Un jour de 2003. Saido Berahino, un jeune gamin de dix piges, pose pour la première fois le pied sur le sol britannique. Anxieux de découvrir ce qui l'attend, dans un pays dont il ne connaît ni la culture ni la langue. Mais également soulagé, car il est toujours en vie, après des années dramatiques durant lesquelles il a surtout côtoyé la misère, la violence et la faim.

Saido est né à Bujumbura, la capitale du Burundi. Dans ce pays d'Afrique centrale débute, en cette année 1993, une guerre civile sanglante entre les Hutus et les Tutsis qui, lorsqu'elle se terminera officiellement en 2005, aura coûté la vie à des centaines de milliers de personnes.

Parmi elles : Berahino senior, tué alors que son fils n'avait que quatre ans. Une cicatrice indélébile pour un petit garçon qui comprend à peine les événements terrifiants qui se déroulent autour de lui. Il n'ose pas demander à sa mère, Liliane, dans quelles circonstances son père a trouvé la mort, afin de ne pas revivre le traumatisme.

Lors du changement de siècle, la famille Berahino prend la route de l'exil. Saido est séparé de ses soeurs aînées et de sa mère, et voyage avec un ami de la famille, en bus et à pied, en direction de la Tanzanie, plus sûre.

Il y vivra deux ans comme réfugié, avant de s'envoler en 2003 vers l'Europe, et plus précisément l'Angleterre, à partir du Kenya. Sa mère, qui n'a plus vu son fils depuis deux ans, obtient enfin l'asile politique de la part des services d'immigration britanniques.

Dans une famille d'accueil

Au début, Saido est hébergé par une famille d'accueil en Angleterre, car il doit encore subir des tests ADN destinés à prouver que Liliane est effectivement sa mère. Il la revoit pour la première fois dans un bureau de police à Londres, mais comme les résultats du test se font attendre, ils sont de nouveau séparés après une heure.

Au grand désespoir de la mère et du fils, qui doit retourner dans une famille d'accueil. Ce n'est qu'après quelques semaines que Liliane peut définitivement reprendre le jeune Saido dans ses bras.

À Newton, dans la banlieue de Birmingham, son fils entame une nouvelle vie. Une vie à laquelle il n'osait plus rêver. Il peut caresser le rêve de devenir, un jour, footballeur professionnel.

C'est pourtant l'une des rares occupations qui, lorsqu'il était enfant, lui permettait d'oublier la misère à Bujumbura. À l'époque, Saido jouait à l'école avec un ballon qui n'était qu'un assemblage de sacs en plastique, et il regardait à la télévision la Coupe d'Afrique des Nations et la Coupe du monde en France. Son idole : Zinédine Zidane.

Le football, c'est aussi un bon moyen d'intégration dans sa nouvelle patrie, dans la région des West Midlands en Angleterre. Dans l'équipe de l'école d'Aston Manor, le jeune Saido ouvre rarement la bouche - il ne maîtrise pas encore très bien l'anglais - mais il impressionne par son sens du but.

Et aussi par sa vitesse et sa puissance, sur les terrains de basket et sur la piste d'athlétisme, où il excelle sur les haies et au lancer du javelot. Son professeur apprécie surtout son assiduité et sa motivation : il ne rechigne pas à s'entraîner individuellement pendant les sombres soirées d'hiver.

Ange de Dieu

Berahino n'évoque jamais toute la misère qu'il a connue. Même si, en garçon intelligent qu'il est, il décroche un General Certificate of Secondary Education (un diplôme d'école secondaire) dans dix domaines différents, il ne rêve que d'une chose : devenir footballeur pro. Avec, dans un coin de sa tête : son père. Pour le très croyant Saido, il est " un ange de Dieu " qui le guide dans la vie.

Ce rêve devient lentement réalité lorsque des scouts du club de Premier League de West Bromwich Albion le découvrent, à 11 ans, à Phoenix United, un club de Birmingham actif en Sunday League, un championnat local.

Il n'a encore jamais entendu parler de West Bromwich, pourtant voisin. Saido ne connaît à ce moment-là que les équipes du Big Four, mais il se retrouve au septième ciel à l'Academy avec des entraîneurs professionnels et des terrains qui ressemblent à des billards. Du jamais vu pour lui.

