Sur les murs, des fresques aux airs de bande dessinée offrent des spectateurs fictifs à ceux qui taquinent le cuir de la semelle ou effleurent les paniers du bout des doigts. Récemment rénové, notamment à l'initiative d'un Paul-José Mpoku qui n'a jamais lâché ses origines verviétoises, l'espace Lentz est loin de ce playground de basket en bordure d'un terrain vague que la génération Polo aimait appeler "Le Verger". Ici, l'ancien capitaine du Standard a usé ses chaussures d'adolescent en compagnie de son ex-coéquipier rouche Luis Pedro Cavanda, du dribbleur éphémère Dolly Menga, mais aussi d'un certain Clinton Mata, arrivé à Verviers dans le sillage de ses parents avant de déménager à Battice, une dizaine de kilomètres plus haut.
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Sur les murs, des fresques aux airs de bande dessinée offrent des spectateurs fictifs à ceux qui taquinent le cuir de la semelle ou effleurent les paniers du bout des doigts. Récemment rénové, notamment à l'initiative d'un Paul-José Mpoku qui n'a jamais lâché ses origines verviétoises, l'espace Lentz est loin de ce playground de basket en bordure d'un terrain vague que la génération Polo aimait appeler "Le Verger". Ici, l'ancien capitaine du Standard a usé ses chaussures d'adolescent en compagnie de son ex-coéquipier rouche Luis Pedro Cavanda, du dribbleur éphémère Dolly Menga, mais aussi d'un certain Clinton Mata, arrivé à Verviers dans le sillage de ses parents avant de déménager à Battice, une dizaine de kilomètres plus haut. "Je connais Clinton depuis tout petit. On a joué ensemble dans la street à Verviers. Il a toujours eu énormément de qualités: vitesse, percussion, technique... Je ne suis pas étonné par sa réussite. Je trouve même bizarre qu'il émerge seulement aujourd'hui", déclare Paul-José Mpoku au bout de l'année 2016 au sujet de celui qu'il côtoie au Verger, et qu'il emmène avec lui disputer un tournoi estival quelques jours après la signature de Mata à Charleroi. En galère de vareuses, Polo passe par l'Académie et emprunte un jeu de maillots rouches. La pose prise pour la photo sous les couleurs de l'ennemi se fait avec un sourire qui ne sera pas partagé par les fans des Zèbres, venus jusqu'aux Pays-Bas pour huer copieusement leur nouvelle recrue lors d'un match amical de préparation. Pas de quoi désarçonner outre mesure un joueur habitué à faire face à l'adversité, et gonflé à bloc par la perspective d'être seul contre tous. Clinton Mata aime présenter le football comme une jungle, et est prêt à découper toute liane qui y entraverait sa progression exponentielle. Un monde dans lequel même les toutes puissantes connexions qui reliaient Charleroi à Anderlecht via une amitié à trois têtes entre Herman Van Holsbeeck et les frères Bayat n'ont pas suffi à téléguider son destin. Parce que dans la tête de Clinton Mata, tout fonctionne d'une manière bien particulière. "Il est fou. C'est un Liégeois hein, il y en a pas mal des comme ça, là-bas", se marre Clément Tainmont, qui partage avec lui le vestiaire carolo durant plusieurs saisons. "C'est un vrai boute-en-train, et il est tout le temps là pour rigoler. En fait, il est dans une forme d'euphorie permanente." Presque logique, tant la trajectoire sans cesse ascendante de sa carrière ne peut que donner le sourire. S'il se rêve évidemment sur les terrains de Ligue des Champions quand il tape le ballon sur le playground du Verger, la réalité se matérialise quand Eupen lui offre un premier contrat semi-pro, après avoir écumé les clubs de la région dont celui de Petit-Rechain, où il se lie d'amitié avec un Enes Saglik qu'il recroisera en Panda, puis en Zèbre. Mata fait la route vers le Kehrweg en compagnie de Christian Kabasele, alors attaquant de pointe, et les deux hommes sont couvés par Djaïd Kasri, qui complète