Il s'appelle Almir Totic. "Pas un nom très commun par ici", confie-t-on dans l'entourage d'un club de l'élite serbe. Un patronyme original devenu maître dans l'art de passer inaperçu. Même à l'ère de l'information démultipliée par les réseaux sociaux, les bribes de traces digitales prennent l'allure d'un ensemble de pistes soigneusement effacées au bout de quelques pas.

Les empreintes les plus profondes s'esquissent sur la pelouse du Canonnier. Dans les documents officiels du club, le Serbe est recensé comme administrateur depuis le 9 mars 2018, date à laquelle Johannes Diederich et Gil Zahavi ont quitté le board mouscronnois, cédant leur place à Totic et Phubate Piempongsant, fils du nouveau propriétaire du club, pour former un trio aux allures de majorité face aux deux administrateurs locaux.

Le jour de son intronisation, Almir Totic n'est même pas présent. "Je n'ai jamais vu ce monsieur, si ce n'est sur une feuille de papier, comme l'un des trois représentants de l'actionnaire majoritaire", explique le président Patrick Declerck au début du mois de novembre 2018. À ce jour, le discours officiel du club est toujours celui-là. Depuis Mouscron, on explique que "Totic a été nommé par l'actionnaire majoritaire, il n'est jamais venu au conseil d'administration". Cinquième homme du CA hurlu, administrateur de par son statut d'actionnaire historique, Michel Franceus est plus nuancé: "Le connaître, c'est beaucoup dire. Je l'ai rencontré. Mais quand, je ne pourrais plus vous le dire. Vous savez, on ne l'a pas vu souvent. Mais moi, il me semble l'avoir vu une fois."

C'était probablement le 3 octobre 2018. Ce jour-là, la signature du Serbe est apposée au bas d'un rapport financier de cinquante pages soumis au réviseur d'entreprise chargé d'examiner les comptes de l'Excel, aux côtés de celles des autres administrateurs, dont Franceus. La seule trace tangible de son lien physique avec le Canonnier. Aujourd'hui, son nom a même disparu du site internet du club, où il était pourtant cité dans l'organigramme au début de son aventure hennuyère.

DU MUET AU FANTÔME

Sept mois avant de jouer du stylo, Totic débarque donc à la tête du navire hurlu en même temps que la famille Piempongsant. Les Thaïlandais sont généreusement invités par Pini Zahavi, l'agent de renommée internationale, qui sent le souffle insistant de la justice belge dans la nuque de son projet hennuyer. Charge à eux de jouer les locataires en attendant de trouver un acheteur. Ils ne semblent pas être venus pour s'éterniser, comme en témoigne l'intérêt rapide de Pairoj pour le Panathinaïkos. Il est alors question d'amener à Athènes un certain Avram Grant, ex-coach ad interim de Chelsea et poulain de l'écurie Zahavi.

Au sein du conseil d'administration mouscronnois, Almir Totic a numériquement remplacé Johannes Diederich, pointé du doigt pour ses activités d'agent.

Bogo Limited, la société de Piempongsant, ne paie d'ailleurs que 10 € pour récupérer les 90% de parts mouscronnoises détenues par Latimer (dirigée par Adar Zahavi, le neveu de Pini et basée à la même adresse que Lian Sports, la boîte de Fali Ramadani - agent le plus connu dans les Balkans), et les 5,8 millions de dettes de l'Excel envers la société maltaise doivent désormais être payées à Bogo, détaille Le Soir dans son édition du 9 novembre 2018 en épluchant les révélations des Football Leaks. Plutôt explicite.

Exit, donc, la famille Zahavi et Johannes Diederich, autrefois cité sur le site de Soccertalk, la boîte de l'influent agent croate Alen Agustincic et collaborateur de Fali Ramadani. "Monsieur Diederich était représentant de l'actionnaire majoritaire et pour moi, il était uniquement représentant. Je n'avais pas connaissance de quelconques activités d'agent de sa part", se défend alors Patrick Declerck. "En plus de cela, quand il venait aux conseils d'administration, il ne disait jamais rien. Il n'a pas pu beaucoup influencer." Étant nommé par l'actionnaire majoritaire, sa voix, même rare, pesait forcément dans la balance. En troquant Diederich pour Totic, Mouscron passe donc du muet au fantôme. Et en coulisses, Ramadani n'est jamais bien loin.

