Une musique disco chatouille les tympans, crachée à plein volume : " If you're going to San Francisco, you're gonna meet some gentle people there... " Il y a effectivement quelque chose de Wallifornie dans les allées de La Neuville. Mais l'arène postée en plein coeur de Montignies-sur-Sambre, à deux pas de la patinoire de Charleroi, vérifie plutôt la seconde partie du refrain.
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Une musique disco chatouille les tympans, crachée à plein volume : " If you're going to San Francisco, you're gonna meet some gentle people there... " Il y a effectivement quelque chose de Wallifornie dans les allées de La Neuville. Mais l'arène postée en plein coeur de Montignies-sur-Sambre, à deux pas de la patinoire de Charleroi, vérifie plutôt la seconde partie du refrain. Un bénévole accueille, tout sourire : " Ce soir, c'est un peu la foire ", rigole-t-il, depuis un parking où les " jeux de ballons " sont strictement proscrits. Ce soir, l'Olympic reçoit pourtant Thes Sport, gros morceau de la D1 Amateur. Si les Dogues retrouvent enfin le troisième échelon, huit ans après l'avoir quitté sur une faillite, ils le doivent à la fusion estivale avec les voisins de Châtelet-Farciennes, alors même qu'ils jouaient le maintien à l'étage inférieur. Un schmilblick finement pensé qui permet à Alex Czerniatynski de s'asseoir à nouveau sur le banc des noir et blanc. " Pour moi, la fusion ne change pas grand-chose, je travaille plus ou moins avec les mêmes personnes. Il n'y a que le terrain qui change ", glisse l'ancien buteur des Diables. L'union des forces met aussi en avant deux autres personnalités du sport carolo, à commencer par Filippo Gaone, disparu depuis la fin de son règne à La Louvière et revenant aux affaires comme vice-président. Le troisième larron, Luc Maton, en bon animateur télé mué en responsable marketing et communication du matricule 246, s'occupe naturellement des présentations : " Czernia fait partie de mon encyclopédie du football belge. Filippo Gaone, je n'en parle même pas. J'ai suivi et commenté la seule victoire d'un club hennuyer en Coupe de Belgique, sous ses ordres ( en 2003, ndlr). J'ai peut-être une mémoire sélective, mais c'est ce que je veux retenir et j'ai beaucoup de respect pour lui. " Ce samedi soir, Filippo Gaone préfère envoyer à la gare. Présent au stade, il repousse l'entrevue et effectue une piqûre de rappel : " Vous savez, je travaille encore. " Puis, le septuagénaire hyperactif se ravise, par SMS, le mercredi suivant. " Désolé, mais je n'ai pas de temps à perdre. Merci à vous ", écrit-il, ponctuant le message d'un emoji gêné. Plus bavard, son fils Michaël prend le relais. " Avec le temps, mon père est devenu plus sage. Ça n'a pas toujours été le cas, c'était même plutôt quelqu'un de bouillant, mais maintenant, il est plus posé ", assure le fiston, qui a quant à lui récupéré la gestion de l'Académie de l'Olympic ( voir cadre). Délégué de la RAAL pendant six ans, Michaël Gaone avait rendu son tablier une fois l'entité louviéroise propulsée dans l'élite du foot belge. Verdict : " Le monde professionnel ne me convenait pas. " Originaire des Abruzzes, le clan Gaone rallie le Hainaut, alors que Filippo ne facture que trois printemps. À partir de Courcelles, pile entre La Louvière et Charleroi, le futur patron des magasins Tournesol fait fleurir son business et grandir son empire. À la fin des années 80, il tente même de l'étendre au pré carré de La Neuville. En vain. " L'Olympic avait fait faillite et il avait proposé de racheter le club ", reprend sa progéniture. " Malheureusement, ou heureusement, son offre n'avait pas été acceptée par le curateur. " On connaît la suite. Le patriarche met le grappin sur les Loups, puis s'installe à la présidence, de 1990 à 2007. Alex Czernia, lui, gagne son surnom dans les rues de la ville la plus peuplée de Wallonie. Il voit même le jour à un jet de pierres du Mambour, à la maternité reine Astrid. Logique, c'est chez les Zèbres qu'il pousse ses premiers cuirs. " Quand j'étais gamin, j'allais voir les deux clubs le week-end, avec mon père. Je supportais davantage le Sporting, mais je n'ai jamais été un fanatique ", confesse le coach. Né à Bruxelles, mais étudiant dès la primaire à Charleroi, Luc Maton déblatère sans compter au sujet de " ce grand village ". L'ex-présentateur de RTL garde également un lien indéfectible avec l'illustre rival : " J'étais en secondaire avec Walter Chardon ( actuel directeur commercial du Sporting de Charleroi, ndlr). On a une amitié vieille de plus de trente ans. " Avant de tourner sur les plateaux de Ligue des Champions, Luc Maton se fait d'abord les dents sur Radio Métropole, une antenne locale où il côtoie un certain Jean-Michel Zecca, aussi Carolo pur jus. Ironie du sort, elle diffuse en 1989 le premier commentaire du gamin du cru, assis pour l'occasion dans les travées de La Neuville : " Je ne me rappelle pas du match, mais je me souviens qu'à l'époque, c'était impressionnant parce que l'Olympic avait trois Hongrois dans ses rangs, dont Csaba Turner, que j'ai encore vu il n'y a pas longtemps. " Puis, la paternité lui offre la possibilité de transmettre la passion du ballon. Ses deux rejetons portent un temps les couleurs des jeunes Olympiens et l'un d'entre eux s'exile même à Châtelet-Farciennes. De quoi créer du lien. Niveau première fois, Alex Czerniatynski met la barre assez haute. Tout