un crew d'inséparables dont la belle histoire semble avoir vécu. Aujourd'hui, aucun des trois hommes ne souhaite effectivement évoquer la réussite du double champion de Belgique. Dans les Cantons de l'Est, la première révélation sort de l'esprit parfois tourmenté de Tintín Márquez, coach des germanophones en D2, qui décide de replacer sur le côté droit de la défense un joueur qui se voit encore comme un ailier, assouvissant son amour d' Ángel Di María. "Il n'avait encore que 17 ou 18 ans", rembobine l'Espagnol depuis le Qatar et entre deux réunions. "À cet âge-là, c'est plus facile de dire à un joueur qu'il doit changer de position s'il veut faire une plus grande carrière. D'ailleurs, j'ai fait pareil avec Kabasele, qui est devenu défenseur. Comme ailier, Clinton avait des problèmes pour faire la différence dans des espaces réduits, et n'était pas super à l'aise dans son jeu de position. Il était meilleur quand il arrivait lancé, et il avait une condition physique incroyable. Le choix m'a semblé logique." Pourtant, c'est en tant qu'ailier que le Verviétois débarque dans le Pays Noir. Il faudra d'ailleurs son intervention insistante auprès du community manager du site web des Zèbres pour faire glisser son profil dans la catégorie des défenseurs. "Quand j'étais allé le scouter à Eupen avec mon staff, il évoluait sur le flanc droit", se rappelle Felice Mazzù, qui lancera sa carrière au sein de l'élite à l'occasion d'un match contre Bruges. "On l'avait fait venir pour ça, mais après une discussion avec lui, il a dit qu'il était arrière droit et il a émis le souhait de jouer derrière." Devenu international angolais, Clinton profite finalement d'une blessure de l'inoxydable Stergos Marinos pour s'installer sur la droite de l'arrière-garde zébrée, et ne plus jamais quitter son couloir. Du moins, jusqu'à un départ programmé pour faire rentrer de l'argent dans les caisses, et promis à un Grec qui finissait par se morfondre sur le banc. Après avoir refermé lui-même la porte d'Anderlecht, Mata prend donc on the buzzer la direction du Limbourg. Genk doit compenser le départ de Timothy Castagne, recruté par l'Atalanta suite aux tests physiques manqués par Thomas Foket, et le jeune Joakim Maehle est alors jugé trop tendre pour immédiatement s'installer sur le côté droit de la défense du Racing. Un prêt d'un an au cours duquel Mata finit par retrouver Dieumerci Ndongala, dont il était déjà proche dans le Pays Noir. "À Charleroi, on habitait à trois derrière le stade, avec Clinton et Neeskens Kebano", raconte le champion de Belgique 2019, aujourd'hui en Turquie. "On a noué des liens très forts." Très vite, le latéral droit se taille une place de choix dans le vestiaire polyglotte de Genk, plaisantant aussi facilement avec Ally Samatta qu'avec Omar Colley ou Alejandro Pozuelo. La force d'un côté ambianceur de vestiaire qui le rend rapidement sympathique aux yeux de ses coéquipiers. "Dans sa tête, ça va à 2000 à l'heure. C'est un enfant. Il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Et puis, il aime bien épater la galerie, en fait, c'est un clown", résume Ndongala. Une fois sur le terrain, par contre, Clinton Mata ne fait plus rire personne. C'est d'ailleurs lors d'un match de fin de saison contre Genk, quand il range dans sa poche le virevoltant Leon Bailey, qu'il tape une première fois dans l'oeil de Dimitri de Condé, fan des premières heures, mais jamais disposé à mettre sur la table les trois millions réclamés par Charleroi. Le prêt, payé un peu moins d'un million en échange d'une partie des droits de revente, est donc une aubaine collective. Charleroi met en vitrine un joueur dont la situation est devenue difficile à gérer, et Genk profite d'un joueur aux qualités défensives hors normes, résumées par un Javier Martos qui a multiplié les