Un car wash, à quelques pas du centre de Liège. Une poignée de main chaleureuse, des sourires. Le patron de l'établissement, Karim Rafiki, salue Djomand Junior, alias " Rambo ", son employé. Entre deux jets d'eau, ils reviennent sur le match de la veille, à Gand. " C'était compliqué. Ils ont bien su museler Junior ", lance Rafiki, agent de toujours du Belgo-Brésilien. Rambo, son meilleur pote et colocataire, acquiesce. Sorti à la 78e, Edmilson Junior Paulo da Silva, de son nom complet, vient de sortir sa moins bonne partition depuis son retour sur le carré vert.
...

Un car wash, à quelques pas du centre de Liège. Une poignée de main chaleureuse, des sourires. Le patron de l'établissement, Karim Rafiki, salue Djomand Junior, alias " Rambo ", son employé. Entre deux jets d'eau, ils reviennent sur le match de la veille, à Gand. " C'était compliqué. Ils ont bien su museler Junior ", lance Rafiki, agent de toujours du Belgo-Brésilien. Rambo, son meilleur pote et colocataire, acquiesce. Sorti à la 78e, Edmilson Junior Paulo da Silva, de son nom complet, vient de sortir sa moins bonne partition depuis son retour sur le carré vert. La défaite du Standard sonne comme un contrecoup, en particulier pour l'ailier de 23 printemps. " Il n'a pas fait un mauvais match ", pose Rafiki, qui s'installe à sa table habituelle. " Maintenant, il gère ses matches plus intelligemment. Il a pris énormément de maturité. Le fait qu'il ait mis le brassard, ça l'a boosté. " C'était contre Courtrai et Mouscron, le mois dernier. Un choix fort. Le bras lourd de responsabilités, Junior score deux fois et emmène les siens vers des succès rédempteurs. Avec lui, le matricule 16 enchaîne un 10 sur 12 et pense enfin détenir la formule secrète. Un an et demi plus tôt, il débarque à Sclessin dans une même situation de crise. Janvier 2016, il a dix rencontres pour accrocher le wagon des play-offs 1. Il lui faut six minutes pour aller au charbon, pour sa première en Enfer. Demi-finale de la Coupe contre Genk, 1-0. " Rêver mieux que ça, c'était impossible ", jubile encore Edmilson, son père, Rouche de 96 à 99, qui le reste de coeur et d'esprit. Le quasi-quinqua reçoit en compagnie de son autre fils, Ediberg, dans la demeure familiale, en périphérie liégeoise, où les photos du prodige maison décorent les murs. La suite de l'idylle se veut moins glorieuse. Une équipe qui tourne en rond, des transferts qui se multiplient, une saison en demi-teinte, un vrai-faux départ et un ulcère à l'estomac. Junior cumule, encaisse, mais apprend. " Personne ne le voyait revenir aussi vite. C'est lui qui tire l'équipe vers le haut ", martèle Fayçal Rherras, back malinois, ancien compère des U19, devenu plus qu'un voisin de palier au Stayen. " Le brassard, on ne le donne pas à n'importe qui. C'est un garçon qui est devenu très, très mature. " Edmilson Junior cavale désormais dans le monde des adultes. Fin août, il ressent une gêne aux adducteurs. Le Standard vient d'en prendre quatre contre Zulte et doit se déplacer à Bruges. Edmilson ne veut pas forcer, le club lui prescrit des anti-inflammatoires. À l'instar d'Ishak Belfodil, il ne participe pas à la déroute en Venise du Nord (4-0). Comme le Franco-Algérien, il donne plutôt l'impression d'avoir son nom inscrit sur la liste des transferts pressants que sur celle des blessés. La trêve suit, il reste. Deux semaines passent jusqu'à l'entraînement du lundi 4 septembre. " Après l'entraînement, il me sonne pour que j'aille le chercher, il ne se sentait pas capable de conduire ", rembobine Rafiki. Dans la nuit, les nausées le réveillent. Le lendemain matin, le médecin du club, averti, passe pour une prise de sang. " Moi, j'arrive chez lui vers 11h30 ", poursuit Rafiki. " Il est souriant, un peu faible, mais ça n'avait pas l'air alarmant. Je pars. " À 13 heures, Edmilson se