Si l'on veut entrer dans Sneek, on ne doit pas être pressé. L'ancien chef-lieu de la Frise, qui fait désormais partie de l'entité de Súdwest-Fryslân, est entouré par une dizaine de ponts-levis, de ponts tournants et de ponts bascules qui protègent le centre historique.
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Si l'on veut entrer dans Sneek, on ne doit pas être pressé. L'ancien chef-lieu de la Frise, qui fait désormais partie de l'entité de Súdwest-Fryslân, est entouré par une dizaine de ponts-levis, de ponts tournants et de ponts bascules qui protègent le centre historique. A portée de fusil de la Waterpoort, le symbole de la ville et une attraction pour les touristes allemands, le gérant d'une ancienne vidéothèque essaie de survivre au milieu d'une génération qui ne jure que par Netflix et les vidéos à la demande. Les clients ne se pressent pas au portillon et les rumeurs les plus folles circulent à propos de ce qui se trame entre les quatre murs du commerce. A Sneek aussi, certaines légendes ont la vie dure. Officiellement, Sneek est une ville - c'est l'une des 11 cités frisonnes qui ont reçu l'appellation de ville entre le 12e et le 15e siècle - mais en réalité, ce n'est qu'un gros village. Pendant l'hiver, la vie s'arrête un instant. Mais pendant la première semaine d'août, la ville est envahie par 150.000 touristes venus pour la Sneekerweek, la 'Semaine de Sneek', le plus grand événement de sports nautiques en eaux intérieures d'Europe occidentale, qui s'accompagne d'un festival de musique et d'une kermesse. A Sneek, de nombreuses personnes possèdent un petit bateau, mais il y a relativement peu de locaux qui pratiquent réellement un sport nautique. Les 35.000 habitants défendent surtout avec fierté la culture frisonne. Dans la maison de la famille Vlap, cette fierté est exprimée sur un petit tableau accroché au mur : ' Ik heb der niet voor kozen om een sneeker te weze, ik heb gewoon stront mazzel had.' (Je n'ai pas choisi d'être un Sneeker, j'ai simplement eu beaucoup de chance)." Michel se sent Frison à 100% ", dit le papa Jan Vlap. " Il ne parle pas le dialecte local, mais il comprend tout. A la maison, on ne l'a pas encouragé à l'apprendre. Sneek est une ville, l'une des 11 villes de Frise, et c'est la raison pour laquelle on ne parle pas le frison. Mais dans les villages environnants, ce dialecte est toujours utilisé. " Les sportifs bénéficient d'un statut spécial en Frise. Epke Zonderland (gymnastique), Sven Kramer et Sjinkie Knegt (patinage), Nyck de Vries (formule 2), Sherida Spitse (football féminin) et les soeurs Marrit et Hester Jaspers (volley) sont des demi-dieux. Le mois passé, lorsque Maartenvan der Weijden a participé à l'Elfstedentocht sur les lieux où il est né, les abords du parcours étaient noirs de monde. Cela en dit long sur les liens qui unissent les Frisons avec leurs héros sportifs. Ces dernières années, Michel Vlap a aussi conquis les coeurs des Frisons. " La plupart des footballeurs viennent de la Randstad, la région qui comprend les villes de Rotterdam, Amsterdam, La Haye et Utrecht. Peu de footballeurs proviennent du nord. Jan Kromkamp ( ex-AZ, Villarreal, Liverpool et PSV, ndlr) est l'un des rares Frisons qui ont fait carrière à l'étranger. Chez les Espoirs néerlandais, Michel était le seul nordiste de la sélection. Les autres jouaient à l'Ajax, au PSV ou à Feyenoord. En tant que Frison, il a dû s'intégrer.' Vlap a laissé entrevoir les prémices de son talent sur la petite place du Zwetteplan, un quartier résidentiel rutilant au nord du centre-ville. La distance entre les deux poteaux de buts sur la pelouse a été réduite, mais pour le reste, rien n'a changé par rapport à l'époque où Michel y jouait. " Lorsque l'herbe était trop haute, nous allions jouer sur la petite place bétonnée où l'on ne pouvait marquer qu'en envoyant le ballon contre le poteau ", raconte Rik Reinsma, un ami d'enfance. " Michel nous faisait souffrir. Il était très petit, mais très habile avec le ballon. Et même s'il était deux ans plus jeune que les autres garçons de la bande, il aimait nous défier. Dribbler et pivoter, ce genre de choses. Lorsqu'on pensait pouvoir récupérer le ballon, il nous l'ôtait des pieds. Il disait alors : " Sorry, trop tard ! " Cette petite place était devenue notre deuxième maison. Nous devions être rentrés à la maison à 19 heures ou au plus tard à 20 heures. Mais il était fréquent qu'à 21 heures, nous étions toujours en train de jouer. Et alors, nous nous faisions gronder." La petite bande des amis de Michel et de son grand frère Patrick passait parfois pour de mauvais garçons. Lorsqu'il se passait quelque chose dans la rue, les voisins partaient du principe que Michel et sa bande y étaient pour quelque chose. Patrick doit, plus souvent qu'à son