En 2005, le Sporting Charleroi est à la relance, sous l'impulsion des deux neveux du propriétaire, Abbas Bayat. D'où vous est venu l'idée de les filmer ?

JEAN LIBON : J'étais producteur et le foot n'était pas trop mon affaire, mais le réalisateur Didier Verbeek en était un vrai amateur ( il est décédé en 2013, ndlr). Il avait l'envie d'en faire un sujet. À ce moment-là, en Belgique francophone, c'était assez simple : il y avait Mouscron, Charleroi et le Standard. C'est tout. Didier avait pris des contacts dans chacun de ces clubs-là et au Sporting, il était tombé sur Mogi Bayat, l'aîné des deux frères, qui était celui qui faisait tourner la boutique. Mogi était toujours en besoin de communication et il a sauté sur l'occasion. Grâce à cela, on a découvert les deux frères Bayat, Mogi et Mehdi.

L'émission Tout ça (ne nous rendra pas le Congo) reprend les codes de Strip-tease, connue pour " déshabiller " ses sujets. Ce qui ne devait pas être simple à réaliser dans le milieu du foot...

LIBON : C'était un milieu qu'on avait très peu exploré pour la simple raison que ce n'est pas facile d'y accéder. Les milieux sportifs fonctionnent un peu comme des mafias. Fin des années 70, début 80, on avait voulu, avec Marco Lamensch ( son binôme derrière Strip-tease, ndlr), suivre le " dernier du Tour du France ". On avait trouvé un beau Wallon, qui habitait Milmort : Guy Janiszewski. Il était dans l'équipe Belga, quand Freddy Maertens courait encore. En tant que caméraman, je n'avais jamais filmé de courses cyclistes. On avait alors décidé de faire un essai à Liège-Bastogne-Liège. J'étais sur une moto, avec mon chauffeur. Dès que j'ai sorti ma caméra, on s'est fait virer dans le fossé. Les directeurs sportifs nous ont vraiment culbuté dans le fossé, entre deux arbres (sic). Je me suis retrouvé les quatre fers en l'air, avec mon motard... ( rires) Alors qu'on avait toutes les autorisations pour le Tour de France, il y a eu un espèce de tollé général, et notamment de la part de nos confrères de la télévision, disant qu'on ne pouvait pas y aller. Par après, on a appris qu'il y avait eu des pressions sur l'organisation du Tour pour qu'on ne soit pas accrédités. On n'a jamais pu faire le sujet.

" C'est la vie, et la vie est toujours parfaite "

Comment expliquer que Mogi Bayat était friand de ce genre d'exercices ?

LIBON : Je ne sais pas s'il était friand, mais il était très ouvert. Je crois qu'il y avait une grande confiance entre l'équipe de Didier ( Verbeek, ndlr) et le Sporting ( Charleroi, ndlr). Didier a dû, à mon avis, y aller trois ou quatre fois, montrer patte blanche et faire la danse du ventre devant les frères Bayat ( rires). Après, tout s'est bien passé.

Il y a des scènes surréalistes. Aujourd'hui, c'est impensable de voir un club professionnel ouvrir ses portes de la sorte, sans aucun contrôle...

LIBON : On travaille toujours avec la confiance. Si les portes ne sont pas ouvertes, on ne travaille pas. Quand les gens parlent librement, devant la caméra, ils savent ce qu'ils nous donnent. Il ne faut pas les prendre pour des imbéciles. Ils ne vous diront pas pourquoi, mais ce sont des cadeaux qu'ils vous font. Avec Strip-tease, on nous a toujours prêté un tas d'intentions, mais on n'a jamais trahi personne. Ce qu'on dit, on le fait et on ne travaille jamais contre les gens. Le contrat de départ, on le respecte toujours jusqu'au bout. Je ne sais pas pourquoi Mogi Bayat avait ce besoin de communication, mais je pense qu'à la fin, il était content. Tout comme Bertrand Laquait. Enfin, je crois ( rires).

C'est la grande intrigue du documentaire : ce maillot rose que l'ancien gardien des Zèbres est contraint de porter.

