Aucun joueur de Saint-Trond ne connaît mieux le club que Yohan Boli, qui en est à sa quatrième saison au Stayen. À 25 ans, c'est littéralement devenu sa deuxième maison. Certains jours, il reste si tard au centre d'entraînement que certains affirment qu'il n'a pas payé le loyer de son appartement.
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Aucun joueur de Saint-Trond ne connaît mieux le club que Yohan Boli, qui en est à sa quatrième saison au Stayen. À 25 ans, c'est littéralement devenu sa deuxième maison. Certains jours, il reste si tard au centre d'entraînement que certains affirment qu'il n'a pas payé le loyer de son appartement. " Après autant d'années, ça me ferait bizarre de partir ", dit Yohan Boli, la gorge nouée. " J'ai vu passer pas mal d'entraîneurs, de joueurs et de membres du personnel mais je suis encore là. J'aurais pu m'en aller l'hiver dernier mais je n'avais pas la tête à ça. Je ne veux pas partir comme un voleur. " Saint-Trond perdrait alors son DJ et son boute-en-train. Boli est du genre à contaminer le vestiaire d'un sourire. " Les gens qui ne me connaissent pas me trouvent arrogant alors que mes proches se disent que, si je ne souris pas, c'est que j'ai un problème. Bizarre, non ? En fait, je me lève et je vais dormir avec le sourire. Et j'aime mettre l'ambiance. Si Jordan Botaka et moi ne foutions pas autant le bordel dans le vestiaire, ce serait calme. Marc Brys le dit aussi. Vous savez pourquoi ? Beaucoup de joueurs ont les yeux rivés sur leur smartphone. Je trouve ça dommage. L'entraîneur devrait peut-être les interdire dans le vestiaire, comme c'est déjà le cas dans les salles de kiné et de fitness. " Les gens qui te connaissent disent que tu es un peu fou sur le terrain et très sympa dans la vie de tous les jours. YOHAN BOLI : Il en faut vraiment beaucoup pour m'énerver mais, sur le terrain, je suis différent. Je peux m'exciter sur l'arbitre pour un rien et ça m'a déjà valu un paquet de cartes jaunes. Heureusement, au fil des années, je me suis calmé. Je supporte beaucoup de choses. Si un défenseur me marche sur les pieds pendant tout le match, à la fin, je lui rentre dedans ou je lui serre la main. La confiance joue un grand rôle pour un attaquant. Au cours des quatorze premiers matches de la saison, tu n'as inscrit que deux buts. Le public t'a même parfois sifflé. Par après, tout rentrait... BOLI : Je peux comprendre les réactions des supporters. Ils n'ont que faire d'un attaquant qui marque, en moyenne, une fois par mois. Tout le monde - les entraîneurs, mes équipiers et ma famille - m'a conseillé de rester calme, on me disait que ça allait venir. Ça semble bizarre mais j'aime la concurrence. Plus il y en a, mieux c'est. Quand je n'en ai pas, je suis différent. Lorsque le club a engagé Duckens Nazon, Paul Gladon et Mohamed Buya ça ne m'a rien fait. Tu n'as pas eu un coup au moral ? Tu n'as jamais été sur le point de craquer ? BOLI : Non car le staff technique ne m'a jamais laissé tomber. Je pense que Brys savait que j'étais capable d'inscrire beaucoup de buts. Un jour, avant un match, il m'a pris à part pour me dire de ne pas tenir compte des coups de sifflet des supporters ni de ce qu'on écrivait à mon sujet. Il prenait la responsabilité de tout et il allait continuer à m'aligner. Ses mots m'ont donné la force de continuer. Le plus difficile, c'était le soir, quand je rentrais à la maison. J'analysais mes matches et je regardais des dizaines de fois mes ratés, pour savoir où j'avais failli.Ta relation à Saint-Trond est particulière. Au cours des dernières années, tu n'as jamais été titulaire indiscutable et tu n'étais pas populaire auprès des fans. Mais depuis le départ de Sascha Kotysch, tu es le joueur le plus ancien du noyau actuel. BOLI : On m'appelle déjà la nouveau Peter Delorge (il grimace). Au