Coincé à sa table entre son coach Claude Puel et ce morceau ce patrimoine du football français qu'est Rio Mavuba, Vincent Koziello croit sans doute qu'il dénote un peu. Cela doit peut-être à ce grand hôtel parisien qui les accueille et au vernis qui l'accompagne. À deux pas des Champs-Élysées, mais à des kilomètres du quotidien d'anonyme qui était encore le sien quelques mois plus tôt, Vincent Koziello a, en ce jour de mai 2016, rendez-vous avec le gratin du football hexagonal. À un mois de l'EURO 2016, tout ce que compte de clinquant le petit monde du ballon rond s'est donné rendez-vous à la cérémonie des trophées UNFP organisée par la Ligue. Au sortir d'une saison à 35 apparitions en L1 avec l'OGC Nice, Koziello doit sa présence à ce banquet d'étoiles à sa nomination au titre de meilleur Espoir de Ligue 1. Une exposition qu'il partage à l'époque avec trois autres révélations de la saison française que sont Adrien Rabiot, Thomas Lemar et Ousmane Dembélé.
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Coincé à sa table entre son coach Claude Puel et ce morceau ce patrimoine du football français qu'est Rio Mavuba, Vincent Koziello croit sans doute qu'il dénote un peu. Cela doit peut-être à ce grand hôtel parisien qui les accueille et au vernis qui l'accompagne. À deux pas des Champs-Élysées, mais à des kilomètres du quotidien d'anonyme qui était encore le sien quelques mois plus tôt, Vincent Koziello a, en ce jour de mai 2016, rendez-vous avec le gratin du football hexagonal. À un mois de l'EURO 2016, tout ce que compte de clinquant le petit monde du ballon rond s'est donné rendez-vous à la cérémonie des trophées UNFP organisée par la Ligue. Au sortir d'une saison à 35 apparitions en L1 avec l'OGC Nice, Koziello doit sa présence à ce banquet d'étoiles à sa nomination au titre de meilleur Espoir de Ligue 1. Une exposition qu'il partage à l'époque avec trois autres révélations de la saison française que sont Adrien Rabiot, Thomas Lemar et Ousmane Dembélé. Une entrée de plain-pied dans le gotha parisien qui ne lui suffira pas à rafler le titre, dévolu cette année-là à Dembélé, mais qui permet au jeune Aiglon de se confronter à sa nouvelle vie. Celle qui lui impose le costume et les interviews. "Je me souviens m'y être rendu avec mon coach Claude Puel", se remémore aujourd'hui le principal intéressé depuis Ostende. "Nous étions logés dans un bel hôtel à deux pas de là, il y avait toute la crème du football français, du vin à table et une ambiance particulière. C'était quelque chose d'assez étrange de vivre ça de l'intérieur pour moi, qui suis d'un naturel assez timide." Dans une salle bondée et en pleine Zlatanmania, Vincent Koziello est un ovni au look de jeune premier. On a dit à l'époque que ce soir-là, la France du foot avait découvert son gendre idéal. Une sorte de Yohan Gourcuff 2.0, la coupe de tintinophile en bonus. Une étiquette qui doit autant à un style qu'à un parcours scolaire irréprochable, conclu quelques mois plus tôt par l'obtention d'un bac scientifique avec mention très bien. Rien de très incroyable sur papier, mais un séisme dans le milieu stéréotypé du ballon rond. "Il faut dire qu'au début, cette image m'a servi parce qu'elle m'a fait connaître, les gens s'interrogeaient", expliquait le principal intéressé au magazine So Foot en février 2018. "Après, je n'irai pas jusqu'à dire que ça m'a gavé, mais je voulais être simplement considéré comme un joueur de foot comme les autres, jugé pour ce que je faisais sur le terrain." Ce que Vincent Koziello et son mètre 68 font très bien sur la pelouse, c'est surtout rendre les autres meilleurs. Pour sa première saison comme titulaire en Ligue 1, il participe notamment à l'opération rédemption d' Hatem Ben Arfa en délivrant quatre de ses six assists en direction du dribbleur le plus controversé de Ligue 1. "Ils avaient une relation particulière tous les deux", se souvient l'ancien Niçois passé l'Antwerp Maxime Le Marchand. "Toute