tour, tempérer l'enthousiasme de son frère. " J'étais le plus calme des deux. Michel était un peu plus fort que moi pour imaginer des méfaits ", affirme Patrick Vlap, qui travaille dans l'entreprise de son père et qui, la nuit, fait carrière comme DJ. " Lors du Nouvel-An, nous allumions souvent des feux d'artifices bien trop tôt et les gens ne trouvaient pas cela amusant du tout. Il est arrivé fréquemment que nous nous retrouvions dans les jardins des gens et que nous devions sauter par-dessus les clôtures pour échapper à la colère des voisins. Pour Michel c'était facile, car il pesait pour ainsi dire 30 kilos, mais j'étais plus lourd et je suis un jour tombé littéralement à travers la glace." A Sneek, qui est surtout connu pour les succès du club de volley du VC Sneek à l'échelle nationale, six clubs de football amateurs se disputent les meilleurs footballeurs de la région. Vlap joue successivement à Wit Zwart Sneek et au club fusionné de VV Sneek Wit Zwart. A la maison, les pieds de la table du salon font office de poteau de but. Patrick, dont la tête dépasse à peine le haut de la table, prend place entre les poteaux improvisés pendant que Michel " tire au but ". Jusqu'à ce que l'un des " poteaux " commence à plier et que les parents interdisent la pratique du football. Lors d'un tournoi à Peize, dont il est élu meilleur joueur du tournoi, Vlap junior est repéré par les scouts du FC Groningen, mais c'est à Heerenveen qu'il veut jouer. Et c'est à Heerenveen qu'il jouera. Michel est supporter de ce club depuis des années. Dans sa chambre, il possède d'ailleurs un poster de la vedette de l'époque, Ugur Yildirim. Grâce à un scout de Heerenveen qui habite dans la même rue, Vlap atterrit chez les Superfriezen. Pas question d'aller à l'internat, la famille Vlap fait en sorte de garder Michel à Sneek. Les grands-parents sont chargés de le véhiculer jusqu'à quatre fois par jour à Heerenveen. Une folie. Depuis la porte arrière de son petit bureau, Jan Vlap, qui travaille pour le bureau organisateur d'événements Mimicry Sneek, a une belle vue sur les terrains de l'ONS Sneek. Il y a neuf ans, il était encore l'entraîneur de l'équipe Première. A ce moment-là, Michel n'était encore que le fils de Jan. Aujourd'hui, c'est le contraire. Inconsciemment, Vlap senior profite de la célébrité de son fils. Lorsqu'il a un rendez-vous avec des clients en compagnie de son bras droit, on discute d'abord une demi-heure de Michel, et après, l'affaire est conclue en cinq minutes. Pour Patrick, être le " frère de " n'a pas toujours été agréable. " Les gens qui ne me connaissaient que de loin, me demandaient souvent : "Es-tu le fameux footballeur ? " Je devais alors répondre : "Non, c'est mon frère". La conversation tournait toujours autour de Michel et du football. Et je m'apercevais alors que, moi-même, je n'intéressais personne. Aujourd'hui, j'en rigole, mais entre mes 13 et 16 ans, j'en ai bavé. Il m'est arrivé plusieurs fois d'aller pleurer dans la jupe de ma mère. Je me demandais pourquoi personne ne s'intéressait à moi. J'avais l'impression que, pour le monde extérieur, il n'y avait que Michel dans la maison. Pourtant, mes parents n'ont jamais favorisé mon frère. Maman a toujours veillé à ce que nous soyons traités sur un pied d'égalité. En fait, nous formions une famille tout à fait normale." Il y a deux ans et demi, Patrick est le long de la touche lorsqu'un beau soir, à domicile contre les Espoirs de Heracles, la prestation de Michel frôle la perfection. " Il a joué un match exceptionnel, je ne l'avais jamais vu à ce niveau. Après le match, tous les joueurs de Heracles sont venus vers lui pour lui dire qu'il devrait aller jouer dans leur club. C'est alors que j'ai pris conscience qu'un jour, il pourrait bien y arriver. " Seuls sa famille et ses amis savent que Michel a dû se battre pour s'imposer à Heerenveen. Car la belle histoire du meneur de jeu ne s'est pas écrite toute seule. Chez les Juniors B, l'équivalent des U16 et des U17 en Belgique, il a souffert du dos, en raison d'une croissance trop rapide. A l'époque, beaucoup de gens pensaient qu'il ne réussirait pas. " Il n'était pas considéré comme un talent exceptionnel ", affirme Kees Regeling, un ami intime de Vlap. " Chez les U19, tout allait bien, mais en équipe Première il n'était que remplaçant. J'entends encore les commentaires des gens : "Pourquoi s'entêter avec ce garçon ? Il ne réussira quand même pas. Il n'est que le cinquième remplaçant et il est bien trop lent pour être bon." Sa progression n'a pas été linéaire. Son chemin a été semé d'embûches, mais il a donné le meilleur de lui-même pour atteindre son but. Durant la période où il a commence à percer à Heerenveen, Vlap peut encore s'autoriser quelques sorties à Groningue, où ses copains étudient. Il