Scène de vie presque quotidienne en Russie. Après un début d'échange, notre interlocuteur local nous demande d'où l'on vient. Réponse : " Belgium ". Pas de réaction. On tente un " Belgica " pour la forme. Toujours rien. Par dépit, on lance un " Eden Hazard ". Là, ça mord directement à l'hameçon. Même si on n'est pas vraiment convaincu que la personne en face de nous situe dans quelle équipe nationale le numéro 10 de Chelsea évolue.

Depuis plusieurs années, le nom " Hazard " résonne bien au-delà des deux côtés de Quiévrain. Eden Hazard est une figure internationale qui pèse de plus en plus lourd. Exemple, cette pub récente où l'on peut le voir s'exprimer en chinois vantant un produit local.

Il est également l'un des récents étendards, aux côtés de Mesut Özil ou Harry Kane, de la célèbre marque d'écouteurs de Dr Dre. Il y a deux ans, à quelques hectomètres de l'aéroport de Bangkok, quand Chelsea avait encore comme sponsor maillot une grande marque coréenne de téléphonie, le phénomène des Blues était représenté en pied sur une cinquantaine de mètres le long d'un des nombreux gratte-ciel de la capitale thaïlandaise.

Eden et Demba Ba : une amitié pour la vie., GETTY-BELGAIMAGE
Eden et Demba Ba : une amitié pour la vie. © GETTY-BELGAIMAGE

Un ramdam publicitaire qui ne semble n'avoir aucun effet sur lui. Ni sur son jeu, parfois trop altruiste. Ni sur sa personnalité hors-normes. La presse tendance tabloïd a pourtant essayé peu après sa majorité de lui coller l'étiquette de sale gosse arrogant, un ersatz de racaille même.

Arrivé au centre de formation du LOSC à 14 ans, Eden a côtoyé de nombreux joueurs de banlieue parisienne. Il en a adopté les codes, voire les tics de langage. Encore aujourd'hui, sa décontraction, survêt-claquette, est une réminiscence de cette époque. En 2011, une équipe de la VRT avait surpris le jeune international en train de manger un hamburger devant le stade national alors que le match face à la Turquie n'était pas encore fini.

Sacrilège ! Tollé ! Une grossière histoire belge montée en épingle dont Georges Leekens allait tenter de profiter. Sans résultat. " Aujourd'hui, il ferait exactement la même chose, mais loin des caméras ", assure son père, Thierry. Et si Eden Hazard venait à croiser l'actuel coach de la Hongrie, il le saluerait avec plaisir. L'homme n'est pas rancunier et surtout, il déteste les conflits.

" Ça ne fait pas partie de sa nature. Il n'en voit pas l'utilité ", poursuit son père. " Il préfère regarder les bonnes choses de la vie. Il n'est jamais anxieux ou stressé. Je pense d'ailleurs que mon fils vivra vieux ", sourit sa mère, Carine.

" J'ai sûrement fait quelques erreurs "

On ne se fâche pas avec Eden Hazard. Et pourtant, il a pris quelques claques à son arrivée dans le noyau professionnel du LOSC en 2007 alors qu'il a tout juste 16 ans. Aujourd'hui, Eden en rigole. " Ça faisait partie de l'apprentissage d'un petit nouveau qui débarque dans un vestiaire d'adultes. Arrogant ? Non, c'est ce que les gens pensaient peut-être à cause de mon jeu. J'étais un petit qui voulait se montrer, alors que les anciens se disaient que je ne foutais rien. Mais en même temps sur le terrain, j'étais là. J'ai pris plusieurs claques. J'ai sûrement fait quelques erreurs, et j'ai essayé par la suite de ne plus les reproduire. "

Yannis Salibur, meilleur ami d'Eden à l'époque LOSC, aujourd'hui à Guingamp, contextualise : " Quand on est arrivé en pros, il y en avait certains qui n'acceptaient pas qu'il ait une telle confiance en lui. Et il était tellement fort que les plus anciens n'arrivaient pas à l'accepter. Il y avait une part de jalousie aussi. Ils n'étaient pas habitués à ce genre de personnage : que le mec en face ait 15, 25 ou 35 ans, il allait lui parler pareil.

Aujourd'hui, c'est la même chose : il va parler au président comme à l'homme de la rue, de la même manière. Il a toujours été comme ça. Ce n'était pas de l'arrogance. C'est vrai ça pouvait être pris comme tel. Il te disait : Yannis, ce match, je vais te le gagner. Mais ce n'était pas de l'arrogance, mais la vérité. Il y avait des matches qu'il gagnait tout seul. Certains coaches se demandaient comment il était possible d'avoir une telle confiance en soi. "

" Il avait cette capacité d'éliminer quatre ou cinq joueurs en enfilade, même avec la pression de l'adversaire. Puis à mettre le pied sur le ballon. Là, le temps s'arrêtait, comme s'il l'avait suspendu pour faire une passe appropriée. Avec cette lucidité qui le caractérise alors qu'on pense qu'il va se perdre ", explique dans L'Équipe, Claude Puel, son premier coach au LOSC chez les pros. Un entraîneur réputé à poigne qui a souvent sermonné le jeune Belge.

" Puel l'a parfaitement géré ", précise papa Hazard. " Quand Eden débarquait chaussettes basses à l'entraînement, il demandait aux anciens de le tacler pour qu'il mette les jambières. C'était le métier qui rentre... "

" Ça fait 21 ans qu'on lui dit qu'il est bon "

" Récemment, au téléphone, j'ai dit à Eden : tu dois remercier Dieu, il t'a donné un don. Il m'a répondu : Ah ouais peut-être un peu ", raconte Demba Ba, ex-équipier d'Hazard à Chelsea, et l'un des meilleurs amis du capitaine des Diables.

