Un manque de répondant face aux grandes

"On ne peut pas vraiment tout miser sur notre physique, mais sur un malentendu, ça peut passer." De malentendu, il n'y en avait pas eu pour les Red Flames en février, face aux Pays-Bas et à l'Allemagne. Trop légères (physiquement, techniquement, mentalement), les Belges avaient bu le bouillon face à deux géants européens. Ce jeudi, contre la Norvège, une équipe privée de son axe défensif et de sa meilleure joueuse (Caroline Graham Hansen), mais dotée d'un noyau 100% professionnel, la différence s'est à nouveau sentie, avec une troisième défaite de rang à la clé (0-2). Et encore une fois, difficile de vraiment en vouloir aux Belges de ne pas rivaliser avec des adversaires qui évoluent en Angleterre, en Suède ou bien en Allemagne.

Rejoindre le top 8 européen ne pourra passer que par une véritable professionnalisation du championnat belge, d'où 84% de la dernière sélection provenait.

Trois jours plus tard, contre l'Irlande, les Flames ont certes gratté leur première victoire depuis début décembre (1-0, but de Tine De Caigny), mais sans avoir l'air à l'aise pour autant. Et cela face à un squad à la volonté de fer et costaud dans les duels, dont le classement FIFA (31e) est trompeur. Surtout quand on sait que l'effectif irlandais possède certaines internationales qui jouent notamment en Angleterre, une compétition pro bien plus avancée que la Super League, principal réservoir de la sélection belge. Et cela commence par sonner comme un disque rayé, mais rejoindre le top 8 européen (l'objectif annoncé par l'Union belge d'ici 2024) ne pourra passer que par une véritable professionnalisation du championnat belge, d'où 84% de la dernière sélection provenait.

Malgré tout, Janice Cayman (qui a profité de sa titularisation pour égaler le record de matches internationaux d'Aline Zeler, en alignant une 111e cap) et consorts ont assuré l'essentiel, en venant à bout d'une nation en théorie plus faible, bien que surprenante et sans aucun complexe sur la pelouse du Roi Baudouin.

Défauts de construction

Le hic, c'est que réduire les soucis des Red Flames à une simple manque de répondant physique serait inexact. Contre la Norvège, c'est aussi un certain manque de liant, d'idées même, qui a frappé. Privées de ballon, les Flames n'ont pas brillé à la construction, la faute à des erreurs techniques qui ont ralenti les quelques offensives noir-jaune-rouge. Or, c'était précisément le domaine dans lequel la capitaine Wullaert voulait que son équipe progresse. Excepté le très joli mouvement qui aurait pu mener à l'égalisation peu après l'heure de jeu, on n'a pas vu beaucoup de belles choses côté belge. Cet excès de déchet dans le jeu leur a même coûté des points durant leurs temps forts. "C'est sur le denier contrôle et la dernière passe qu'on a péché. On doit plus oser se montrer et montrer ce qu'on sait faire", expliquait d'ailleurs Ives Serneels en conférence de presse après la défaite 0-2 contre les Scandinaves.

Et ce n'est sans doute pas un hasard si c'est sur un coup franc de Laura De Neve que le seul but belge inscrit lors de ces deux amicaux est tombé, ce dimanche face à l'Irlande. Là, c'est aussi le réalisme qui a manqué, car les joueuses de Serneels se sont tout de même créé plus d'occasions. Sans la maladresse de Tine De Caigny (un improbable raté à la 53e sur un centre de Tessa Wullaert), le score aurait pu être plus lourd et aurait permis à la Belgique de se mettre à l'abri, sans devoir retenir son souffle au moment de voir Justien Odeurs sortir le grand jeu à la 77e et la 85e...

Autre chiffre qui fait mal au sortir de la victoire de ce dimanche : sur douze tentatives au but (huit pour les Irlandaises) , seules trois se sont révélées cadrées. Contre cinq pour l'Irlande. "On doit se montrer plus réalistes", affirmait Justine Vanhaevermaet en préambule du match contre la Norvège. On est tenté de dire que la milieu de terrain, repositionnée dans le trio arrière central suite à la blessure de De Neve, avait vu juste. Face à la Suisse, probablement LE match référence des Flames, disputé contre une équipe dotée d'individualités plus fortes, les Belges avaient frappé douze fois au but également, mais cadré plus de la moitié de leurs essais (sept pour être exact). On attend donc qu'une chose : retrouver cette équipe audacieuse et efficace, qui avait dominé une Nati composée elle aussi de joueuses issues de grands championnats européens.