cours de ma première saison, les gens doutaient pourtant de moi. Les joueurs ne comptaient pas sur un joueur de D3 et, quelques semaines après mon arrivée, un dirigeant m'a dit que je serais sans doute prêté avant la fin du mercato. J'ai dû rassurer ma mère. Je lui ai dit de ne pas se faire de souci, que je ne serais pas prêté. J'ai fait une bonne préparation et j'ai été titularisé dès le match face au Club Bruges. Après la partie, j'ai reç u de nombreuses propositions. Après le deuxième ou troisième match, on me proposait déjà un nouveau contrat. Mais je m'étais tellement mis dans le rouge en été que les muscles de ma cuisse ont explosé. Ma saison était fichue. J'ai fait quelques rechutes et j'ai fini par partir un mois et demi en rééducation en Grèce, chez un spécialiste. Au total, j'ai perdu une saison pour une blessure qui, en théorie, aurait dû m'écarter des terrains pendant six semaines. Je n'aurais jamais dû forcer. Une erreur de jeunesse que je ne commettrai pas deux fois. Et pourtant, la saison suivante, tu as continué à jouer alors que tu étais blessé à l'épaule. BOLI : J'ai surtout manqué de chance. Je suis tombé sur mon épaule lors du premier entraînement de la saison. Pendant les matches, on n'aurait pas dit que j'étais blessé mais je n'étais qu'à cinquante pour cent de mes capacités. Dès qu'on me touchait l'épaule, j'avais tellement mal qu'il me fallait cinq minutes pour récupérer. J'ai retardé le plus possible l'opération et je suis passé sur le billard juste avant les play-offs, afin d'être prêt pour le début de la saison suivante.Mais le nouvel entraîneur espagnol, Tintin Marquez, ne voulait pas de toi... BOLI : Je n'ai commencé à jouer que quand il a été limogé et remplacé par Jonas De Roeck. En janvier, j'ai été titularisé puis j'ai définitivement disparu de l'équipe. Il y avait quatre attaquants : Chuba Akpom, Babacar Gueye, Igor Vetokele et moi. Les trois autres étaient prêtés, j'étais le seul joueur sous contrat. Je ne comprenais pas ce raisonnement. Et quand je posais la question à l'entraîneur, il tournait autour du pot. Puis un incident à l'entraînement ne t'a pas aidé. BOLI : (il soupire) Il ne s'est pas passé grand-chose. L'entraîneur a sifflé une faute qui, selon moi, n'en était pas une. En colère, j'ai dégagé le ballon. Ça arrive à tous les entraînements. Puis, j'ai eu une solide discussion avec De Roeck et le T2, à l'issue de laquelle ils ont décidé de m'écarter du noyau A pendant un mois. Je ne jouais pas beaucoup et j'étais puni pour m'être trop donné à l'entraînement... On a fait tout un foin de cet incident et j'estime que le club aurait dû me protéger davantage. Je voulais vraiment partir, je ne me voyais plus travailler dans ces circonstances. Heureusement, De Roeck est parti car la situation était devenue malsaine. Avec Brys, je suis reparti de zéro, même s'il ne ratait pas l'occasion de faire de l'humour du style : Tu veux te battre avec moi ?Tu reviens de très loin. À Sedan, tu étais sur le point de signer un contrat pro lorsque le club a fait faillite. Après un échec à Roulers, tu étais sans club et tu t'es retrouvé en D3. BOLI : J'avais fait des tests en Turquie et à l'Antwerp mais ça n'avait débouché sur rien et je ne savais plus trop quoi faire. Mon père m'a alors parlé de Verviers. J'ai calculé le temps qu'il me fallait pour rejoindre Verviers de Lens en voiture : près de trois heures. La route me semblait interminable. Mais tu as fini par y déposer tes valises ? BOLI : L'entraîneur avait prévu un match et il m'a aligné en six, alors qu'il savait que j'étais attaquant. J'ai marqué et, après le match, il est venu me voir. Il m'a dit qu'il voulait me garder mais que les moyens du club étaient limités. Je n'avais pas tellement envie de rester mais mon père m'a convaincu de signer. Je ne savais pas