Première étape : Bruges. Pas en Blauw en Zwart mais chez les voisins du Cercle. " Deux jeunes Zimbabwéens sont en stage : Danny Phiri et Marvelous Nakamba, ils ont respectivement 16 et 19 ans. Ils resteront à Bruges pendant deux semaines et pourraient jouer en Espoirs ", écrit le Krant van West-Vlaanderen le 29 janvier 2010. Les deux joueurs viennent des Bantu Rovers mais l'hebdomadaire s'est trompé quant à leur âge : Phiri a 20 ans et Nakamba a fêté ses 16 ans quelques jours plus tôt. " Oui, je ressentais une certaine pression ", racontera-t-il quelques années plus tard à Voetbal International. " Quand je suis monté dans l'avion, je me suis dit : Marvelous, c'est ta chance. Saisis-là ! "
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Première étape : Bruges. Pas en Blauw en Zwart mais chez les voisins du Cercle. " Deux jeunes Zimbabwéens sont en stage : Danny Phiri et Marvelous Nakamba, ils ont respectivement 16 et 19 ans. Ils resteront à Bruges pendant deux semaines et pourraient jouer en Espoirs ", écrit le Krant van West-Vlaanderen le 29 janvier 2010. Les deux joueurs viennent des Bantu Rovers mais l'hebdomadaire s'est trompé quant à leur âge : Phiri a 20 ans et Nakamba a fêté ses 16 ans quelques jours plus tôt. " Oui, je ressentais une certaine pression ", racontera-t-il quelques années plus tard à Voetbal International. " Quand je suis monté dans l'avion, je me suis dit : Marvelous, c'est ta chance. Saisis-là ! " " C'était un stage de découverte ", se souvient Yvan Vandamme, alors directeur opérationnel des Vert et Noir. " Nakamba nous avait été indiqué par Richard Glass, un agent de joueurs anglais avec qui nous avions déjà collaboré par le passé au moment d'engager Vusumuzi Nyoni et Honour Gombami. Deux coups dans le mille : Nyoni a enflammé le flanc gauche pendant quatre ans (2006-2010) tandis que Gombami est resté un peu plus de cinq saisons au Cercle (2007-2012). Le duo, qui avait vécu à Bulawayo, à l'image de Nakamba, s'occupe de l'adolescent qui, sur le terrain, ne fait pas immédiatement forte impression. " Son nom me dit encore quelque chose mais je n'ai pas de souvenir précis, il ne doit pas avoir marqué les esprits ", dit Jurgen Van Opstaele, alors entraîneur des Espoirs du Cercle. " Je ne pense pas que son engagement constituait une priorité car il était extra-communautaire et ça coûtait tout de même beaucoup d'argent. " Quinze jours après son arrivée, la première aventure à l'étranger de Nakamba prend fin. À Bruges, on le juge trop jeune mais on lui conseille de continuer à travailler dur. Pour lui, c'est une gifle. " Et je n'avais jamais imaginé qu'il puisse faire aussi froid sur terre ", dit-il. Il retourne alors dans son pays et, à 16 ans, il effectue ses débuts en Zimbabwe Premier Soccer League, sous le maillot des Bantu Rovers. C'est un joueur dur que ses entraîneurs obligent à jouer à plusieurs places : au centre ou sur les flancs en défense, médian défensif, médian offensif, deuxième attaquant. Au printemps 2012, les Bantu Rovers sont invités à la Dallas Cup, un tournoi prestigieux qui réunit 180 équipes d'âge. Les U19 du club africain surprennent tout le monde et se qualifient pour les demi-finales, où ils sont éliminés par Arsenal. Des recruteurs européens sont présents et, quelques semaines plus tard, Nakamba -international U20 dans son pays- revient pour la deuxième fois au Stade Jan Breydel. Il prend part à quelques matches des Espoirs mais la situation ne change pas. Le 4 mai 2012, le Krant van West-Vlaanderen écrit : " Marvelous Nakamba est rentré au Zimbabwe. Il a fait bonne impression mais ne