Il ne lui faut pas longtemps pour sourire. Non qu'il aime donner des interviews et poser mais Ethan Horvath est ouvert, gentil et disert. " Je n'aime pas être sous les feux de la rampe, bien que ce soit inévitable quand on est gardien de but. Je m'entends bien avec tout le monde ici et on rit beaucoup. Mais je ne suis pas le plus en vue. Je suis calme, réservé. Je préfère écouter et observer que parler. "
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Il ne lui faut pas longtemps pour sourire. Non qu'il aime donner des interviews et poser mais Ethan Horvath est ouvert, gentil et disert. " Je n'aime pas être sous les feux de la rampe, bien que ce soit inévitable quand on est gardien de but. Je m'entends bien avec tout le monde ici et on rit beaucoup. Mais je ne suis pas le plus en vue. Je suis calme, réservé. Je préfère écouter et observer que parler. " Horvath s'étonne lui-même. " On dirait que j'ai deux personnalités. Je suis un autre homme sur le terrain. Un gardien doit donner des consignes, crier, placer ses coéquipiers. " C'est inné : enfant déjà, il changeait une fois qu'il était sur un terrain de sport. " Et peu importe quelle discipline. Je veux toujours gagner et je mets tout en oeuvre pour ça. Jadis, quand je commettais une erreur et que j'échouais, je laissais libre cours à ma frustration et j'étais grossier. Mon jeu s'en ressentait tout le reste du match. Ce n'est plus le cas mais je déteste toujours perdre. " Les yeux d'Horvath brillent d'un éclat dur mais il sourit, comme s'il parvenait à relativiser son fonctionnement en enlevant ses gants. " Je suis perfectionniste. Ce n'est pas obsessionnel mais ça n'en est pas loin quand même. À la maison, par exemple, tout doit être propre et bien rangé. Je veux savoir comment ma journée va se dérouler et tout doit se passer comme prévu, même en vacances. J'aime planifier. Pas à la minute près mais j'ai besoin de connaître mon programme. Ce trait de ma personnalité m'a frappé à mon arrivée en Europe car la mentalité y est différente. Depuis, je me répète qu'il n'est pas nécessaire que tout se déroule parfaitement. C'est impossible, dans la vie. " Son perfectionnisme lui a joué des tours. " Quand j'ai commis des erreurs, au début de ma carrière, je me suis demandé ce qui m'arrivait. La frustration m'a envahi. J'ai appris à tirer un trait sur une erreur et à me concentrer sur le temps de jeu qui reste. C'est ce qu'il y a de beau avec le sport de haut niveau : il vous fait progresser sportivement et humainement. La progression sportive rend heureux dans la vie. L'entourage est crucial. Ma famille, mon amie, mon chien. Cet animal m'aide à relativiser. L'amour qu'il me porte m'aide à me changer les idées. Avec lui, je parviens à penser à autre chose qu'à mon travail. " Horvath a un cocker anglais, Milo, depuis un an. " Il représente beaucoup pour nous. Surtout quand je m'éveille ou que je rentre à la maison : dès que j'ouvre la porte, Milo est là, il saute sur moi et me lèche. La semaine passée, on a eu deux jours de congé et on est allé à Paris. On a laissé Milo chez un dogsitter. On était heureux de passer du temps à deux mais on était tristes de laisser Milo chez un étranger. J'ai toujours été entouré d'animaux. J'ai grandi avec un chien et trois chats et la plupart de mes amis avaient un chien. L'amour d'un animal.... c'est très spécial. Inconditionnel. Un animal ne vous jugera pas, même si vous avez fait quelque chose de très mal. Il continuera à vous aimer. Je pense que notre société sous-estime ce lien et l'impact d'une perte. J'ai déjà dû faire euthanasier un chien et des chats. Je m'en souviendrai toujours. Je pleurais, comme mon père et ma mère. Le chien était très important. il avait grandi avec moi, il avait toujours été à mes côtés, il était mon meilleur ami. Je sais que quand Milo nous quittera, je craquerai. Il est le premier animal que j'ai éduqué depuis que je suis adulte. Il sera toujours spécial. " Il vit désormais à Assebroek avec son amie, une Norvégienne qu'il a connue quand il jouait à Molde FK. Ils ont visité quelques appartements en ville mais ils préfèrent tous les deux le calme et la nature, auxquels ils étaient habitués dans leurs pays natals respectifs. " Nous aimons promener le chien à un endroit qu'on appelle le bois, ici. " Il grimace : les bois brugeois ne sont que des buissons pour quelqu'un qui a grandi dans le Colorado. " Mais c'est quand même un coin de nature. Dès qu'il fait bon, nous y allons... Ça me rappelle un petit peu le Colorado. Quand le Club a joué à Salzbourg, en Europa League, j'ai envoyé un message à mon amie à peine sorti de l'avion, pour lui dire à quel point j'étais heureux de revoir des montagnes. " Horvath est né à Denver mais a rapidement déménagé à Highlands Ranch, à 40 minutes au sud de la ville, au pied des grands domaines naturels du Colorado. " Les parcs et les chemins de promenade étaient à dix minutes de la maison, les Rocheuses à une ou deux heures en voiture. Ce n'est pas que je sois un passionné de trekking. On n'allait pas camper et on n'allait pas non plus dans des endroits sauvages mais j'aime les montagnes, les arbres, les chemins de randonnée ou