que l'équipe luttait pour le maintien et qu'elle avait perdu quelques matches par 5 ou 6-0. Pour mon premier match officiel, j'ai marqué deux buts et nous avons fait match nul (3-3). On était loin de la vie de pro dont tu rêvais. BOLI : Je jouais à un niveau inférieur mais, pour la première fois depuis des années, je me sentais à nouveau joueur de foot. Ça a même été ma meilleure saison. Je n'avais pas de fixe (je gagnais 50 euros par point), pas de télévision par câble, pas d'internet et je vivais dans un appartement rudimentaire. Je vivais comme un moine et, dans ma tête, tout était très clair : j'allais vite signer un contrat. Au milieu de la saison, le Cercle Bruges et Seraing, qui jouaient en D2, me voulaient mais, malgré l'insistance de mon agent, j'ai voulu terminer la saison à Verviers, à condition que le club prenne désormais en charge la location de mon appartement. J'ai terminé la saison avec 23 buts en 21 matches. J'en ai vu mais, à refaire, je ne changerais rien. Tu te souviens du match au cours duquel Yannick Ferrera, alors entraîneur de Saint-Trond, est venu te voir ? BOLI : C'était le dernier match de la saison, face à Visé. Je n'ai pas bien joué et, après le match, j'ai appris dans le vestiaire qu'il était là. Quelques heures plus tard, mon agent m'appelait : Ferrera m'attendait le mardi au Stayen pour aller manger un bout. Le club voyait en moi un joker mais Ferrera avait une autre idée en tête. J'ai visité le stade et j'ai voulu signer tout de suite. J'avais des amis à Seraing et, pour y aller, je passais devant le stade du Standard. Je m'étais toujours juré d'y jouer. Un an plus tard, je foulais la pelouse de Sclessin avec Saint-Trond. Il y a deux ans, tu étais proche d'un transfert à Fulham. Ça ne s'est pas fait et, le lendemain, tu t'es entraîné comme si de rien n'était. BOLI : Le dernier jour du mercato d'hiver, en début de soirée, Delorge m'a appelé. J'étais attendu immédiatement dans le bureau de Philippe Bormans, qui avait quelque chose à me dire. Je me suis dit que j'avais sûrement fait une bêtise et, en arrivant, j'étais donc un peu stressé. Le club avait reç u une offre et un contrat de trois ans m'attendait. Mon coeur a commencé à battre plus fort. Je n'arrivais pas à me faire à l'idée qu'un club de Championship s'intéresse à un joueur qui, un an et demi plus tôt, jouait encore en D3. Tout devait aller très vite et j'étais attendu à Anvers pour passer les tests médicaux. J'ai consulté ma famille et j'ai décidé de ne pas y aller. Je n'étais pas prêt. Le nom de Boli est-il difficile à porter ? BOLI : Quand on est petit, avoir un père footballeur pro, c'est cool. Je me souviens d'un de ses matches avec Le Havre contre Lens, son ancien club. Il a inscrit le seul but du match et tout le stade a scandé son nom. J'en avais la chair de poule. Mais être le fils de ne m'a pas aidé. Les gens disaient qu'à Lens, je jouais grâce à mon nom. Si tout avait été aussi simple, je jouerais aujourd'hui à Marseille car mon oncle, Basile Boli, y travaille... Les carrières de mon père et de mon oncle sont déjà loin. Maintenant, c'est à la nouvelle génération des Boli de faire son travail. C'est pourquoi je n'ai jamais pensé à jouer avec un autre nom sur mon maillot. Je veux faire honneur au nom de mon père. Quand as-tu découvert que ton père était un héros pour les supporters de Lens ? BOLI : Mon père me donnait des entraînements sur un petit terrain derrière la maison. Un jour, on a vu quelqu'un se précipiter vers nous. J'ai eu peur et mon père n'était pas rassuré non plus. L'homme a regardé mon père et a dit : Merci Roger. Puis il s'est mis à pleurer. J'étais en état de choc. Si un adulte pleurait de la sorte, c'était la preuve que mon père signifiait beaucoup pour lui. J'espère qu'un jour, je ferai pleurer les fans de Saint-Trond.