Le timbre est posé, lucide. Les mots sortent comme des flèches. Précis, justes. L'homme est visiblement sûr de lui. De ses qualités, de son vécu. Double buteur pour sa première avec Mouscron il y a quelques semaines contre l'Antwerp, victorieux pour son baptême du feu chez les Espoirs la semaine dernière, Nathan De Medina digère visiblement bien son départ forcé du Sporting d'Anderlecht cet été. Quinze ans de bons et loyaux services dans le club de son coeur, mais un départ dans l'anonymat le plus complet. De quoi nourrir des regrets. Forcément.
...

Le timbre est posé, lucide. Les mots sortent comme des flèches. Précis, justes. L'homme est visiblement sûr de lui. De ses qualités, de son vécu. Double buteur pour sa première avec Mouscron il y a quelques semaines contre l'Antwerp, victorieux pour son baptême du feu chez les Espoirs la semaine dernière, Nathan De Medina digère visiblement bien son départ forcé du Sporting d'Anderlecht cet été. Quinze ans de bons et loyaux services dans le club de son coeur, mais un départ dans l'anonymat le plus complet. De quoi nourrir des regrets. Forcément.Nathan, deux petits matchs avec Mouscron et déjà ta convocation en poche pour le groupe Espoir. À croire que Johan Walem n'attendait que tes débuts avec l'Excel pour te donner ta chance. Tu as été surpris de la confiance accordé par le coach des U21 ? NATHAN DE MEDINA : Honnêtement, je ne m'attendais pas du tout à être repris si vite avec les Espoirs, mais je savais que Johan Walem me suivait parce qu'il m'avait contacté en mars dernier pour me dire qu'une fois rétabli et titulaire en club, j'entrerais en compte pour une sélection. Je lui avais envoyé un SMS au moment de ma signature à Mouscron, il m'avait dit de me battre pour être dans le onze rapidement et ainsi être disponible pour les matchs de septembre. Finalement, ça a pris un peu plus de temps que prévu avant que j'intègre le groupe. Quoi qu'il en soit, je suis vraiment content de rejoindre ce noyau parce que je sais aussi ce que ça peut représenter en terme de visibilité pour un jeune joueur comme moi. Sans parler de l'expérience accumulée. Tous ne partagent pas ton avis sur la question. Il suffit de voir le cas de Charly Musonda...DE MEDINA : Lui, c'est différent. À partir du moment où tu t'entraînes avec l'équipe première de Chelsea, tu ne penses peut-être plus comme un joueur qui joue, par exemple, à Mouscron. Il ne voit plus ça comme une vitrine et puis, il a déjà fait toute la campagne précédente qui s'est mal terminée, cela doit jouer aussi. On a peut-être le même âge ou presque, mais on a tous des trajectoires bien différentes. Je l'ai vécu avec Youri Tielemans, d'autres l'auront vécu avec moi. Le foot, c'est vraiment chacun sa route, donc je ne jugerai pas le choix de Charly ou d'un autre. Comment expliques-tu que tu aies dû attendre la 13e journée pour faire tes débuts avec Mouscron ? DE MEDINA : Je dois le reconnaître humblement, je n'étais pas prêt en arrivant à Mouscron. Et je ne m'y attendais pas. J'avais beaucoup travaillé seul, notamment avec Lieven Maesschalck et je pensais donc être au top, mais je me suis rendu compte en rejoignant un groupe que je manquais encore de vivacité. Rien d'étonnant quand on a été out pendant 6 mois, mais ça m'a beaucoup frustré au début. J'ai eu des difficultés pendant un moment parce qu'après avoir galéré au mois d'août, je m'estimais prêt à intégrer le onze. Le problème, qui n'en était pas réellement un, c'est que l'équipe tournait bien et que le coach n'avait, dès lors, pas de raison de changer de formule. Heureusement, mon père, qui est aussi mon agent, a su trouver à ce moment-là les mots pour me calmer, m'apaiser aussi et me faire comprendre que mon tour viendrait un jour ou l'autre. C'est finalement arrivé contre l'Antwerp et je ne pense pas avoir manqué l'occasion de montrer ce que je pouvais apporter à l'équipe. Ça valait donc le coup d'attendre. Après ce fameux match contre l'Antwerp où tu inscris les deux buts de Mouscron, Rednic a dit : " Cela fait trois mois qu'il se trouve à mes côtés et je ne savais pas que c'était un tel joueur, le petit Nathan. " Est-ce que ça ne signifie pas, finalement, qu'il attendait de toi que tu en montres un peu plus à l'entraînement ? DE MEDINA : Je ne lui en veux pas, on ne se parlait pas beaucoup avec le coach. Il ne me mettait pas de pression. C'est-à-dire que si je ratais quelque chose, il ne me disait rien, mais si je faisais un truc bien, c'était