Petit à petit, Roland Duchâtelet se retire du football, après avoir été actif à Saint-Trond, au Standard et dans plusieurs clubs étrangers. Ce n'est pas pour autant que l'homme n'a plus d'avis sur la question: "J'aurais laissé le championnat se poursuivre normalement, mais seulement avec des gens de moins de 45 ans dans les tribunes."

Qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans le football, pendant cette crise sanitaire?

Roland Duchâtelet: Peu de choses, parce que le football belge se préoccupe rarement des problèmes fondamentaux, et encore moins du thème suivant: que devons-nous faire pour améliorer notre produit? Etant donné qu'ils n'ont aucune capacité analytique, ils se rangent derrière ce que les politiciens ont décidé. Autrement, ils auraient découvert eux-mêmes que le virus n'a presque aucun impact sur les gens de moins de 45 ans. Ils auraient donc parfaitement pu continuer à jouer, avec un public de moins de 45 ans.

Et si un joueur avait été infecté?

Duchâtelet: Ce serait peut-être arrivé, mais ils auraient été rétablis en l'espace de quelques semaines, comme cela arrive avec une simple grippe. Les informations sur lesquelles je me base sont disponibles depuis le 17 février. Ce sont des données qui viennent de Chine et qui ont été confirmées par une enquête ultérieure. Ils ne peuvent donc pas dire: qu'est-ce que Roland Duchâtelet sort encore de nulle part? Le 17 février: c'était bien avant que nous ayons tout fermé ici.

Les politiciens ont fait une grave erreur en ne séparant pas les gens de plus de 45 ans et les plus jeunes. Et le football en a été la victime, parce qu'ils réfléchissent peu par eux-mêmes et n'avaient donc pas anticipé.

Si vous aviez encore siégé à la Pro League, qu'auriez-vous prôné? Arrêter ou jouer?

Duchâtelet: J'aurais proposé de jouer tous les matches restants avec des gens de moins de 45 ans dans les tribunes, s'ils voulaient venir. Certains seraient tombés malades, et deux semaines plus tard ils auraient été immunisés. Jouer sans public, je trouve que ça n'a pas de sens.

Si le football avait continué, ou s'il reprenait dans les jours qui viennent, vous verrait-on dans les stades?

Duchâtelet: Non, parce que je fais partie du groupe à risque. J'ai plus de 45 ans. À moins qu'un vaccin soit trouvé entre-temps, cela résoudrait tout.

"Dans le football belge, les conflits d'intérêts sont une véritable honte."

Quelle solution d'avenir voyez-vous pour le football belge?

Duchâtelet: La BeNeLigue, comme je l'avais déjà proposé une première fois en 2007, puis encore en 2012. La première fois, les clubs belges m'avaient ri au nez, on n'avait même pas voulu regarder mes arguments. La seconde, les clubs belges étaient avec moi, ainsi que la plupart des clubs hollandais, dont Feyenoord et le PSV. C'est l'Ajax qui a fait capoter le plan. S'ils n'avaient pas résisté à l'époque, on jouerait déjà la BeNeLigue.

Le sujet est revenu à la table. Vous pensez qu'on finira par y arriver un jour ou l'autre?

Duchâtelet: Non, je ne pense pas que ce sera différent des deux premières fois, parce que la corporate governance ne s'est pas beaucoup améliorée. Le patron de la Pro League est à nouveau un président de club. En cas de décision à prendre, ce président balancera toujours entre deux sentiments. Si ce n'est pas bon pour son club, il est déjà coincé.

Dans le football belge, les conflits d'intérêts sont une véritable honte. Que Mehdi Bayat soit président de la fédération le prouve. Ca ne changera jamais, à moins que les autorités belges s'en mêlent comme ça s'est passé en Espagne. Mais ici, ce n'est pas une priorité pour les autorités, et les gens du monde du football ne sont pas capables de se réinventer.

"Une compétition de 20 clubs avec un seul descendant, c'est mortel."

Vous restez toujours partisan de cette BeNeLigue?

Duchâtelet: Dans le sport professionnel, vous avez deux modèles: l'Américain, avec une ligue fermée, qui est financièrement plus attrayant pour les investisseurs parce qu'il garantit un meilleur rendement; ou l'européen, où un petit club peut partir de rien pour devenir une équipe fantastique ou, à l'inverse, un géant historique peut disparaître en un rien de temps. Dans ce système, le pire est une compétition de 20 clubs avec un seul descendant. C'est mortel.