" Est-ce qu'il connaît sa vraie valeur ? Oui. Son estime de lui est au beau fixe ( il sourit). Si quelqu'un lui dit : Eden t'es nul, Eden t'es pas à la hauteur, ça ne risque pas de l'atteindre. Depuis qu'il a 16 ans, on lui dit qu'il est bon. Le système nerveux a besoin de 21 jours pour assimiler. Pendant 21 jours, si tu dis à quelqu'un : t'es le plus beau, le plus fort, au but de 21 jours, il y croit. C'est physiologique.

Eden, ça fait 21 ans qu'on lui dit qu'il est bon. Durant ma carrière, je n'en ai pas vu beaucoup comme lui. Peut-être Hatem Ben Arfa au niveau du talent pur. À la différence qu'Eden a assimilé les codes du milieu. Le football semble facile pour lui, il est toujours juste, il fait le contrôle qu'il faut, la passe qu'il faut, quand il faut dribbler, il dribble.

Il n'y a que quand il faut frapper, qu'il ne frappe pas. Là il abuse. C'est un problème pour " nous ", pas pour lui car au final, il n'en a rien à faire. Aujourd'hui, on essaie trop de rationaliser le football. C'est devenu but et passe décisive. Mais c'est bien plus que ça au final. Et Eden l'a parfaitement compris. "

Lors de son court passage à Chelsea lors de la saison 2013-2014, Samuel Eto'o prend le jeune Hazard sous son aile. Et lui dit : " ne quitte jamais le terrain avant d'avoir affiché ton nom au marquoir que ce soit à travers un but ou une passe décisive ".

" Mais pour penser comme ça, il faut être un peu égoïste sur un terrain. Et Eden, il ne sait pas faire ça ", assure Demba Ba. Eden Hazard : " Je ne peux pas changer ça. Les coaches aimeraient que je change ça. Ils aimeraient me voir marquer plus, que je sois plus égoïste, j'essaie mais je n'y arrive pas... "

" Quand il n'a pas envie, il ne court pas "

Quand Demba arrive à Chelsea six mois après Hazard, son casier dans le vestiaire des Blues est coincé entre celui de César Azpilicueta et d'Eden. Autrement dit, entre deux extrêmes. L'international espagnol débarque quotidiennement dans le vestiaire avec l'attitude d'un capitaine alors qu'il a longtemps fait partie sous Mourinho de la bande des exclus en compagnie des Kevin De Bruyne, Mo Salah ou Demba Ba. Mais Azpi donne sa vie sur le terrain. Tous les jours, sans relâche. Aujourd'hui, il porte le brassard de l'équipe londonienne. Eden Hazard, ce n'est pas tout à fait la même histoire.

Yannis Salibur, une entente qui remonte à l'époque du LOSC., GETTY-BELGAIMAGE
Yannis Salibur, une entente qui remonte à l'époque du LOSC. © GETTY-BELGAIMAGE

" Quand il n'a pas envie, il ne court pas ", reconnaît Michy Batshuayi. Ce côté je-m'en-foutiste, Demba Ba le nuance quelque peu : " Tout ce qu'il fait, c'est par amour. Quand on lui demande : Eden faut que tu travailles, il le fait mais à sa manière. Au bout d'un moment, il faut arrêter de dire qu'il ne travaille pas, car si t'es quelqu'un qui n'a jamais de blessure, qui est à 100 % physiquement de la première journée à la dernière journée du championnat, c'est qu'il y a quelque chose qui se passe. C'est vrai aussi que génétiquement, il a été gâté. "

" Je t'aime moi non plus " avec Conte et Mourinho., GETTY-BELGAIMAGE
" Je t'aime moi non plus " avec Conte et Mourinho. © GETTY-BELGAIMAGE

Comme Neymar à Paris ou Messi au Barça, Eden Hazard reçoit quelques passe-droits. Une forme de régime aristocratique. Les mains dans le cambouis, ce n'est pas pour lui. Une règle quasi universelle, qui traverse le foot pro comme amateur, et que les joueurs-cadres des Blues appliquent sans sourciller.

" John Terry et Frank Lampard ont pris très vite conscience qu'ils avaient affaire à quelqu'un qui pouvait leur gagner un championnat. C'était le génie de l'équipe ", raconte Demba Ba.

Yannis Salibur : " Des gars comme Eden ou Neymar ont une approche différente du football. Elle leur rajoute un truc en plus, alors qu'à la base, ce sont des génies. Quand des Lampard ou des Fabregas racontent qu'Eden a les qualités pour rejoindre la caste des Ronaldo ou Messi, ça veut dire beaucoup. Ces énormes stars voient qu'il a quelque chose en plus que les autres n'ont pas. "

Avec Conte, la fracture semble irrémédiable

Cette saison fut plus compliquée. Elle rappelle celle d'avant l'EURO 2016, qui allait conduire à l'arrivée d' Antonio Conte et au départ de José Mourinho. En 2015-2016, Hazard connaît une saison quasiment vierge (4 buts). Des statistiques faméliques mais qui ne l'inquiètent pas outre-mesure.

Christian Benteke : " Lors de cette même saison, je me posais beaucoup de questions après m'être retrouvé sur le banc suite à l'arrivée de Jürgen Klopp. Eden me rassurait alors qu'il rencontrait pas mal des complications aussi. Mais lui, il relativise toujours : il y a des choses bien plus importantes dans la vie ", me répétait-il.