constitue pas une priorité. " N'était-il pas assez bon ? " Les joueurs de moins de 23 ans qui n'étaient pas nés au sein de l'Union européenne devaient toucher au moins 90.000 euros par an ", dit Yvan Vandamme. " De plus, on aurait dû verser une indemnité de formation de 60.000 euros à son club formateur, le FC Highlanders. Cela signifie que, pour une première saison, il nous aurait coûté au moins 150.000 euros. On avait décelé son potentiel : une bonne vista, de bons pieds, un garçon gentil et appliqué mais le Cercle ne pouvait pas se permettre d'engager de tels montants pour un jeune joueur. Était-ce une erreur ? Évaluer un jeune joueur reste quelque chose de très difficile. En 2008, on a offert un contrat à Obidiah Tarumbwa, un autre Zimbabwéen, mais ça n'a pas marché. " Au beau milieu des nineties, Diego Forlan expérimente son rêve européen. Il débarque à Nancy, en plein hiver 95. L'Uruguayen, qui n'avait jamais vu la neige, coupe court à l'aventure au bout de deux petits mois et retourne sur son continent. Marvelous Nakamba débarque plus ou moins dans les mêmes conditions en Lorraine. Repéré à Dallas, il passe ses tests avec réussite, en juillet 2012, à 18 printemps, après avoir été débouté au Cercle. Sauf que, dans un premier temps, des soucis administratifs l'empêchent de porter le maillot des " chardons ". Il s'installe finalement durant le mois de décembre suivant, avec un contrat stagiaire de deux ans. Il démarre alors exclusivement avec les U19 de l'ASNL. Avant, progressivement, d'intégrer la réserve du club, qui évolue au quatrième échelon. Fraîchement Nancéen à l'époque, Romain Grange doit piocher dans ses souvenirs pour évoquer le Zimbabwéen. " Il avait un très bon pied gauche, c'était un très bon technicien ", dit le gaucher, en connaissance de cause, puisqu'il truste actuellement le haut du classement des passeurs de Ligue 2, sous le maillot des Chamois Niortais. " Lors de ses deux derniers mois, il était constamment avec nous. C'était un très bon joueur, avec beaucoup de qualités, mais le problème, c'est qu'il était encore très jeune. " Quentin Beunardeau, gardien de Tubize lors des deux derniers exercices, aujourd'hui à Metz, le côtoie lors de ses six premiers mois. " À chaque fois que je redescendais en réserve, il était là. On voyait qu'il était un peu perdu... C'était sa première fois en Europe. Il était timide, pas trop bavard alors il restait un peu dans son coin, renfermé sur lui-même. " Paumé, isolé, Nakamba ne parle pas français. " Ça ne l'empêchait pas d'avoir toujours le sourire. C'est ce qui m'a vraiment marqué. Il arrivait dans un lieu inconnu, dans le froid, sans sa famille, mais il ne s'est jamais plaint, contrairement à d'autres ", souligne Paco Rubio, le coach du noyau B, qui se prend d'affection pour le bulldozer de Bulawayo. Les deux hommes mangent régulièrement ensemble, avant les matches. Et peu importe s'ils peinent à communiquer... " Pour faire une phrase, on prenait parfois cinq minutes ou alors, on se faisait des petits dessins ", rigole encore Rubio, qui le place à la pointe gauche de son losange. " C'est le poste où il faut courir le plus dans ce système. Il avait déjà un gros volume de jeu, ce qui lui permettait de compenser son jeu de tête assez moyen. " En 2013, la première et la réserve de Nancy descendent. Le club cherche à remonter directement et Nakamba ne reçoit que très peu sa chance. Il ne dispute que deux rencontres de L2, à la toute fin de saison 2013/14. Grange se rappelle surtout d'un " bon gamin ". " Il parlait avec ses pieds et il le faisait plutôt bien. J'étais surpris que