Berahino débute chez les U12 et doit apprendre à jouer de manière plus structurée, en évitant de courir dans tous les sens, sans aucun discernement tactique. Une adaptation qui prendra trois ans, en étudiant au passage les lignes de course et le sens de la finition de ses trois attaquants préférés : Samuel Eto'o, Didier Drogba et Jermain Defoe.

Avec succès, car à 16 ans, Saido peut déjà s'entraîner avec le noyau A de West Brom et il est aussi sélectionné pour les équipes nationales anglaises de jeunes. Avec les U17, il devient même champion d'Europe en 2010 et, un an plus tard, il participe à la Coupe du monde en Colombie.

But victorieux à Old Trafford

Cela vaut à Berahino un petit contrat professionnel à West Bromwich, à 18 ans. Le club le loue d'abord à Northampton Town (League Two), puis à Brentford FC et à Peterborough United (League One).

Avec un succès mitigé : sur le terrain, il marque les yeux fermés, mais Brentford le renvoie prématurément pour s'en être pris sur Twitter au manager Uwe Rösler, coupable de l'avoir remplacé un peu trop tôt à son goût. Le natif du Burundi se blesse aussi gravement au genou et loupe la deuxième moitié de la saison.

Mais Berahino retrouve rapidement toutes ses facultés et fait son entrée à West Bromwich, par la grande porte : un hat trick en League Cup contre Newport en août 2013. Il égalise aussi contre Arsenal, le club favori de sa mère également folle de football, au tour suivant de la même épreuve.

Il débute en Premier League en montant au jeu contre Swansea City, le 1er septembre. Et à la fin de ce mois, il vit le plus grand moment de sa carrière. À Old Trafford, contre le grand Manchester United, Berahino remplace Scott Sinclair, blessé, après 13 minutes.

Un peu moins d'une heure plus tard, il trompe David De Gea. D'une frappe armée en dehors du rectangle. Le but victorieux (1-2) qui scelle une énorme surprise. Contre son club préféré, qui plus est.

A new star is born. Huit ans après son arrivée comme réfugié de guerre et 16 ans après la mort de son père. Saido lui rend hommage lorsqu'il marque sous le maillot de l'équipe nationale anglaise des U21, en dévoilant un T-shirt qui porte l'inscription : Rip Love U Dad. Ça lui vaudra un carton jaune, à la grande consternation de tous, mais peu importe. Désormais, The Sky is The Limit.

Burundais avant tout

Cela le devient encore plus lorsque Berahino inscrit 19 buts durant ses deux premières saisons de Premier League (5 en 2013/14, 14 en 2014/15), et lorsque le sélectionneur des Three Lions, Roy Hodgson, celui-là même qui l'avait déjà promu dans le noyau A de WBA, le convoque une première fois en novembre 2014.

Chez les U21, encore entraînés par l'actuel sélectionneur national Gareth Southgate, Berahino est même élu Joueur de l'Année. Devant un certain Harry Kane...Mais même s'il rêve d'affronter les meilleurs joueurs de la planète dans les grands tournois avec l'Angleterre, il ne peut se résoudre à rompre les liens avec le Burundi.

Jouer pour son " vrai " pays n'est cependant pas une option pour la nouvelle vedette de la (riche) Premier League. Selon Berahino, la situation politique de 2015, après de nouvelles émeutes et de nouvelles manifestations contre le président Pierre Nkurunziza, ne le permet pas : la sécurité n'est pas assurée.

Pourtant, il n'hésite pas à déclarer qu'il se sent avant tout Burundais. Longtemps, il conservera sur son smartphone un petit film que sa mère a réalisé lors d'un voyage vers le Burundi. On y voit des patients retenus prisonniers dans un hôpital parce qu'ils ne peuvent payer leur traitement.

Des images qui brisent le coeur de Berahino. Il prend la décision d'aider, autant qu'il le peut, ses pauvres compatriotes, et crée une Fondation qui porte son nom. Celle-ci doit, grâce à des dîners destinés à récolter des fonds en Angleterre, permettre aux gens d'avoir accès à l'eau potable en construisant de nouveaux puits.

" Il n'y a pas de meilleure sensation que de contribuer à améliorer la vie des gens ", a déclaré Berahino en 2015 au journal The Telegraph.