Entre Eden Hazard et le coach portugais, ça n'a jamais été l'amour-fou. La faute à une personnalité qui ne colle pas à celle du démiurge de Braine-le-Comte et surtout un système bien trop frigide pour que le génie de Chelsea prenne son pied. Une relation qui fait écho à celle entretenue cette saison avec Antonio Conte.

Les phases de jeu robotiques, les séances tactiques interminables combinées à la frilosité du technicien italien ont miné son rendement. Et pourtant, l'aîné des Hazard ne s'est jamais senti aussi fort que ces derniers mois. Lors de la finale de la Cup (victoire 1-0 face à Manchester), il donne quasiment à lui tout seul la victoire à ses couleurs. Mais la fracture semble irrémédiable. Et il n'est pas seul dans ce cas.

Plusieurs cadres de l'équipe ont fait passer comme message qu'ils ne voulaient plus continuer avec Conte. Pour la première fois de sa carrière, le numéro 10 de Chelsea s'est même pris la tête avec son coach à l'entraînement. Sans gravité ni conséquences, mais cela en dit long sur l'ambiance délétère qui régnait du côté de Cobham cette saison.

La direction des Blues en est parfaitement consciente et s'est mise en tête d'aller chercher un entraîneur bien plus entreprenant (les noms de Maurizio Sarri et de Laurent Blanc ont été évoqués). Pour rompre définitivement avec les années Conte et Mourinho, mais aussi pour tenter de prolonger un numéro 10 dont le contrat arrive à terme en 2020.

" Il pourrait prétendre à un Ballon d'Or dans une équipe offensive "

Demba Ba : " Il y a deux saisons, il avait connu une année assez difficile mais il faut remettre les choses dans leur contexte : dans une équipe offensive, on verrait un tout autre Eden. S'il venait à quitter Chelsea pour se retrouver dans une équipe qui joue un football plus attractif et offensif, je suis sûr qu'il pourrait prétendre à un Ballon d'Or, non pas parce qu'il va marquer plus de buts mais parce qu'il aura donné des émotions aux gens. "

Cette saison, au coeur d'un Chelsea moribond, Hazard a su tirer son épingle du jeu à plusieurs reprises. En témoignent ces statistiques à la hausse par rapport à l'an dernier, où il avait pourtant été sacré champion et élu deuxième meilleur joueur du championnat.

" Le club fait tout pour que je reste ", reconnaît Hazard. Sera-ce suffisant ? " J'ai été frustré cette saison car on a rarement bien joué ", dit-il. En cause, notamment, le manque de qualité au sein de l'effectif, même s'il ne l'avouera jamais publiquement. Hormis Fabregas, peu d'éléments trouvent grâce à ses yeux.

Au micro des médias anglais qui l'interrogeaient sur son futur, il se montrait toutefois assez clair. Sa décision dépendra des ambitions du club par rapport au manager et aux arrivées. " Quand tu as un joueur comme ça, tu fais l'équipe autour de lui. Tu le mets d'abord dans le onze et, ensuite, tu essayes de trouver des joueurs complémentaires ", assure Rudi Garcia dans L'Équipe.

Malgré les échecs en club, que ce soit en championnat ou en Ligue des Champions, Hazard n'a jamais semblé aussi fort qu'aujourd'hui. Ander Herrera, que Mourinho obligea, lors de chaque confrontation face aux Blues, à jouer l'individuelle sur Hazard, le considère ni plus ni moins comme le meilleur joueur de Premier League cette saison.

Dimanche, en conférence de presse, veille de match face au Panama, les médias anglais n'avaient d'ailleurs que le nom d'Eden Hazard à la bouche. Thibaut Courtois, venu seconder Roberto Martinez devant la presse internationale, reconnaissait la forme exceptionnelle des dernières semaines de son équipier en club et en sélection. Chez les Diables, ils sont d'ailleurs tous unanimes sur ce point.

" Il est vraiment phénoménal "

" Je n'avais jamais vu Eden à ce niveau ", témoigne Toby Alderweirteld. " Même à l'entraînement, il est phénoménal. J'espère qu'il restera à ce niveau lors des prochaines semaines. Je pense qu'il peut le faire. Il a quelque chose de spécial. Tous les adversaires ont peur de lui. Il peut marquer et il faut beaucoup de joueurs pour l'arrêter. C'est pourquoi il est si important. "

Pour Thomas Meunier, cette forme olympique est aussi mentale. " Ça fait du bien à Eden de se retrouver en sélection car la saison de Chelsea n'a pas été grandiose même si elle a été sauvée par une victoire en Cup. Le brassard, ça ne change rien chez lui. Eden n'est pas vraiment un leader naturel. C'est pas un Kompany. Mais qualitativement il est exceptionnel. Il a ce petit truc en plus que tu ne remarques pas chez les autres joueurs. Et physiquement, c'est costaud aussi.

Tu crois que c'est un petit lourdaud, mais il est massif et c'est quasiment impossible de lui prendre la balle : pied gauche, pied droit, protection, dribble en un contre un, qualité de passe, accélération : c'est un joueur extrêmement complet à qui il ne manque que le jeu de tête. Au fil des années, il s'est mis beaucoup plus au service du collectif. Il est toujours bien placé et il travaille beaucoup plus pour l'équipe. C'est une forme de maturité nouvelle. "

" Eden a maximalisé ses qualités. Il a l'intelligence, la technique. Et quand tu cours contre lui, il ne va pas bouger, c'est comme Messi ", poursuit Lieven Maesschalck, physiothérapeute des Diables et proche depuis plusieurs années du plus grand talent du football belge.