lève. Rambo entend un bruit. " Il était tombé dans la douche... Il y avait du sang qui coulait de ses fesses, il était tout blanc. Il n'arrivait même pas à marcher. Je l'ai porté jusqu'à sa chambre pour l'habiller. Il était vraiment dans les vapes. " Rambo contacte les urgences, la famille, l'entourage. " On allait chez lui quand Rambo nous a appelé. Il nous a dit d'aller directement à l'hôpital ", souffle Ediberg. Direction le CHU. Le diagnostic est clair. Edmilson Junior souffre d'un ulcère perforé au niveau de l'estomac. Il perd du sang, beaucoup, et doit se faire mettre des agrafes pour stopper l'hémorragie. Son père est parmi les premiers sur les lieux. " Quand je l'ai vu sur son lit d'hôpital, je me suis dit : - Ce n'est pas possible, ce n'est pas Junior. Normalement, c'est quelqu'un qui est toujours en forme. " Mis en congé par Karim Rafiki, Rambo dort sur place, dans la même chambre. " C'est le moment le plus difficile qu'on a vécu. Les premiers jours, il était très, très mal... " Rambo rembobine, se remémore le départ de Junior pour Saint-Trond, en 2012, alors qu'ils fréquentent les bancs de la troisième secondaire, à Jemeppe. " C'est comme si je perdais ma moitié. " Il décide donc de ne plus la quitter. Les quatre premiers jours, Edmilson roupille, se repose. Il reprend vraiment vie la veille du derby wallon, Standard-Charleroi, le dimanche 10 septembre. " On lui a ramené la PlayStation. Lui, il a demandé aux médecins s'il pouvait jouer contre Charleroi ", rigole son père. Techniquement, une telle blessure ne se récupère qu'après deux bons mois, minimum. Edmilson rage devant le match.Rambo : " Il voulait être sur le terrain, il n'était pas bien. Quand le Standard ratait des occasions, il mordait sa couverture, carrément. " Fayçal Rherras lui rend aussi visite, avant sa sortie, le lundi suivant. " Il m'a reçu, souriant, comme d'habitude. Il avait juste un peu peur par rapport au temps dont il avait besoin pour revenir. Junior, il a la joie de vivre, le garçon. Il rigole tout le temps. Il n'y a rien qui pourra lui enlever le sourire. C'est pour ça que je l'aime comme mon frère. " Finalement, Edmilson refoule les terrains de l'Académie Robert-Louis Dreyfus trois semaines après son hospitalisation et quatre jours avant le Clasico, le vrai. Un retour plus rapide que prévu, grâce à une préparation intensive et des transfusions sanguines administrées avec l'accord de la Communauté française vu la gravité de son état. Junior semble changé, grandi par ce qu'il vient de vivre. Il prend conscience qu'il aurait pu tout perdre. Pour son père et son frère aîné, de deux ans, il avait accumulé trop de stress et de frustrations. Pour Rafiki, " l'ulcère a toujours été là. Il a déjà hospitalisé pour ça, à Saint-Trond. C'est quelqu'un qui garde beaucoup de choses pour lui. Forcément, à un moment donné, ça explose ". Ricardo Sa Pinto entre en fonction en juin. Il tente d'abord d'inculquer à ses joueurs sa fameuse grinta. Sauf qu'avec Edmilson, elle a du mal à passer. Le Portugais n'hésite pas à lui rentrer dedans, à lui crier dessus dans sa langue natale, ni à le mettre sur le banc pour l'ouverture du championnat, à Malines. Les deux hommes ne filent pas le parfait amour. " Il croyait peut-être qu'il était indiscutable, que rien ne pouvait lui arriver. Quand le coach est arrivé et l'a mis sur le banc, il a senti qu'il fallait qu'il travaille plus, qu'il réfléchisse plus, qu'il mûrisse ", note Ediberg, actif en P2, également sur les flancs, à Fléron. La situation motive des envies de départ qui ne se concrétisent pas, à l'inverse des Belfodil et Matthieu Dossevi, deux de ses proches dans le vestiaire. Il faut dire que le dernier exercice ne joue pas en sa faveur. Sur 38 rencontres, toutes compétitions confondues, il plante sept roses. Mais il ne marque que deux fois après