ANTHONY SADIN: "Les joueurs de l'Union ne connaissent pas Bruxelles"

Le fait d'avoir eu la chance de jouer à l'Union me permet de connaître les deux facettes de ce derby. Et me confirme en tant que vrai Bruxellois. De quoi tenter une petite analyse sociologique. Je dirais que l'Union, c'est un club qui est devenu branché. Il y a un vrai effet de mode. À Saint-Gilles, le lundi, il y a le marché et le dimanche, il y a le match de 15 heures au Parc Duden. Les gens se regroupent, viennent boire un verre, il y a un côté très festif. Molenbeek, c'est beaucoup plus familial, plus enraciné. Les gens sont supporters du club depuis plusieurs générations parfois, habitent à côté du stade, font un vrai effort financier pour se payer leur abonnement. C'est plus populaire.
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Le fait d'avoir eu la chance de jouer à l'Union me permet de connaître les deux facettes de ce derby. Et me confirme en tant que vrai Bruxellois. De quoi tenter une petite analyse sociologique. Je dirais que l'Union, c'est un club qui est devenu branché. Il y a un vrai effet de mode. À Saint-Gilles, le lundi, il y a le marché et le dimanche, il y a le match de 15 heures au Parc Duden. Les gens se regroupent, viennent boire un verre, il y a un côté très festif. Molenbeek, c'est beaucoup plus familial, plus enraciné. Les gens sont supporters du club depuis plusieurs générations parfois, habitent à côté du stade, font un vrai effort financier pour se payer leur abonnement. C'est plus populaire. C'est cette histoire que j'ai voulu montrer aux joueurs avant le premier match contre l'Union ( victoire 3-1 du RWDM, ndlr). Quand j'étais encore là-bas, j'avais joué deux amicaux contre le RWDM. Et je me souvenais de la fantastique ambiance qu'il y avait. Du coup, j'ai contacté des supporters de l'Union qui travaillent avec moi à la commune de Saint-Gilles et je leur ai demandé s'ils pouvaient m'envoyer quelques images de ce "Zwanze derby". Je voulais faire comprendre aux joueurs ce que ça représentait pour des gars comme moi, comme Joeri Dequevy, de jouer ces matches-là. Je crois que ça a participé au fait qu'on a vraiment joué avec le coeur. Peut-être plus que l'Union. Et ça peut s'expliquer de différentes manières. D'abord, je crois que clairement, pour nous, si on gagne nos quatre matches contre l'Union, notre saison, elle est réussie. Aujourd'hui, l'Union est plus ambitieuse. Et puis, il y a l'aspect démographique. Nos joueurs, même s'ils ne sont pas Bruxellois pour la plupart, ils vivent à Molenbeek ou à Bruxelles. À l'Union, la plupart des gars habitent près du centre d'entraînement de Lier. Et vivent donc à Anvers ou Malines. Eux, ils viennent à Bruxelles une fois tous les quinze jours et ils débarquent en bus. Ils ne connaissent pas Bruxelles. Après le premier derby, j'ai eu quelques échos de l'Union: les supporters n'étaient vraiment pas contents de la mentalité affichée. Je crois que c'est pour ça qu'on peut s'attendre à un tout autre visage de l'Union cette fois-ci. Moi, je suis un pur Bruxellois, donc je sais de quoi on parle quand il s'agit de derby. J'ai d'ailleurs joué au RWDM en U15 et franchement, c'était une des meilleures périodes de ma carrière. J'y étais avec Isaac Mbenza ( Huddersfield Town, ndlr) et j'avais de très bons amis là-bas. Après, à l'époque, le derby chez les jeunes, c'était plus le match contre Anderlecht. Je ne connais plus grand monde à Molenbeek, mais il y a quand même Michaël Marcou, qui est le team manager de l'équipe A maintenant et qui était le nôtre en U15. Il y a beaucoup de rivalité entre les supporters, mais je vois surtout beaucoup de points communs entre les deux clubs. Ce sont de vrais clubs bruxellois, avec des supporters de longue date. Je suis le seul Bruxellois du noyau, mais ce n'est pas pour autant que les autres joueurs n'ont pas conscience de l'importance du derby. Avant le premier match, nos supporters nous l'ont bien fait comprendre et le message est passé. Même s'ils ne sont pas d'ici, ils connaissent le foot, ils savent ce qu'est un derby. On a une revanche à prendre par rapport à l'aller où on n'était pas dedans. C'était un jour sans et c'est une défaite qui nous a fait mal, même si depuis on a enchaîné les bons résultats. Bien sûr, il n'y aura pas de supporter et c'est dommage. Mais sur le terrain, je peux vous assurer que ça restera un derby malgré tout. On sait ce que valent nos fans et on a à coeur de leur faire plaisir. On est en tête, mais ça ne veut pas dire qu'on ne doit pas se méfier. Ils nous ont fait très mal à l'aller, c'est une bonne équipe et on doit avoir tout le respect pour eux. De toute façon, un derby, c'est toujours difficile, quel que soit le classement. Notre défi, ce sera de parvenir à remotiver nos gars aussi bien que la première fois. Et en tant que vrai Molenbeekois, c'est un vrai challenge. Pour les Français de l'effectif, je compare ça à un