Roberto Martinez a parfaitement compris qu'il fallait tout mettre en oeuvre pour mettre dans les meilleures dispositions ses deux joueurs d'exception : Hazard et De Bruyne. Le technicien espagnol ne s'en est jamais caché, l'important pour lui, c'est de faire de la place pour que les joyaux de la couronne scintillent durant cette Coupe du Monde.

Autrement dit : un rôle-clef au milieu de terrain pour King Kev et une liberté offensive et une animation continue autour de Hazardinho. Là où De Bruyne traînait sa peine lors de l'EURO 2016, Hazard s'irritait d'être trop souvent cloîtré à son côté gauche, ce qui limitait son champ d'action. D'autant que, comme face aux Gallois, il était régulièrement cadenassé par des prises à deux voire à trois.

" C'est un joueur à part, un génie "

Longtemps, les médias ont tenté d'opposer les deux maîtres à jouer de la génération dorée. " De Bruyne serait jaloux du statut d'Hazard ", revenait régulièrement sur la table. Les deux intéressés ont, eux, régulièrement coupé court à ces fantasmes. Dernièrement encore, devant les caméras de la VRT, le métronome des Citizens a rappelé " qu'en tant qu'êtres humains, nous avons beaucoup de respect l'un pour l'autre. Eden ne change pas, il est toujours Eden : détendu et enjoué. "

" Moi, je suis relax mais lui c'est trop ", enchaîne Michy Batshuayi. " Beaucoup de joueurs ont besoin d'être focus, lui c'est tout le contraire. À Chelsea, j'étais souvent à ses côtés mais quand ça devenait très sérieux, je m'écartais de lui. C'était plus possible (il rit). C'est un joueur à part, un génie. C'est sans conteste le meilleur joueur avec lequel j'ai joué dans ma carrière. "

Directeur général adjoint du LOSC, et ex-responsable de la formation, Jean-Michel Vandamme connaît par coeur la personnalité de l'ex-pépite lilloise. " À quatorze ans et demi, nous avons eu un rendez-vous pour faire le point avec lui et François Vitali (recruteur au LOSC). Là, il me raconte sa carrière et comment elle va, selon lui, prendre son envol. Qu'il espère gagner un titre avec le LOSC et, un jour, qu'il sera obligé de partir à l'étranger pour progresser. "

© GETTY

La prophétie se réalisera. Depuis tout petit, Eden Hazard a toujours su où il allait. " Je joue quelques saisons en Premier League, puis je signe au Real Madrid, je gagne le Ballon d'Or et je termine ma carrière à 30 ans au PSG ", confie-t-il à un proche quelques mois après son arrivée chez les Blues.

Ce plan de carrière connaît pourtant quelques ratés. Certes, il a souvent été question d'un passage au Real Madrid et il en sera vraisemblablement encore question durant et après cette Coupe du Monde, même si le départ de Zinédine Zidane, dont la presse espagnole affirme qu'il serait lié à la non-venue de l'international belge, devrait compliquer son passage.

La saison dernière, alors qu'Eden planait sur la Premier League, des dirigeants madrilènes l'avaient rencontré à Bruxelles. Une blessure à la cheville droite lors d'un entraînement avec les Diables, fin mai 2017, qui l'écarta deux longs mois, allait contrarier les plans.

" Sa vie n'est pas ennuyeuse, il fait ce qu'il aime "

Quant au Ballon d'Or, il n'en a jamais été véritablement question. La faute à Messi et Ronaldo ? Pas seulement, puisque sa meilleure place fut 8e en 2015. S'il semble avoir aujourd'hui rangé au placard ses rêves de Ballon d'Or, ça n'est pas de nature à le démoraliser.

" Il est super heureux dans la vie ", témoigne son frère Thorgan. " Et il ne changera jamais. Tant mieux. Moi, quand quelque chose ne va pas, je vais l'exprimer, je ne vais pas laisser passer. C'est comme sur un terrain, si on me fait une faute, je n'oublie pas et je peux mettre un tampon derrière. Eden, lui, il encaisse, il ne dit rien. Il ne veut de problèmes avec personne. Maman est comme ça aussi... "

" Il se crée beaucoup moins de besoins que d'autres personnes ", résume Demba Ba. " Il ne va pas aller traîner avec des gens qui sont exubérants, qui vont profiter de leur célébrité. Il ne fait jamais la Une des journaux. Les gens peuvent se dire que sa vie est ennuyeuse. Mais non, il ne s'ennuie pas, il fait ce qu'il aime, il est heureux. Le plus important, c'est le temps qu'il passe avec les siens, ça vaut tout l'or du monde pour lui. "

" C'est vrai que j'ai une vie pépère, sans embrouille ", reconnaît Eden. " Je profite de la vie mais sans faire d'excès. T'inquiète, j'ai déjà été bourré dans ma vie, mais c'est juste que ça ne fait pas la Une des journaux ( il sourit). Mais il ne faut pas toujours faire des trucs insensés pour être heureux. "

" Chez Eden, il y a un forme d'insouciance chez lui, tout en étant conscient ", poursuit Benteke. " C'est un adulte, il est marié, il a trois enfants. Il connaît parfaitement ses priorités. "

" Le jour où je ne trouverai plus le plaisir sur un terrain, je sais qu'il sera temps d'arrêter " observe Eden. " Il y a pas mal de choses que je n'aime pas dans le foot : la médiatisation, les voyages, l'éloignement avec sa famille. On n'est évidemment pas à plaindre. Mais il y a des choses plus importantes que le foot. "

Par Thomas Bricmont

Une retraite à San Diego ?

Si, à 27 ans, il est bien trop tôt pour parler de retraite, Eden espère plus tard " se poser en famille au soleil et siroter quelques cocktails. " Le soleil californien pourrait d'ailleurs être le point de chute idéal. L'an dernier, on a appris qu'Eden Hazard allait s'investir dans le club 1904 FC San Diego (membre de la NASL, sorte de succursale de MLS).

