Un resto italien chic de la banlieue de Munich, début février de cette année. Daniel Van Buyten se met à table pour la première interview qui servira à son autobiographie. Une confidence fuse directement : "J'arrête à la fin de la saison. C'est décidé, je ne reviendrai pas dessus. Mais on ne dit rien avant la fin de la Coupe du Monde." Le plan com est réfléchi. Quelques semaines plus tôt, il a révélé sur le site du Bayern qu'il quitterait probablement l'équipe nationale après le Brésil. Fin mai, lors de la présentation de son autobiographie, il annoncera qu'il met fin aux négociations de prolongation avec son club. L'étape suivante, logique, c'est pour le retour du Mondial : il fera savoir que sa carrière est terminée. Pourquoi ne pas le dire plus tôt ? C'est simple : il ne veut pas donner l'impression qu'il prépare la Coupe du Monde en touriste. Se faire "taper dessus" (comme il dit) par la presse, il a assez donné.

Quelques jours plus tard, une nouvelle interview est interrompue par un employé du Bayern qui lui demande de monter dans la salle où un photographe du club fait un shooting pour le catalogue de la saison 2014-2015. Big Dan enfile le maillot prévu pour la Ligue des Champions, d'autres tenues aussi, et se fait mitrailler pendant une demi-heure. Juste après, il nous dit en souriant : "Le maillot de Champions League est magnifique. Mais ils ont fait les photos pour rien, elles iront au bac." Sa décision d'arrêter, il ne veut pas non plus la communiquer à ses employeurs. Lors des semaines suivantes, il nous répète plusieurs fois que rien n'a changé, qu'il vit ses derniers moments de footballeur.

Alors, pourquoi a-t-il passé son été à réfléchir, à écouter son agent qui lui signalait une tonne d'offres de toute l'Europe, à discuter avec Anderlecht ? Décryptage.

Pourquoi il a pleuré à Brasilia Le "fait chier" de Daniel Van Buyten, les larmes aux yeux, après l'élimination par l'Argentine, ça reste une image forte des Diables à la Coupe du Monde. Pourquoi cette émotion, à ce moment-là ? Il y a plusieurs explications. Il est déçu par le résultat et le déroulement du match. Il est persuadé que si on avait plus et mieux joué avec lui dans les dernières minutes, quand il est monté, un exploit était toujours possible. Autre explication de ses larmes : à ce moment-là, il est toujours certain qu'il vient de jouer le dernier match de sa carrière. Et il y a aussi le contexte familial : son émotion apparaît au moment où on lui pose une question sur ses proches, et il craque. Il n'a plus vu sa femme, ses enfants et ses parents depuis un mois, et pour lui, c'est à la limite de l'insupportable. Après chaque match, sa famille lui envoyait des photos et des vidéos de fêtes qu'ils faisaient quand les Diables jouaient. Chaque fois qu'il les découvrait, il pleurait.

Des anciens lui conseillaient de continuer Big Dan a reçu plusieurs appels d'anciens joueurs qui le dissuadaient de stopper alors qu'il avait encore du jus pour continuer. Leur message : "Moi, j'ai arrêté trop tôt, et six mois plus tard, je le regrettais." Parmi ces ex-joueurs, il y a notamment Alex Teklak qui lui confie qu'il a eu plus de mal que prévu à se reconvertir. D'autres lui disent : "Avec le Bayern, tu étais tout le temps en route. Le jour où tu vas stopper, tu vas ressentir un manque énorme, ce n'est pas toujours simple à gérer." Il a aussi pu aborder son avenir et ses interrogations avec Robert Waseige quelques jours après le retour du Brésil. Il avait organisé une grande fête avec toute sa famille. Son frère, Alain, avait invité Waseige sans le prévenir. Son ancien coach lui a dit, en résumé : "Si tu continues et si tu restes en Belgique, Anderlecht est le meilleur choix. Mais si tu arrêtes, c'est bien aussi. Sortir par la grande porte, c'est important, on ne te le reprendra jamais."