Frasques à la pelle

Étrangement, il se préoccupe plus de ses compatriotes que de lui-même. Dès ses années à West Bromwich, et encore davantage après son transfert à Stoke City en janvier 2017, il fait la une des tabloïds avec divers incidents : condamnations pour excès de vitesse (en état d'ébriété et sous influence de gaz hilarants), suspension de huit semaines pour consommation de drogue récréative ( de la MDMA, ajoutée, ou pas, par quelqu'un d'autre dans sa boisson), bagarres avec des équipiers, excédent de poids, paternité (supposée) avec trois femmes différentes...

Des frasques qui ne sont pas sans conséquences sur le terrain : 913 jours sans trouver le chemin des filets à West Brom et Stoke. L'étoile du wonderboy Berahino est en train de pâlir. Jusqu'à ce qu'elle se remette à briller, en août de l'an passé. Sur le terrain avec un but en League Cup contre Huddersfield. Et en dehors, lorsqu'il profite de la trêve internationale en septembre pour retourner dans un pays qu'il avait quitté 15 ans plus tôt.

Il se sent autant étranger que familier lorsqu'il revoit le quartier où il a grandi. Les souvenirs d'enfance remontent à la surface, racontés par des amis de sa mère. Berahino comprend qu'il a fait le bon choix, en retournant au pays. Et en faisant office d'ambassadeur de sa ville natale, en tant que footballeur.

Comme l'Angleterre l'a désormais rangé dans la catégorie des bad boys, il se décide à porter le maillot des Intamba Mu Rugamba, Les Hirondelles de la Guerre. Il se comporte de manière beaucoup plus adulte que lors de ses jeunes années et répond à l'attente, immense, de ses compatriotes.

Capitaine des Hirondelles

Après l'approbation de la FIFA, Berahino débute en septembre au Gabon. Dans ce match, qui compte pour les qualifications à la Coupe d'Afrique des Nations, l'attaquant prononce un discours pour remercier ses équipiers de leur accueil chaleureux.

C'est le seul grand nom des Hirondelles mais il fait preuve d'humilité. " C'est vous qui devez me montrer la voie, car je suis nouveau et je ne connais pas la philosophie de cette équipe. "

C'est cependant Berahino qui montre directement la voie en inscrivant un premier but, qui permet à l'équipe de réaliser l'exploit en prenant un point chez le grand concurrent. Un but qui lui fait comprendre qu'avec ses équipiers, il pourrait écrire l'histoire en qualifiant pour la première fois le Burundi pour la Coupe d'Afrique des Nations.

À la surprise générale, Berahino et Cie parviennent à leurs fins en arrachant un nouveau match nul, fin mars 2019, contre le Gabon, et en terminant deuxièmes de leur groupe. Le pays entier est en délire. Pour une fois, le Burundi peut oublier les mauvaises nouvelles.

Un Berahino radieux et soulagé espère que, pour lui aussi, cet exploit marquera un tournant dans sa carrière. Actuellement, il est le héros sportif le plus grand et le plus connu de son pays. " Si ce rôle ne m'aide pas à devenir plus discipliné, c'est à désespérer de tout ", explique-t-il à ESPN.com.

" Cela me rendra plus humble, car en tant que leader, je dois désormais montrer l'exemple. À chaque seconde, quoi que je fasse, tous les regards sont tournés vers moi. Tout est donc important désormais. Je dois constamment prester, être au sommet de ma forme. "

En juin, le Burundi de Berahino a été éliminé de la phase de poules de la Coupe d'Afrique des Nations après trois courtes défaites. Mais cela ne rend pas moins fier le tout nouveau capitaines des Hirondelles. Toute l'Afrique, le monde entier même, a découvert un autre visage du Burundi. Et surtout : beaucoup de jeunes ont retrouvé l'espoir.

