Ça va faire trois ans. En novembre 2017, Albert Sambi Lokonga croisait, les yeux dans les yeux, Jérôme Boateng, Arturo Vidal, Thiago, Arjen Robben, Robert Lewandowski et les autres extraterrestres du Bayern dans le couloir des vestiaires à Anderlecht. "Ça m'a fait bizarre d'être avec des gars que je prenais dans mon équipe sur PlayStation." Il venait d'avoir 18 ans. Et il n'avait pas encore joué un seul match officiel avec les Mauves. Ce soir-là, la Belgique du foot apprenait que Paul-José Mpoku avait un petit frère à Bruxelles. Deux frères, deux noms de famille différents. Comme chez Michy Batshuayi et Aaron Leya Iseka. "C'est parce que Polo est né au Congo et moi en Belgique, je crois. On lui a donné le nom d'un de mes grands-pères, moi j'ai celui de mon père."
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Ça va faire trois ans. En novembre 2017, Albert Sambi Lokonga croisait, les yeux dans les yeux, Jérôme Boateng, Arturo Vidal, Thiago, Arjen Robben, Robert Lewandowski et les autres extraterrestres du Bayern dans le couloir des vestiaires à Anderlecht. "Ça m'a fait bizarre d'être avec des gars que je prenais dans mon équipe sur PlayStation." Il venait d'avoir 18 ans. Et il n'avait pas encore joué un seul match officiel avec les Mauves. Ce soir-là, la Belgique du foot apprenait que Paul-José Mpoku avait un petit frère à Bruxelles. Deux frères, deux noms de famille différents. Comme chez Michy Batshuayi et Aaron Leya Iseka. "C'est parce que Polo est né au Congo et moi en Belgique, je crois. On lui a donné le nom d'un de mes grands-pères, moi j'ai celui de mon père." Mille bons jours plus tard, il facture une petite cinquantaine de matches en équipe A. Ça aurait pu/dû être plus, mais une sale blessure, une rupture des croisés, est passée par là. Après la galère, le sourire, vraie marque de fabrique chez lui, est revenu. Albert Sambi Lokonga est un titulaire de Vincent Kompany et une des plus belles pépites du club. Dis-nous tout, Sambi! Avec une cinquantaine de matches en équipe première à 21 ans, tu es en avance sur ton planning? ALBERT SAMBI LOKONGA: En avance, je ne dirais pas. Mais pas en retard non plus. On va dire que je suis dans les temps. Je suis bien... Je suis content de ce que j'ai fait. J'ai perdu du temps avec mon opération et la rééducation, mais je vois le côté positif: ça m'a rendu plus fort. Mentalement, je suis plus costaud qu'avant. Et physiquement aussi. Parce que j'ai profité de tous ces mois chez les kinés pour travailler sur des petites faiblesses de mon corps. Par exemple, j'avais un souci régulier aux adducteurs, on a remédié à ça. Je me suis plongé à fond dans ma rééducation. Je logeais dans un hôtel à Anvers, à deux minutes du cabinet de Lieven Maesschalk, ça m'évitait de faire la route et de me disperser. Sans déprimer? SAMBI LOKONGA: Quand on te dit que tu dois te faire opérer des croisés, tu prends un coup terrible. Parce que tu sais que ça va être très long. J'ai ramé pendant une semaine. Mais dès le lendemain de l'opération, j'ai vu que j'avançais. Très lentement, mais je progressais, étape par étape. Et puis je voyais là aussi les côtés positifs. Il me restait des années de contrat, ça me rassurait, je ne vais pas le cacher. J'avais quand même une sécurité financière derrière. J'ai un pote qui a eu la même blessure alors qu'il était en fin de contrat, c'était autre chose. Tu ne sais pas si le club va encore compter sur toi, dans un cas pareil. Moi, non seulement j'avais cette garantie, et en plus, on me disait de prendre mon temps pour revenir. Je n'ai jamais ressenti de pression. Quand ils te disent qu'ils t'attendent et que la place, entre guillemets, est réservée pour toi, ça te booste. Seul à l'hôtel alors que tu n'avais quand même pas des séances du matin au soir... Qu'est-ce que tu faisais d'autre pour ne pas tomber en dépression? SAMBI LOKONGA: J'ai regardé un paquet de films, et surtout, j'ai passé un temps fou à lire la Bible. Je suis quelqu'un de très croyant. C'est dans la famille. On a grandi avec ça. On a toujours partagé des moments ensemble en lisant la Bible. Je suis dedans presque tous les jours. Je prends beaucoup de notes, j'essaie de comprendre des messages, je médite. Ça m'apporte beaucoup. Qu'est-ce que ça t'apporte concrètement dans le foot? SAMBI LOKONGA: D'abord une grande confiance en moi. Je ne doute jamais et je me dis toujours qu'après la pluie, le beau temps reviendra. Il peut m'arriver quelque chose de mauvais, je suis toujours convaincu que ça ira mieux derrière. Et ça, ça vient de la Bible. Elle me rend plus fort, conscient de mes qualités. Tous les bienfaits qu'elle m'apporte... Je pourrais t'en parler pendant des heures. C'est vrai qu'à Verviers, on te surnomme Mister Cool? SAMBI LOKONGA: Oui, c'est vrai. Et pourquoi je ne serais pas cool? Je suis en bonne santé et je joue au foot, qu'est-ce que je pourrais demander d'autre? Il paraît qu'un jour, avant un match contre le Standard, tu étais aussi zen que si tu préparais à jouer un match d'entraînement. SAMBI LOKONGA: Mais dis-moi pourquoi ça ne devrait pas être comme ça... Je fais le truc pour