C'est l'histoire d'une vieille habitude soudainement revenue dans l'air du temps. D'un concept que l'émergence en masse de talents étiquetés "génération dorée" avait fini par rendre obsolète. D'un sélectionneur aussi devenu directeur technique et dont on sait qu'il serait capable d'avaler quinze matches par week-end, réduits à une petite heure par la magie d'un logiciel qui éteint les temps morts. C'est le propre des passionnés. Des workaholics, aussi. Et des idées farfelues qui se transforment en piste crédible au milieu de la nuit.
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C'est l'histoire d'une vieille habitude soudainement revenue dans l'air du temps. D'un concept que l'émergence en masse de talents étiquetés "génération dorée" avait fini par rendre obsolète. D'un sélectionneur aussi devenu directeur technique et dont on sait qu'il serait capable d'avaler quinze matches par week-end, réduits à une petite heure par la magie d'un logiciel qui éteint les temps morts. C'est le propre des passionnés. Des workaholics, aussi. Et des idées farfelues qui se transforment en piste crédible au milieu de la nuit. Parce qu'à force d'effectuer chaque week-end ou presque sa tournée hebdomadaire des stades de Pro League, Roberto Martínez est devenu un habitué des rediffusions tardives. Des matches enregistrés et diffusés à pas d'heure dans le salon de sa villa de Waterloo, où son regard se glisse entre les yeux de son épouse et sa télévision pour se diriger vers un deuxième écran. C'est le charme des canapés d'angle. C'est là, probablement, que l'Espagnol est successivement tombé sous le charme de la polyvalence de Pascal Struijk dans le Leeds United de Marcelo Bielsa et du coffre appréciable d' Adrien Truffert dans le couloir gauche rennais. Moins que des coups de foudres, des amourettes de circonstances pour un coach qui ne cachait pas lors de nos dernières rencontres suivre de manière bimensuelle une centaine de joueurs susceptibles d'un jour intégrer le groupe des Diables. Et qui aurait ces dernières semaines simplement mis en pratique le travail de détection mis en place au sortir du Mondial 2018. Conscient de ses lacunes et de celles de tout un groupe défensivement vieillissant, mais surtout en panne de bonne patte gauche, le sélectionneur avait de bonnes raisons de s'inquiéter de l'asymétrie de plus en plus marquée de son squad. Une spécificité nationale, mais sans le charme qui accompagne souvent les curiosités locales. Il ne fallait pas être guide touristique pour oser le jeu de la critique et de la remise en question. Alors, quand Roberto Martínez a sorti son stylo et son calepin, il ne s'est même pas étonné de ne pas devoir tourner la page. En Belgique, être défenseur et gaucher suffit souvent à faire de vous un postulant crédible à la gloire nationale. De Joris Kayembe à Elias Cobbaut en passant par Hannes Delcroix ou Jordan Lukaku, tous auront eu droit ces dernières années aux honneurs d'une sélection souvent considérée comme précipitée, voire malvenue. Si bien que ces derniers mois, au petit jeu des sélections fictions, les noms d' Arthur Theate ou de Boli Bolingoli sont également apparus comme des hypothèses. Et cette fois, c'en était visiblement trop pour Roberto Martínez. Dans un pays de onze millions d'âmes, chercher à se réinventer fait souvent partie des qualités requises pour exister. En Belgique non plus, on n'a pas de pétrole, mais on aurait donc des idées. Une variante 2.0 de cet ancien slogan publicitaire devenu maxime d'une génération au milieu des années 1970 et popularisé par l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing. À l'époque, VGE cherchait à mobiliser la population face à la hausse brutale des cours du pétrole et avait milité pour l'instauration d'un changement d'heure censé limiter la consommation d'énergie dans les foyers. Idée originale, souvent moquée, mais finalement adoptée en 1976. Quarante-cinq ans plus tard, le plus politicien de nos sélectionneurs réalise qu'à certains postes, les talents ne jaillissent pas forcément du sol. Alors, il innove à son tour, mais recycle aussi un grand classique de sélectionneur en panne de solutions. Avant lui, Marc Wilmots, pourtant gâté par l'abondance de biens en équipe nationale, avait déjà pensé à élargir le spectre de son groupe en se rendant un soir de septembre 2015 dans le hall de l'hôtel Sheraton de Porto pour rappeler à Giannelli Imbula, titulaire dans le Porto de Julen Lopetegui à cette époque, qu'il était natif de Vilvorde et entrait donc en ligne de compte pour venir concurrencer la ligne médiane des Diables. Rapidement écartée, la solution Imbula, sans club aujourd'hui, ne verra jamais le jour. Un précédent parmi d'autres dans l'historique plus ou moins récent de ces joueurs souvent convoités par opportunisme sportif, mais finalement jamais devenus Diables. Dans le désordre, il y aura eu ces dernières années les cas Mémé Tchité, Steed Malbranque, Andreas Pereira, Önder Turaci, Nabil Dirar ou Omar El Kaddouri. Plus loin, même un certain Juan