juste majeur, il débute chez les adultes sous les couleurs du Sporting et sur le mythique terrain de La Neuville, pour une joute de D2 et des souvenirs impérissables. " Le stade était plein à craquer, il y avait une ambiance formidable et pour couronner le tout, j'ai marqué. C'est quelque chose que je n'oublierai jamais ", s'enthousiasme celui qui trouera ensuite les filets à la pointe de l'attaque de l'Antwerp, d'Anderlecht et du Standard. " C'était un derby entre rivaux, mais ça restait très sportif. Parfois, les supporters du Sporting venaient à pied du Mambour. C'était vraiment une fête. " Un temps béni auquel les nouveaux décisionnaires du matricule 246 aimeraient revenir. Doucement, et via l'apport d'un conseiller de luxe, en la personne de Filippo Gaone. Il y a un an, par l'intermédiaire de son fils, ce dernier fait la connaissance de Patrick Remy, président historique de Châtelet-Farciennes qui dispose grâce à la fusion des mêmes fonctions au sein de l'Olympic 2.0. Michaël Gaone, alors vice-président des Châteletains, parle d'une rencontre anodine, presque " par hasard ", entre les deux entrepreneurs à l'appétit commun. " Très vite, le courant est bien passé ", relate Gaone fils. " Patrick Remy est importateur de fruits et légumes et mon papa avait eu l'idée, un jour, de vendre des pommes dans ses magasins. Il a fini par lui acheter des pommes et ils sont restés en contact. Sans Patrick, il serait toujours chez lui, à regarder les matches à la TV et il ne serait plus impliqué dans un club. Il est revenu dans le football grâce à lui. " Et visiblement à des pommes de qualités, qui rappellent que le natif des Abruzzes avait un faible pour le fruit défendu. En 2006, Filippo Gaone est l'un des protagonistes de l'affaire Yé, vaste scandale qui fait encore tousser le football belge. " On avait tous les deux un peu peur qu'on remette ce dossier sur le tapis ", avoue Michaël Gaone. " Finalement, il n'y a eu que très peu de commentaires en ce sens, même sur les réseaux sociaux. Je suis étonné dans le bon sens. " Le paternel peut alors prodiguer de précieux conseils, tranquille, histoire que l'ambition de son nouvel allié ne dépasse pas sa raison. Au cas où, Luc Maton se charge du volet communication. En octobre 2018, le journaliste de formation, devenu indépendant, établit un audit afin de redorer le blason vieillissant de l'Olympic, sur commande d' Adem Sahin, passé du fauteuil de président à celui de directeur sportif. Maton y multiplie les consignes, de l'organisation d'une conférence de presse à celle du " petit verre " pour accueillir les partenaires. Une " pige " qui lui permet de mettre un pied au club, bien qu'il poursuit toujours ses collaborations télévisuelles. En parallèle, Alex Czerniatynski doit garantir la survie sportive des Dogues, qui ont bien démarré le championnat et jouent les trouble-fêtes. En termes de survie, Czernia en connaît un rayon et notamment à La Neuville. Embauché en juin 2010 par les repreneurs anglais, personnifiés par le nébuleux Peter Harrison, il doit mettre la clé sous le paillasson en septembre de l'année suivante, celle du centenaire. " On a travaillé pendant un an et demi sans avoir de salaire. Pour ça, je tire mon chapeau à l'ensemble du groupe ", salue l'homme, toujours blessé. Au moins, à l'époque, l'épisode a le mérite de provoquer un élan de solidarité. " On apportait parfois à manger aux joueurs, même des souliers de football, parce qu'ils n'avaient plus rien. C'était vraiment une catastrophe, je n'ai jamais connu ça ", tonne l'entraîneur, qui avait rejoint Châtelet-Farciennes l'an dernier et qui a donc réussi l'examen de la fusion. " On a formé une grande famille et on s'est tous serré les coudes. Je pense que c'est ça qui m'a fait gagner le respect des supporters. Dans d'autres clubs, les joueurs auraient arrêté depuis longtemps. " Aujourd'hui, Czernia jouit d'un noyau honnête, constitué en majorité des joueurs qui composaient le groupe châteletain. Suffisant pour espérer mieux qu'une lutte perpétuelle pour le maintien ? " Les ambitions de l'Olympic, c'est de se maintenir en D1 Amateur. Dans un deuxième temps, ce sera éventuellement de se qualifier pour le tour final ", tempère Michaël Gaone. " On veut d'abord faire revenir les sponsors et le public. " Face à Thes Sport, supporters olympiens et châtelaitains chantent en coeur, bannières côte à côte, malgré la courte défaite des leurs devant des tribunes particulièrement clairsemées (0-1). Un rapprochement significatif, mais encore insuffisant au goût de Luc Maton. " L'Olympic, c'est surtout un nom pour les anciens. Les supporters sont plus proches de l'équipe vétéran que de l'équipe junior ", taquine le responsable com, sur tous les fronts, pour convertir la descendance des plus fidèles suiveurs des Dogues. " Il faut rajeunir l'ensemble, il n'y a rien à faire. " Alors Luc prépare la tambouille. Il lance Olympic TV sur les réseaux, propose des concours pour gagner des places et organise même un atelier " pralines ", entre partenaires. " Ils vont se rassembler chez un pâtissier et mettre la main à la pâte. Cela participe à créer une famille autour du club ", ajoute-t-il. " On n'est pas une équipe de 250 donc il faut se retrousser les manches : on touche à tout. J'ai même pris une échelle, à un moment, parce qu'il y avait un problème électrique, une heure avant un match. Il y a un côté Rémy Bricka. " San Francisco attendra.