Ex-international. A notamment défendu les filets d'Anderlecht, du Club Bruges et de Manchester City. Travaille désormais pour Play Sports, Sporza et VIER.
...

" J'ai décroché mes diplômes d'entraîneur au cours des dernières années de ma carrière mais je ne sais même plus où ils sont. À 40 ans, après 22 ans de professionnalisme, j'en avais un peu marre d'être à la disposition d'un club chaque semaine du lundi matin au dimanche soir. Lorsque Telenet m'a approché, j'ai saisi l'opportunité. Depuis, je n'ai fait qu'évoluer pas à pas et la charge de travail n'a fait qu'augmenter. Après quatre saisons de Hoogvliegers, je pense pouvoir dire que je sais comment on fait de la télé. Cette émission me permet de donner en tout indépendance mon avis d'ancien sportif de haut niveau tout en faisant preuve d'empathie avec les sportifs actuels pour tenter des les faire parler d'eux. C'est la formule idéale. Je me suis bien amusé sur les terrains mais je ne voudrais pas refaire le chemin à l'envers. Par moments, c'est intense mais j'ai aussi des journées libres et j'en profite pour faire du vélo ou d'autres choses. J'ai fait le choix de faire ce que j'aime vraiment avec de chouettes collaborateurs. J'ai opté pour une certaine qualité de vie et, financièrement, c'est intéressant aussi. Même s'il y sans doute des entraîneurs qui gagnent plus que moi (il rit).Pour bien faire ce boulot, il faut y investir beaucoup de temps. Ce qu'on demande d'abord à un ex-pro, c'est d'apporter son expérience de joueur mais il ne suffit pas d'analyser, il faut aussi être un expert. Cela veut dire qu'il faut savoir pourquoi certaines choses se sont passées et ont évolué. On ne peut pas faire ça entre la poire et le fromage. Pendant la semaine, je regarde des images de matches dont je me dis que je dois en savoir plus et je passe plusieurs heures par jour à suivre l'actualité. Car lire, c'est savoir ce qui s'est passé et qui a dit quoi. Il faut chercher, on ne m'amène rien sur un plateau. Je vois parfois des gens qui se disent qu'ils peuvent tout analyser rapidement, sans trop s'investir, mais ça ne marche pas comme ça. Je veux avant tout être honnête : dire de quoi il retourne sans blesser mais aussi sans épargner personne. Je constate que c'est apprécié et que les gens peuvent faire face à la critique lorsqu'elle est fondée. Quand on joue, dire ce qu'on pense n'est pas essentiel mais pour un consultant bien. Et, au fil du temps, on prend confiance en soi. Quand je dis quelque chose, je suis certain que c'est fondé, que ce n'est pas un avis en l'air. C'est la réputation que j'ai. Évidemment, quand on a été gardien, on ne voit pas le foot avec la même perspective qu'un attaquant. Je constate que Marc Degryse et moi n'analysons pas toujours les penalties de la même façon mais ça n'amène que des discussions constructives. Je constate aussi que l'effet d'un tweet dure plus longtemps que ce qu'on dit au cours d'une émission, même s'il est moins dur. Dans ce monde du foot aigri et impitoyable, les blagues ne sont pas toujours bien perçues. Voyez la réaction de Marc Coucke à mon tweet à propos du fait qu'il avait posté une photo de lui avec Vincent Kompany en coupant l'entraîneur. Je peux le comprendre. J'ai été suffisamment longtemps dans le monde du football pour savoir que chaque individu pense d'abord à lui. Et c'est justement pour cette raison que nous devons parler, parce que notre avis est plus objectif que celui de beaucoup de gens qui sont attachés à un club. Ceux qui ont des problèmes avec ce que je dis savent où me trouver. Je ne dis pas que mon avis est parole d'évangile et que je ne tiens pas compte des autres. Lorsque j'ai déclaré que je trouvais dommage que Philippe Clement quitte Waasland-Beveren pour rejoindre Genk lors de la trêve hivernale, il m'a téléphoné et ses explications étaient intéressantes. On résout beaucoup de choses par le dialogue. " " Je vais être honnête : au début, le boulot de consultant ne m'intéressait pas du tout. Quand j'ai commencé, alors que je jouais encore, je n'étais pas