À Munich, ils sont tombés un à un, vendredi soir. Abattus par l'Italie. Littéralement à genoux. Ils ont tout donné, mais ont finalement - et à nouveau - été éliminés dès les quarts de finale. Comme au Brésil en 2014, comme en France deux ans plus tard. Ils étaient venus pour gagner, mais ils savaient aussi, comme le leur avait rappelé en mars dernier le match contre la République tchèque, qu'ils se devaient d'être très bons. Tous au top. Et ils ne le furent pas. Bons, certes, mais pas très bons. Pas assez, en tout cas, pour tenir tête à ces Italiens en forme et se sortir du pressing monstrueux qu'ils leur ont imposé. Résultat? La fin d'une saison longue et éreintante, une semaine aplus tôt qu'espéré...
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À Munich, ils sont tombés un à un, vendredi soir. Abattus par l'Italie. Littéralement à genoux. Ils ont tout donné, mais ont finalement - et à nouveau - été éliminés dès les quarts de finale. Comme au Brésil en 2014, comme en France deux ans plus tard. Ils étaient venus pour gagner, mais ils savaient aussi, comme le leur avait rappelé en mars dernier le match contre la République tchèque, qu'ils se devaient d'être très bons. Tous au top. Et ils ne le furent pas. Bons, certes, mais pas très bons. Pas assez, en tout cas, pour tenir tête à ces Italiens en forme et se sortir du pressing monstrueux qu'ils leur ont imposé. Résultat? La fin d'une saison longue et éreintante, une semaine aplus tôt qu'espéré... TOBY ALDERWEIRELD: C'est toujours comme ça. Être prêt mentalement est une chose, mais il faut aussi être prêt physiquement. C'est peut-être un cliché, mais le coronavirus a rendu les choses très difficiles pour tout le monde. Dans chaque job et y compris dans le nôtre. Ces derniers mois, peu de gens ont pu bénéficier de repos. De temps pour récupérer. Nous non plus. Mais on a essayé de mettre tout ça de côté pour un seul et unique objectif: le trophée. L'envie de laisser quelque chose était énorme. Encore plus qu'avant, je dirais. Ce n'est pas la même chose que ce que je pensais à l'époque: "D'accord, on est dehors, mais au moins, on rentre à la maison." Cette fois, d'une manière ou d'une autre, l'envie était encore plus intense. Pourquoi? ALDERWEIRELD: Parce que les attentes étaient différentes. La première fois, au Brésil, on était particulièrement heureux d'être de retour après toutes ces années. Deux ans plus tard, on avait ce tirage soi-disant fantastique, mais on a fini par décevoir. Dans la période qui a suivi, on a surtout su être très constants. Le statut de numéro 1 mondial l'a confirmé. En soi, ça ne veut pas dire grand-chose, à moins qu'on ne le soit constamment. Bien sûr, ce n'est pas un trophée, mais dans le football international, on sait que ceux-ci sont difficiles à remporter. Un tous les deux ans, et même tous les trois ans cette fois-ci. Ce tournoi nous a seulement offert une deuxième chance d'obtenir un prix en cinq ans. Axel Witsel a dit que dans le groupe, on ne pense pas qu'il s'agisse de votre dernière chance. ALDERWEIRELD: Je ne peux pas parler au nom de tout le monde, mais mon sentiment est aussi que tout le monde continuera jusqu'à la Coupe du monde l'année prochaine. Moi aussi, je peux poursuivre l'aventure. J'ai l'impression d'avoir prouvé ici que j'étais encore en forme, que j'étais au niveau. J'ai 32 ans, je peux encore certainement continuer pendant au moins un an et demi. Qu'avez-vous pensé du tournoi des Belges? ALDERWEIRELD: On a été constants sans être exceptionnels. On en est parfaitement conscients. On a été testés et on a réussi ces tests jusqu'à l'Italie. On a remporté nos trois matches de poule, on a éliminé le Portugal en utilisant leurs propres recettes, ce qui n'est pas habituel par rapport à ce qu'on a montré ces dernières