matches passés à la gauche de l'international angolais: "Pour l'éliminer, c'est vraiment très difficile. Il a un physique énorme, des appuis excellents, il est costaud... Et en plus, il n'est jamais vraiment battu. Même si tu le passes, il revient tout le temps." Les qualités tapent dans l'oeil de Roberto Martínez, déçu d'apprendre que ce défenseur qui semble taillé pour son système porte déjà le maillot d'une autre sélection, mais aussi d' Ivan Leko, qui fait de Clinton sa priorité lors de l'été 2018. Même si ses débuts brugeois sont retardés par une blessure, tous sont convaincus que son profil est idéal pour relayer sur le flanc droit du 3-5-2 blauw en zwart un Dion Cools identifié comme l'un des points faibles du onze champion de Belgique. "Quand on l'a recruté, c'était vraiment pour être cet homme dans le couloir qui devient le cinquième défenseur", détaille Ivan Leko, joint dans la foulée d'un partage au goût amer pour le quatrième épisode de son aventure chinoise. "On savait qu'il avait joué comme ailier par le passé, qu'il était très à l'aise sur le flanc et capable d'avoir un apport offensif important, donc c'était le profil idéal par rapport à ce qu'on recherchait." Dans un Bruges plus dominant que jamais, les limites de Mata dans le camp adverse sont néanmoins parfois plus visibles que ses vertus dans sa propre moitié de terrain. Confronté aux blessures et à la frustration d'un Benoît Poulain qui a vu son rêve de transfert en Angleterre lui passer sous le nez lors du mercato hivernal, le coach croate replace donc Clinton dans sa défense à trois, aux côtés de Brandon Mechele et Stefano Denswil. Une révélation. Mata dévore tous les ailiers gauches du championnat en un-contre-un, attise même l'intérêt des scouts du FC Barcelone, et change de statut pour intégrer la caste des meilleurs défenseurs du championnat. "Avec son un-contre-un défensif et sa vitesse, c'est une place idéale pour lui, dans une défense à trois. En plus, avec son habitude de jouer plus haut sur le terrain, ça le met dans des circonstances parfaites aussi en possession", analyse Leko. Felice Mazzù abonde: "Son vrai point fort défensif, c'est qu'il ne se fait jamais dépasser par l'adversaire. À partir du moment où tu as sa qualité, ce n'est pas surprenant que tu puisses jouer défenseur central." S'il n'est jamais vraiment surpris par un adversaire qui tente de le prendre à contre-pied, c'est sans doute parce que Clinton Mata manie cet art mieux que personne. Le latéral est paradoxal. Dans le vestiaire de Bruges, où il est rapidement considéré comme un taulier, il est tout aussi capable de parler avec Ruud Vormer et Hans Vanaken qu'avec Krépin Diatta ou Emmanuel Dennis. Très présent pour les jeunes, d'abord Loïs Openda puis Youssouph Badji, il est unanimement apprécié par ceux qui partagent sa vie professionnelle au quotidien. La force d'un homme aux interventions presque élastiques, qui manie aussi bien le grand écart sur la pelouse qu'en dehors. "Le décalage entre ce qu'il est dans la vie et le gars qu'il devient sur le terrain, c'est fou. Là, quand il va au duel, il ne blague pas", décrypte Dieumerci Ndongala. "Tous n'y arrivent pas mais lui, il sait faire la part des choses." Partout, on s'étonne de le voir remettre les pieds de tout un noyau sur terre quand l'euphorie pourrait s'installer, et on se réjouit de compter sur lui pour dédramatiser quand la situation s'empire. Alors que dans le vestiaire brugeois, certains se sont mis à douter dans la foulée de la défaite douloureuse à Genk, Clinton Mata était le premier à convaincre ses coéquipiers que le titre serait une nouvelle fois bleu et noir. Un sens de la prophétie finalement logique, pour celui qui jouait déjà l'hymne de la Ligue des Champions entre ses oreilles en posant ses semelles sur le bitume de Verviers.