PSG-OM. Pour moi, c'est la même chose en termes de rivalité, même si ici, c'est encore plus fort, parce que c'est une ville qui se coupe en deux. Quand j'étais au White Star, j'ai joué contre le Brussels, mais ça n'avait pas la même saveur. Parce qu'à Woluwe, nous n'avions pas de supporters ( rires). Ici, c'est tout l'inverse puisque c'est avant tout un derby qui vaut par sa ferveur. Celle qui anime les supporters, parce qu'entre joueurs, il n'y a pas ou peu d'historique. Moi, j'ai joué avec Fixelles et Hamzaoui, je les connais bien. Ce ne sont pas mes amis, mais il n'y a pas de haine: je sais que ça se passera bien. C'est en tribunes que ce derby prend tout son sens et c'est dommage de le jouer dans ces conditions. Après, je pense que notre avantage, c'est que nous n'avons pas grand-chose à perdre: on a gagné le premier match avec la manière et, sportivement, l'Union reste le favori cette année. En même temps, on sait bien que pour nos supporters, il vaut mieux gagner quatre fois ce match-là et perdre tous les autres que l'inverse... L'important pour nous, c'est d'être champions et de prendre un maximum de points, quel que soit l'adversaire. Et donc, ça passe par une victoire contre le RWDM. Après, j'ai grandi pas loin de Bruxelles, je suis le plus ancien du noyau et je sais par quoi on est passés: ça me permet de saisir l'importance que ça a pour le club et les supporters. Cette rivalité entre les deux clubs vient surtout du passé puisque récemment, on n'était pas dans la même division. Aujourd'hui, j'oserais dire qu'on est un peu plus avancés qu'eux en termes de structures, de professionnalisme. Après, ça ne veut évidemment rien dire: il va falloir jouer le match sur le terrain. L'aller nous a fait mal parce que c'est jusqu'à présent notre seule défaite et c'est un match dans lequel il s'est passé pas mal de choses. Globalement, je pense qu'on ne méritait pas de perdre, mais c'est à nous maintenant de montrer qu'on peut prendre notre revanche en les battant cette fois-ci. Je pense qu'on n'a pas à avoir peur de Molenbeek. On doit attaquer ce match comme on le fait d'habitude, en étant sûrs de nos qualités et en développant notre football pour poursuivre la bonne spirale dans laquelle on se trouve actuellement. Quand j'étais petit, je jouais au FC Echirolles. Deux fois par an, il y avait le derby contre Grenoble. Puis quelques années plus tard, j'ai été transféré à Grenoble. Et j'ai rejoué Echirolles. Ce sont vraiment des matches à part. On était des gamins, mais c'était déjà très chaud, ça se rentrait dedans. Il y avait de la tension sur le terrain, mais aussi en dehors. La semaine qui a précédé la rencontre de septembre contre l'Union, c'est toute l'ambiance au sein du club qui était différente. On sentait une certaine crispation. Pour les supporters, c'est le match de l'année, mais pour les dirigeants, c'est le match à ne pas perdre. Chez nous, le passeur de mémoire, c'est un peu Antho Sadin. C'est lui qui nous avait montré des vidéos les jours précédant le premier match pour bien nous faire comprendre ce que ça représentait. Dans mon cas, j'ai l'impression d'être devenu un vrai Bruxellois du fait que j'ai vite été adopté par les supporters quand je suis arrivé ici. Il y a cette chanson empruntée au folklore bruxellois qui m'a été accolée: " Viva Bova, pataten met saucisses". Je me sens chez moi et ça me fait dire qu'on a sans doute les meilleurs supporters de Bruxelles, peut-être même de Belgique. C'est pour eux qu'on veut gagner ce match. Pour eux, pour le maillot, pour les quatre lettres. J'espère vraiment que j'aurai l'occasion de disputer un derby d'ici la fin de saison. Là, je me réentraîne collectivement depuis peu avec le groupe, donc j'ai bon espoir. Pour moi, qui me suis toujours identifié très fort aux clubs auxquels j'appartenais, ce sont toujours des matches vraiment particuliers. Je ne parle même pas du choc wallon, qui, pour moi et comme son nom l'indique, n'est pas un vrai derby. Non, je pense plutôt aux rencontres entre West Bromwich Albion et Aston Villa à Birmingham, à celles entre Hanovre et Brunswick dans le derby de Basse-Saxe, ou encore même aux oppositions entre l'AZ et l'Ajax, souvent considérées comme un derby aux Pays-Bas. En Allemagne, il y avait une vraie tension, quelque chose de très électrique. Presque paralysant. Mais les derbies les plus excitants que j'ai joués, c'était en Angleterre. Je me souviens d'une invasion de terrain en quart de finale de la Cup, c'était incroyable d'assister au premier plan à cette ferveur. J'ai hâte de découvrir et de ressentir ce qu'ils appellent ici la zwanze, même si les conditions sanitaires rendent ça très particulier. À l'aller, il n'y avait que 2.000 personnes, mais on a quand même vu que ça les avait boostés. Ils étaient hyper agressifs, très motivés. On a pris une leçon ce jour-là. Mais on l'a retenue. Maintenant, c'est à nous de prendre notre revanche.