LIBON : On voulait jouer sur ces maillots roses ( portés par les Carolos lors de la saison 2005/06, ndlr), qui étaient tout à fait incongrus, à l'époque ( il rit). Bertrand Laquait ne voulait absolument pas en porter un. Je pense qu'il a fini par craquer sous la pression des autres et de Mehdi, notamment. Je n'ai aucune idée de ce qui s'est dit entre eux... En tout cas, sur le moment, Laquait était presque outré de le porter, ce qui était très drôle ( rires). C'est la vie, et la vie est toujours parfaite. C'est même mieux qu'une fiction, la vie. C'est le genre de scène qui, si on l'avait écrite pour de la fiction, on nous aurait dit : " Mais vous exagérez, les mecs. Vous avez fumé la moquette ! " C'est la beauté du documentaire.

" Mehdi Bayat habite désormais à 800 mètres de chez moi "

Vous vouliez ancrez celui-ci dans le paysage carolo ?

LIBON : Bien sûr. Chez nous, il y a toujours cette volonté d'avoir plusieurs grilles de lecture. On voulait montrer comment un club pouvait encore vivre dans une région déshéritée. Je me souviens des écoles de riches de Wavre qui organisaient des tournées, des excursions à Charleroi, pour montrer comment les pauvres vivaient. Le Sporting était un peu le point d'union de la région. Le club de foot de Charleroi, c'était un peu le seul truc qui marchait. Il venait de se restructurer, sous l'impulsion du tonton Bayat, qui avait l'air de vouloir révolutionner tout le football belge. Il ne faut pas oublier que c'était lui le vrai patron, derrière les deux frères, mais il a toujours refusé de s'en mêler. On ne l'a jamais vu, il était porté disparu ( rires).

Quel regard portez-vous sur l'ascension de Mehdi Bayat ?

LIBON : Je dois dire que je suis assez étonné. Je ne m'attendais pas à une telle carrière de sa part. Il y a quand même eu du grand changement. Il y a quinze ans, il avait cette image de garçon un peu volage, il faisait un peu golden boy. C'était le frère le moins sérieux, qui s'occupait plutôt de sa vie mondaine. Il devait seulement trouver des sponsors, s'occuper de la communication, pendant que Mogi gérait tout le reste. Il semblerait qu'il ait bien mûri ( il rit). Il a pris de la bouteille, des responsabilités, et il a l'air de bien faire son travail. Le hasard de la vie fait qu'il habite désormais à 800 mètres de chez moi. Tous les matins, je vais promener mon chien, sur son trottoir ( rires).

Le reportage est disponible sur le site de la Sonuma.