UN AGENT VENU DES PARQUETS

Les documents officiels de l'Excel se chargent de présentations sommaires. Almir Totic est né le 7 février 1974 à Novi Pazar, là où le territoire serbe semble vouloir s'immiscer entre Kosovo et Monténégro, et réside actuellement à Belgrade, au coin d'une rue qui offre une station-service comme panorama depuis les façades effritées.

Le nom de Totic n'est jamais bien loin de celui de Mirsad Türkcan, ancienne star du basket qui travaille aujourd'hui pour Lian Sports.

Les décors deviennent plus télégéniques quand Google dirige les recherches vers deux chaînes YouTube. La première se contente d'une vidéo vantant les talents de Gicic Dzenan, arrière gauche du FC Partizan. La seconde, mieux alimentée, met principalement en scène Mirsad Türkcan. Entre plongeons dans la grande bleue depuis un bateau et paniers secoués sur les parquets, la légende serbo-turque du basket-ball, qui a chatouillé la NBA au tournant du millénaire chez les New York Knicks, est le personnage principal des vidéos d'Almir Totic.

Désormais moins connu que sa soeur Emina, popstar dans les Balkans, Mirsad Türkcan a rangé sa carrière au vestiaire en 2012, après être devenu l'icône du Fenerbahçe. Il travaille désormais pour Lian Sports, la société de Fali Ramadani. Dans les médias turcs, on l'a ainsi vu en compagnie de Marko Marin, dont il a réglé le départ de Belgrade vers Al-Ahli, ou répondre à des questions au sujet d'Adem Ljajic, l'un des fleurons de Lian Sports aujourd'hui installé au Besiktas.

LA CONNEXION RAMADANI

Difficile de délier les langues au sujet de l'entourage du Serbo-Turc. "Peu de gens se risquent à enquêter sur lui", raconte-t-on dans les Balkans. Lui aussi, il vient de Novi Pazar. Et les liens ne s'arrêtent ni à une coïncidence géographique, ni à quelques vidéos YouTube. Le nom serbe de Türkcan (Mirsad Jahovic) est lié à celui d'Almir Totic à travers une société qui a aujourd'hui déposé le bilan, Itimat Doo. Détenue à moitié par Jahovic/Türkcan, elle confie le poste de directeur à Totic. "Ils se montrent trop souvent ensemble pour que ce soit une coïncidence", souffle une source serbe.

"Il ne travaille pas vraiment à Mouscron, mais il leur amène des joueurs", souffle une source bien installée dans les Balkans.

Même au sein du milieu, rares sont ceux qui ont croisé la route ou entendu le nom d'Almir Totic. Dans les Balkans, la discrétion est souvent l'un des atouts de ceux qui veulent graviter autour de la nébuleuse footballistique sans attirer démesurément l'attention. Nombreux sont ceux qui prennent un soin particulier à effacer leurs traces numériques. À commencer par Fali Ramadani, qui n'hésite jamais à contacter une rédaction pour faire disparaître sa photo.

Depuis Belgrade, on raconte que le natif de Novi Pazar a "une implication profonde en coulisses dans certains transferts de haut vol, avec Türkcan comme visage public". Lors du passage du buteur serbe Luka Jovic de Francfort au Real Madrid, certains affirment même avoir vu Totic dans la capitale espagnole en compagnie de Fali Ramadani himself.

Autant d'indices qui relient l'administrateur des Hurlus à un agent qui fait toujours la pluie et le beau temps à Mouscron. Encore à l'heure actuelle, le Monténégrin Marko Bakic, transfert entrant le plus cher de l'histoire récente des Hennuyers, ainsi que l'attaquant Stipe Perica sont estampillés Lian Sports. "Almir Totic est dans le conseil d'administration", se contente de répéter Paul Allaerts au bout du mois d'octobre 2018, quand on lui demande si le Serbe est lié à Fali Ramadani. Les bureaux du Canonnier n'ont pourtant pas l'air d'être les plus fréquentés par monsieur l'administrateur.