Demba Ba, l'un des initiateurs du projet, précise toutefois : " Eden n'a rien investi. Je voulais qu'il soit partie prenante dans le projet mais je ne voulais pas qu'il y mette un euro. Il est représentant du club, il a des parts dans le club grâce à son image car son image vaut énormément d'argent. Il fait donc partie des shareholders, aux côtés de Moussa Saw et Yohan Cabaye, tout un groupe de personnes qui partagent les mêmes valeurs.

Ça fait deux-trois ans qu'on est occupé avec ce projet. Eden viendra à San Diego quand tout sera parfaitement en place. En tout cas, c'est une ville qui lui conviendrait parfaitement. Lui qui aime énormément Marbella, il ne sera pas dépaysé. "

Duo sur canapé avec son pote Christian Benteke., PG/RTBF
Duo sur canapé avec son pote Christian Benteke. © PG/RTBF
Toute la famille Hazard sur le terrain à Stamford Bridge., GETTY-BELGAIMAGE
Toute la famille Hazard sur le terrain à Stamford Bridge. © GETTY-BELGAIMAGE
Pas moyen d'être sérieux avec Michy Batshuayi., GETTY-BELGAIMAGE
Pas moyen d'être sérieux avec Michy Batshuayi. © GETTY-BELGAIMAGE
Scène de vie presque quotidienne en Russie. Après un début d'échange, notre interlocuteur local nous demande d'où l'on vient. Réponse : " Belgium ". Pas de réaction. On tente un " Belgica " pour la forme. Toujours rien. Par dépit, on lance un " Eden Hazard ". Là, ça mord directement à l'hameçon. Même si on n'est pas vraiment convaincu que la personne en face de nous situe dans quelle équipe nationale le numéro 10 de Chelsea évolue. Depuis plusieurs années, le nom " Hazard " résonne bien au-delà des deux côtés de Quiévrain. Eden Hazard est une figure internationale qui pèse de plus en plus lourd. Exemple, cette pub récente où l'on peut le voir s'exprimer en chinois vantant un produit local. Il est également l'un des récents étendards, aux côtés de Mesut Özil ou Harry Kane, de la célèbre marque d'écouteurs de Dr Dre. Il y a deux ans, à quelques hectomètres de l'aéroport de Bangkok, quand Chelsea avait encore comme sponsor maillot une grande marque coréenne de téléphonie, le phénomène des Blues était représenté en pied sur une cinquantaine de mètres le long d'un des nombreux gratte-ciel de la capitale thaïlandaise. Un ramdam publicitaire qui ne semble n'avoir aucun effet sur lui. Ni sur son jeu, parfois trop altruiste. Ni sur sa personnalité hors-normes. La presse tendance tabloïd a pourtant essayé peu après sa majorité de lui coller l'étiquette de sale gosse arrogant, un ersatz de racaille même. Arrivé au centre de formation du LOSC à 14 ans, Eden a côtoyé de nombreux joueurs de banlieue parisienne. Il en a adopté les codes, voire les tics de langage. Encore aujourd'hui, sa décontraction, survêt-claquette, est une réminiscence de cette époque. En 2011, une équipe de la VRT avait surpris le jeune international en train de manger un hamburger devant le stade national alors que le match face à la Turquie n'était pas encore fini. Sacrilège ! Tollé ! Une grossière histoire belge montée en épingle dont Georges Leekens allait tenter de profiter. Sans résultat. " Aujourd'hui, il ferait exactement la même chose, mais loin des caméras ", assure son père, Thierry. Et si Eden Hazard venait à croiser l'actuel coach de la Hongrie, il le saluerait avec plaisir. L'homme n'est pas rancunier et surtout, il déteste les conflits. " Ça ne fait pas partie de sa nature. Il n'en voit pas l'utilité ", poursuit son père. " Il préfère regarder les bonnes choses de la vie. Il n'est jamais anxieux ou stressé. Je pense d'ailleurs que mon fils vivra vieux ", sourit sa mère, Carine. On ne se fâche pas avec Eden Hazard. Et pourtant, il a pris quelques claques à son arrivée dans le noyau professionnel du LOSC en 2007 alors qu'il a tout juste 16 ans. Aujourd'hui, Eden en rigole. " Ça faisait partie de l'apprentissage d'un petit nouveau qui débarque dans un vestiaire d'adultes. Arrogant ? Non, c'est ce que les gens pensaient peut-être à cause de mon jeu. J'étais un petit qui voulait se montrer, alors que les anciens se disaient que je ne foutais rien. Mais en même temps sur le terrain, j'étais là. J'ai pris plusieurs claques. J'ai sûrement fait quelques erreurs, et j'ai essayé par la suite de ne plus les reproduire. " Yannis Salibur, meilleur ami d'Eden à l'époque LOSC, aujourd'hui à Guingamp, contextualise : " Quand on est arrivé en pros, il y en avait certains qui n'acceptaient pas qu'il ait une telle confiance en lui. Et il était tellement fort que les plus anciens n'arrivaient pas à l'accepter. Il y avait une part de jalousie aussi. Ils n'étaient pas habitués à ce genre de personnage : que le mec en face ait 15, 25 ou 35 ans, il allait lui parler pareil. Aujourd'hui, c'est la même chose : il va parler au président comme à l'homme de la rue, de la même manière. Il a toujours été comme ça. Ce n'était pas de l'arrogance. C'est vrai ça pouvait être pris comme tel. Il te disait : Yannis, ce match, je vais te le gagner. Mais ce n'était pas de l'arrogance, mais la vérité. Il y avait des matches qu'il gagnait tout seul. Certains coaches se demandaient comment il était possible d'avoir une telle confiance en soi. " " Il