Le profil est moins rare qu'il n'y paraît. Passé aux mains des entraîneurs et devenu plus collectif, voire synergique que jamais, le football devrait logiquement chasser ces profils insaisissables, trop souvent déconnectés des réalités de leur équipe. Ce serait oublier que le football en a besoin. Peut-être plus que jamais, pour empêcher l'adversaire de lire dans ses cartes, un coach doit pouvoir compter sur cet homme capable de faire quelque chose que lui-même n'aurait pas pu imaginer. Parce que la meilleure manière de ne pas trahir ses intentions, c'est probablement de ne pas les connaître.
...

Le profil est moins rare qu'il n'y paraît. Passé aux mains des entraîneurs et devenu plus collectif, voire synergique que jamais, le football devrait logiquement chasser ces profils insaisissables, trop souvent déconnectés des réalités de leur équipe. Ce serait oublier que le football en a besoin. Peut-être plus que jamais, pour empêcher l'adversaire de lire dans ses cartes, un coach doit pouvoir compter sur cet homme capable de faire quelque chose que lui-même n'aurait pas pu imaginer. Parce que la meilleure manière de ne pas trahir ses intentions, c'est probablement de ne pas les connaître. Didier Lamkel Zé est un rapace. Un oiseau solitaire, qui n'obéit qu'aux lois qui le nourrissent. Planer en solitaire, comme si rien autour de lui n'existait, jusqu'au moment fatidique qui l'amène à plonger sur sa proie. Une chasse lors de laquelle rien ne semble en mesure de l'arrêter. Pour le bloquer, Anderlecht avait ainsi choisi de multiplier les fautes à la source de ses prises de balle. Attendre qu'il se retourne avec le ballon et se lance vers le but, même si cinquante mètres le séparent encore des filets, c'est déjà agir trop tard. La saison dernière, Laszlo Bölöni avait installé son ailier camerounais dans le couloir gauche. À l'opposé du jeu, aimanté par l'activité d' Aurelio Buta, homme qui touchait le plus souvent le ballon dans le onze mis en place par le Roumain au Bosuil. Isolé, presque déconnecté, Lamkel Zé est alors un joueur d'actions ponctuelles. Un homme d'apparitions miraculeuses plus qu'un instrument de symphonies collectives. L'ancien des Chamois Niortais bouclera d'ailleurs la saison sans la moindre passe décisive. Forcément à l'étroit dans le jeu de position rigoureux mis en place par Ivan Leko, le Camerounais ressuscite dans le football de Franky Vercauteren, plus concentré sur l'organisation défensive que sur les combinaisons avec ballon. Privé de Dieumerci Mbokani, Frankie accentue le concept de déconnexion de Didier Lamkel Zé en le sortant de son bloc pour l'installer en pointe, comme un éclaireur qui ne verrait jamais le reste de son régiment. Là, Didier Super court seul, n'amène même pas ses coéquipiers à sortir le ballon quand il est au sol, et ses connexions avec un autre joueur du Great Old semblent presque plus souvent subies que voulues. Tout ça ne l'empêche pas d'être plus décisif que jamais. Lancé vers le but adverse comme un ailier de rugby vers l'en-but, le numéro 7 du Bosuil déménage tout ce qui se présente sur son passage. En solitaire et en liberté. Sans doute la meilleure manière de rentabiliser son talent.