"Il ne travaille pas vraiment à Mouscron, mais il leur amène des joueurs", souffle une source bien installée dans les Balkans. Du côté de l'Excel, on affirme que le président a demandé sa démission lors du dernier conseil d'administration. Un nettoyage de printemps, deux ans après la nomination d'Almir Totic et à l'heure de défendre sa place au sein de l'élite du Royaume. Soit le timing idéal pour une chasse aux fantômes.

Il s'appelle Almir Totic. "Pas un nom très commun par ici", confie-t-on dans l'entourage d'un club de l'élite serbe. Un patronyme original devenu maître dans l'art de passer inaperçu. Même à l'ère de l'information démultipliée par les réseaux sociaux, les bribes de traces digitales prennent l'allure d'un ensemble de pistes soigneusement effacées au bout de quelques pas.Les empreintes les plus profondes s'esquissent sur la pelouse du Canonnier. Dans les documents officiels du club, le Serbe est recensé comme administrateur depuis le 9 mars 2018, date à laquelle Johannes Diederich et Gil Zahavi ont quitté le board mouscronnois, cédant leur place à Totic et Phubate Piempongsant, fils du nouveau propriétaire du club, pour former un trio aux allures de majorité face aux deux administrateurs locaux.Le jour de son intronisation, Almir Totic n'est même pas présent. "Je n'ai jamais vu ce monsieur, si ce n'est sur une feuille de papier, comme l'un des trois représentants de l'actionnaire majoritaire", explique le président Patrick Declerck au début du mois de novembre 2018. À ce jour, le discours officiel du club est toujours celui-là. Depuis Mouscron, on explique que "Totic a été nommé par l'actionnaire majoritaire, il n'est jamais venu au conseil d'administration". Cinquième homme du CA hurlu, administrateur de par son statut d'actionnaire historique, Michel Franceus est plus nuancé: "Le connaître, c'est beaucoup dire. Je l'ai rencontré. Mais quand, je ne pourrais plus vous le dire. Vous savez, on ne l'a pas vu souvent. Mais moi, il me semble l'avoir vu une fois."C'était probablement le 3 octobre 2018. Ce jour-là, la signature du Serbe est apposée au bas d'un rapport financier de cinquante pages soumis au réviseur d'entreprise chargé d'examiner les comptes de l'Excel, aux côtés de celles des autres administrateurs, dont Franceus. La seule trace tangible de son lien physique avec le Canonnier. Aujourd'hui, son nom a même disparu du site internet du club, où il était pourtant cité dans l'organigramme au début de son aventure hennuyère.Sept mois avant de jouer du stylo, Totic débarque donc à la tête du navire hurlu en même temps que la famille Piempongsant. Les Thaïlandais sont généreusement invités par Pini Zahavi, l'agent de renommée internationale, qui sent le souffle insistant de la justice belge dans la nuque de son projet hennuyer. Charge à eux de jouer les locataires en attendant de trouver un acheteur. Ils ne semblent pas être venus pour s'éterniser, comme en témoigne l'intérêt rapide de Pairoj pour le Panathinaïkos. Il est alors question d'amener à Athènes un certain Avram Grant, ex-coach ad interim de Chelsea et poulain de l'écurie Zahavi.Bogo Limited, la société de Piempongsant, ne paie d'ailleurs que 10 € pour récupérer les 90% de parts mouscronnoises détenues par Latimer (dirigée par Adar Zahavi, le neveu de Pini et basée à la même adresse que Lian Sports, la boîte de Fali Ramadani - agent le plus connu dans les Balkans), et les 5,8 millions de dettes de l'Excel envers la société maltaise doivent désormais être payées à Bogo, détaille Le Soir dans son édition du 9 novembre 2018 en épluchant les révélations des Football Leaks. Plutôt explicite.Exit, donc, la famille Zahavi et Johannes Diederich, autrefois cité sur le site de Soccertalk, la boîte de l'influent agent croate Alen Agustincic et collaborateur de Fali Ramadani. "Monsieur Diederich était représentant de l'actionnaire majoritaire et pour moi, il était uniquement représentant. Je n'avais pas connaissance de quelconques activités d'agent de sa part", se défend alors Patrick Declerck. "En plus de cela, quand il venait aux