Nancy ne fasse pas le forcing pour le garder. " " En France, la solitude était mon pire ennemi ", déclare-t-il plus tard à Voetbal International. " Je m'entraînais le matin, mangeais au club, m'entraînais à nouveau l'après-midi puis retournais dans ma chambre. Tout seul. Souvent, le wi-fi ne fonctionnait pas et je ne pouvais même pas faire un Skype avec ma famille. Je me sentais vraiment seul. Les seules choses que je faisais, c'était lire, me reposer et prier. Prier pour que tout finisse bien, pour que je réussisse. " Lors de l'été 2014, de retour au Zimbabwe, on lui conseille de passer un test aux Pays-Bas, à Vitesse qui, après des matches amicaux face au VfL Osnabrück et au Hertha Berlin, prolonge sa période d'essai. Mi-août, on lui offre un contrat de quatre ans. " Marvelous a fait forte impression dès le premier jour, tant par sa personnalité que par sa technique ", dit Mohammed Allach, alors directeur technique du club d'Arnhem. Nakamba s'insère parfaitement dans la politique du club qui, après des années difficiles sur le plan financier, appartient à des étrangers et collabore avec Chelsea : former des jeunes et combler les lacunes avec des joueurs prêtés par Chelsea ou des joueurs libres de transfert qu'il sera possible de revendre plus tard. Mais cela exige de la patience. Le médian, âgé de 20 ans, a du potentiel -même l'exigeant Peter Bosz, entraîneur de l'équipe première, le reconnaît- mais il doit d'abord se faire les dents pendant un an en Espoirs. Jouer le lundi soir devant une poignée de spectateurs, ce n'était pas gai. " Je vois encore ce garçon arriver au club avec un sac en plastique et une paire de chaussures de foot en main ", dit Rob Maas, alors entraîneur-adjoint. " C'était un joueur auquel on s'attachait directement. Un battant qui se donnait à 100 % même à l'entraînement et avait toujours le sourire. Il était très aimable, limite discret. " Sur les conseils de Bosz, John Lammers, l'entraîneur des Espoirs, l'aligne souvent à l'arrière gauche. Le jeune Zimbabwéen s'y prête sans sourciller mais, après quelques mois et un cours accéléré de tactique, le staff est unanime : Nakamba a tout pour briller en 6. " Il a fait ses preuves sur le terrain, sans jamais rien revendiquer verbalement ", dit Maas. " On jouait dans une autre occupation de terrain que celle à laquelle il était habitué mais, étonnamment, il a très vite compris ce qu'on attendait de lui. " À l'été 2015, après les départs de Davy Pröpper (PSV), Marko Vejinovic (Feyenoord) et Josh McEachran (retour à Chelsea), Bosz doit construire un nouvel entrejeu autour de sa plaque tournante, Valeri Kazaichvili.Lewis Baker, international anglais en équipes d'âge, débarque de Stamford Bridge tandis que le médian Sheran Yeini (28 ans)quitte le Maccabi Tel Aviv après huit années de bons et loyaux services pour signer au Gelderland. Mais, en cours de préparation, c'est Nakamba qui impressionne le plus son entraîneur. " Je ne pensais pas qu'il serait déjà aussi loin. Avec ce qu'il avait montré, je ne pouvais plus l'ignorer ", dit Bosz sur FOX Sports, début octobre. " C'est un joueur qui met beaucoup d'ardeur à la tâche. Il récupère des ballons et les distribue. Je ne serais pas étonné de le retrouver un jour en Premier League. " La saison 2015/16 est celle de la percée définitive. Les médias le surnomment " Le bulldozer de Bulawayo " et titrent " Nakamba à nouveau Marvelous ". Il est infranchissable, costaud, dur au duel. Parfois trop, même, mais c'est dû aux consignes de Bosz qui ne jure que par sa " règle des cinq secondes " : en cas de perte de balle, l'équipe a cinq