Fiche Saido Berahino

Né le 4 août 1993 à Bujumbura, Burundi

Clubs professionnels

? 2004/11 : West Bromwich Albion (académie des jeunes/noyau A)

? 2011/12 : Northampton Town/Brentford FC (prêt)

? 2012/13 : Peterborough United (prêt)

? 2013/16 : West Bromwich Albion

? 01/2017/18 : Stoke City (pour 15 millions d'euros)

? Depuis juillet 2019 : SV Zulte Waregem (libre de transfert, après que Stoke City eut cassé le contrat de Berahino après une nouvelle condamnation pour excès de vitesse et conduite en état d'ébriété en février 2019)

Capitaine des Hirondelles du Burundi, Saido Berahino (à gauche) dispute le ballon au Guinéen Ernest Seka lors de la CAN 2019., BELGAIMAGE
Capitaine des Hirondelles du Burundi, Saido Berahino (à gauche) dispute le ballon au Guinéen Ernest Seka lors de la CAN 2019. © BELGAIMAGE
Un jour de 2003. Saido Berahino, un jeune gamin de dix piges, pose pour la première fois le pied sur le sol britannique. Anxieux de découvrir ce qui l'attend, dans un pays dont il ne connaît ni la culture ni la langue. Mais également soulagé, car il est toujours en vie, après des années dramatiques durant lesquelles il a surtout côtoyé la misère, la violence et la faim. Saido est né à Bujumbura, la capitale du Burundi. Dans ce pays d'Afrique centrale débute, en cette année 1993, une guerre civile sanglante entre les Hutus et les Tutsis qui, lorsqu'elle se terminera officiellement en 2005, aura coûté la vie à des centaines de milliers de personnes. Parmi elles : Berahino senior, tué alors que son fils n'avait que quatre ans. Une cicatrice indélébile pour un petit garçon qui comprend à peine les événements terrifiants qui se déroulent autour de lui. Il n'ose pas demander à sa mère, Liliane, dans quelles circonstances son père a trouvé la mort, afin de ne pas revivre le traumatisme. Lors du changement de siècle, la famille Berahino prend la route de l'exil. Saido est séparé de ses soeurs aînées et de sa mère, et voyage avec un ami de la famille, en bus et à pied, en direction de la Tanzanie, plus sûre. Il y vivra deux ans comme réfugié, avant de s'envoler en 2003 vers l'Europe, et plus précisément l'Angleterre, à partir du Kenya. Sa mère, qui n'a plus vu son fils depuis deux ans, obtient enfin l'asile politique de la part des services d'immigration britanniques. Au début, Saido est hébergé par une famille d'accueil en Angleterre, car il doit encore subir des tests ADN destinés à prouver que Liliane est effectivement sa mère. Il la revoit pour la première fois dans un bureau de police à Londres, mais comme les résultats du test se font attendre, ils sont de nouveau séparés après une heure. Au grand désespoir de la mère et du fils, qui doit retourner dans une famille d'accueil. Ce n'est qu'après quelques semaines que Liliane peut définitivement reprendre le jeune Saido dans ses bras. À Newton, dans la banlieue de Birmingham, son fils entame une nouvelle vie. Une vie à laquelle il n'osait plus rêver. Il peut caresser le rêve de devenir, un jour, footballeur professionnel. C'est pourtant l'une des rares occupations qui, lorsqu'il était enfant, lui permettait d'oublier la misère à Bujumbura. À l'époque, Saido jouait à l'école avec un ballon qui n'était qu'un assemblage de sacs en plastique, et il regardait à la télévision la Coupe d'Afrique des Nations et la Coupe du monde en France. Son idole : Zinédine Zidane. Le football, c'est aussi un bon moyen d'intégration dans sa nouvelle patrie, dans la région des West Midlands en Angleterre. Dans l'équipe de l'école d'Aston Manor, le jeune Saido ouvre rarement la bouche - il ne maîtrise pas encore très bien l'anglais - mais il impressionne par son sens du but. Et aussi par sa vitesse et sa puissance, sur les terrains de basket et sur la piste d'athlétisme, où il excelle sur les haies et au lancer du javelot. Son professeur apprécie surtout son assiduité et sa motivation : il ne rechigne pas à s'entraîner individuellement pendant les sombres soirées d'hiver. Berahino n'évoque jamais toute la misère qu'il a connue. Même si, en garçon intelligent qu'il est, il décroche un General Certificate of Secondary Education (un diplôme