pareil, il me laissait faire mes trucs. Aujourd'hui, on parle beaucoup plus parce que je pense qu'il a compris que je pouvais devenir un élément important de l'équipe. Mais c'est pareil partout, c'était déjà le cas à Anderlecht sous Hasi ou avec Frutos en réserve et même à OHL avec Emilio Ferrera. Au début, Emilio n'était pas content de mon transfert, il estimait que je n'étais pas le joueur dont il avait besoin, mais il a rapidement changé de discours une fois qu'il m'a mis sur le terrain. Frutos, lui, il a fini par me donner le brassard. Je suis typiquement le genre de joueur qui a besoin de la confiance des coaches pour être performant. Sans pression, à l'entraînement, mes qualités ne sautent visiblement pas aux yeux. Quand, comme toi cet été, on se retrouve remplaçant à Mouscron, qu'on sort d'une longue période de revalidation, qu'on dit adieu à son club de coeur - Anderlecht - où on a passé 15 années de sa vie, est-ce qu'il n'y a pas un moment où on se met à douter ? DE MEDINA : Non, parce que le plus dur, ça a été quand je suis arrivé à OHL l'an dernier. Passer d'Anderlecht aux installations d'OHL, c'était difficile, vraiment. Même si je jouais, je ne sentais pas que j'étais en train de vivre mon rêve. Parce que c'était la D1B, qu'un ami comme Aaron (Leya Iseka, ndlr) jouait dans le même temps à Marseille et que je n'avais donc pas l'impression de réaliser quelque chose de spécial. Évidemment, ma blessure en janvier n'a rien arrangé, mais là encore mon père m'a beaucoup aidé. Il était persuadé qu'on allait trouver un club à l'été et il a eu raison. J'aurais pu aller en Italie, à Nantes, à Waasland aussi, mais finalement ça a été Mouscron. Si Conceiçao était resté à Nantes, j'y serais sans doute à l'heure actuelle. Ça aurait aussi pu être le cas à Anderlecht si Weiler ne t'avait pas versé dans le noyau B à son arrivée et qu'il n'avait pas tout fait pour que tu partes cet été. Quand tu vois le début de saison cata d'Anderlecht et le limogeage de Weiler, tu te dis forcément qu'entre toi et le Sporting, l'histoire aurait pu finir différemment ? DE MEDINA : Oui bien sûr, c'est inévitable. Le coach a décidé qu'il n'avait plus besoin de jeunes joueurs, c'était son choix et il a malheureusement été suivi par la direction. Je me souviens très bien de son arrivée dans le vestiaire il y a un an et demi quand il a cité les noms des joueurs qui ne seraient plus là après l'entraînement alors qu'il ne nous avait jamais vus jouer. L'arrivée de Weiler, c'est un peu la fin de l'Anderlecht de mon enfance dans tout ce qu'il représentait. Je ne pense pas qu'à nous, les joueurs, mais à certains entraîneurs comme Mohamed Ouahbi, aux quatre kinés limogés, au docteur, aux préparateurs physiques, au délégué, à tous ces gens qui ont été victimes de la grande lessive qui a suivi le départ de Besnik Hasi. Je n'avais jamais vu ça à Anderlecht. Et, en plus, il s'en prenait aux cadres de l'équipe comme Okaka ou Kara. Il a versé Praet, qui était quand même Soulier d'or, dans le noyau B. Cet été-là, on a parlé de starlettes, de sales caractères, mais c'était un super groupe. Le seul problème, c'est qu'Anderlecht n'était pas champion. Et entre autres cibles, Weiler a choisi les jeunes. Comme si nous étions responsables de quoi que ce soit...La preuve que non, c'est qu'aujourd'hui, Aaron est le meilleur buteur de Zulte et Lukebakio cartonne à Charleroi... Cette génération dont tu parles, c'est celle qui fait demi-finale de la Youth League en 2015. Tu as été étonné qu'on ne prenne pas plus en considération les résultats forgés chez les jeunes par cette équipe ?DE MEDINA : Oui, d'autant plus que cette équipe, c'est la plus forte avec laquelle j'ai joué. On était imbattable. À chaque poste, c'était très fort. Je pense notamment à Samy Bourard, aujourd'hui à Saint-Trond, qui était peut-être le plus doué de tous. Mais le plus incompréhensible là-dedans, ce n'est pas l'attitude du coach, mais des dirigeants qui laissaient faire. C'est ça que nous, on n'a pas compris. Beaucoup d'entraîneurs de jeunes se sont fait entendre, à l'époque, pour dire qu'ils n'étaient pas d'accord et qu'à travers nous, c'était leur travail qui était remis en cause. Mais malheureusement, Herman Van Holsbeeck a laissé faire. J'étais dégoûté parce que je m'apprêtais à faire une grosse saison, j'avais à coeur de m'imposer après avoir goûté aux PO1 la saison d'avant, mais mon rêve s'est écroulé d'un seul coup avec l'arrivée de Weiler. Par Martin Grimberghs