Van Buyten: Tu affrontes des joueurs de Bosnie, de Croatie ou de Serbie... tu vois qu'ils ont connu la guerre. Et pendant ce temps-là, chez nous, c'est régulièrement le Club Med. Je suis dégoûté. Les entraînements sont légers, ça n'a rien à voir avec ce que je connais en Allemagne où ça se déchire tous les jours. À Hambourg ou au Bayern, si un joueur ose se plaindre parce qu'un coéquipier l'a taclé, le coach le remet à sa place : "Mets des jambières la prochaine fois." Quand on rentre au vestiaire après un entraînement avec les Diables, beaucoup de joueurs sont contents : "On a bien bossé aujourd'hui." On s'est promenés pendant une bonne heure, ça ne ressemblait à rien mais ils ont l'impression d'avoir tout donné. J'hallucine. Parfois, je regarde Timmy Simons. Se défoncer à en vomir, il sait ce que c'est depuis qu'il a quitté la Belgique. On se fait un clin d'oeil. Pour se dire : "Mais c'est pas vrai... Comment tu veux qu'on se qualifie ?"

Et puis, il y a tous les dérapages au niveau de la discipline. Certains jours, je ne crois pas ce que je vois. Des joueurs arrivent en retard. À cause des embouteillages, par exemple. Toujours les mêmes. Des téléphones sonnent quand le coach nous parle, parfois carrément dans le vestiaire. Quand on arrive sur le terrain, il n'y a parfois pas de ballons. Le jeune qui était censé prendre le sac l'a oublié... Et ça le fait rigoler. Dans n'importe quelle équipe de haut niveau, au moment du repas, personne ne se lève pour aller se servir avant que le capitaine ait donné le signal. Chez les Diables, on fait n'importe quoi. Des jeunes vont remplir leur assiette dès qu'ils l'ont décidé. Là encore, avec Simons, on se regarde et on a envie de bondir. À certains moments, je me demande si ça vaut encore la peine de perdre mon temps, de rater des bons entraînements dans mon club pour me retrouver dans un bordel pareil !

Le sale coup d'Advocaat Dick Advocaat m'appelle pour discuter. Thomas Vermaelen est invité aussi. Je me doute que c'est pour parler du brassard et je suis confiant. J'ai retrouvé une certaine régularité chez les Diables après avoir connu des périodes un peu compliquées. Je ressens moins de pression. Je me sens bien dans le groupe. Dans le noyau, personne n'a mon palmarès. Et les médias flamands ont arrêté de me taper dessus pour le plaisir ! Advocaat commence à parler... Il dit qu'il veut un renouveau. Parfait ! Il continue en expliquant qu'il a choisi Vermaelen comme capitaine. Le ciel me tombe sur la tête. Je suis à deux doigts de quitter la pièce. J'attends quand même qu'il se justifie. Officiellement, son choix s'explique par une question de langue : il ne parle pas français, alors il estime que c'est compliqué de désigner un capitaine francophone. Ouais, c'est ça... Je me sens ridiculisé. Il me prend pour un gamin. Une fois de plus, je me suis fait avoir. Un jour, Eden Hazard m'en parle : "Mais pourquoi ce n'est pas toi ? Tu joues dans le meilleur club du monde, tu as gagné plein de trophées. Ça ne te fait rien ?" Je lui réponds : "Ça fait des années que ça me fait..." Il continue : "À ta place, je serais dégoûté." Je clôture la conversation, je n'ai pas trop envie d'aller plus loin : "Mais je suis dégoûté, Eden..."

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BIG DAN - Pierre Danvoye et Daniel Van Buyten - renaissance du livre - 192 pages + cahier photos de 48 pages - 18 euros.

Van Buyten: Tu affrontes des joueurs de Bosnie, de Croatie ou de Serbie... tu vois qu'ils ont connu la guerre. Et pendant ce temps-là, chez nous, c'est régulièrement le Club Med. Je suis dégoûté. Les entraînements sont légers, ça n'a rien à voir avec ce que je connais en Allemagne où ça se déchire tous les jours. À Hambourg ou au Bayern, si un joueur ose se plaindre parce qu'un coéquipier l'a taclé, le coach le remet à sa place : "Mets des jambières la prochaine fois." Quand on rentre au vestiaire après un entraînement avec les Diables, beaucoup de joueurs sont contents : "On a bien bossé aujourd'hui." On s'est promenés pendant une bonne heure, ça ne ressemblait à rien mais ils ont l'impression d'avoir tout donné. J'hallucine. Parfois, je regarde Timmy Simons. Se défoncer à en vomir, il sait ce que c'est depuis qu'il a quitté la Belgique. On se fait un clin d'oeil. Pour se dire : "Mais c'est pas vrai... Comment tu veux qu'on se qualifie ?" Et puis, il y a tous les dérapages au niveau de la discipline. Certains jours, je ne crois pas ce que je vois. Des joueurs arrivent en retard. À cause des embouteillages, par exemple. Toujours les mêmes. Des téléphones sonnent quand le coach nous parle, parfois carrément dans le vestiaire. Quand on arrive sur le terrain, il n'y a parfois pas de ballons. Le jeune qui était censé prendre le sac l'a oublié... Et ça le fait rigoler. Dans n'importe quelle équipe de haut niveau, au moment du repas, personne ne se lève pour aller se servir avant que le capitaine ait donné le signal. Chez les Diables, on fait n'importe quoi. Des jeunes vont remplir leur assiette dès qu'ils l'ont décidé. Là encore, avec Simons, on se regarde et on a envie de bondir. À certains moments, je me demande si ça vaut encore la peine de perdre mon temps, de rater des bons entraînements dans mon club pour me retrouver dans un bordel pareil ! Le sale coup d'Advocaat Dick Advocaat m'appelle pour discuter. Thomas Vermaelen est invité aussi. Je me doute que c'est pour parler du brassard et je suis confiant. J'ai retrouvé une certaine régularité chez les Diables après avoir connu des périodes un peu compliquées. Je ressens moins de pression. Je me sens bien dans le groupe. Dans le noyau, personne n'a mon palmarès. Et les médias flamands ont arrêté de me taper dessus pour le plaisir ! Advocaat commence à parler... Il dit qu'il veut un renouveau. Parfait ! Il continue en expliquant qu'il a choisi Vermaelen comme capitaine. Le ciel me tombe sur la tête. Je suis à deux doigts de quitter la pièce. J'attends quand même qu'il se justifie. Officiellement, son choix s'explique par une question de langue : il ne parle pas français, alors il estime que c'est compliqué de désigner un capitaine francophone. Ouais, c'est ça... Je me sens ridiculisé. Il me prend pour un gamin. Une fois de plus, je me suis fait avoir. Un jour, Eden Hazard m'en parle : "Mais pourquoi ce n'est pas toi ? Tu joues dans le meilleur club du monde, tu as gagné plein de trophées. Ça ne te fait rien ?" Je lui réponds : "Ça fait des années que ça me fait..." Il continue : "À ta place, je serais dégoûté." Je clôture la conversation, je n'ai pas trop envie d'aller plus loin : "Mais je suis dégoûté, Eden..." Retrouvez d'autres passage de "Big Dan" dans Sport/Foot Magazine BIG DAN - Pierre Danvoye et Daniel Van Buyten - renaissance du livre - 192 pages + cahier photos de 48 pages - 18 euros.