l'équipe a contribué à ce qu'on fasse une saison exceptionnelle ( Nice finira quatrième de Ligue 1 au terme de la saison 2015-2016, ndlr), mais l'accointance technique qu'il y avait entre Hatem et Vincent apportait ce grain de folie." Le principal intéressé préfère temporiser. "Hatem, il se faisait des passes décisives à lui-même ( Il rit). Je dois être honnête, il n'avait pas besoin de moi. Sur les quatre passes dont vous parlez, il y en a bien deux qui sont des passes anodines depuis le milieu du terrain qui précèdent un exploit individuel d'Hatem." Reste qu'il y a cinq ans, les prestations de Vincent Koziello séduisent jusqu'en haut lieu, l'amenant dans la foulée de cette saison de la révélation à faire ses débuts avec l'Équipe de France Espoirs. "Ce que je vois arriver à l'époque, c'est un gars qui pue le foot", rembobine Thomas Didillon, alors en concurrence avec Mike Maignan dans les perches et lui aussi habitué des rassemblements internationaux. "On avait une équipe ultra concurrentielle, mais il avait tout à fait sa place dans ce noyau. Le constat, cinq ans plus tard, c'est que tout va très vite dans le football. À l'époque, Benjamin Pavard était au fond du trou, Frédéric Antonetti n'en voulait pas à Lille. Aujourd'hui, le mec est champion du monde." Vincent Koziello, lui, en est à chercher un logement à Ostende pour relancer sa carrière. Comme si le joueur n'avait jamais su confirmer les immenses espoirs placés en lui après cette première année sous Claude Puel. "Il faut dire qu'il y avait quelque chose d'unique dans le vestiaire qui s'était créé cette saison-là", tente d'expliquer Vincent Koziello. "À l'époque, mon ami Mathieu Bodmer m'avait prévenu que c'était très rare, que je devais en profiter. Honnêtement, je pensais qu'il racontait des cracs. C'est par après que j'ai compris l'importance d'avoir un bon groupe." Ce que Maxime Le Marchand définit comme "un vestiaire de gentils avec des gars qui étaient tous très humbles." L'histoire ne dit pas explicitement si c'est le départ de Claude Puel en fin de saison ou l'arrivée de Mario Balotelli le même été qui changera la dynamique, mais l'exercice suivant de Vincent Koziello est individuellement moins abouti. Si les Aiglons décrochent une splendide troisième place en 2016-2017, Koziello ponctue lui son tour de piste avec un seul petit but et une toute aussi esseulée passe décisive en 27 apparitions. Trop maigre pour espérer durer dans une équipe appelée à disputer la Champions League. Au point de peu à peu sortir du onze de base en début de saison suivante. S'il découvre l'ambiance unique du San Paolo de Naples en barrages de Ligue des Champions et prend pleinement part à la qualification contre l'Ajax de Hakim Ziyech et Matthijs de Ligt au tour précédent, les mois qui suivent coïncident avec le début d'une remise en question en profondeur. "Dans mon jeu, je ne me retrouvais pas. Ce que je faisais ne me plaisait pas et ça me frustrait, surtout offensivement, lorsqu'on avait le ballon", détaillait Koziello, toujours à So Foot en février 2018. "Je savais que je pouvais faire beaucoup mieux à l'entraînement, c'était le cas d'ailleurs, mais en match j'avais du mal à me lâcher complètement. Il y avait un blocage dans ma tête que je ne saurais pas expliquer. (...) J'en avais discuté avec le coach et ses adjoints, pour savoir s'ils avaient déjà vu un cas comme ça dans leur carrière. Il n'y avait aucun souci sur ce qu'ils me demandaient de faire, c'est plus moi qui me mettais des freins." Des entraves plus mentales que physiques que le joueur refuse de requalifier en burn-out cinq ans plus tard, mais qui aboutiront, en janvier 2018, à son transfert en direction de Cologne et de sa lanterne rouge de Bundesliga. Une position que le club ne quittera plus entre janvier et mai 2018 et qui s'achèvera logiquement par la relégation du club rhénan en deuxième division. De quoi encore se poser des questions, trois ans et demi plus tard, sur un choix de