Les satisfactions Eurlings et Tysiak

Elle avait déjà gratté quelques minutes de jeu lors des trois derniers matches internationaux, et avait fait ce qu'elle pouvait. Contre la Norvège, Hannah Eurlings a cette fois ouvert son compteur-titularisations. Et a convaincu dans un rôle d'ailière, grâce à ses nombreux appels et ses mouvements vers l'axe qui ont parfois mis la défense scandinave en difficulté. La jeune joueuse d'OHL, 18 ans, aurait même pu égaliser peu après l'heure de jeu, après avoir été bien isolée par Tessa Wullaert. Mais l'attaquante loupera son face-à-face avec la gardienne. Le métier qui rentre sans doute... "Il existe pas mal de différences entre un match international et la Super League", avait confirmé la principale intéressée après la rencontre. "C'est plus costaud dans les duels et le tempo est nettement plus élevé. C'est idéal pour apprendre." Idéal en effet pour une joueuse qui a encore une année entière pour bosser et se faire une place au soleil dans un noyau qui dispose de sacrés atouts offensifs : Cayman, Wullaert, Davinia Vanmechelen, mais aussi la jeune Gantoise Feli Delacauw, titulaire dimanche, Ella Van Kerkhoven, qui avait dû quitter le groupe avant la première rencontre sur blessure, ou encore Elena Dhont, qui se remet quant à elle d'un gros bobo à la rotule.

La Louvaniste Amber Tysiak pourrait bien être plus qu'un plan B plein d'avenir en vue de l'EURO 2022.

Plus bas sur le pré, Amber Tysiak, l'autre pépite louvaniste de la bande, a elle aussi fait une belle impression dans l'axe central de la défense contre l'Irlande. Aux côtés de Julie Biesmans, De Neve puis Vanhaevermaet, la jeune défenseuse de 21 ans a su faire preuve d'autorité et même d'audace en n'hésitant pas à prendre la relance en mains. Au point de l'imaginer de plus en plus dans la peau d'une titulaire potentielle dans la charnière centrale. Titulaire qu'elle était déjà face aux Pays-Bas et l'Allemagne en l'absence de De Neve, déjà sur blessure. Que ce soit dans une défense à trois (testée contre l'Irlande, mais rapidement privée de sa seule gauchère, à savoir De Neve) ou dans l'optique de replacer Biesmans un cran plus haut pour épauler Vanhaevermaet et Kassandra Missipo au milieu dans un 4-3-3 plus classique, Tysiak pourrait bien être plus qu'un plan B plein d'avenir en vue de l'EURO 2022. Et des qualifs pour le Mondial 2023, l'autre grand objectif de la sélection belge, qui débutent en septembre de cette année. Autant dire demain.