d'école secondaire) dans dix domaines différents, il ne rêve que d'une chose : devenir footballeur pro. Avec, dans un coin de sa tête : son père. Pour le très croyant Saido, il est " un ange de Dieu " qui le guide dans la vie. Ce rêve devient lentement réalité lorsque des scouts du club de Premier League de West Bromwich Albion le découvrent, à 11 ans, à Phoenix United, un club de Birmingham actif en Sunday League, un championnat local. Il n'a encore jamais entendu parler de West Bromwich, pourtant voisin. Saido ne connaît à ce moment-là que les équipes du Big Four, mais il se retrouve au septième ciel à l'Academy avec des entraîneurs professionnels et des terrains qui ressemblent à des billards. Du jamais vu pour lui. Berahino débute chez les U12 et doit apprendre à jouer de manière plus structurée, en évitant de courir dans tous les sens, sans aucun discernement tactique. Une adaptation qui prendra trois ans, en étudiant au passage les lignes de course et le sens de la finition de ses trois attaquants préférés : Samuel Eto'o, Didier Drogba et Jermain Defoe. Avec succès, car à 16 ans, Saido peut déjà s'entraîner avec le noyau A de West Brom et il est aussi sélectionné pour les équipes nationales anglaises de jeunes. Avec les U17, il devient même champion d'Europe en 2010 et, un an plus tard, il participe à la Coupe du monde en Colombie. Cela vaut à Berahino un petit contrat professionnel à West Bromwich, à 18 ans. Le club le loue d'abord à Northampton Town (League Two), puis à Brentford FC et à Peterborough United (League One). Avec un succès mitigé : sur le terrain, il marque les yeux fermés, mais Brentford le renvoie prématurément pour s'en être pris sur Twitter au manager Uwe Rösler, coupable de l'avoir remplacé un peu trop tôt à son goût. Le natif du Burundi se blesse aussi gravement au genou et loupe la deuxième moitié de la saison. Mais Berahino retrouve rapidement toutes ses facultés et fait son entrée à West Bromwich, par la grande porte : un hat trick en League Cup contre Newport en août 2013. Il égalise aussi contre Arsenal, le club favori de sa mère également folle de football, au tour suivant de la même épreuve. Il débute en Premier League en montant au jeu contre Swansea City, le 1er septembre. Et à la fin de ce mois, il vit le plus grand moment de sa carrière. À Old Trafford, contre le grand Manchester United, Berahino remplace Scott Sinclair, blessé, après 13 minutes. Un peu moins d'une heure plus tard, il trompe David De Gea. D'une frappe armée en dehors du rectangle. Le but victorieux (1-2) qui scelle une énorme surprise. Contre son club préféré, qui plus est. A new star is born. Huit ans après son arrivée comme réfugié de guerre et 16 ans après la mort de son père. Saido lui rend hommage lorsqu'il marque sous le maillot de l'équipe nationale anglaise des U21, en dévoilant un T-shirt qui porte l'inscription : Rip Love U Dad. Ça lui vaudra un carton jaune, à la grande consternation de tous, mais peu importe. Désormais, The Sky is The Limit. Cela le devient encore plus lorsque Berahino inscrit 19 buts durant ses deux premières saisons de Premier League (5 en 2013/14, 14 en 2014/15), et lorsque le sélectionneur des Three Lions, Roy Hodgson, celui-là même qui l'avait déjà promu dans le noyau A de WBA, le convoque une première fois en novembre 2014. Chez les U21, encore entraînés par l'actuel sélectionneur national Gareth Southgate, Berahino est même élu Joueur de l'Année. Devant un certain Harry Kane...Mais même s'il rêve d'affronter les meilleurs joueurs de la planète dans les grands tournois avec l'Angleterre, il ne peut se résoudre à rompre les liens avec le Burundi. Jouer pour son " vrai " pays n'est cependant pas une option pour la nouvelle vedette de la (riche) Premier League. Selon Berahino, la situation politique de 2015, après de nouvelles émeutes et de nouvelles manifestations contre le président Pierre Nkurunziza, ne le permet pas : la sécurité n'est pas assurée. Pourtant, il n'hésite pas à déclarer qu'il se sent avant tout Burundais. Longtemps, il conservera sur son smartphone un petit film que sa mère a réalisé lors d'un voyage vers le