Lozano. Tous avaient pour point commun d'être nés ou d'avoir séjourné longtemps chez nous. Adrien Truffert et Pascal Struijk rejoindront-ils un jour cette liste, ou enfileront-ils réellement la tunique noir-jaune-rouge? Aux dires du sélectionneur, ce serait encore probable à ce stade, mais ça ne devrait en tout cas pas être officialisé dès ce vendredi 19 mars, date de l'annonce de la sélection pour le triptyque de la fin du mois qui marquera le début de la campagne qualificative des Diables pour le Mondial 2022. Et ce même si le sélectionneur national confirmait fin de semaine dernière dans une interview accordée à La Derniere Heure l'information révélée par Sport/Foot Magazine sur son site internet selon laquelle une prise de contact avait bien été établie entre la Fédération et Adrien Truffert. "Oui, j'ai suivi Truffert et j'ai parlé avec lui", relate alors le coach fédéral. "Mais pas encore de façon concrète. Il s'agissait plus d'une prise d'informations. Ce n'est qu'une première étape. S'il fera partie de ma sélection du mois de mars? Je crois que ce sera trop tôt." Et pour cause, puisque les premiers contacts entre les deux parties ne remontent qu'au mardi 2 mars selon l'agent du joueur, Yvon Pouliquen. "J'ai reçu un coup de téléphone ce jour-là d'Adrien m'annonçant qu'il avait été contacté par quelqu'un de la Fédération. À ce stade, il est flatté, mais il n'a pas encore pris de décision pour son futur. Vous savez, il est en équipe de France depuis trois ou quatre ans, il a juste 19 ans, donc moi, je serais tenté de dire qu'il a encore le temps." Celui qui n'en a plus forcément beaucoup à trois mois d'un EURO qui arrive à grand pas, c'est Roberto Martínez himself. Même si à ce stade, le sélectionneur joue plus la carte de la prévoyance que celle de l'urgence. Désireux de parer à toute éventualité, et surtout animé par la crainte d'être pris de court par une cascade de forfaits au bout d'une saison très éprouvante pour les organismes de ses troupes, il a ainsi élargi considérablement le spectre des joueurs suivis au cours des derniers mois, au point de faire preuve d'inventivité en dénichant de prometteurs joueurs étrangers nés sur un sol belge qu'ils ont souvent quitté avant de savoir le fouler. Imaginer le Catalan reprendre en mai un joueur qui n'a jamais côtoyé le groupe s'apparenterait en cela à une immense surprise pour un coach qui devrait alors être amené à poser des choix forts. Une perspective qu'il semble prêt à affronter, puisqu'il s'est renseigné auprès de Jérémy Doku sur les qualités du latéral, paraissant déterminé à lui ouvrir les portes de la sélection dès cet été. C'est tout le piège d'une réflexion sportive, éthique aussi, qu'il lui faudra pourtant mener à grande vitesse dans les prochaines semaines. En acceptant les critiques de circonstances qui accompagneraient ce que d'aucuns considèrent comme de l'opportunisme sportif. Du côté de la Maison de Verre, on se défend de mener une "politique de braconnage", et on refuse d'ailleurs de parler de naturalisation pour des joueurs considérés par les instances du football national comme administrativement belges. Preuve que le sujet est sensible, il fait aussi débat. En communiquant aguerri, Roberto Martínez a donc sorti à toute vitesse le kit du parfait politicien ces dernières semaines, en glissant çà et là des indices sur les chambardements possibles qui pourraient survenir. Des éléments de langage censés prendre la température de l'opinion en même temps qu'ils confrontaient les principaux intéressés aux conséquences de leurs choix. En interne, l'Union belge savait aussi le sujet hautement explosif à l'extérieur de nos frontières. En déclarant ce week-end qu'il ne voulait pas "créer de guerre entre fédérations" au moment d'évoquer le cas de Pascal Struijk, Martinez a sans doute lui aussi pris la mesure du combat d'influence désormais mené envers ses homologues néerlandais et français. "Entre-temps, il semble que le coeur de Struijk ait penché vers les Pays-Bas", déclare-t-il d'ailleurs. "Il faut avoir du respect pour cela, même si son profil est intéressant. Il ne sera donc pas dans ma sélection. Cela ne signifie pour autant pas que le dossier Struijk est clos." En effet, selon nos informations, des démarches administratives pour mener à bien sa naturalisation ont été entamées. Ces trois petites phrases du sélectionneur racontent une détermination sur fond de désaveu pour Martínez, qui semble, au moins dans le cas de Pascal Struijk, assez probablement aussi au sujet d'Adrien Truffert qui rêve des Bleus, tomber sur un os. Cela peut vouloir dire plusieurs choses. Que Roberto Martínez a indéniablement eu le coup d'oeil en ciblant des profils sportifs qui auraient probablement apporté un plus à la sélection, mais que le coach fédéral va aussi devoir maintenant expliquer aux joueurs repris aux places convoitées qu'ils n'ont pas forcément des têtes de premiers choix. Un exercice d'équilibriste dans lequel le Catalan a, il faut bien le dire, toujours excellé depuis le début de son mandat.