avait cette capacité d'éliminer quatre ou cinq joueurs en enfilade, même avec la pression de l'adversaire. Puis à mettre le pied sur le ballon. Là, le temps s'arrêtait, comme s'il l'avait suspendu pour faire une passe appropriée. Avec cette lucidité qui le caractérise alors qu'on pense qu'il va se perdre ", explique dans L'Équipe, Claude Puel, son premier coach au LOSC chez les pros. Un entraîneur réputé à poigne qui a souvent sermonné le jeune Belge. " Puel l'a parfaitement géré ", précise papa Hazard. " Quand Eden débarquait chaussettes basses à l'entraînement, il demandait aux anciens de le tacler pour qu'il mette les jambières. C'était le métier qui rentre... " " Récemment, au téléphone, j'ai dit à Eden : tu dois remercier Dieu, il t'a donné un don. Il m'a répondu : Ah ouais peut-être un peu ", raconte Demba Ba, ex-équipier d'Hazard à Chelsea, et l'un des meilleurs amis du capitaine des Diables. " Est-ce qu'il connaît sa vraie valeur ? Oui. Son estime de lui est au beau fixe ( il sourit). Si quelqu'un lui dit : Eden t'es nul, Eden t'es pas à la hauteur, ça ne risque pas de l'atteindre. Depuis qu'il a 16 ans, on lui dit qu'il est bon. Le système nerveux a besoin de 21 jours pour assimiler. Pendant 21 jours, si tu dis à quelqu'un : t'es le plus beau, le plus fort, au but de 21 jours, il y croit. C'est physiologique. Eden, ça fait 21 ans qu'on lui dit qu'il est bon. Durant ma carrière, je n'en ai pas vu beaucoup comme lui. Peut-être Hatem Ben Arfa au niveau du talent pur. À la différence qu'Eden a assimilé les codes du milieu. Le football semble facile pour lui, il est toujours juste, il fait le contrôle qu'il faut, la passe qu'il faut, quand il faut dribbler, il dribble. Il n'y a que quand il faut frapper, qu'il ne frappe pas. Là il abuse. C'est un problème pour " nous ", pas pour lui car au final, il n'en a rien à faire. Aujourd'hui, on essaie trop de rationaliser le football. C'est devenu but et passe décisive. Mais c'est bien plus que ça au final. Et Eden l'a parfaitement compris. " Lors de son court passage à Chelsea lors de la saison 2013-2014, Samuel Eto'o prend le jeune Hazard sous son aile. Et lui dit : " ne quitte jamais le terrain avant d'avoir affiché ton nom au marquoir que ce soit à travers un but ou une passe décisive ". " Mais pour penser comme ça, il faut être un peu égoïste sur un terrain. Et Eden, il ne sait pas faire ça ", assure Demba Ba. Eden Hazard : " Je ne peux pas changer ça. Les coaches aimeraient que je change ça. Ils aimeraient me voir marquer plus, que je sois plus égoïste, j'essaie mais je n'y arrive pas... " Quand Demba arrive à Chelsea six mois après Hazard, son casier dans le vestiaire des Blues est coincé entre celui de César Azpilicueta et d'Eden. Autrement dit, entre deux extrêmes. L'international espagnol débarque quotidiennement dans le vestiaire avec l'attitude d'un capitaine alors qu'il a longtemps fait partie sous Mourinho de la bande des exclus en compagnie des Kevin De Bruyne, Mo Salah ou Demba Ba. Mais Azpi donne sa vie sur le terrain. Tous les jours, sans relâche. Aujourd'hui, il porte le brassard de l'équipe londonienne. Eden Hazard, ce n'est pas tout à fait la même histoire. " Quand il n'a pas envie, il ne court pas ", reconnaît Michy Batshuayi. Ce côté je-m'en-foutiste, Demba Ba le nuance quelque peu : " Tout ce qu'il fait, c'est par amour. Quand on lui demande : Eden faut que tu travailles, il le fait mais à sa manière. Au bout d'un moment, il faut arrêter de dire qu'il ne travaille pas, car si t'es quelqu'un qui n'a jamais de blessure, qui est à 100 % physiquement de la première journée à la dernière journée du championnat, c'est qu'il y a quelque chose qui se passe. C'est vrai aussi que génétiquement, il a été gâté. " Comme Neymar à Paris ou Messi au Barça, Eden Hazard reçoit quelques passe-droits. Une forme de régime aristocratique. Les mains dans le cambouis, ce n'est pas pour lui. Une règle quasi universelle, qui traverse le foot pro comme amateur, et que les joueurs-cadres des Blues appliquent sans sourciller. " John Terry et Frank Lampard ont pris très vite conscience qu'ils avaient affaire à quelqu'un qui pouvait leur gagner un championnat. C'était le génie de l'équipe ", raconte Demba Ba. Yannis Salibur : " Des gars comme Eden ou Neymar ont une approche différente du football. Elle leur rajoute un truc en plus, alors qu'à la base, ce sont des génies. Quand des Lampard ou des Fabregas racontent qu'Eden a les qualités pour rejoindre la caste des Ronaldo ou Messi, ça veut dire beaucoup. Ces énormes stars voient qu'il a quelque chose en plus que les autres n'ont pas. " Cette saison fut plus compliquée. Elle rappelle celle d'avant l'EURO 2016, qui allait conduire à l'arrivée d' Antonio Conte et au départ de José Mourinho. En 2015-2016, Hazard connaît une saison quasiment vierge (4 buts). Des statistiques faméliques mais qui ne l'inquiètent pas outre-mesure. Christian Benteke : " Lors de cette même saison, je me posais beaucoup de questions après m'être retrouvé sur le banc suite à l'arrivée de Jürgen Klopp. Eden me rassurait alors qu'il rencontrait pas mal des complications aussi. Mais