Burundi. On y voit des patients retenus prisonniers dans un hôpital parce qu'ils ne peuvent payer leur traitement. Des images qui brisent le coeur de Berahino. Il prend la décision d'aider, autant qu'il le peut, ses pauvres compatriotes, et crée une Fondation qui porte son nom. Celle-ci doit, grâce à des dîners destinés à récolter des fonds en Angleterre, permettre aux gens d'avoir accès à l'eau potable en construisant de nouveaux puits. " Il n'y a pas de meilleure sensation que de contribuer à améliorer la vie des gens ", a déclaré Berahino en 2015 au journal The Telegraph. Étrangement, il se préoccupe plus de ses compatriotes que de lui-même. Dès ses années à West Bromwich, et encore davantage après son transfert à Stoke City en janvier 2017, il fait la une des tabloïds avec divers incidents : condamnations pour excès de vitesse (en état d'ébriété et sous influence de gaz hilarants), suspension de huit semaines pour consommation de drogue récréative ( de la MDMA, ajoutée, ou pas, par quelqu'un d'autre dans sa boisson), bagarres avec des équipiers, excédent de poids, paternité (supposée) avec trois femmes différentes... Des frasques qui ne sont pas sans conséquences sur le terrain : 913 jours sans trouver le chemin des filets à West Brom et Stoke. L'étoile du wonderboy Berahino est en train de pâlir. Jusqu'à ce qu'elle se remette à briller, en août de l'an passé. Sur le terrain avec un but en League Cup contre Huddersfield. Et en dehors, lorsqu'il profite de la trêve internationale en septembre pour retourner dans un pays qu'il avait quitté 15 ans plus tôt. Il se sent autant étranger que familier lorsqu'il revoit le quartier où il a grandi. Les souvenirs d'enfance remontent à la surface, racontés par des amis de sa mère. Berahino comprend qu'il a fait le bon choix, en retournant au pays. Et en faisant office d'ambassadeur de sa ville natale, en tant que footballeur. Comme l'Angleterre l'a désormais rangé dans la catégorie des bad boys, il se décide à porter le maillot des Intamba Mu Rugamba, Les Hirondelles de la Guerre. Il se comporte de manière beaucoup plus adulte que lors de ses jeunes années et répond à l'attente, immense, de ses compatriotes. Après l'approbation de la FIFA, Berahino débute en septembre au Gabon. Dans ce match, qui compte pour les qualifications à la Coupe d'Afrique des Nations, l'attaquant prononce un discours pour remercier ses équipiers de leur accueil chaleureux. C'est le seul grand nom des Hirondelles mais il fait preuve d'humilité. " C'est vous qui devez me montrer la voie, car je suis nouveau et je ne connais pas la philosophie de cette équipe. " C'est cependant Berahino qui montre directement la voie en inscrivant un premier but, qui permet à l'équipe de réaliser l'exploit en prenant un point chez le grand concurrent. Un but qui lui fait comprendre qu'avec ses équipiers, il pourrait écrire l'histoire en qualifiant pour la première fois le Burundi pour la Coupe d'Afrique des Nations. À la surprise générale, Berahino et Cie parviennent à leurs fins en arrachant un nouveau match nul, fin mars 2019, contre le Gabon, et en terminant deuxièmes de leur groupe. Le pays entier est en délire. Pour une fois, le Burundi peut oublier les mauvaises nouvelles. Un Berahino radieux et soulagé espère que, pour lui aussi, cet exploit marquera un tournant dans sa carrière. Actuellement, il est le héros sportif le plus grand et le plus connu de son pays. " Si ce rôle ne m'aide pas à devenir plus discipliné, c'est à désespérer de tout ", explique-t-il à ESPN.com. " Cela me rendra plus humble, car en tant que leader, je dois désormais montrer l'exemple. À chaque seconde, quoi que je fasse, tous les regards sont tournés vers moi. Tout est donc important désormais. Je dois constamment prester, être au sommet de ma forme. " En juin, le Burundi de Berahino a été éliminé de la phase de poules de la Coupe d'Afrique des Nations après trois courtes défaites. Mais cela ne rend pas moins fier le tout nouveau capitaines des Hirondelles. Toute l'Afrique, le monde entier même, a découvert un autre visage du Burundi. Et surtout : beaucoup de jeunes ont retrouvé l'espoir.