Minuit n'est plus très loin. Il est, en tout cas, bien trop tard pour un coup de téléphone anodin. Alors, quand Peter Verbeke voit le nom de Vincent Kompany s'afficher sur son écran pour l'un des derniers soirs de l'année 2020, le directeur sportif des Mauves comprend instantanément l'importance de l'appel. Découvrant le départ d' Ivan Leko de l'Antwerp, direction la Chine, le coach du Sporting presse Verbeke de repartir à la charge pour convaincre Edward Still d'intégrer son staff à Neerpede. Quelques mois plus tôt, avant de redevenir l'adjoint du Croate au Bosuil après avoir déjà travaillé sous ses ordres à Saint-Trond et à Bruges, Still avait effectivement longuement discuté avec Kompany et Franky Vercauteren pour rejoindre la maison mauve. Une requête déjà venue de Vince The Prince, particulièrement séduit par les apparitions d'Edward sur le plateau de La Tribune et conforté dans son opinion avantageuse du jeune trentenaire par Peter Verbeke, qui avait côtoyé l'aîné des frères Still lors de leur période brugeoise.
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Minuit n'est plus très loin. Il est, en tout cas, bien trop tard pour un coup de téléphone anodin. Alors, quand Peter Verbeke voit le nom de Vincent Kompany s'afficher sur son écran pour l'un des derniers soirs de l'année 2020, le directeur sportif des Mauves comprend instantanément l'importance de l'appel. Découvrant le départ d' Ivan Leko de l'Antwerp, direction la Chine, le coach du Sporting presse Verbeke de repartir à la charge pour convaincre Edward Still d'intégrer son staff à Neerpede. Quelques mois plus tôt, avant de redevenir l'adjoint du Croate au Bosuil après avoir déjà travaillé sous ses ordres à Saint-Trond et à Bruges, Still avait effectivement longuement discuté avec Kompany et Franky Vercauteren pour rejoindre la maison mauve. Une requête déjà venue de Vince The Prince, particulièrement séduit par les apparitions d'Edward sur le plateau de La Tribune et conforté dans son opinion avantageuse du jeune trentenaire par Peter Verbeke, qui avait côtoyé l'aîné des frères Still lors de leur période brugeoise. Finalement, Edward Still avait préféré attendre Ivan Leko. Le fruit d'une rencontre aux airs de coup de foudre professionnel au coeur du printemps 2016, quand l'ancien meneur de jeu succède à Chris O'Loughlin à la tête de Saint-Trond. En faisant le point en compagnie du staff déjà en place, le Croate avait alors fait la connaissance d'un analyste présent au club depuis quelques mois à peine. Edward avait remplacé son frère Will, parti au Standard dans les valises de Yannick Ferrera dans la foulée d'un début de saison réussi. Aux tables du Stayen Grand Café, Ivan Leko voit débarquer un homme aux bras remplis de fardes, elles-mêmes débordantes de données collectées lors de la saison pour analyser minutieusement les prestations limbourgeoises. Avant de parler du STVV, les deux hommes parlent de football. Le nouveau coach veut connaître les idées et les motivations de celui qui deviendra son bras droit, dans la foulée de ce crush instantané. Lancé dans le bain professionnel en envoyant son CV et une lettre de motivation à Philippe Bormans, actuel CEO de l'Union alors aux manettes des Canaris, le Brabançon d'adoption découvre l'envers d'un décor qu'il avait l'habitude de côtoyer depuis les tribunes de l'ancien Staaienveld, rendez-vous fréquent des week-ends en famille quelques années plus tôt. "À l'époque, Chris m'avait mis capitaine, mais il ne parlait qu'anglais et le mien n'était pas ouf", se rappelle William Dutoit, dernier rempart des Trudonnaires. "Edward faisait la traduction, mais plus globalement le lien entre Chris et moi. C'est quelqu'un qui cherche le rapport humain, il se base bien plus là-dessus que sur les datas. C'est clair qu'il est très fort dans ses analyses, mais il est dans le concret et le visuel. Ce n'est pas le genre à t'abreuver d'infos pour faire le show. Sa première analyse vidéo, elle n'a peut-être duré que quinze minutes, mais c'était hyper carré et en trois langues. On a directement compris qu'on avait affaire à du costaud." Ivan Leko comprend très vite, lui aussi. À tel point que quand Bruges frappe à sa porte pour succéder à Michel Preud'homme sur le banc des Blauw en Zwart, le Croate souhaite emporter son jeune assistant dans ses valises. Dans l'urgence, Still est contraint d'écourter son voyage de noces de l'autre côté de l'Atlantique, et finit sa lune de miel par un tête-à-tête avec Vincent Mannaert à Strombeek, dans le château de Bart Verhaeghe. "C'est lui qui avait pris la décision de revenir plus tôt de son voyage", se souvient le manager du Club. "Il est arrivé hyper préparé, très structuré dans son phrasé, et il a tout de suite fait bonne impression." Le contrat est au bout d'un entretien de plusieurs heures, lors duquel Mannaert épluche minutieusement la vie d'un passionné de football, amoureux de West Ham, à l'humour british pince-sans-rire et membre d'une famille qui a "le foot dans le sang". Au Club, les fonctions d'Edward