aime pousser la porte d'un bar et ne crache pas sur un verre de bière, d'autant qu'il passe incognito. Regeling : 'Il aimait raconter aux gens qu'il travaillait comme pompier et il savait se montrer persuasif. Nous avons toujours trouvé que les filles lui tombaient dessus trop facilement parce qu'il était footballeur. Sur Instagram, il a une petite case bleue derrière son nom, et en principe, c'est déjà suffisant pour attirer l'attention. Il voulait nous prouver que les gens étaient également attirés par lui comme pompier. Aujourd'hui, tout le monde le reconnaît et il ne peut plus jouer un rôle. Lorsqu'il est devenu un joueur connu de Heerenveen, c'est devenu difficile pour lui de sortir à Groningue. Surtout s'il tombait sur le noyau dur de ce club. Mais, le fait que notre groupe d'amis recelait quelques grands gaillards costauds, aidait forcément. Et nous avons toujours veillé à être auprès de lui. Nous savions que, pour sa carrière, il était important qu'il ne soit mêlé à aucun incident. Sur ce plan-là, nous réfléchissons à tout. Je ne sais pas s'il était fait pour la vie estudiantine, mais il était très impressionné par notre planning. Il nous arrivait de sortir toute la nuit, et le lendemain, nous jouions à FIFA. ( il rit) Il ne comprenait pas comment nous pouvions soutenir ce rythme quatre ou cinq jours par semaine. Depuis le mois de décembre, alors qu'il n'était pas encore question d'Anderlecht, l'homme de huit millions est en train de faire construire une maison à Sneek, dans les environs de l'aqueduc de Houkesloot. Le décor est idyllique : l'arrière de la la maison donne sur une vaste étendue d'eau qui, après quelques méandres, se déverse dans le lac de Sneek. A l'avenir, un embarcadère devrait donner un accès direct au petit lac. Jan Vlap : " La maison sera livrée en septembre. Après Patrick l'an passé, Michel va habiter seul pour la première fois. Il peut compter sur son amie, qui poursuivra ses études en Belgique, mais l'adaptation à Bruxelles ne sera quand même pas simple. La saison prochaine, nous assisterons donc à tous les matches à domicile. La saison dernière, nous n'avons manqué que le déplacement à l'Excelsior. Nous avons même vu les matches amicaux. En préparation, nous étions présents contre l'Ajax, l'AZ et Hambourg. Et nous avons hésité jusqu'au dernier instant à prendre l'avion pour Lisbonne afin d'assister au match contre Benfica." C'est tout juste si Jan Vlap ne parle pas d'un demi-dieu lorsqu'il évoque son fils. Cela peut paraître cliché, mais selon ses proches, Michel est un garçon tout ce qu'il y a de plus normal auquel la nature a simplement donné un don pour le football et qui est aujourd'hui célèbre. Début mai, l'ONS Sneek a joué à domicile contre les Espoirs du FC Groningue. Et qui était en train de taper le ballon dans le couloir avec trois gamins ? Michel Vlap ! Sa disponibilité l'a rendu très populaire à Heerenveen et dans les environs. " Aux yeux de beaucoup de supporters, on n'est plus rien lorsqu'on quitte le club ", fait remarquer Jan Vlap. " Mais il y a des supporters de Heerenveen qui commandent aujourd'hui le maillot d'Anderlecht et qui veulent aller encourager Michel en Belgique. Ils le considèrent toujours comme l'un des leurs. Ce que Michel a déclenché à 22 ans à Heerenveen, est très spécial. " Une petite partie de la communauté frisonne ne comprend pas le transfert de Vlap à Anderlecht. " Des gens qui ne connaissent absolument rien au football belge ", explique Patrick. " Anderlecht ? Autant aller à Cambuur ! ( il soupire) Ils n'ont rien compris. " Les Vlap ont du mal à accepter les commentaires sur les réseaux sociaux. Des jeux de mots douteux ont fait le tour de la toile. " Le pire que j'ai lu ? Je n'ose pas le répéter... Au début, j'en ai été très affecté, mais celle qui a le plus souffert, c'est ma mère ", dit Patrick. " Michel se préoccupe peu de ce genre de choses. Mais nous ne savons pas comment nous devons nous comporter vis-à-vis de ces héros d'internet qui écrivent les choses les plus folles sous le couvert de l'anonymat. A Anderlecht, nous avons un avantage : la moitié est en français et nous ne comprenons pas un mot à cette langue. " Kees, Patrick, Rik et les autres amis sont aux côtés de Michel depuis des années. Ils n'ont pas peur d'aller droit au but, lorsqu'ils l'estiment nécessaire, et veillent à ce qu'il garde toujours les pieds sur terre. C'est l'une des raisons pour lesquelles Michel est toujours resté très humble, malgré sa popularité. Bref, il est resté un vrai Sneeker. " Au terme de sa carrière, il reviendra habiter à Sneek ", annonce déjà Regeling. " Il me l'a dit : peu importe que j'aille jouer en Chine, à Arsenal ou à Barcelone, je reviendrai à Sneek. " Et lorsqu'il a quelque chose en tête, il ne change jamais d'avis."