bon du tout. J'étais nul. Je n'étais pas prêt mentalement, je manquais d'expérience et de feeling. Mais après ma carrière, j'ai commencé à apprécier et j'ai évolué parce que, quand j'étais joueur, je m'étais toujours intéressé au jeu. À la mi-temps, avec mes entraîneurs et mes équipiers, je parlais de la tactique, des remplacements, etc. Ce fut notamment le cas avec Marc Brys, Miroslav Dukic, Philippe Saint-Jean et Emilio Ferrera. Je voulais aussi toujours savoir à quoi servaient les exercices qu'on nous imposait. J'estime qu'un coach doit stimuler l'intelligence de ses joueurs. Quand on est consultant, il faut interpréter et expliquer ce qu'on voit de façon à ce que les gens comprennent. C'est encore une autre paire de manches, évidemment. Mais après un certain temps, il s'est avéré que ça me convenait. Je pense que mon point fort, c'est d'évaluer les intentions des deux entraîneurs dans les cinq, dix premières minutes d'un match. Après, je vois si leur plan fonctionne ou s'ils l'adaptent. Dans un coin de ma tête, je garde l'idée de devenir entraîneur un jour. J'ai déjà eu des propositions mais je n'y ai pas donné suite. Ce que je vois me freine un peu. La façon dont les dirigeants se comportent avec les entraîneurs n'est pas toujours correcte. Sans encadrement et sans patience, on sait que ce sera difficile, surtout si on est jeune et qu'on n'est pas soutenu par le directeur sportif. Le bon exemple, c'est la base de travail de Gert Verheyen à Ostende. De plus, son boulot de consultant lui a beaucoup servi. Mon travail de formateur est également un bon laboratoire dans l'optique d'un job d'entraîneur plus tard. Mes analyses sont assez froides, rationnelles et objectives. Un ex-pro doit pouvoir faire la différence en interprétant des phases et des mouvements pour lesquels il n'y a pas de mode d'emploi mais qu'il reconnaît grâce à son expérience du terrain. Je comprends aussi que le métier d'entraîneur est difficile. Gary Neville était brillant comme consultant mais, lorsqu'il est devenu coach à Valence, il a eu de gros problèmes. Pareil pour Thierry Henry à Monaco. Cela aide à rester humble. Je ne critique pas pour le plaisir de critiquer. Ce que je n'aime pas, ce sont les entraîneurs qui cherchent à éviter le vrai débat, les vrais problèmes. Hein Vanhaezebrouck est un spécialiste. Il peut être très direct mais aussi faire passer subtilement des messages subliminaux. Notre rôle consiste à les interpréter, à expliquer ce qu'il veut dire entre les lignes. " " À mon époque, les consultants n'existaient pas encore. Ce n'est arrivé que bien plus tard. Je me souviens encore que les premières fois où j'ai fait ça, je rentrais à la maison avec un mal de tête. Car suivre les matches, sélectionner des images en même temps et encore donner son avis sur les buts des autres matches à la mi-temps, c'est dur. La première chose qu'on puisse exiger d'un consultant, c'est qu'il soit bien préparé, ce qui ne signifie pas qu'il doit dire tout ce qu'il sait. Un consultant doit connaître son rôle : apporter quelque chose aux niveaux technique et tactique. Ça s'apprend. Je me souviens encore qu'au début, lors d'un grand match au Portugal, le jeu allait si vite que, le temps que j'ouvre la bouche, c'était trop tard. Il faut être dans le match. C'est une question d'habitude et de sensations. Il y a plusieurs façons de donner son avis. J'essaye de dire ce que je vois sans être trop dur. Je suis sérieux mais je respecte les joueurs, l'entraîneur et l'équipe. Je ne cherche jamais à démolir quelqu'un. Je suis aussi comme ça dans la vie. Je peux être dur mais pas à la télé ( il rit). Il faut pouvoir lire un match, sentir les gens puis trouver les bons mots et les bonnes images pour illustrer. Quand on est trois ou quatre autour de la table, il faut pouvoir fonctionner en équipe, laisser chacun exprimer son point de vue et donc ne pas tout vouloir expliquer soi-même. Je constate que les anciens artistes, comme Marc Degryse et Gilles De Bilde, font moins attention à l'aspect tactique, à l'ensemble de