de course. Quand j'ai émigré en Norvège, à Molde, à seize ans, j'ai été ravi de découvrir un pays proche de la nature. " Il a passé sa jeunesse dehors. " Avec les enfants du voisinage. On allait à pied à l'école, à quelques minutes de la maison. On jouait au basket, au base-ball, au football... J'ai eu une superbe enfance. À quinze ans, au moment de rejoindre une High School, il aurait été logique de faire la même chose que mes copains de toujours mais mes parents ont décidé qu'il était temps de changer. Ils m'ont inscrit dans un autre établissement, avec des gens que je ne connaissais pas, dans un autre cadre. Ça a été difficile. Je suis d'un naturel timide. Je vis dans ma bulle et je suis très sensible. Mon amie est différente : elle prend la vie comme elle vient. Cette nouvelle école m'a confronté à un défi. J'ai dû apprendre à m'adapter. Ça peut paraître bizarre pour quelqu'un qui est parti en Norvège à seize ans et qui vit maintenant à Bruges mais je ne m'adapte pas facilement. Je n'aime pas le changement. Mais je me secoue : il ne sert à rien de vivre dans le passé. Je dois regarder en avant et faire avec ce que j'ai. Et pour le moment, l'objectif que je poursuis est plus important que mes difficultés d'intégration. " Horvath est enfant unique. " Comment c'était ? Bien ! Ma copine vous dira qu'on remarque facilement que je suis enfant unique. Je n'aime pas trop partager mes affaires... Quand on va au restaurant et qu'elle picore dans mon assiette, je n'apprécie pas ! Pas touche ! Elle a un frère et une soeur et nous avons reçu des éducations très différentes. Elle m'a raconté que sa grand-mère avait tricoté des vêtements pour ses petits-enfants mais elle ne faisait pas des vêtements différents pour chacun : ils se les repassaient. Comme ma copine était plus âgée que son frère, il devait porter des vêtements roses. J'ai du mal à l'imaginer... Moi, je recevais ce qu'il me fallait, en fonction de ma petite personne. Ça peut paraître anecdotique mais ça fait une grande différence. Comme ma présence ici. Si j'avais eu un frère ou une soeur, ma vie aurait été complètement différente. Je ne serais pas en Europe. Je ne serais pas gardien de but, je ne pourrais pas réaliser mon rêve. Mes parents m'ont accompagné à Molde car j'étais encore trop jeune pour aller seul au bout du monde. Si j'avais eu un frère ou une soeur, ils seraient restés dans le Colorado et auraient dit : Sorry, Ethan, on ne peut pas s'occuper uniquement de toi. On doit aussi penser à l'avenir d'un autre.Mes parents ont tout abandonné pour m'accompagner à Molde. Leur maison, leur auto, leur carrière. Ils ont tout planté là pour moi. Mon père a pris une année sabbatique à son école et il a emménagé en Norvège avec ma mère pour me permettre de faire ce que je voulais. C'est énorme ! Ils avaient passé toute leur vie au Colorado et se retrouver à Molde a été très dur pour eux. Pour moi aussi, car on vivait subitement dans un autre pays, avec une autre langue, une culture différente, des inconnus, une nourriture différente... Tout était différent mais c'était plus facile pour moi que pour mes parents. En fait, je ne devais m'occuper que de mon développement. Je m'entraînais sans arrêt tout en découvrant le style de vie européen, le football européen, les Européens eux-mêmes. Mais mes parents n'étaient là que pour moi, sans objectif personnel, et ils n'occupaient pas des emplois glamour pour gagner leur vie. Ils nettoyaient des toilettes et des sols et ramassaient les poubelles. Ils devaient se lever très tôt, travailler dur. Ils avaient de longues journées. Je n'aimais pas voir ça. Je trouvais ça injuste... Ils le faisaient pour moi. Mais ils voyaient que ça avait un sens car je progressais. Ça les a aidés à tenir le coup car ils ont eu une existence très pénible en Norvège. " Il se tait un instant. " Vraiment, je leur dois tout. " Ses parents sont retournés aux États-Unis, en Caroline du Nord. " Je suis heureux d'avoir pu leur acheter une nouvelle maison. " Horvath ne pense pas que son avenir se situe dans son pays natal mais plutôt en Europe. " J'ai toujours le sentiment qu'il me manque quelque chose mais je n'éprouve pas le mal du pays. Même si mes parents me manquent, naturellement. Comme certaines petites choses typiquement américaines. La nature du Colorado, par exemple. Ou la variété des options. Bruges ne manque pas de restaurants, la vie y est fantastique mais aux USA, il y a des centaines de possibilités. De là à y retourner... Je ne sais pas... Vous voyez, je vis en Europe depuis l'âge de seize ans. Je me suis habitué au style de vie d'ici. Bien sûr, je suis toujours Américain et je le resterai mais j'aime la vie ici. Les USA sont le royaume de la big-city-life. Je ne veux pas dire qu'on y est constamment pressé mais les gens vivent quand même à un rythme plus intense qu'en Europe. Ils ont leurs schémas et leur style de vie est très chaotique. L'existence est plus paisible en Europe. On y prend plus les choses comme elles viennent. Mon amie et moi en avons souvent parlé : on veut élever nos enfants ici, en Europe, où que ce soit. Car maintenant, je me sens plus un citoyen européen qu'américain. "