris parce qu'on pensait que son opération ne lui laissait aucune chance. Alors, quand on a su qu'il était dans le noyau, on s'est dit qu'on allait le revoir ici dès le premier match. Il n'est pas là, mais j'estime que ce n'est pas une grosse perte pour l'équipe belge. Youri Tielemans-Leander Dendoncker, c'est un duo parfait. C'est plus robuste, plus consistant qu'avec Witsel. Il est excellent pour contrôler le tempo, conduire le jeu. Mais pas assez explosif vers l'avant. Vous avez des défenseurs centraux qui ne sont plus très jeunes, alors il vous faut du solide devant eux. Tielemans-Dendoncker, c'est nickel. Tielemans est plus pratique et pragmatique dans cette zone. J'imagine bien Witsel dans l'équipe en phase de poules, mais plus nécessairement en phase d'élimination directe quand il faut être plus audacieux pour gagner les matches. Il a été un joueur exceptionnel pour le championnat de Russie, mais quand le niveau montait, dans les matches de Ligue des Champions, il avait parfois du mal. Franchement, l'absence de Kevin De Bruyne est bien plus préoccupante pour vous." Ce reporter en profite pour prendre des nouvelles de Nicolas Lombaerts, qu'il a longtemps côtoyé. "On continue à parler de lui ici, il a laissé une trace indélébile dans l'histoire du Zenit. Ici, tout le monde le considère comme un gars parfait. Je l'ai revu quand le Zenit a joué à Bruges en Ligue des Champions, on a discuté, il m'a dit qu'il avait commencé la formation d'entraîneur et que ça ne lui déplairait pas de se retrouver dans le staff du Zenit. Je suis persuadé que si le message arrive à la direction, il y aura vite une place pour lui." Et il embraie avec un avis plus général sur les Diables: "Les Russes vous considèrent comme les grands favoris de l'EURO, sur le même pied que la France. En 2018, j'avais prévu votre victoire contre le Brésil et votre élimination contre la France. Parce que vous étiez plus disciplinés et organisés que les Brésiliens, mais moins que les Français. Vous aviez quelques joueurs importants qui manquaient encore un peu de vécu. Aujourd'hui, après ce que les Belges ont fait à la Coupe du monde, le vécu est clairement là. Et on vous trouve plus forts. Si vous récupérez à temps un Kevin De Bruyne et un Eden Hazard au top, vous pouvez le faire." Les Diables ont donc fait le taf tranquillement dans leur rendez-vous avec les Russes. Le déroulé du match ne doit pas avoir vraiment surpris le sélectionneur, Stanislav Cherchesov. En preview, il avait expliqué qu'on avait beau chercher une solution pour empêcher Romelu Lukaku d'être efficace, que c'était de toute façon peine perdue. Bien vu. Champion d'Italie, meilleur joueur de Serie A, meilleur buteur de cet EURO à la fin du premier week-end, Big Rom vise secrètement un nouveau trophée pour couronner son année folle: celui de meilleur réalisateur d'un championnat d'Europe. Pour inscrire son nom, au palmarès, à côté de Gerd Müller, Michel Platini, Marco van Basten, Alan Shearer, Patrick Kluivert, Mario Mandzukic, Cristiano Ronaldo, Fernando Torres, Mario Balotelli, Antoine Griezmann,... Lukaku avait marqué deux buts contre l'Irlande à l'EURO 2016, il en est maintenant à un total de quatre en phase finale de cette compétition. Il ne lui en faut plus que deux pour grimper à la quatrième place du classement des meilleurs buteurs à l'EURO, au même niveau que Zlatan Ibrahimovic, Thierry Henry et Wayne Rooney notamment. Avec la forme qu'il tient et le niveau de nos deux prochains adversaires, c'est tout à fait envisageable. Il pourra alors s'attaquer au top 3 de tous les temps: Michel Platini, Cristiano Ronaldo, Alan Shearer. On a été étonné au moment où le panneau marquoir a affiché l'assistance: moins de 27.000 personnes. La Gazprom Arena en configuration Covid peut pourtant accueillir à 50% de sa capacité, soit 34.000 spectateurs. Comme si le niveau actuel des Russes avait découragé les gens de se déplacer. Étonnant: parmi les fans, on en a vu plusieurs portant le fameux maillot frappé des lettres CCCP. Des nostalgiques de la grande URSS. Un moment important de cette soirée a été celui où une ola a été organisée. Initiée par les 600 supporters belges, calés près d'un virage. On n'avait plus vu ça dans un stade de foot depuis près d'un an et demi. Entre-temps, on a pas mal parlé des sifflets russes quand les Diables, juste avant le coup d'envoi, se sont agenouillés pour combattre le racisme. Les joueurs locaux sont restés debout, dans ce vacarme. Par contre, les supporters russes ont eu des applaudissements pour nous: quand Eden Hazard est monté au jeu. Clairement, ses exploits, notamment dans ce stade, lors de la dernière Coupe du monde, n'ont pas été oubliés. "On trouve, ici, que le meilleur joueur du Mondial, c'était lui", nous dit un journaliste russe. "Le gros avantage de Luka Modric, c'est que la Croatie est allée en finale. Ça a fait pencher la balance. Je ne suis vraiment pas étonné que le stade ait applaudi Hazard quand il est monté sur le terrain. Quand on a appris qu'il ne jouerait probablement pas contre nous, il y a eu deux genres de réactions: ceux qui se réjouissaient de ne pas l'avoir en face, et ceux qui trouvaient dommage que la Russie ne puisse pas le voir à l'oeuvre une nouvelle fois. Il fascine chez nous. Ses problèmes au Real ont été régulièrement évoqués dans nos médias." Pour le troisième match, la Russie devrait donc revoir Eden Hazard avec plus de temps de jeu. Mais aussi Axel Witsel et Kevin De Bruyne. Si les Diables sont déjà qualifiés, Roberto Martínez pourrait être tenté d'aligner une équipe B. C'est ce qu'il avait fait lors du troisième match de groupe à la Coupe du monde. Alors qu'il y avait l'Angleterre en face, il n'avait pas donné une seule minute de jeu à Eden Hazard, Romelu Lukaku, Axel Witsel, Kevin De Bruyne et Yannick Carrasco. Il voulait les laisser souffler pour les rendez-vous suivants. Mais c'est différent dans la situation actuelle, vu que certains piliers sont en manque de temps de jeu.