Marc Degryse dit qu'il n'a jamais vu un Anderlecht aussi mauvais. Il exagère ou il a malheureusement raison ?

Je ne vais pas te dire que ce n'est pas le plus mauvais Anderlecht... Si on prend les vingt dernières années, il y a eu plusieurs périodes creuses. Mais là, ils se sont qualifiés pour les play-offs par la toute petite porte, ça veut tout dire. Au niveau des résultats, c'est l'année la plus catastrophique depuis une éternité. Mais à côté de ça, il y a la manière. Quand tu aimes le foot, quand tu aimes Anderlecht, tu ne peux pas être content au moment où tu quittes le stade.

Je ne critique rien ni personne, je constate simplement. Le club paie aujourd'hui un recrutement qui a été mauvais pendant plusieurs années. Les dirigeants disent qu'ils ne savent plus concurrencer les plus grands clubs, mais alors il faut pouvoir activer des filières différentes. Ce n'est plus assez pointilleux. Je ne dirais même pas que beaucoup de transferts n'ont pas l'ADN d'Anderlecht, je dirais carrément qu'ils n'ont pas assez de qualités pour porter ce maillot.

Toi, comme tout le monde, tu espérais autre chose, et plus vite, avec la nouvelle direction ?

Je n'espérais rien... Aujourd'hui, Marc Coucke paie clairement pour ce qui a été fait avant son arrivée. Il faut toujours un peu de temps pour reconstruire un club, sauf si tu as un nouveau patron milliardaire qui décide d'injecter des fortunes comme au Paris Saint-Germain. Si Coucke était aussi dépensier que les Qataris, ça se saurait. Il a une autre approche, mais pour que ça marche, il faut des gens compétents, une organisation, un travail en profondeur, une présence dans tous les stades,... Et tout ça prend du temps.

Anderlecht a rapatrié Pär Zetterberg. Pourquoi ils n'ont pas pensé à toi ? Ils se sont peut-être dit, comme on l'entendait il y a x années, que Zetterberg et Scifo ne pouvaient pas être dans la même équipe ?...

J'étais sûr que tu allais me poser cette question ! No comment... Maintenant, peut-être qu'ils ont raisonné comme ça, oui c'est possible. Mais quand on était tous les deux joueurs à Anderlecht, on a quand même fini par prouver qu'on pouvait très bien fonctionner ensemble, Zetterberg et moi.

On approche doucement de l'EURO Espoirs, en juin. Tu aurais pu être sur le banc là-bas, en Italie en plus. Depuis la qualification des Belges, tu regrettes vraiment d'avoir quitté le poste par solidarité avec Marc Wilmots qui s'était fait virer de la Fédération ?

Si j'ai un regret, c'est de ne plus faire un boulot qui me plaisait vraiment. Tout se passait bien, les résultats suivaient, on était en course pour aller à l'EURO 2017. Mais j'ai simplement voulu rester fidèle à mes principes, être moi-même. Quand j'étais joueur, si l'entraîneur de mon club se faisait virer, je trouvais illogique que son staff reste en place. J'ai toujours dit que si j'étais un jour adjoint, et si le T1 se faisait mettre dehors, je partirais avec lui, sauf si on était en désaccord. À la Fédération, je me retrouvais un peu dans le rôle d'un adjoint de Wilmots parce qu'on faisait plein de choses ensemble, il m'impliquait beaucoup. Donc, ça me semblait normal de quitter mon poste à partir du moment où la Fédération l'éjectait. Et cette décision, je ne la regrette absolument pas. On a dit tout et n'importe quoi à l'époque, j'ai entendu que j'étais parti de moi-même parce que j'allais moi aussi me faire virer. Vraiment, n'importe quoi.

À partir du moment où il n'y a pas de bon club qui te fait une proposition pour entraîner, tu ne devrais pas définitivement te profiler dans un autre rôle ? Il n'y a pas des profils qui te tentent plus que d'autres ?

J'espère que je pourrai à nouveau entraîner, un jour ou l'autre. L'envie est toujours là, elle est présente depuis le premier jour où j'ai commencé le métier à Charleroi. Parfois, j'ai des moments de frustration par rapport à ce job, mais la flamme peut se rallumer du jour au lendemain. Un autre rôle ? Je n'en sais rien, on ne m'a jamais rien proposé. En tout cas, il y a une chose qui est sûre : le jour où me proposera quelque chose, j'aurai envie de bouffer tout ce qu'il y aura devant moi.

Par Pierre Danvoye