Anderlecht, la seule option Anderlecht était de toute façon la seule option. Sur la page facebook Pour que Daniel Van Buyten reste chez les Diables, créée juste après la Coupe du Monde et likée entre-temps par 40.000 personnes, des supporters du Standard ont commencé à chambrer. Pour eux, tant qu'à continuer et à rejouer en Belgique, pourquoi pas à Sclessin plutôt qu'à Bruxelles ? La compagne de Big Dan leur a répondu : "Il ne va pas aller dans un club où on ne le souhaite pas." Le Standard ne l'a jamais approché. En même temps, vu les relations entre Roland Duchâtelet et Christophe Henrotay... Par contre, l'approche mauve n'est finalement qu'un remake. Les Mauves s'étaient déjà intéressés à lui quand il avait 12 ans. Il était à Froidchapelle mais la direction lui avait caché cet intérêt. Son père l'avait appris quelques années plus tard et ça avait abîmé la relation entre la famille et le premier club de Big Dan et son frère.

Non-foot au Portugal

Juste après le Brésil, il est parti en vacances au Portugal, dans la région de Lisbonne, avec sa femme, ses enfants, son frère et sa nièce. "On n'a pas parlé de foot", dit Alain. "En partant, il m'a dit : -Vacances, je penserai à mon avenir plus tard." A ce moment-là, il y a déjà un lobbying pour qu'il continue, mais il zappe. Il y a juste une séance en salle de fitness qui lui rappelle le Brésil. "Il faisait torride, on transpirait en bougeant à peine", explique Alain. "Il m'a dit : -A la Coupe du Monde, c'était la même chose sur le terrain. Les gens s'étonnent qu'on n'ait pas fait ce qu'ils attendaient dans certains matches mais il fallait être sur place pour comprendre que c'était parfois un sauna."

Foot obligé en Suisse A peine rentrés, ils repartent tous, en Suisse. Cette fois, ses parents accompagnent. C'est le premier séjour à l'étranger du père de Daniel depuis son AVC en 2009. Ils pratiquent leur passion commune : la pêche. Ils passent des heures sur les rives du lac de Thoune. Un jour, Daniel et Alain montent pêcher à 2.500 mètres d'altitude. Pendant ces deuxièmes vacances, Big Dan est bien obligé de repenser un peu au foot. Christophe Henrotay l'appelle plusieurs fois. "Il devenait fou", dit Alain. L'agent reçoit des propositions de toute l'Europe. L'Olympiacos lui téléphone plusieurs fois par jour. Henrotay veut au moins savoir si ça vaut la peine de continuer à les écouter ou si Daniel Van Buyten a définitivement décidé d'arrêter. Alain : "Mon frère m'a dit : -C'est dingue, je veux arrêter et je n'ai jamais reçu autant d'offres."

Pour la première fois, il fait l'unanimité

"Tout le monde était positif, il était apprécié par tout le monde après sa Coupe du Monde : les supporters, les journalistes, les Wallons, les Flamands", dit Alain. "C'était la première fois qu'il connaissait ça. Et ça l'a fait réfléchir." Mais ça complique aussi son raisonnement. D'un côté, il se dit que ce serait malheureux de stopper alors qu'il est au top. De l'autre, il voit que ce serait très bien aussi de sortir par la toute grande porte. Il sait que s'il se loupe dans un gros match avec un nouveau club, on risque de lui retomber dessus. Il pense aussi à quelques grands joueurs belges, comme Enzo Scifo ou Georges Grün, qui ont voulu finir par une dernière pige ici après avoir connu la gloire à l'étranger. Et ça ne s'est pas bien passé. Daniel Van Buyten voit qu'il a beaucoup à perdre dans une aventure pareille.

Anderlecht, porte ouverte vers une reconversion

Big Dan ne sait pas à quoi ressemblera sa nouvelle vie. Christophe Henrotay lui a proposé de travailler avec lui. Il s'imagine bien comme consultant pour une télé. Il n'exclut pas d'entraîner. Mais ce qui semble le brancher le plus, c'est un poste dans un club, style manager ou directeur sportif. Pendant sa longue période de réflexion de l'été, il s'est dit que s'il terminait sa carrière de joueur à Anderlecht, ce serait peut-être la meilleure façon de se caser à plus long terme dans ce club.