"On ne peut pas vraiment tout miser sur notre physique, mais sur un malentendu, ça peut passer." De malentendu, il n'y en avait pas eu pour les Red Flames en février, face aux Pays-Bas et à l'Allemagne. Trop légères (physiquement, techniquement, mentalement), les Belges avaient bu le bouillon face à deux géants européens. Ce jeudi, contre la Norvège, une équipe privée de son axe défensif et de sa meilleure joueuse (Caroline Graham Hansen), mais dotée d'un noyau 100% professionnel, la différence s'est à nouveau sentie, avec une troisième défaite de rang à la clé (0-2). Et encore une fois, difficile de vraiment en vouloir aux Belges de ne pas rivaliser avec des adversaires qui évoluent en Angleterre, en Suède ou bien en Allemagne. Trois jours plus tard, contre l'Irlande, les Flames ont certes gratté leur première victoire depuis début décembre (1-0, but de Tine De Caigny), mais sans avoir l'air à l'aise pour autant. Et cela face à un squad à la volonté de fer et costaud dans les duels, dont le classement FIFA (31e) est trompeur. Surtout quand on sait que l'effectif irlandais possède certaines internationales qui jouent notamment en Angleterre, une compétition pro bien plus avancée que la Super League, principal réservoir de la sélection belge. Et cela commence par sonner comme un disque rayé, mais rejoindre le top 8 européen (l'objectif annoncé par l'Union belge d'ici 2024) ne pourra passer que par une véritable professionnalisation du championnat belge, d'où 84% de la dernière sélection provenait. Malgré tout, Janice Cayman (qui a profité de sa titularisation pour égaler le record de matches internationaux d'Aline Zeler, en alignant une 111e cap) et consorts ont assuré l'essentiel, en venant à bout d'une nation en théorie plus faible, bien que surprenante et sans aucun complexe sur la pelouse du Roi Baudouin.Le hic, c'est que réduire les soucis des Red Flames à une simple manque de répondant physique serait inexact. Contre la Norvège, c'est aussi un certain manque de liant, d'idées même, qui a frappé. Privées de ballon, les Flames n'ont pas brillé à la construction, la faute à des erreurs techniques qui ont ralenti les quelques offensives noir-jaune-rouge. Or, c'était précisément le domaine dans lequel la capitaine Wullaert voulait que son équipe progresse. Excepté le très joli mouvement qui aurait pu mener à l'égalisation peu après l'heure de jeu, on n'a pas vu beaucoup de belles choses côté belge. Cet excès de déchet dans le jeu leur a même coûté des points durant leurs temps forts. "C'est sur le denier contrôle et la dernière passe qu'on a péché. On doit plus oser se montrer et montrer ce qu'on sait faire", expliquait d'ailleurs Ives Serneels en conférence de presse après la défaite 0-2 contre les Scandinaves.Et ce n'est sans doute pas un hasard si c'est sur un coup franc de Laura De Neve que le seul but belge inscrit lors de ces deux amicaux est tombé, ce dimanche face à l'Irlande. Là, c'est aussi le réalisme qui a manqué, car les joueuses de Serneels se sont tout de même créé plus d'occasions. Sans la maladresse de Tine De Caigny (un improbable raté à la 53e sur un centre de Tessa Wullaert), le score aurait pu être plus lourd et aurait permis à la Belgique de se mettre à l'abri, sans devoir retenir son souffle au moment de voir Justien Odeurs sortir le grand jeu à la 77e et la 85e... Autre chiffre qui fait mal au sortir de la victoire de ce dimanche : sur douze tentatives au but (huit pour les Irlandaises) , seules trois se sont révélées cadrées. Contre cinq pour l'Irlande. "On doit se montrer plus réalistes", affirmait Justine Vanhaevermaet en préambule du match contre la Norvège. On est tenté de dire que la milieu de terrain, repositionnée dans le trio arrière central suite à la blessure de De Neve, avait vu juste. Face à la Suisse, probablement LE match référence des Flames, disputé contre une équipe dotée d'individualités plus fortes, les Belges avaient frappé douze fois au but également, mais cadré plus de la moitié de leurs essais (sept pour être exact). On attend donc qu'une chose : retrouver cette équipe audacieuse et efficace, qui avait dominé une Nati composée elle aussi de joueuses issues de grands championnats européens.Elle avait déjà gratté quelques minutes de jeu lors des trois derniers matches internationaux, et avait fait ce qu'elle pouvait. Contre la Norvège, Hannah Eurlings a cette fois ouvert son compteur-titularisations. Et a convaincu dans un rôle d'ailière, grâce à ses nombreux appels et ses mouvements vers l'axe qui ont parfois mis la défense scandinave en difficulté. La jeune joueuse d'OHL, 18 ans, aurait même pu égaliser peu après l'heure de jeu, après avoir été bien isolée par Tessa Wullaert. Mais l'attaquante loupera son face-à-face avec la gardienne. Le métier qui rentre sans doute... "Il existe pas mal de différences entre un match international et la Super League", avait confirmé la principale intéressée après la rencontre. "C'est plus costaud dans les duels et le tempo est nettement plus élevé. C'est idéal pour apprendre." Idéal en effet pour une joueuse qui a encore une année entière pour bosser et se faire une place au soleil dans un noyau qui dispose de sacrés atouts offensifs : Cayman, Wullaert, Davinia Vanmechelen, mais aussi la jeune Gantoise Feli Delacauw, titulaire dimanche, Ella Van Kerkhoven, qui avait dû quitter le groupe avant la première rencontre sur blessure, ou encore Elena Dhont, qui se remet quant à elle d'un gros bobo à la rotule.Plus bas sur le pré, Amber Tysiak, l'autre pépite louvaniste de la bande, a elle aussi fait une belle impression dans l'axe central de la défense contre l'Irlande. Aux côtés de Julie Biesmans, De Neve puis Vanhaevermaet, la jeune défenseuse de 21 ans a su faire preuve d'autorité et même d'audace en n'hésitant pas à prendre la relance en mains. Au point de l'imaginer de plus en plus dans la peau d'une titulaire potentielle dans la charnière centrale. Titulaire qu'elle était déjà face aux Pays-Bas et l'Allemagne en l'absence de De Neve, déjà sur blessure. Que ce soit dans une défense à trois (testée contre l'Irlande, mais rapidement privée de sa seule gauchère, à savoir De Neve) ou dans l'optique de replacer Biesmans un cran plus haut pour épauler Vanhaevermaet et Kassandra Missipo au milieu dans un 4-3-3 plus classique, Tysiak pourrait bien être plus qu'un plan B plein d'avenir en vue de l'EURO 2022. Et des qualifs pour le Mondial 2023, l'autre grand objectif de la sélection belge, qui débutent en septembre de cette année. Autant dire demain.