conseils d'administration, il ne disait jamais rien. Il n'a pas pu beaucoup influencer." Étant nommé par l'actionnaire majoritaire, sa voix, même rare, pesait forcément dans la balance. En troquant Diederich pour Totic, Mouscron passe donc du muet au fantôme. Et en coulisses, Ramadani n'est jamais bien loin.Les documents officiels de l'Excel se chargent de présentations sommaires. Almir Totic est né le 7 février 1974 à Novi Pazar, là où le territoire serbe semble vouloir s'immiscer entre Kosovo et Monténégro, et réside actuellement à Belgrade, au coin d'une rue qui offre une station-service comme panorama depuis les façades effritées.Les décors deviennent plus télégéniques quand Google dirige les recherches vers deux chaînes YouTube. La première se contente d'une vidéo vantant les talents de Gicic Dzenan, arrière gauche du FC Partizan. La seconde, mieux alimentée, met principalement en scène Mirsad Türkcan. Entre plongeons dans la grande bleue depuis un bateau et paniers secoués sur les parquets, la légende serbo-turque du basket-ball, qui a chatouillé la NBA au tournant du millénaire chez les New York Knicks, est le personnage principal des vidéos d'Almir Totic.Désormais moins connu que sa soeur Emina, popstar dans les Balkans, Mirsad Türkcan a rangé sa carrière au vestiaire en 2012, après être devenu l'icône du Fenerbahçe. Il travaille désormais pour Lian Sports, la société de Fali Ramadani. Dans les médias turcs, on l'a ainsi vu en compagnie de Marko Marin, dont il a réglé le départ de Belgrade vers Al-Ahli, ou répondre à des questions au sujet d'Adem Ljajic, l'un des fleurons de Lian Sports aujourd'hui installé au Besiktas.Difficile de délier les langues au sujet de l'entourage du Serbo-Turc. "Peu de gens se risquent à enquêter sur lui", raconte-t-on dans les Balkans. Lui aussi, il vient de Novi Pazar. Et les liens ne s'arrêtent ni à une coïncidence géographique, ni à quelques vidéos YouTube. Le nom serbe de Türkcan (Mirsad Jahovic) est lié à celui d'Almir Totic à travers une société qui a aujourd'hui déposé le bilan, Itimat Doo. Détenue à moitié par Jahovic/Türkcan, elle confie le poste de directeur à Totic. "Ils se montrent trop souvent ensemble pour que ce soit une coïncidence", souffle une source serbe.Même au sein du milieu, rares sont ceux qui ont croisé la route ou entendu le nom d'Almir Totic. Dans les Balkans, la discrétion est souvent l'un des atouts de ceux qui veulent graviter autour de la nébuleuse footballistique sans attirer démesurément l'attention. Nombreux sont ceux qui prennent un soin particulier à effacer leurs traces numériques. À commencer par Fali Ramadani, qui n'hésite jamais à contacter une rédaction pour faire disparaître sa photo.Depuis Belgrade, on raconte que le natif de Novi Pazar a "une implication profonde en coulisses dans certains transferts de haut vol, avec Türkcan comme visage public". Lors du passage du buteur serbe Luka Jovic de Francfort au Real Madrid, certains affirment même avoir vu Totic dans la capitale espagnole en compagnie de Fali Ramadani himself. Autant d'indices qui relient l'administrateur des Hurlus à un agent qui fait toujours la pluie et le beau temps à Mouscron. Encore à l'heure actuelle, le Monténégrin Marko Bakic, transfert entrant le plus cher de l'histoire récente des Hennuyers, ainsi que l'attaquant Stipe Perica sont estampillés Lian Sports. "Almir Totic est dans le conseil d'administration", se contente de répéter Paul Allaerts au bout du mois d'octobre 2018, quand on lui demande si le Serbe est lié à Fali Ramadani. Les bureaux du Canonnier n'ont pourtant pas l'air d'être les plus fréquentés par monsieur l'administrateur. "Il ne travaille pas vraiment à Mouscron, mais il leur amène des joueurs", souffle une source bien installée dans les Balkans. Du côté de l'Excel, on affirme que le président a demandé sa démission lors du dernier conseil d'administration. Un nettoyage de printemps, deux ans après la nomination d'Almir Totic et à l'heure de défendre sa place au sein de l'élite du Royaume. Soit le timing idéal pour une chasse aux fantômes.