Des doutes en longeant le stade de Charleroi

En passant devant le stade de Charleroi, Daniel Van Buyten lâche à son frère : "Pft... J'imagine que j'arrive ici avec le car d'Anderlecht. On monte sur le terrain, il n'y a personne dans les tribunes. Je ne sais pas si je suis prêt." Depuis ses débuts au Bayern, il n'a joué que dans des stades combles. Il se demande s'il pourrait se remotiver pour des déplacements à Waregem, à Lokeren ou au Lierse. Cela l'effraie un peu. "Il pense même que certains joueurs du Bayern pourraient avoir des problèmes de motivation cette saison", lâche Alain. "Depuis deux ans, ils ont tout gagné, y compris la Coupe du Monde. Maintenant, ils doivent repartir pour le championnat d'Allemagne. Il est persuadé que ça va être compliqué pour eux. Et il pense que la retraite internationale de Philipp Lahm s'explique aussi par un problème de motivation. Il devrait rejouer des simples matches éliminatoires alors qu'il a gagné le plus beau trophée possible." Big Dan a aussi réfléchi au fait de travailler au quotidien avec des coéquipiers qui ne s'appellent plus Arjen Robben, Franck Ribéry ou Mario Götze. Des coéquipiers d'un niveau pas tellement comparable. Autre élément dans la balance : quelles seraient encore ses chances d'être appelé en équipe nationale et d'y être titulaire en ne jouant plus que dans le championnat de Belgique ? Ses concurrents pour une place en défense centrale des Diables sont à Manchester City et à Barcelone.

Sans famille, il s'installe définitivement à Munich

La compagne de Daniel Van Buyten était impatiente de revenir en Belgique. Le couple se plaisait beaucoup à Cassis quand Big Dan jouait à Marseille. Par contre, Céline n'a jamais flashé pour l'Allemagne. Ils y ont passé dix ans, pour elle c'est bien assez. Lui, par contre, y serait encore bien resté. Et pour longtemps. "Il est revenu pour nous", dit Renate, sa mère. "S'il était seul, il s'installerait définitivement à Munich, j'en suis certaine. Il aime la ville, l'Allemagne, la mentalité, la propreté." En fin de saison, Uli Hoeness, qui vivait ses derniers jours de liberté avant son incarcération pour fraude fiscale, l'a convoqué et lui a répété qu'il y avait toujours une place pour lui au Bayern. Soit comme joueur, soit dans un autre rôle. Fin mai, il a appelé le club pour signaler qu'il ne souhaitait plus négocier. Entre-temps, il est retourné à Munich mais il n'y est resté que quelques heures. Il a remis sa voiture du club et est rentré en Belgique avec son véhicule privé qui était encore là-bas. Il n'a croisé personne de la direction.