dépassent souvent le cadre des séances d'entraînement. En plus d'analyser l'adversaire avec une précision rare, cherchant parfois longtemps, mais souvent avec succès la faille dans l'organisation défensive et la manière idéale de l'exploiter, il passe du temps sur le terrain pour du perfectionnement individuel. "Certains joueurs-clés ont fait des progrès énormes grâce à ce travail", se rappelle Ivan Leko. "Edward a beaucoup bossé avec Abdoulay Diaby et Wesley, puis encore avec Siebe Schrijvers et Loïs Openda. Aujourd'hui épanoui de l'autre côté de la frontière, Openda n'a pas oublié les conseils de l'ancien adjoint des Blauw en Zwart: "La seule chose qui le rendait heureux, c'était quand je faisais un beau plat du pied dans le coin du but. En match, si j'arrivais à reproduire ça, je le voyais exploser sur son banc. On avait vraiment une belle relation. Sans lui, je ne suis pas sûr que j'en serais là aujourd'hui. Il croyait en moi comme personne. Il m'a donné de la force, de l'énergie et une confiance en moi maximale." Soutien indéfectible de son coach quand la tourmente du Footgate s'abat sur lui, Edward Still ne suit pourtant pas le Croate jusque dans le Golfe, où Leko prend en mains la destinée d'Al-Ain. "J'avais besoin de me ressourcer mentalement", explique celui que l'on voit alors apparaître sur le plateau de la RTBF, pour des chroniques orientées tactiques dans La Tribune qui tapent dans l'oeil d' Hein Vanhaezebrouck, consultant occasionnel de l'émission, mais aussi de Vincent Kompany. Consultant pour la Vlerick Business School en parallèle, grâce à son master universitaire en management, l'aîné de la fratrie Still ne lâche pas d'un oeil l'évolution du football, belge ou international, qu'il dévore à grandes bouchées chaque week-end. Le retour sur la scène du jeu national d'Edward Still coïncide avec celui d'Ivan Leko, propulsé à la tête de l'ambitieux projet anversois. Également présent dans le staff brugeois, Rudi Cossey achève de compléter un trio sacré champion de Belgique deux ans plus tôt. "La répartition de nos rôles était assez claire", détaille celui qui est aujourd'hui toujours au Great Old, en tant qu'adjoint de Vercauteren. "Moi, je coachais sur le terrain, et Edward était plus centré sur l'analyse de l'équipe ou de l'adversaire. En Chine, il avait un rôle plus complet, puisqu'il est devenu T2." Souvent, Cossey semble vivre dans un monde à part quand Leko et Still échangent à la table du petit-déjeuner sur les derniers matches du Leipzig de Julian Nagelsmann, du 'Gladbach de Marco Rose ou du Hellas Vérone d' Ivan Juric. Casanier convaincu, l'éternel adjoint laisse le duo filer de concert vers la Chine au bout de l'année 2020, et prendre la direction d'un club de Shanghai où Oscar et Marko Arnautovic font office de stars locales. Sans plan de carrière qui va plus loin que le prochain match, mais avec l'idée de ne pas laisser la Belgique définitivement derrière lui, Edward Still tente donc l'aventure chinoise, après s'être renseigné sur le pays aussi soigneusement qu'il ne le fait sur les adversaires qu'il affronte. "C'est quelqu'un qui a réellement investi dans sa carrière", analyse Vincent Mannaert. "Ce poste à Charleroi, c'est le résultat de son investissement ici, à Saint-Trond, à l'Antwerp et en Chine. Il ne pouvait pas refuser. Peut-être aussi qu'il se disait qu'il ne voulait pas courir en arrière par rapport à son frère." Nommé coach du Beerschot suite au départ d' Hernán Losada pour la MLS, Will aurait-il indirectement titillé les envies d'émancipation de son frère? "Il y a toujours eu chez lui l'ambition de devenir T1. Ça, il ne peut pas le cacher", embraie Rudi Cossey. Sa présence future à la tête de Charleroi est d'ailleurs le fruit d'une candidature spontanée, envoyée directement à un Mehdi Bayat impressionné par la profondeur d'analyse et le sens du détail de la présentation préparée avec le soin de toujours par Edward Still. Dans les travées du Pays Noir, il se dit d'ailleurs que l'administrateur-délégué des Zèbres n'avait plus été aussi épaté par un homme de football depuis sa rencontre avec Roberto Martínez. "Je connais aussi bien Edward que Will et tous les deux, c'est difficile de leur donner un âge, parce qu'ils dégagent une maturité incroyable", confirme William Dutoit. "On ne pense jamais au fait qu'ils soient jeunes, parce qu'ils se font tout de suite respecter par leur connaissance et leur savoir-faire. Ce sont tout, sauf des imposteurs." Mehdi Bayat en semble convaincu. Au point de confier le futur de Charleroi à un jeune trentenaire qui n'a plus enfilé le costume d'entraîneur principal depuis les années où il coachait des équipes de jeunes dans le Brabant Wallon. La conséquence audacieuse d'un coup de foudre de plus, pour celui qui est visiblement passé maître dans l'art de faire bonne impression, et de ne jamais la démentir par la suite. La dernière équation à résoudre dans la trajectoire d'Edward Still sera finalement de savoir si l'étudiant minutieux du jeu en deviendra un brillant professeur.