années. Peut-être que footballistiquement, on n'a pas proposé ce qu'on peut généralement apporter, mais on a malgré tout vaincu une équipe extrêmement qualitative. Défensivement, il y avait beaucoup de points d'interrogations. Ce à quoi nous sommes habitués . Je peux comprendre ça. Les Diables rouges sont tellement bons devant qu'il faut bien qu'il y ait des débats quelque part. Du coup, on se moque de nous. Je pense pourtant qu'on a prouvé ici qu'on pouvait encore tenir notre rang face aux meilleurs. Était-ce un sujet de discussion? ALDERWEIRELD: L'expérience est souvent perçue de manière positive, mais a contrario, elle peut également avoir une connotation plus négative. À mes yeux, elle amène pourtant de la sérénité. Je me souviens des critiques qui avaient suivi notre match nul contre la République tchèque en mars dernier. "Comment est-ce possible de faire 1-1 contre ce genre d'équipe?" Sur le terrain, on avait senti qu'on affrontait un très bon collectif. On aurait tout aussi bien pu perdre ce match, mais on a obtenu un partage. Je pense même que j'ai sauvé un ballon sur la ligne à la dernière minute. Grâce à ça, on est maintenant premiers des éliminatoires pour 2022. La presse et les supporters belges veulent toujours voir un football offensif, fantastique. Nous aussi, mais en même temps, on analyse l'adversaire et on "sent" mieux contre qui on joue. Cette expérience nous apporte le calme qu'exigent ces moments où les choses vont bien. Mais quand les choses vont mal, on se dit aussi: "C'était plus difficile qu'il n'y paraissait." Il faut se rappeler d'où on vient et se dire que c'est un luxe. On est le seul pays européen à avoir atteint les quarts de finale lors des quatre derniers tournois. C'est tout de même spécial pour un pays qui sortait d'une période de disette. Les choses ont bougé non seulement au niveau de nos performances, mais aussi financièrement. Regardez ce qu'il y a ici à Tubize. On ne le doit pas seulement à l'équipe, mais aussi à tous les gens qui ont travaillé dur pour que tout soit possible. Ici, il y a aussi un peu de mon sang, de ma sueur et de mes larmes. Et de celles de Thomas, de Jan, d'Eden, de tout le monde. On essaye vraiment de laisser quelque chose derrière nous. Une partie de nos primes a été abandonnée pour y parvenir. Oh, rien de fou non plus, on n'a pas besoin de félicitations. Ce qu'on veut, c'est que le football belge ne revienne jamais à la situation du passé. Et ça ne va pas plus jamais se reproduire, quand on voit les talents qui pointent le bout du nez. Vous avez également fait preuve d'un état d'esprit différent. Ce que vous aviez défini avant d'affronter le Portugal comme étant de la "saine arrogance". ALDERWEIRELD: Peut-être que l'arrogance était un mauvais choix de mot. Ce que je voulais évoquer, c'était une certaine idée de confiance. On est Belges et on doit toujours respecter l'adversaire, mais on peut également se mettre à leur hauteur. Dans la phase de groupes, on peut parfois s'en tirer en étant inférieurs, mais c'est impossible lors de la phase à élimination directe. Contre n'importe quelle équipe. On est venus pour gagner. Ça ne veut pas dire qu'on était convaincus qu'on allait gagner, mais il est impératif d'arriver animés de cet état d'esprit conquérant. Il ne faut pas commencer à penser: "Oh, ça va être compliqué, celui-là n'est pas en forme, etc." Non! Si ça ne marche pas d'une certaine manière, il faut continuer à se battre. Après la Coupe du monde en Russie, vous avez reçu beaucoup d'éloges. La Belgique était l'équipe la plus belle à voir jouer. Maintenant, c'était différent. Décevant? ALDERWEIRELD: Les équipes jouent de manière différente contre nous. Leur état d'esprit vis-à-vis du numéro 1 mondial est complètement différent de celui d'il y a