lequel je suis le plus doué, ça ne serait pas logique d'avoir peur dans la chose où je me sens le plus à l'aise... Je n'ai pas beaucoup de stress, ça c'est bien vrai. Il y a quand même une pression, les enjeux financiers, le risque de faire une erreur fatale. Ça ne te traverse même pas l'esprit avant un gros match? SAMBI LOKONGA: Je sais que ça peut arriver, je me dis que ça fait partie du jeu et que tout ce qui est aspect financier, c'est plus le problème du club que celui des joueurs. Ton frère dit que tu as la température à zéro! SAMBI LOKONGA: Tu vois bien. (Il éclate de rire). On me connaît comme ça. Albert, on peut lui rapporter n'importe quelle situation, il sera toujours calme, sous contrôle. Polo est un peu insouciant aussi, mais si tu le compares à moi, il montre plus ses émotions. Moi, je garde tout pour moi. Vous êtes tous les deux restés fort attachés à Verviers, tu as demandé le numéro 48 parce qu'il rappelle son code postal, 4800. Pourtant, ce n'est quand même pas la ville qui a la meilleure réputation. SAMBI LOKONGA: J'ai grandi là-bas, mon foot vient de là-bas, c'est à jamais dans mon sang. J'ai encore plein d'amis à Verviers, mes parents y habitent toujours. C'est normal que je sois resté attaché. Mais quand tu lis que c'est un repaire de djihadistes, de terroristes,... SAMBI LOKONGA: Ça ne me touche pas. Il y a des bons et des mauvais partout. J'ai côtoyé des gars qui ont fait des conneries, qui ont dérapé. C'est normal quand tu grandis dans un quartier. Je ne dis pas que c'était le Bronx, mais c'était un quartier quand même. À dix ans, tu es parti à Anderlecht. Alors que ça aurait été beaucoup plus simple de rejoindre ton frère au Standard. SAMBI LOKONGA: Anderlecht est venu avec un projet scolaire, ça a directement interpellé mes parents. C'est ça qui a fait pencher la balance. Et puis mon père estimait que c'était mieux comme ça. Parce que quand il y a deux frères dans un même club, on fait directement des comparaisons. Et s'il y en a un qui a des problèmes, le club pourrait essayer de passer sa rage sur l'autre. Mais vous êtes très "famille". Ça n'a pas dû être simple de te retrouver tout seul à cet âge-là? SAMBI LOKONGA: Pendant deux ans, j'ai fait les navettes pour venir aux entraînements et aux matches. Puis j'ai alterné internat, familles d'accueil, une maison avec d'autres joueurs, et maintenant je vis seul. J'ai eu des moments difficiles au début, quand j'étais à l'internat. Le plus dur, c'était quand je ne jouais pas le week-end. Dans ces moments-là, je me demandais si ça valait bien la peine de rester. Quelques fois, j'ai failli rentrer à Verviers. Eupen, qu'est-ce que ça évoque pour toi? SAMBI LOKONGA: Beaucoup de choses, des caps symboliques dans ma carrière. C'est contre Eupen que j'ai joué mon premier match en D1, c'est contre eux que j'ai marqué mon tout premier but avec les pros, il y a quelques semaines. Et puis, pendant les deux ans où je faisais les navettes entre Verviers et Anderlecht, il m'arrivait de m'entraîner à Eupen deux ou trois fois par semaine, ça m'évitait des kilomètres. Tu as dû attendre ton quarante-cinquième match pro pour enfin marquer un but. Tu as ressenti la fin d'une grosse frustration ce jour-là? Tu t'es dit que tu allais enfin vivre? SAMBI LOKONGA: Je dois dire que ça m'a fait du bien parce qu'il y avait de plus en plus de gens qui m'en parlaient, qui me demandaient quand j'allais enfin mettre un goal, on me charriait. Comment tu vivais cette accumulation de matches sans y arriver? SAMBI LOKONGA: Je ne me suis jamais pris la tête. Pas mon style, hein... Je me disais que ça allait venir tôt ou tard. J'accumulais les matches, donc c'était inévitable. Pour toi, quelles sont les stats idéales à ton poste? SAMBI LOKONGA: D'abord, il faut voir de quel poste tu parles... 6? 8? 10? Ces derniers temps, on a réalisé que j'étais plus fort en 6 qu'en 8. Et c'est vrai que ça me convient. Parce que je peux avoir un plus gros impact. Il y a plus de ballons qui passent par moi. J'ai déjà joué en 10, mais là j'ai un adversaire qui me suit partout et c'est plus difficile d'avoir des ballons. Alors, si on part du principe que je suis fixe au 6, j'aimerais bien arriver à quelque chose comme cinq buts et une dizaine d'assists par saison. C'est peut-être beaucoup, mais on a l'habitude de viser haut... Si je pouvais avoir le même rendement, en chiffres, que Samuel Bastien par exemple, ce serait magnifique. Maintenant, je ne pense pas qu'on doive trop se focaliser sur les chiffres. Je sais que c'est une tendance forte dans le foot moderne, mais moi j'ai toujours été un amoureux du beau jeu et je préfère jouer un match plein sans marquer que mettre un but et ne pas être bien dans mon match. Jérémy Doku n'avait pas des stats dingues non plus avec Anderlecht, mais ça ne l'a pas empêché de se retrouver en Ligue 1. Ça t'inspire et ça te donne envie? SAMBI LOKONGA: Il y a des bons clubs en Ligue 1, mais si j'ai le choix, ce n'est pas là-bas que j'irai. Et avec les qualités qu'il a, je serais déçu si Doku s'arrêtait à Rennes. Parce qu'il est assez fort pour aller beaucoup plus haut.