Pierre Danvoye

Un resto italien chic de la banlieue de Munich, début février de cette année. Daniel Van Buyten se met à table pour la première interview qui servira à son autobiographie. Une confidence fuse directement : "J'arrête à la fin de la saison. C'est décidé, je ne reviendrai pas dessus. Mais on ne dit rien avant la fin de la Coupe du Monde." Le plan com est réfléchi. Quelques semaines plus tôt, il a révélé sur le site du Bayern qu'il quitterait probablement l'équipe nationale après le Brésil. Fin mai, lors de la présentation de son autobiographie, il annoncera qu'il met fin aux négociations de prolongation avec son club. L'étape suivante, logique, c'est pour le retour du Mondial : il fera savoir que sa carrière est terminée. Pourquoi ne pas le dire plus tôt ? C'est simple : il ne veut pas donner l'impression qu'il prépare la Coupe du Monde en touriste. Se faire "taper dessus" (comme il dit) par la presse, il a assez donné. Quelques jours plus tard, une nouvelle interview est interrompue par un employé du Bayern qui lui demande de monter dans la salle où un photographe du club fait un shooting pour le catalogue de la saison 2014-2015. Big Dan enfile le maillot prévu pour la Ligue des Champions, d'autres tenues aussi, et se fait mitrailler pendant une demi-heure. Juste après, il nous dit en souriant : "Le maillot de Champions League est magnifique. Mais ils ont fait les photos pour rien, elles iront au bac." Sa décision d'arrêter, il ne veut pas non plus la communiquer à ses employeurs. Lors des semaines suivantes, il nous répète plusieurs fois que rien n'a changé, qu'il vit ses derniers moments de footballeur. Alors, pourquoi a-t-il passé son été à réfléchir, à écouter son agent qui lui signalait une tonne d'offres de toute l'Europe, à discuter avec Anderlecht ? Décryptage. Pourquoi il a pleuré à Brasilia Le "fait chier" de Daniel Van Buyten, les larmes aux yeux, après l'élimination par l'Argentine, ça reste une image forte des Diables à la Coupe du Monde. Pourquoi cette émotion, à ce moment-là ? Il y a plusieurs explications. Il est déçu par le résultat et le déroulement du match. Il est persuadé que si on avait plus et mieux joué avec lui dans les dernières minutes, quand il est monté, un exploit était toujours possible. Autre explication de ses larmes : à ce moment-là, il est toujours certain qu'il vient de jouer le dernier match de sa carrière. Et il y a aussi le contexte familial : son émotion apparaît au moment où on lui pose une question sur ses proches, et il craque. Il n'a plus vu sa femme, ses enfants et ses parents depuis un mois, et pour lui, c'est à la limite de l'insupportable. Après chaque match, sa famille lui envoyait des photos et des vidéos de fêtes qu'ils faisaient quand les Diables jouaient. Chaque fois qu'il les découvrait, il pleurait. Des anciens lui conseillaient de continuer Big Dan a reçu plusieurs appels d'anciens joueurs qui le dissuadaient de stopper alors qu'il avait encore du jus pour continuer. Leur message : "Moi, j'ai arrêté trop tôt, et six mois plus tard, je le regrettais." Parmi ces ex-joueurs, il y a notamment Alex Teklak qui lui confie qu'il a eu plus de mal que prévu à se reconvertir. D'autres lui disent : "Avec le Bayern, tu étais tout le temps en route. Le jour où tu vas stopper, tu vas ressentir un manque énorme, ce n'est pas toujours simple à gérer." Il a aussi pu aborder son avenir et ses interrogations avec Robert Waseige quelques jours après le retour du Brésil. Il avait organisé une grande fête avec toute sa famille. Son frère, Alain, avait invité Waseige sans le prévenir. Son ancien coach lui a dit, en résumé : "Si tu continues et si tu restes en Belgique, Anderlecht est le meilleur choix. Mais si tu arrêtes, c'est bien aussi. Sortir par la grande porte, c'est important, on ne te le reprendra jamais." Anderlecht, la seule option Anderlecht était de toute façon la seule option. Sur la page facebook Pour que Daniel Van Buyten reste chez les Diables, créée juste après la Coupe du Monde et likée entre-temps par 40.000 personnes, des supporters du Standard ont commencé à chambrer. Pour eux, tant qu'à continuer et à rejouer en Belgique, pourquoi pas à Sclessin plutôt qu'à Bruxelles ? La compagne de Big Dan leur a répondu : "Il ne va pas aller dans un club où on ne le souhaite pas." Le Standard ne l'a jamais approché. En même temps, vu les relations entre Roland Duchâtelet et Christophe Henrotay... Par contre, l'approche mauve n'est finalement qu'un remake. Les Mauves s'étaient déjà intéressés à lui quand il avait 12 ans. Il était à Froidchapelle mais la direction lui avait caché cet intérêt. Son père l'avait appris quelques années plus tard et ça avait abîmé la relation entre la famille et le premier club de Big Dan et son frère. Non-foot au Portugal Juste après le Brésil, il est parti en vacances au Portugal, dans la région de Lisbonne, avec sa femme, ses enfants, son frère et sa nièce. "On n'a pas parlé de foot", dit Alain. "En partant, il m'a dit : -Vacances, je penserai à mon avenir plus tard." A ce moment-là, il y a déjà un lobbying pour qu'il continue, mais il zappe. Il y a juste une séance en salle de fitness qui lui rappelle le