trois, quatre ou huit ans. On en est les principaux responsables, mais ça nous pose parfois un peu plus de difficultés. Ce n'est pas qu'on a soudainement décidé de jouer un football réaliste. Parfois, ça nous a été imposé. Je trouve que le niveau de cet EURO est extrêmement élevé. Chaque équipe possède des qualités. Quand on voit ce que font le Danemark, la Suisse ou la République tchèque. Ce sont juste de bonnes équipes. Lors du tournoi précédent, l'inquiétude autour de Kompany et de sa récupération lors de la phase de groupes était le seul point d'incertitude. N'était-ce pas un tournoi plus complexe à ce niveau? ALDERWEIRELD: Notre avantage, c'est qu'on a beaucoup joué sans ces gars-là ces dernières années. J'ai joué plus de matches sans Vincent que je n'en ai joué avec lui. On a longtemps évolué sans Eden, mais aussi certaines rencontres sans Kevin. Malgré ça, on a continué à prester de manière constante. Mais pour proposer ce football qu'on attend de vous, tout ça était très complexe. ALDERWEIRELD: Bien sûr. Pour ça, tout le monde doit être au top, mais à cause des blessures, ça n'a pas été le cas. Malgré tout, on a gagné quatre matches sur cinq. Ensuite, en tant que groupe, on a été très forts. Dembélé n'est plus là, Fellaini non plus. Mais quand on voit ce que Denayer, Trossard, Praet, Boyata ou Doku ont montré, on se dit que le groupe est un peu plus large qu'on ne l'imaginait. Vanheusden, Sambi Lokonga: eux aussi vont bientôt arriver. Shani, votre épouse, a témoigné dans le journal lors de ce tournoi. Elle a dit que votre vie était un peu ennuyeuse. ALDERWEIRELD: C'est exact. Les gens voient l'argent et pensent que c'est fantastique, mais quand vous voyez quel genre de vie je mène. C'est triste! ( Il rit). C'est fait pour les solitaires. S'entraîner, rentrer à la maison, voir les enfants, voyager, jouer des matches, rentrer à la maison. Avec le coronavirus, je n'ai pas pu voir mes parents du tout, mais si je les vois sept jours par an en période normale, c'est déjà beaucoup. Voir mes frères et mes amis, c'est encore plus difficile. Je trouve ça vraiment dommage. Je ne cherche pas à recevoir des louanges pour ça, mais il faut aussi prendre en compte ce côté moins amusant. Ce qu'a fait Axel ces cinq derniers mois est juste dingue. Il a loué un appartement à Anvers et il a tout laissé tomber. Tout! Et quand on abandonne tout, forcément, on aimerait réaliser quelque chose de grand. Imaginons qu'à la fin, vous ne gagniez rien. Cette génération serait-elle un échec? ALDERWEIRELD: Non! Je ne suis pas d'accord avec ça. Ce qu'on laisse derrière nous, ce sont les beaux moments qu'on a offerts aux Belges. Chaque Belge peut être fier de cette génération qui a tout donné. Je peux dire, et je pense que je peux parler ici au nom de l'équipe, qu'on ne peut rien nous reprocher. Vous comptez vous lâcher plus tard? ALDERWEIRELD: Je vais quand même essayer de limiter les excès. J'aime m'entraîner et je suis plutôt du genre coquet. Je veux garder ma femme et je ne veux pas que les gens disent: ( Il passe au patois anversois) "Wow, Toby... Qu'est-ce que tu fous, mec, tu n'es vraiment plus en bonne santé!" ( Il rit). J'ai vraiment hâte de découvrir d'autres choses, des sports différents, d'avoir une vie différente, peut-être. Pourquoi ne serez-vous jamais entraîneur? ALDERWEIRELD: C'est une promesse que j'ai faite à ma famille. Ça fait 17 ans que je suis loin de chez moi. Devenir entraîneur me prendrait encore plus de temps, parce que quand je fais quelque chose, je veux le faire correctement. Je veux pouvoir emmener mes enfants à l'école. Bien sûr, je vais devoir faire des sacrifices, mais entraîner, c'est non. Je veux rattraper le temps perdu. Ma mère vient d'avoir 61 ans et nous ne nous sommes quasi pas vus depuis 17 ans. Peut-on