Même si c'était bizarre que l'Antwerp et Gand s'affrontent deux fois en championnat en quelques jours, cette double confrontation a permis de mettre au jour, sans discussion, les atouts et les faiblesses de ces deux équipes qui ont les meilleures armes pour jouer un rôle en vue dans le dos de Bruges et du Standard.

On a vu deux matches complètement différents. Dans le premier, sur le terrain de l'Antwerp, on a eu des Anversois qui survolaient les débats. Il y avait du rythme, de l'envie, de l'agressivité dans les duels. Laszlo Bölöni a trouvé la parade pour contrer le jeu des Gantois, ça a aussi fait la différence. Collectivement, c'était très fort. Gand n'y était pas du tout, comme absent, un peu anesthésié. Il y a eu quelques éclairs épisodiques, mais pour le reste, ce n'était pas une équipe censée jouer une place sur le podium final.

Dimanche, sur le terrain de Gand, c'était l'histoire inverse. On a retrouvé le trio offensif qui fait très mal avec Jonathan David, Laurent Depoitre et Roman Yaremchuk. Il y avait du tempo, une domination permanente, et les Gantois peuvent être frustrés d'avoir été remontés in extremis parce que ce match, ils méritaient de le gagner à tous les coups.

Ces deux prestations complètement différentes expliquent le retard déjà pris par l'Antwerp et Gand sur Bruges. Ils expliquent aussi pourquoi je les vois devancés par le Standard dans les prochaines semaines et les prochains mois. Dans leur cas, quelques chiffres sont révélateurs. Ce sont les chiffres de leur bilan à domicile et à l'extérieur.

Gand est la meilleure équipe du championnat dans son stade, avec un bilan presque parfait de 22 points sur 24. L'Antwerp a été la première équipe, ce week-end, à pouvoir prendre quelque chose sur cette pelouse. Avant ça, il y avait eu 7 victoires en 7 matches. Par contre, pour trouver la trace de Gand dans le classement des matches à l'extérieur, il faut descendre à la dixième place avec un très pauvre bilan de 7 points sur 24. Dès qu'ils quittent la Ghelamco Arena, ils n'y arrivent plus, ils perdent leur football, les individualités ne ressortent plus, le collectif n'est plus à la hauteur.

L'Antwerp souffre du même syndrome. Au Bosuil, c'est très fort avec 19 points sur 21. Il n'y a que le Standard qui a su tirer quelque chose de ce déplacement, avec un nul. Pour le reste, donc, rien que des victoires, notamment contre Bruges. Mais dans le cas de cette équipe aussi, c'est à l'extérieur que les problèmes apparaissent systématiquement. Les Anversois ne sont pas, eux non plus, dans le top 6 du classement des matches en déplacement, ils doivent se contenter d'un bilan provisoire de 9 points sur 27. Une fois qu'ils ne jouent pas dans leur stade, les Gantois et les Anversois sont très loin d'équipes comme Bruges (18 sur 21), Malines (16 sur 24) ou Charleroi (15 sur 24).

Réduire l'écart entre le bulletin à domicile et le bilan en déplacement, c'est une obligation pour une équipe qui veut viser haut. Je ne sais pas pourquoi Laszlo Bölöni et Jess Thorup n'y arrivent pas. C'est certainement une question d'état d'esprit. Et l'état d'esprit à l'Antwerp, ça reste délicat à certains moments. On connaît Bölöni, il est capable de provoquer volontairement des tensions dans son groupe pour que tout le monde reste bien éveillé. Il est servi pour ça, avec quelques fortes têtes comme Didier Lamkel Ze, Lior Refaelov et d'autres.

Ce week-end, il a deux gars considérés comme beaucoup plus calmes et dociles qui ont montré leur mécontentement : Kevin Mirallas et Manuel Benson. Quand Mirallas rentre au vestiaire parce qu'il est fâché, Bölöni ne peut pas accepter, il doit montrer qu'il reste le patron. Même chose quand Benson se sert des réseaux sociaux pour crier son ras-le-bol de ne pas avoir beaucoup de temps de jeu. Avoir des conflits, ça peut être positif quand l'équipe tourne mais ça peut vite se retourner contre l'entraîneur si les résultats ne suivent plus. Bölöni doit se concentrer sur une hausse du niveau de l'équipe dans les matches à l'extérieur mais aussi sur cet aspect mental de son boulot.