l'équipe. Les ex-entraîneurs regardent aussi certaines phases d'une autre façon. Je n'ai jamais eu de problème avec personne, même si Hamdi Harbaoui a un jour réagi sur Twitter parce que j'avais dit dans Extra Time qu'il jouait beaucoup des coudes et que je n'aimais pas ça. Quand on voit que quelqu'un exagère, il faut le dire. Les entraîneurs sont sensibles à ce qui s'écrit dans les journaux et ce qui se dit à la télévision. Je sais que c'est ennuyeux quand quelqu'un dit ce que vous auriez dû faire mais je trouve qu'on doit pouvoir tout dire avec la manière, de façon à toujours pouvoir regarder chacun droit dans les yeux. C'est très important. Je pense que chacun des consultants aime ce job et que la plupart ont envie de continuer. Marc Degryse et Geert De Vlieger font cela à temps plein, ils se donnent corps et âme et ils gagnent très bien leur vie. L'évolution de ce métier leur a assuré une position confortable. On vit aussi de très bons moments. Ce que j'aime faire, c'est suivre les matches de Ligue des Champions sur place, comme lors du 6-1 de Barcelone - PSG. Évidemment, il faut veiller à ne pas oublier la machine qui permet de faire la liaison avec Bruxelles à l'aéroport de Zaventem, comme c'est arrivé un jour à Khalilou Fadiga. Sans quoi on se fait taper sur les doigts ( il rit). " " Celui qui veut bien faire son boulot de consultant doit faire des choix car ça prend beaucoup de temps. Nous ne sommes pas journalistes, nous devons apporter une plus-value grâce à notre expérience et notre lecture du jeu, mais nous devons être bien préparés. Nous devons presque tout savoir, lire beaucoup, voir beaucoup de matches. C'est la base. Pour comprendre pourquoi un entraîneur fait ou ne fait pas ceci ou cela, il faut essayer autant que possible de se mettre dans sa peau. Un bon consultant n'est pas celui qui donne sa vision des choses pour casser quelqu'un ou qui est négatif pour le plaisir de l'être. C'est pourquoi je trouve intéressant de suivre les cours d'entraîneur car l'expérience d'un coach et de tout ce qui tourne autour de ce métier ne se remplace pas d'un claquement de doigt. Pour pouvoir juger, il faudrait avoir vu tous les entraînements et tous les matches depuis la tribune car c'est de là qu'on voit le mieux les mouvements des 22 joueurs par rapport au reste de l'équipe. Quand on est joueur, on est habitué à accorder des interviews mais ici, c'est un autre type de communication. Avant, je devais être le plus honnête possible tout en veillant à ne pas avoir de problèmes avec le club, l'entraîneur ou les autres joueurs. Je me rends compte que, parfois, je disais des banalités. Maintenant, je dois surtout être pertinent. Si ce n'est que pour dire des choses qui sautent aux yeux, mieux vaut arrêter. Ma plus grande crainte, c'est de me tromper dans ma critique car on ne sait jamais tout. C'est pourquoi je m'impose toujours comme limite de faire preuve de respect et d'être constructif. L'objectif ne doit jamais être de faire mal ou de se rendre populaire. La première exigence, c'est d'apporter une plus-value sur les plans tactique, psychologique ou physique. Au début, on a tendance à trop parler. Le plus difficile, c'est d'être toujours précis. J'entends parfois dire que des gens ne sont pas contents de ce que j'ai dit mais je dois l'accepter. Quand je faisais des interviews au bord du terrain, je ressentais beaucoup de nervosité. Les joueurs et les entraîneurs étaient toujours dans l'émotion et il arrivait parfois qu'ils me demandent pourquoi je leur avais posé une question quant à leurs choix. J'estime cependant qu'un coach doit être capable de répondre à toutes les questions. En tout cas, ce fut une expérience très enrichissante car c'était du direct et on n'avait pas le temps de préparer. Quand on est face à Hein Vanhaezebrouck ou Michel Preud'homme, on doit être très concret. Mais je trouve que, parfois, nous ne posons pas les bonnes questions aux entraîneurs. Soit parce que nous n'osons pas, soit parce que nous ne sommes pas suffisamment préparés. Ou les deux. "