novembre, en play-offs 2. Edmilson collectionne aussi les pépins physiques. En décembre, contre l'Ajax, il contracte une déchire et tire dessus pendant un mois. À la trêve, il se fissure l'orteil. " Ces deux blessures-là lui ont causé beaucoup de tort. Il a manqué de rythme sur le second tour ", analyse Rafiki. " Quand l'équipe est sous le stress et ne joue pas à 100 %, c'est encore plus difficile pour les jeunes ", embraye Aleksandar Jankovic, fraîchement Sang et Or, qui le prend sous ses ordres à partir de septembre, à la suite du départ de son mentor, Yannick Ferrera. " Il a beaucoup de qualités. C'est un artiste, mais il a besoin de confiance et d'une bonne structure autour de lui. " En clair, Edmilson se fatigue à faire l'ascenseur, arpente son flanc pour participer aux efforts défensifs et manque de lucidité sur les offensives de son écurie. Jankovic, qui ne se prive pas non plus de le mettre sur la touche contre Anderlecht, en octobre, situe sa méforme à la même période. " C'est une question d'équilibre général. L'équilibre dans l'équipe est parti avec Adrien Trebel. À ce moment-là, ce sont les joueurs offensifs qui sont directement touchés. Ils doivent faire plus de courses et d'efforts. C'est ce qu'il s'est passé pour Junior. " Désormais épaulé par Carlinhos, Paul-José Mpoku et des latéraux qui lui permettent de respirer, Edmilson peut exploser et continuer d'alimenter son circuit préférentiel vers Orlando Sá. Sur six assists la saison passée, il en délivre quatre au lusitanien. Après ses dix-huit minutes au Parc Astrid, le 1er octobre, son retour prend des allures de renaissance. Il devient clairement le fer de lance du Standard, malgré le tout récent couac de la Ghelamco Arena. " Il fallait bien qu'il ait un coup de mou ", sourit Rafiki, en terminant son sandwich au fromage. " On ne s'attendait vraiment pas à ce qu'il revienne si fort ", embraye Rambo, qui le surnomme El capi del capo depuis que Mpoku, sortant, lui a laissé le brassard, contre Courtrai et à Mouscron. Les deux colocataires se connaissent sur le bout des doigts et... de la langue. " Avant Courtrai, je lui ai fait des chicons au gratin, et il a tout cassé. Moi aussi, j'étais tout excité. C'est resté. Maintenant, on se dit " chicons au gratin " dès qu'il casse la baraque, ça nous donne de la force. " Edmilson semble avoir rangé dans le tiroir des souvenirs ses prises de bec estivales avec Sa Pinto. La concurrence, matérialisée par l'abondance d'ailiers dans le noyau, lui donnait alors des pensées d'ailleurs. Si plusieurs entités espagnoles se montrent intéressés fin août, c'est le FC Metz, avant de récupérer Dossevi, qui se veut le plus insistant. Les Grenats posent plusieurs offres sur la table des dirigeants rouches mais le projet n'emballe pas vraiment le joueur. En janvier, c'était Bruges, informé de la venue de Dieumerci Ndongala à Sclessin, qui faisait le forcing. Sans succès, encore. Disons que l'esprit de Junior se tourne davantage vers le Sud. " Il a un potentiel énorme ", pose Rherras, avec qui il partage une passion pour les grosses cylindrées. " Il pourrait jouer dans les meilleurs championnats du monde, que ce soit en Angleterre ou en Espagne. Son championnat, c'est la Liga. Il a les qualités pour y évoluer. " Sous contrat jusqu'en 2019, clause libératoire raisonnable comprise, son départ l'été prochain paraît inévitable. " S'il doit partir, c'est à l'étranger. Il est dans sa ville, il a une histoire avec le club. Un départ cet hiver n'est pas une priorité ", assure Rafiki, un temps directeur sportif du FC Liège, au début des années 2010. " On est Liégeois, on a envie de voir le Standard en haut. Junior veut jouer les play-offs 1, avec ces matches sous tension. Après, on verra. " Avant toute chose, il faudra d'abord déguster quelques chicons bien gratinés. Par Nicolas Taiana