lui, il relativise toujours : il y a des choses bien plus importantes dans la vie ", me répétait-il. Entre Eden Hazard et le coach portugais, ça n'a jamais été l'amour-fou. La faute à une personnalité qui ne colle pas à celle du démiurge de Braine-le-Comte et surtout un système bien trop frigide pour que le génie de Chelsea prenne son pied. Une relation qui fait écho à celle entretenue cette saison avec Antonio Conte. Les phases de jeu robotiques, les séances tactiques interminables combinées à la frilosité du technicien italien ont miné son rendement. Et pourtant, l'aîné des Hazard ne s'est jamais senti aussi fort que ces derniers mois. Lors de la finale de la Cup (victoire 1-0 face à Manchester), il donne quasiment à lui tout seul la victoire à ses couleurs. Mais la fracture semble irrémédiable. Et il n'est pas seul dans ce cas. Plusieurs cadres de l'équipe ont fait passer comme message qu'ils ne voulaient plus continuer avec Conte. Pour la première fois de sa carrière, le numéro 10 de Chelsea s'est même pris la tête avec son coach à l'entraînement. Sans gravité ni conséquences, mais cela en dit long sur l'ambiance délétère qui régnait du côté de Cobham cette saison. La direction des Blues en est parfaitement consciente et s'est mise en tête d'aller chercher un entraîneur bien plus entreprenant (les noms de Maurizio Sarri et de Laurent Blanc ont été évoqués). Pour rompre définitivement avec les années Conte et Mourinho, mais aussi pour tenter de prolonger un numéro 10 dont le contrat arrive à terme en 2020. Demba Ba : " Il y a deux saisons, il avait connu une année assez difficile mais il faut remettre les choses dans leur contexte : dans une équipe offensive, on verrait un tout autre Eden. S'il venait à quitter Chelsea pour se retrouver dans une équipe qui joue un football plus attractif et offensif, je suis sûr qu'il pourrait prétendre à un Ballon d'Or, non pas parce qu'il va marquer plus de buts mais parce qu'il aura donné des émotions aux gens. " Cette saison, au coeur d'un Chelsea moribond, Hazard a su tirer son épingle du jeu à plusieurs reprises. En témoignent ces statistiques à la hausse par rapport à l'an dernier, où il avait pourtant été sacré champion et élu deuxième meilleur joueur du championnat. " Le club fait tout pour que je reste ", reconnaît Hazard. Sera-ce suffisant ? " J'ai été frustré cette saison car on a rarement bien joué ", dit-il. En cause, notamment, le manque de qualité au sein de l'effectif, même s'il ne l'avouera jamais publiquement. Hormis Fabregas, peu d'éléments trouvent grâce à ses yeux. Au micro des médias anglais qui l'interrogeaient sur son futur, il se montrait toutefois assez clair. Sa décision dépendra des ambitions du club par rapport au manager et aux arrivées. " Quand tu as un joueur comme ça, tu fais l'équipe autour de lui. Tu le mets d'abord dans le onze et, ensuite, tu essayes de trouver des joueurs complémentaires ", assure Rudi Garcia dans L'Équipe. Malgré les échecs en club, que ce soit en championnat ou en Ligue des Champions, Hazard n'a jamais semblé aussi fort qu'aujourd'hui. Ander Herrera, que Mourinho obligea, lors de chaque confrontation face aux Blues, à jouer l'individuelle sur Hazard, le considère ni plus ni moins comme le meilleur joueur de Premier League cette saison. Dimanche, en conférence de presse, veille de match face au Panama, les médias anglais n'avaient d'ailleurs que le nom d'Eden Hazard à la bouche. Thibaut Courtois, venu seconder Roberto Martinez devant la presse internationale, reconnaissait la forme exceptionnelle des dernières semaines de son équipier en club et en sélection. Chez les Diables, ils sont d'ailleurs tous unanimes sur ce point. " Je n'avais jamais vu Eden à ce niveau ", témoigne Toby Alderweirteld. " Même à l'entraînement, il est phénoménal. J'espère qu'il restera à ce niveau lors des prochaines semaines. Je pense qu'il peut le faire. Il a quelque chose de spécial. Tous les adversaires ont peur de lui. Il peut marquer et il faut beaucoup de joueurs pour l'arrêter. C'est pourquoi il est si important. " Pour Thomas Meunier, cette forme olympique est aussi mentale. " Ça fait du bien à Eden de se retrouver en sélection car la saison de Chelsea n'a pas été grandiose même si elle a été sauvée par une victoire en Cup. Le brassard, ça ne change rien chez lui. Eden n'est pas vraiment un leader naturel. C'est pas un Kompany. Mais qualitativement il est exceptionnel. Il a ce petit truc en plus que tu ne remarques pas chez les autres joueurs. Et physiquement, c'est costaud aussi. Tu crois que c'est un petit lourdaud, mais il est massif et c'est quasiment impossible de lui prendre la balle : pied gauche, pied droit, protection, dribble en un contre un, qualité de passe, accélération : c'est un joueur extrêmement complet à qui il ne manque que le jeu de tête. Au fil des années, il s'est mis beaucoup plus au service du collectif. Il est toujours bien placé et il travaille beaucoup plus pour l'équipe. C'est une forme de maturité nouvelle. " " Eden a maximalisé ses qualités. Il a l'intelligence, la technique. Et quand tu cours contre lui, il ne va pas bouger, c'est comme