En 2005, le Sporting Charleroi est à la relance, sous l'impulsion des deux neveux du propriétaire, Abbas Bayat. D'où vous est venu l'idée de les filmer ? JEAN LIBON : J'étais producteur et le foot n'était pas trop mon affaire, mais le réalisateur Didier Verbeek en était un vrai amateur ( il est décédé en 2013, ndlr). Il avait l'envie d'en faire un sujet. À ce moment-là, en Belgique francophone, c'était assez simple : il y avait Mouscron, Charleroi et le Standard. C'est tout. Didier avait pris des contacts dans chacun de ces clubs-là et au Sporting, il était tombé sur Mogi Bayat, l'aîné des deux frères, qui était celui qui faisait tourner la boutique. Mogi était toujours en besoin de communication et il a sauté sur l'occasion. Grâce à cela, on a découvert les deux frères Bayat, Mogi et Mehdi. L'émission Tout ça (ne nous rendra pas le Congo) reprend les codes de Strip-tease, connue pour " déshabiller " ses sujets. Ce qui ne devait pas être simple à réaliser dans le milieu du foot... LIBON : C'était un milieu qu'on avait très peu exploré pour la simple raison que ce n'est pas facile d'y accéder. Les milieux sportifs fonctionnent un peu comme des mafias. Fin des années 70, début 80, on avait voulu, avec Marco Lamensch ( son binôme derrière Strip-tease, ndlr), suivre le " dernier du Tour du France ". On avait trouvé un beau Wallon, qui habitait Milmort : Guy Janiszewski. Il était dans l'équipe Belga, quand Freddy Maertens courait encore. En tant que caméraman, je n'avais jamais filmé de courses cyclistes. On avait alors décidé de faire un essai à Liège-Bastogne-Liège. J'étais sur une moto, avec mon chauffeur. Dès que j'ai sorti ma caméra, on s'est fait virer dans le fossé. Les directeurs sportifs nous ont vraiment culbuté dans le fossé, entre deux arbres (sic). Je me suis retrouvé les quatre fers en l'air, avec mon motard... ( rires) Alors qu'on avait toutes les autorisations pour le Tour de France, il y a eu un espèce de tollé général, et notamment de la part de nos confrères de la télévision, disant qu'on ne pouvait pas y aller. Par après, on a appris qu'il y avait eu des pressions sur l'organisation du Tour pour qu'on ne soit pas accrédités. On n'a jamais pu faire le sujet. Comment expliquer que Mogi Bayat était friand de ce genre d'exercices ? LIBON : Je ne sais pas s'il était friand, mais il était très ouvert. Je crois qu'il y avait une grande confiance entre l'équipe de Didier ( Verbeek, ndlr) et le Sporting ( Charleroi, ndlr). Didier a dû, à mon avis, y aller trois ou quatre fois, montrer patte blanche et faire la danse du ventre devant les frères Bayat ( rires). Après, tout s'est bien passé. Il y a des scènes surréalistes. Aujourd'hui, c'est impensable de voir un club professionnel ouvrir ses portes de la sorte, sans aucun contrôle... LIBON : On travaille toujours avec la confiance. Si les portes ne sont pas ouvertes, on ne travaille pas. Quand les gens parlent librement, devant la caméra, ils savent ce qu'ils nous donnent. Il ne faut pas les prendre pour des imbéciles. Ils ne vous diront pas pourquoi, mais ce sont des cadeaux qu'ils vous font. Avec Strip-tease, on nous a toujours prêté un tas d'intentions, mais on n'a jamais trahi personne. Ce qu'on dit, on le fait et on ne travaille jamais contre les gens. Le contrat de départ, on le respecte toujours jusqu'au bout. Je ne sais pas pourquoi Mogi Bayat avait ce besoin de communication, mais je pense qu'à la fin, il était content. Tout comme Bertrand Laquait. Enfin, je crois ( rires). C'est la grande intrigue du documentaire : ce maillot rose que l'ancien gardien des Zèbres est contraint de porter. LIBON : On voulait jouer sur ces maillots roses ( portés par les Carolos lors de la saison 2005/06, ndlr), qui étaient tout à fait incongrus, à l'époque ( il rit). Bertrand Laquait ne voulait absolument pas en porter un. Je pense qu'il a fini par craquer sous la pression des autres et de Mehdi, notamment. Je n'ai aucune idée de ce qui s'est dit entre eux... En tout cas, sur le moment, Laquait était presque outré de le porter, ce qui était très drôle ( rires). C'est la vie, et la vie est toujours parfaite. C'est même mieux qu'une fiction, la vie. C'est le genre de scène qui, si on l'avait écrite pour de la fiction, on nous aurait dit : " Mais vous exagérez, les mecs. Vous avez fumé la moquette ! " C'est la beauté du documentaire. Vous vouliez ancrez celui-ci dans le paysage carolo ? LIBON : Bien sûr. Chez nous, il y a toujours cette volonté d'avoir plusieurs grilles de lecture. On voulait montrer comment un club pouvait encore vivre dans une région déshéritée. Je me souviens des écoles de riches de Wavre qui organisaient des tournées, des excursions à Charleroi, pour montrer comment les pauvres vivaient. Le Sporting était un peu le point d'union de la région. Le club de foot de Charleroi, c'était un peu le seul truc qui marchait. Il venait de se restructurer, sous l'impulsion du tonton Bayat, qui avait l'air de vouloir révolutionner tout le football belge. Il ne faut pas oublier que c'était lui le vrai patron, derrière les deux frères, mais il a toujours refusé de s'en mêler. On ne l'a jamais vu, il était porté disparu ( rires). Quel regard portez-vous sur l'ascension de Mehdi Bayat ? LIBON : Je dois dire que je suis assez étonné. Je ne m'attendais pas à une telle carrière de sa part. Il y a quand même eu du grand changement. Il y a quinze ans, il avait cette image de garçon un peu volage, il faisait un peu golden boy. C'était le frère le moins sérieux, qui s'occupait plutôt de sa vie mondaine. Il devait seulement trouver des sponsors, s'occuper de la communication, pendant que Mogi gérait tout le reste. Il semblerait qu'il ait bien mûri ( il rit). Il a pris de la bouteille, des responsabilités, et il a l'air de bien faire son travail. Le hasard de la vie fait qu'il habite désormais à 800 mètres de chez moi. Tous les matins, je vais promener mon chien, sur son trottoir ( rires).Le reportage est disponible sur le site de la Sonuma.