Combien en faut-il alors?

Duchâtelet: Dans mes simulations pour la BeNeLigue, je partais toujours d'un modèle avec un maximum de montants et de descendants, afin que tous les clubs gardent la perspective d'un avenir raisonnable. Dans les pays avec trois descendants comme l'Italie, l'Angleterre ou l'Allemagne, tu peux plus facilement accepter une relégation, parce que le système te laisse une chance raisonnable de revenir.

"Si tout reste en état, ce système va finir par s'effondrer."

Quels seraient les avantages d'une BeNeLigue?

Duchâtelet: Il y en a beaucoup: ce serait une ligue centrale pour les scouts des grandes compétitions, les droits TV augmenteraient et les distances sont courtes, même si beaucoup de Belges vont s'insurger en lisant cela. Mais la distance entre Eindhoven et Liège, tu peux presque la parcourir à pied. Antwerp et Rotterdam sont seulement séparés par une heure de voiture. Il faut se rendre compte que même Eupen-Ostende est un trajet plus court que Lille-Mulhouse, ce qui ne représente pas un si long déplacement à l'échelle française. Cela implique de partir en mise au vert, mais c'est déjà souvent le cas en Belgique, même avec de courts déplacements.

Si vous ne pensez pas que ce projet aboutira, comment imaginez-vous donc la suite pour le football belge?

Duchâtelet: On se dirige vers une compétition avec 20 clubs, parce que lors des six derniers mois, personne ne s'est préoccupé de mener un lobbying intensif avec une proposition détaillée de la manière dont une BeNeLigue fonctionnerait. Ce n'est pas arrivé, donc on ne peut pas mettre ce plan en oeuvre maintenant.

Le cabinet Deloitte est quand même en train de faire son enquête?

Duchâtelet: Il y a dix ans, il y avait déjà un bureau qui avait travaillé en quête de la meilleure solution pour le football belge. Et savez-vous où ils en étaient arrivés? À une BeNeLigue. Hélas, les structures footballistiques sont incapables de se réformer, même à long terme. Si tout reste en état, ce système va finir par s'effondrer, par manque d'argent.