Messi ", poursuit Lieven Maesschalck, physiothérapeute des Diables et proche depuis plusieurs années du plus grand talent du football belge. Roberto Martinez a parfaitement compris qu'il fallait tout mettre en oeuvre pour mettre dans les meilleures dispositions ses deux joueurs d'exception : Hazard et De Bruyne. Le technicien espagnol ne s'en est jamais caché, l'important pour lui, c'est de faire de la place pour que les joyaux de la couronne scintillent durant cette Coupe du Monde. Autrement dit : un rôle-clef au milieu de terrain pour King Kev et une liberté offensive et une animation continue autour de Hazardinho. Là où De Bruyne traînait sa peine lors de l'EURO 2016, Hazard s'irritait d'être trop souvent cloîtré à son côté gauche, ce qui limitait son champ d'action. D'autant que, comme face aux Gallois, il était régulièrement cadenassé par des prises à deux voire à trois. Longtemps, les médias ont tenté d'opposer les deux maîtres à jouer de la génération dorée. " De Bruyne serait jaloux du statut d'Hazard ", revenait régulièrement sur la table. Les deux intéressés ont, eux, régulièrement coupé court à ces fantasmes. Dernièrement encore, devant les caméras de la VRT, le métronome des Citizens a rappelé " qu'en tant qu'êtres humains, nous avons beaucoup de respect l'un pour l'autre. Eden ne change pas, il est toujours Eden : détendu et enjoué. " " Moi, je suis relax mais lui c'est trop ", enchaîne Michy Batshuayi. " Beaucoup de joueurs ont besoin d'être focus, lui c'est tout le contraire. À Chelsea, j'étais souvent à ses côtés mais quand ça devenait très sérieux, je m'écartais de lui. C'était plus possible (il rit). C'est un joueur à part, un génie. C'est sans conteste le meilleur joueur avec lequel j'ai joué dans ma carrière. " Directeur général adjoint du LOSC, et ex-responsable de la formation, Jean-Michel Vandamme connaît par coeur la personnalité de l'ex-pépite lilloise. " À quatorze ans et demi, nous avons eu un rendez-vous pour faire le point avec lui et François Vitali (recruteur au LOSC). Là, il me raconte sa carrière et comment elle va, selon lui, prendre son envol. Qu'il espère gagner un titre avec le LOSC et, un jour, qu'il sera obligé de partir à l'étranger pour progresser. " La prophétie se réalisera. Depuis tout petit, Eden Hazard a toujours su où il allait. " Je joue quelques saisons en Premier League, puis je signe au Real Madrid, je gagne le Ballon d'Or et je termine ma carrière à 30 ans au PSG ", confie-t-il à un proche quelques mois après son arrivée chez les Blues. Ce plan de carrière connaît pourtant quelques ratés. Certes, il a souvent été question d'un passage au Real Madrid et il en sera vraisemblablement encore question durant et après cette Coupe du Monde, même si le départ de Zinédine Zidane, dont la presse espagnole affirme qu'il serait lié à la non-venue de l'international belge, devrait compliquer son passage. La saison dernière, alors qu'Eden planait sur la Premier League, des dirigeants madrilènes l'avaient rencontré à Bruxelles. Une blessure à la cheville droite lors d'un entraînement avec les Diables, fin mai 2017, qui l'écarta deux longs mois, allait contrarier les plans. Quant au Ballon d'Or, il n'en a jamais été véritablement question. La faute à Messi et Ronaldo ? Pas seulement, puisque sa meilleure place fut 8e en 2015. S'il semble avoir aujourd'hui rangé au placard ses rêves de Ballon d'Or, ça n'est pas de nature à le démoraliser. " Il est super heureux dans la vie ", témoigne son frère Thorgan. " Et il ne changera jamais. Tant mieux. Moi, quand quelque chose ne va pas, je vais l'exprimer, je ne vais pas laisser passer. C'est comme sur un terrain, si on me fait une faute, je n'oublie pas et je peux mettre un tampon derrière. Eden, lui, il encaisse, il ne dit rien. Il ne veut de problèmes avec personne. Maman est comme ça aussi... " " Il se crée beaucoup moins de besoins que d'autres personnes ", résume Demba Ba. " Il ne va pas aller traîner avec des gens qui sont exubérants, qui vont profiter de leur célébrité. Il ne fait jamais la Une des journaux. Les gens peuvent se dire que sa vie est ennuyeuse. Mais non, il ne s'ennuie pas, il fait ce qu'il aime, il est heureux. Le plus important, c'est le temps qu'il passe avec les siens, ça vaut tout l'or du monde pour lui. " " C'est vrai que j'ai une vie pépère, sans embrouille ", reconnaît Eden. " Je profite de la vie mais sans faire d'excès. T'inquiète, j'ai déjà été bourré dans ma vie, mais c'est juste que ça ne fait pas la Une des journaux ( il sourit). Mais il ne faut pas toujours faire des trucs insensés pour être heureux. " " Chez Eden, il y a un forme d'insouciance chez lui, tout en étant conscient ", poursuit Benteke. " C'est un adulte, il est marié, il a trois enfants. Il connaît parfaitement ses priorités. " " Le jour où je ne trouverai plus le plaisir sur un terrain, je sais qu'il sera temps d'arrêter " observe Eden. " Il y a pas mal de choses que je n'aime pas dans le foot : la médiatisation, les voyages, l'éloignement avec sa famille. On n'est évidemment pas à plaindre. Mais il y a des choses plus importantes que le foot. "Par Thomas Bricmont