secondes pour la récupérer. " Au début, Nakamba a eu du mal à assimiler cela ", dit Maas. " Aujourd'hui, beaucoup d'équipes pratiquent un pressing total mais à l'époque, aux Pays-Bas, c'était nouveau. Nakamba respectait un peu trop les consignes de Bosz, un novateur. Contre l'AZ, il a été exclu avant le repos pour une faute inutile après un quart d'heure et un tacle tardif. Plus tôt déjà, il avait dû quitter prématurément le terrain en coupe face à Heracles Almelo. " Il ne doit pas changer son style de jeu, énergique et agressif, car c'est ce qui fait sa force et ça apporte une plus-value à l'équipe mais il doit comprendre qu'aux Pays-Bas, les arbitres sifflent plus rapidement ", déclarait Bosz dans VI après s'être entretenu personnellement avec le médian. " J'ai bien fait de parler de ça avec lui. " Nakamba apprend rapidement. Au cours des 19 rencontres suivantes, il ne prend que deux cartes jaunes. En fin de saison, aucun joueur d'Eredivisie n'a récupéré plus de ballons que lui. " Ce garçon avait énormément d'énergie, c'était avant tout un récupérateur. Offensivement, en raison de son jeune âge surtout, il manquait parfois de calme et finissait par perdre le ballon mais il cherchait directement à le récupérer ", rigole Rob Maas qui, après le départ de Bosz au Maccabi Tel Aviv (janvier 2016), est nommé T1 et s'entend particulièrement bien avec le médian. " J'ai eu la chance de rencontrer ses parents à quelques reprises. Des gens très gentils, comme lui. " Le 19 janvier 2016, toute la famille est réunie à Oosterwijk, où il habite depuis un an et demi et où il fête ses 22 ans. " Quand j'étais petit, un anniversaire était un jour spécial et ça n'a pas changé ", disait-il dans VI. " C'est chouette d'être entouré de sa famille. Comprenez-moi bien : je suis plus heureux que jamais et je me sens bien aux Pays-Bas mais la famille, c'est spécial. " Sa mère prépare ses plats préférés -du maïs, des pâtes et un mélange de légumes- et l'odeur plane dans la salle à manger bien après son départ. Rien que d'y penser, il sourit. " C'est l'odeur de la maison. " Le Zimbabwéen est très attaché à sa famille. Il a grandi avec son père, un ancien gardien professionnel, et ses deux frères. Sa mère avait quitté le pays pour travailler comme femme d'ouvrage en Afrique du Sud. Elle ne revenait que trois ou quatre fois par an à Bulawayo. " Tous les mois, elle envoyait de la nourriture, des vêtements et de l'argent mais elle nous manquait terriblement ", dit-il. Avec l'argent gagné en Europe, il a fait construire une villa. " Je dois faire quelque chose pour mes parents ", disait-il en avril dernier dans De Telegraaf, avant la finale de la Coupe des Pays-Bas contre l'AZ. À l'époque, il était déjà clair que Vitesse, qui a battu l'AZ au Kuip et a décroché le premier trophée de son histoire, ne pourrait pas le garder. " Il devait aller de l'avant ", dit Henk Fraser, l'entraîneur, dans De Gelderlander. " Dans le noyau, c'était un récupérateur mais en début de saison, il donnait souvent le ballon en retrait. Il devait apprendre à relancer, à construire. Il a beaucoup progressé dans ce domaine. " L'entraîneur, qui l'a fait beaucoup travailler, loue également sa mentalité. " C'est un bosseur, pas un râleur. Lorsque le Zimbabwe a été éliminé de la Coupe d'Afrique des Nations, il a immédiatement repris l'avion pour Paris et, le lendemain, il était sur le terrain pour le quart de finale de coupe face à Feyenoord. Il était prêt. " Depuis son arrivée à Bruges, rien de tout ça n'a été démenti. D'ailleurs, qui parle encore de Timmy Simons ? Par Nicolas Taiana et Chris Tetaert