Parcourir la Principauté en quête de rectangles verts permet de rapidement constater une étonnante récurrence. En vis-à-vis des pelouses de football provincial, il n'est pas rare de croiser un cimetière. Comme si deux choses étaient inéluctables pour les Liégeois: mourir et jouer au football.
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Parcourir la Principauté en quête de rectangles verts permet de rapidement constater une étonnante récurrence. En vis-à-vis des pelouses de football provincial, il n'est pas rare de croiser un cimetière. Comme si deux choses étaient inéluctables pour les Liégeois: mourir et jouer au football. Liège est une ville de football. C'est une histoire longue comme celle du RFC Liège, quatrième blason fondé dans l'histoire du pays ; passionnée comme celle du Standard, club le plus titré des bords de Meuse ; tumultueuse comme celle de Seraing, club balancé d'un matricule à l'autre et capable de passer rapidement d'une mort annoncée à une résurrection spectaculaire. Des histoires tous azimuts, mais une passion magnétique comme dénominateur commun. La ferveur qui déborde des tribunes fait naître un cliché. Celui qui esquisse le coach d'un club principautaire en homme bouillant, aux attitudes spectaculaires devant son banc et aux envolées verbales flamboyantes face aux micros. Selon la génération et les couleurs, le supporter se souvient des célébrations théâtrales de Ricardo Sa Pinto, des bons mots du toujours inspiré Robert Waseige, ou du cynisme parfois grinçant, mais toujours réfléchi de Michel Preud'homme. Chacun dans son style, mais rarement dans la discrétion. Dans la course au football moderne, devenu plus scientifié que sanctifié, on appelle désormais ça "l'ADN". Et à Liège, l'acide est visiblement bouillant. Le traitement réservé à Philippe Montanier aurait-il été identique, si le Normand ne s'était pas montré arrogant envers les supporters rouches et s'il avait été plus vivant devant son banc de touche? Souvent, suite à son licenciement, on a écrit et lu que le Français n'avait pas compris le Standard. Au moment de présenter son successeur, le directeur général Alexandre Grosjean considère le fait d'avoir l'ADN du Standard comme l'un des trois critères indispensables pour prendre le contrôle du jeu de Sclessin, et exclut ainsi de son raisonnement le profil de Franky Vercauteren. Comme si la particularité principautaire échappait aux enfants de la capitale, trop automatiquement Mauves pour devenir Rouches. Sur les pelouses de l'Académie, on a longtemps entendu les mêmes reproches sur l'attitude du Schaerbeekois Emilio Ferrera, débarqué dans les bagages de Michel Preud'homme à l'été 2018. Le méticuleux coach bruxellois fait désormais le bonheur d'un Seraing sorti de la D1 Amateurs grâce aux miracles réglementaires du football belge, et désormais en lutte pour une place de barragiste vers l'élite. Et si, finalement, la question était ailleurs. Au-delà du cliché, qui ferait presque passer la personnalité avant la compétence à l'heure d'esquisser le portrait-robot du Liégeois. Presque comme si les connaissances tactiques et la maîtrise du football théorique se faisaient au détriment de la folie du jeu, et d'une passion mise dans chaque action. À l'autre bout du pays, Alexander Blessin prouve que les deux aspects sont loin d'être incompatibles, en planifiant méticuleusement le moindre mouvement de cette spectaculaire équipe d'Ostende qui a donné tant de fil à retordre au Standard de Mbaye Leye. Le Sénégalais, lui, se montre d'ailleurs très détaché de la folie du terrain au moment de réagir à une action, étonnamment lucide à l'heure de débriefer un match ou une action face aux micros. Les éruptions liégeoises, Leye veut les laisser de l'autre côté de la ligne de touche. Le spectacle jaillit quand les tribunes sont remplies, et font décoller les décibels quand les espaces s'ouvrent. Là, peu importe l'attitude de l'homme qui se tient devant son banc, on en viendrait à croire que les contre-attaques se jouent à 25.000 contre onze. C'est sans doute dans ces moments-là que, plus que jamais, le football est liégeois.