Pour en savoir plus: Les secrets de la BeNeLigue

Petit à petit, Roland Duchâtelet se retire du football, après avoir été actif à Saint-Trond, au Standard et dans plusieurs clubs étrangers. Ce n'est pas pour autant que l'homme n'a plus d'avis sur la question: "J'aurais laissé le championnat se poursuivre normalement, mais seulement avec des gens de moins de 45 ans dans les tribunes."Qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans le football, pendant cette crise sanitaire?Roland Duchâtelet: Peu de choses, parce que le football belge se préoccupe rarement des problèmes fondamentaux, et encore moins du thème suivant: que devons-nous faire pour améliorer notre produit? Etant donné qu'ils n'ont aucune capacité analytique, ils se rangent derrière ce que les politiciens ont décidé. Autrement, ils auraient découvert eux-mêmes que le virus n'a presque aucun impact sur les gens de moins de 45 ans. Ils auraient donc parfaitement pu continuer à jouer, avec un public de moins de 45 ans.Et si un joueur avait été infecté?Duchâtelet: Ce serait peut-être arrivé, mais ils auraient été rétablis en l'espace de quelques semaines, comme cela arrive avec une simple grippe. Les informations sur lesquelles je me base sont disponibles depuis le 17 février. Ce sont des données qui viennent de Chine et qui ont été confirmées par une enquête ultérieure. Ils ne peuvent donc pas dire: qu'est-ce que Roland Duchâtelet sort encore de nulle part? Le 17 février: c'était bien avant que nous ayons tout fermé ici.Les politiciens ont fait une grave erreur en ne séparant pas les gens de plus de 45 ans et les plus jeunes. Et le football en a été la victime, parce qu'ils réfléchissent peu par eux-mêmes et n'avaient donc pas anticipé.Si vous aviez encore siégé à la Pro League, qu'auriez-vous prôné? Arrêter ou jouer?Duchâtelet: J'aurais proposé de jouer tous les matches restants avec des gens de moins de 45 ans dans les tribunes, s'ils voulaient venir. Certains seraient tombés malades, et deux semaines plus tard ils auraient été immunisés. Jouer sans public, je trouve que ça n'a pas de sens.Si le football avait continué, ou s'il reprenait dans les jours qui viennent, vous verrait-on dans les stades?Duchâtelet: Non, parce que je fais partie du groupe à risque. J'ai plus de 45 ans. À moins qu'un vaccin soit trouvé entre-temps, cela résoudrait tout.Quelle solution d'avenir voyez-vous pour le football belge?Duchâtelet: La BeNeLigue, comme je l'avais déjà proposé une première fois en 2007, puis encore en 2012. La première fois, les clubs belges m'avaient ri au nez, on n'avait même pas voulu regarder mes arguments. La seconde, les clubs belges étaient avec moi, ainsi que la plupart des clubs hollandais, dont Feyenoord et le PSV. C'est l'Ajax qui a fait capoter le plan. S'ils n'avaient pas résisté à l'époque, on jouerait déjà la BeNeLigue.Le sujet est revenu à la table. Vous pensez qu'on finira par y arriver un jour ou l'autre?Duchâtelet: Non, je ne pense pas que ce sera différent des deux premières fois, parce que la corporate governance ne s'est pas beaucoup améliorée. Le patron de la Pro League est à nouveau un président de club. En cas de décision à prendre, ce président balancera toujours entre deux sentiments. Si ce n'est pas bon pour son club, il est déjà coincé.Dans le football belge, les conflits d'intérêts sont une véritable honte. Que Mehdi Bayat soit président de la fédération le prouve. Ca ne changera jamais, à moins que les autorités belges s'en mêlent comme ça s'est passé en Espagne. Mais ici, ce n'est pas une priorité pour les autorités, et les gens du monde du football ne sont pas capables de se réinventer.Vous restez toujours partisan de cette BeNeLigue?Duchâtelet: Dans le sport professionnel, vous avez deux modèles: l'Américain, avec une ligue fermée, qui est financièrement plus attrayant pour les investisseurs parce qu'il garantit un meilleur rendement; ou l'européen, où un petit club peut partir de rien pour devenir une équipe fantastique ou, à l'inverse, un géant historique peut disparaître en un rien de temps. Dans ce système, le pire est une compétition de 20 clubs avec un seul descendant. C'est mortel.Combien en faut-il alors?Duchâtelet: Dans mes simulations pour la BeNeLigue, je partais toujours d'un modèle avec un maximum de montants et de descendants, afin que tous les clubs gardent la perspective d'un avenir raisonnable. Dans les pays avec trois descendants comme l'Italie, l'Angleterre ou l'Allemagne, tu peux plus facilement accepter une relégation, parce que le système te laisse une chance raisonnable de revenir.Quels seraient les avantages d'une BeNeLigue?Duchâtelet: Il y en a beaucoup: ce serait une ligue centrale pour les scouts des grandes compétitions, les droits TV augmenteraient et les distances sont courtes, même si beaucoup de Belges vont s'insurger en lisant cela. Mais la distance entre Eindhoven et Liège, tu peux presque la parcourir à pied. Antwerp et Rotterdam sont seulement séparés par une heure de voiture. Il faut se rendre compte que même Eupen-Ostende est un trajet plus court que Lille-Mulhouse, ce qui ne représente pas un si long déplacement à l'échelle française. Cela implique de partir en mise au vert, mais c'est déjà souvent le cas en Belgique, même avec de courts déplacements.Si vous ne pensez pas que ce projet aboutira, comment imaginez-vous donc la suite pour le football belge?Duchâtelet: On se dirige vers une compétition avec 20 clubs, parce que lors des six derniers mois, personne ne s'est préoccupé de mener un lobbying intensif avec une proposition détaillée de la manière dont une BeNeLigue fonctionnerait. Ce n'est pas arrivé, donc on ne peut pas mettre ce plan en oeuvre maintenant.Le cabinet Deloitte est quand même en train de faire son enquête?Duchâtelet: Il y a dix ans, il y avait déjà un bureau qui avait travaillé en quête de la meilleure solution pour le football belge. Et savez-vous où ils en étaient arrivés? À une BeNeLigue. Hélas, les structures footballistiques sont incapables de se réformer, même à long terme. Si tout reste en état, ce système va finir par s'effondrer, par manque d'argent.