Brésil. "Il faisait torride, on transpirait en bougeant à peine", explique Alain. "Il m'a dit : -A la Coupe du Monde, c'était la même chose sur le terrain. Les gens s'étonnent qu'on n'ait pas fait ce qu'ils attendaient dans certains matches mais il fallait être sur place pour comprendre que c'était parfois un sauna." Foot obligé en Suisse A peine rentrés, ils repartent tous, en Suisse. Cette fois, ses parents accompagnent. C'est le premier séjour à l'étranger du père de Daniel depuis son AVC en 2009. Ils pratiquent leur passion commune : la pêche. Ils passent des heures sur les rives du lac de Thoune. Un jour, Daniel et Alain montent pêcher à 2.500 mètres d'altitude. Pendant ces deuxièmes vacances, Big Dan est bien obligé de repenser un peu au foot. Christophe Henrotay l'appelle plusieurs fois. "Il devenait fou", dit Alain. L'agent reçoit des propositions de toute l'Europe. L'Olympiacos lui téléphone plusieurs fois par jour. Henrotay veut au moins savoir si ça vaut la peine de continuer à les écouter ou si Daniel Van Buyten a définitivement décidé d'arrêter. Alain : "Mon frère m'a dit : -C'est dingue, je veux arrêter et je n'ai jamais reçu autant d'offres." Pour la première fois, il fait l'unanimité "Tout le monde était positif, il était apprécié par tout le monde après sa Coupe du Monde : les supporters, les journalistes, les Wallons, les Flamands", dit Alain. "C'était la première fois qu'il connaissait ça. Et ça l'a fait réfléchir." Mais ça complique aussi son raisonnement. D'un côté, il se dit que ce serait malheureux de stopper alors qu'il est au top. De l'autre, il voit que ce serait très bien aussi de sortir par la toute grande porte. Il sait que s'il se loupe dans un gros match avec un nouveau club, on risque de lui retomber dessus. Il pense aussi à quelques grands joueurs belges, comme Enzo Scifo ou Georges Grün, qui ont voulu finir par une dernière pige ici après avoir connu la gloire à l'étranger. Et ça ne s'est pas bien passé. Daniel Van Buyten voit qu'il a beaucoup à perdre dans une aventure pareille. Anderlecht, porte ouverte vers une reconversion Big Dan ne sait pas à quoi ressemblera sa nouvelle vie. Christophe Henrotay lui a proposé de travailler avec lui. Il s'imagine bien comme consultant pour une télé. Il n'exclut pas d'entraîner. Mais ce qui semble le brancher le plus, c'est un poste dans un club, style manager ou directeur sportif. Pendant sa longue période de réflexion de l'été, il s'est dit que s'il terminait sa carrière de joueur à Anderlecht, ce serait peut-être la meilleure façon de se caser à plus long terme dans ce club.Des doutes en longeant le stade de CharleroiEn passant devant le stade de Charleroi, Daniel Van Buyten lâche à son frère : "Pft... J'imagine que j'arrive ici avec le car d'Anderlecht. On monte sur le terrain, il n'y a personne dans les tribunes. Je ne sais pas si je suis prêt." Depuis ses débuts au Bayern, il n'a joué que dans des stades combles. Il se demande s'il pourrait se remotiver pour des déplacements à Waregem, à Lokeren ou au Lierse. Cela l'effraie un peu. "Il pense même que certains joueurs du Bayern pourraient avoir des problèmes de motivation cette saison", lâche Alain. "Depuis deux ans, ils ont tout gagné, y compris la Coupe du Monde. Maintenant, ils doivent repartir pour le championnat d'Allemagne. Il est persuadé que ça va être compliqué pour eux. Et il pense que la retraite internationale de Philipp Lahm s'explique aussi par un problème de motivation. Il devrait rejouer des simples matches éliminatoires alors qu'il a gagné le plus beau trophée possible." Big Dan a aussi réfléchi au fait de travailler au quotidien avec des coéquipiers qui ne s'appellent plus Arjen Robben, Franck Ribéry ou Mario Götze. Des coéquipiers d'un niveau pas tellement comparable. Autre élément dans la balance : quelles seraient encore ses chances d'être appelé en équipe nationale et d'y être titulaire en ne jouant plus que dans le championnat de Belgique ? Ses concurrents pour une place en défense centrale des Diables sont à Manchester City et à Barcelone. Sans famille, il s'installe définitivement à Munich La compagne de Daniel Van Buyten était impatiente de revenir en Belgique. Le couple se plaisait beaucoup à Cassis quand Big Dan jouait à Marseille. Par contre, Céline n'a jamais flashé pour l'Allemagne. Ils y ont passé dix ans, pour elle c'est bien assez. Lui, par contre, y serait encore bien resté. Et pour longtemps. "Il est revenu pour nous", dit Renate, sa mère. "S'il était seul, il s'installerait définitivement à Munich, j'en suis certaine. Il aime la ville, l'Allemagne, la mentalité, la propreté." En fin de saison, Uli Hoeness, qui vivait ses derniers jours de liberté avant son incarcération pour fraude fiscale, l'a convoqué et lui a répété qu'il y avait toujours une place pour lui au Bayern. Soit comme joueur, soit dans un autre rôle. Fin mai, il a appelé le club pour signaler qu'il ne souhaitait plus négocier. Entre-temps, il est retourné à Munich mais il n'y est resté que quelques heures. Il a remis sa voiture du club et est rentré en Belgique avec son véhicule privé qui était encore là-bas. Il n'a croisé personne de la direction.Pierre Danvoye