s'attendre à vous voir partir en vrille? ALDERWEIRELD: Non ( Il rit). Je veux juste vivre. Pendant un tournoi, je peux rapidement me mettre dans ma bulle et tout oublier, mais ce sont les choses simples qui me manquent, celles que je peux faire avec mes amis ou mes frères. La spontanéité a disparu de ma vie. Le simple fait d'appeler quelqu'un pour aller boire un verre n'est plus possible pour moi depuis des années. Ce sentiment qui m'animait dans ma jeunesse, les vendredis, quand je sortais de l'école et que je balançais mon sac dans un coin en disant "À lundi!" me manque. Ou aller manger quelque chose un vendredi soir, c'est quand même autre chose qu'un lundi soir. Parfois, je ne sais même pas quel jour on est... Vous avez terminé la saison avec 200 matches en Premier League au compteur. Était-ce une étape importante? ALDERWEIRELD: C'était mon rêve de jouer au football là-bas, mais ce sont peut-être des choses que j'apprécierai davantage une fois ma carrière terminée. J'en suis fier. Plus jeune, je n'étais pas ce talent au sujet duquel tout le monde s'extasiait! Je ne suis pas méga rapide, je ne suis pas super grand, mais je peux tout faire grâce à une bonne lecture du jeu. Tout ce que les gens, les entraîneurs, me disaient, je devais l'enregistrer et le comprendre pour progresser. L'intensité et la qualité de la Premier League sont dingues, et au cours des cinq ou six dernières années, ça s'est encore accentué. Avant, il y avait encore des matches durant lesquels on pouvait être un peu moins bien et ça passait, mais maintenant, on doit toujours être bons. Physiquement, c'est très exigeant. C'est ce que le sélectionneur a parfaitement compris. En raison du coronavirus, on a dû jouer trois matches sur un court laps de temps durant les qualifications. Mais il sait ce qu'on a tous fait et il nous a dit: "Prenez un lundi de congé, les gars". Alors que lui-même a hâte de commencer. Il sait parfaitement comment il doit gérer tout ça. Vous avez été privé du match contre l'Antwerp en Europa League. Ça vous a fâché? ALDERWEIRELD: Je suis un joueur collectif, mais dans ma tête, c'était la guerre. C'est toujours le cas quand je ne joue pas. Je ne veux pas polémiquer inutilement, mais je sais d'où je viens: d'Ekeren. Jouer au football à Anvers, c'est spécial, je n'avais jamais joué dans ma propre ville. Mais bon, l'entraîneur en a décidé autrement. Est-ce que José Mourinho vous a expliqué les raisons de son choix? ALDERWEIRELD: Non. Mais je le comprends. Il y a des choses plus importantes dans le monde que Toby Alderweireld ( Il rit). En parlant d'Anvers, vous construisez à Capellen. Cette maison sera terminée dans environ deux ans. Votre contrat avec les Spurs expire en 2023. ALDERWEIRELD: J'ai toujours dit que je reviendrai pour mes enfants. Entre-temps, ma fille a eu cinq ans. Je trouve qu'il est important qu'on leur offre une enfance normale en Belgique. Peut-être qu'on les verra comme des "fils ou fille de" au début, mais ça finira bien par passer. Et puis, on va essayer de vivre aussi normalement que possible. Aussi en termes d'éducation. Je veux qu'ils soient heureux. Qu'ils puissent être des enfants comme les autres. Insouciants. Les emmener avec moi au bout du monde, ça me semble difficile. Et après, vous appellerez spontanément Jan Vertonghen ou Thomas Vermaelen pour aller boire un verre? ALDERWEIRELD: On en discute souvent. Que faire après le football? Qui veut faire quoi et, dans notre cas aussi: pour vivre où? Jan pense peut-être à Amsterdam. ALDERWEIRELD: Personne ne le sait encore avec certitude. Jan ne le sait pas et Thomas a une maison à Londres, mais il était aussi un grand fan de Barcelone. Peut-être qu'il retournera y vivre. La seule chose dont je suis certain, c'est qu'il y aura des retrouvailles.