carrière en forme de suicide professionnel. "Malheureusement, dans ce milieu, quand vous êtes trop bon, trop calme, ça ne vous sert pas toujours", croit savoir l'ancien Niçois Mathieu Bodmer, du haut de ses 498 matches de Ligue 1. "C'est parfois ceux qui crient le plus fort qui obtiennent ce qu'ils veulent. Vincent, lui, n'a jamais été comme ça. Il ne contredit pas souvent. À la fin, c'était compliqué pour lui à Nice, mais il n'a jamais rien dit. C'est quelqu'un qui a toujours respecté l'institution. Or, parfois, c'est en faisant le forcing, qu'on parvient à ses fins. Il aurait pu réussir là-bas." Mathieu Bodmer est amer parce qu'il considère Vincent Koziello comme son fils. Pour deux raisons. "La première, c'est que mon fils et lui se ressemblent physiquement comme deux gouttes d'eau. La seconde, c'est que Vincent est quelqu'un que j'apprécie. Il est droit, gentil et respectueux. Des traits de caractère dont on manque peut-être parfois dans le football français." Plus mesuré dans ses propos, Vincent Koziello reconnaît avoir parfois eu du mal à monter au créneau quand il aurait pu aller se plaindre d'un manque de temps de jeu, mais refuse qu'on le prenne pour un joueur sans caractère. "Je ne pense pas que c'est un défaut d'être trop gentil. Je n'aime pas aller pleurnicher chez le coach pour gratter des minutes, c'est vrai. D'autres le font et ils ont sans doute raison, mais moi je suis toujours retourné travailler. Ce qui n'empêche pas que sur le terrain, je suis capable de me transformer. Il suffit de regarder ma première saison en Ligue 1 où je prends neuf cartons jaunes. Principalement parce que j'avais toujours besoin d'aller parler à l'arbitre. Rassurez-vous, j'ai aussi mon caractère ( Il rit)." Bien trempé, celui-ci se sera encore endurci ces dernières années. En cause, deux derniers prêts peu concluants. Le premier au Paris FC lors du premier semestre de l'année 2020, le second, surtout, au Desportivo Nacional Madère, la saison dernière au cours d'une année sans fin. Un exil portugais de dix mois ponctué d'une deuxième bascule à l'étage inférieure en trois ans, sans même avoir pris part à la fête. "Une descente, ce n'est déjà pas facile à vivre quand tu joues chaque semaine, mais dans son cas, ça devait être plus dur encore", analyse froidement Larry Azzouni, son ancien concurrent au sein du club portugais. Car quand l'ancien Courtraisien conclut l'exercice avec 27 titularisations et un statut d'indéboulonnable, Vincent Koziello n'apparaît dans le même temps que quatorze fois avec la vareuse du CD Nacional. "Vu son gabarit, c'est un joueur qui a intérêt à se retrouver dans une équipe qui veut le ballon, qui est dominante", continue Azzouni. "Clairement, ce n'était pas tellement le jeu prôné l'an dernier dans notre équipe et il en a souffert. Moi aussi, parce que se priver d'un joueur pareil n'est jamais une bonne idée. Il ne sait peut-être pas éliminer trois hommes sur un dribble, mais sa première touche est au-dessus de la moyenne. Il a une vision et des facilités. Le problème, c'est que c'est un joueur qui a besoin que l'équipe s'organise autour de ses qualités." Ça tombe bien puisqu'aux dires du joueur, Alexander Blessin sait parfaitement comment les utiliser. "J'accorde beaucoup d'importance à la discussion que je peux avoir avec un coach. Bien plus qu'avec un directeur sportif ou un président. Et là, le coach m'a tout de suite convaincu en pointant des qualités chez moi qui me sont chères. Il a vu en regardant mes matches que je n'étais pas qu'un joueur de ballon. Que j'étais aussi capable de réagir en perte de balle, de harceler le porteur. Pour une fois, on ne s'est pas arrêté à mon physique et ça m'a fait du bien." Ce qui doit aussi faire du bien à Alexander Blessin, c'est d'entendre son joueur répéter qu'il se sent plus fort aujourd'hui que lors de ses débuts niçois. "Mentalement, j'ai franchi un cap. Physiquement, je me sens bien. Je n'ai plus de blocage, je veux jouer libéré!"