Flash-back. 22 mai 2019. Grâce à un cousin qui travaille dans le secteur de la mode, Cyril Ngonge défile en compagnie de Dani Alves, Kylian Mbappé, Blaise Matuidi et Marco Verratti lors de la soirée de gala mise sur pied à l'occasion du lancement du parfum de Neymar, Spirit of the Brave. Ngonge est déjà un fashionista. Il a hérité cette passion de son père et de sa mère, qui ont été mannequins dans leur jeunesse. Il raffole de l'ambiance, mais ce soir-là, il est surtout impressionné par Neymar Jr. "Nos tables n'étaient éloignées que de quelques mètres et le voir m'a fait un choc", raconte Ngonge dans le café-restaurant du complexe d'entraînement du FC Groningen. "J'ai posé avec lui pour une photo et on a échangé quelques mots, mais je ne lui ai pas dit que j'étais également footballeur. Je me suis quand même dit que c'était un boost qui me permettrait peut-être de devenir le prochain Neymar."
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Flash-back. 22 mai 2019. Grâce à un cousin qui travaille dans le secteur de la mode, Cyril Ngonge défile en compagnie de Dani Alves, Kylian Mbappé, Blaise Matuidi et Marco Verratti lors de la soirée de gala mise sur pied à l'occasion du lancement du parfum de Neymar, Spirit of the Brave. Ngonge est déjà un fashionista. Il a hérité cette passion de son père et de sa mère, qui ont été mannequins dans leur jeunesse. Il raffole de l'ambiance, mais ce soir-là, il est surtout impressionné par Neymar Jr. "Nos tables n'étaient éloignées que de quelques mètres et le voir m'a fait un choc", raconte Ngonge dans le café-restaurant du complexe d'entraînement du FC Groningen. "J'ai posé avec lui pour une photo et on a échangé quelques mots, mais je ne lui ai pas dit que j'étais également footballeur. Je me suis quand même dit que c'était un boost qui me permettrait peut-être de devenir le prochain Neymar." Deux ans et demi après cette rencontre, il y a de fortes chances pour que la star brésilienne du PSG connaisse Ngonge, grâce à son but contre l'AZ. Il a été visionné 425.000 fois sur ESPN Nederland et même le comunity manager de la FIFA a adoré. "J'ai revu mon but au moins cinquante fois... J'ai suivi mon instinct. J'ai couru pour le remettre de la tête, mais le ballon est arrivé derrière moi et j'ai décidé de faire autre chose en une fraction de seconde. Mon mouvement a été délibéré, mais je ne pouvais pas prévoir que le ballon atterrirait juste dans ce coin. Les joueurs de l'AZ étaient également impressionnés. Wijndal, qui me marquait, m'a dit avant la deuxième mi-temps qu'il n'y avait rien à faire sur cette action. Jesper Karlsson a confirmé et m'a serré la main." Sur les images, on voit ton coéquipier Michael de Leeuw se tenir la tête, incrédule, pendant plusieurs secondes. CYRIL NGONGE: La réaction de mes deux directeurs sportifs, dans la tribune, en valait la peine aussi. Les supporters se sont déchaînés quand j'ai fêté mon but devant eux. J'ai senti l'adrénaline monter d'un coup tout en ayant la chair de poule en les voyant. T'attendais-tu à ce que ton but prenne de telles proportions? NGONGE: Je savais qu'il ferait le buzz aux Pays-Bas, mais de là à ce que la FIFA poste ce but? Non. Rafael van der Vaart a même publié un message sous la publication d' ESPN Nederland: "Quel but de classe mondiale, Cyril!" Je suis passé de 11.000 à 13.500 followers sur Instagram. Mais les plus chouettes messages sont ceux de mon groupe familial WhatsApp. Mes grands-parents, octogénaires, ma nièce de dix ans, ils ont tous laissé un message. À 21 ans, il doit être difficile de garder les pieds sur terre après ça. Combien de temps t'a-t-il fallu pour te calmer? NGONGE: Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit à cause de l'adrénaline et de toutes ces émotions. On m'a placé sur un piédestal, mais j'ai rapidement compris que je devais reprendre le travail. Tu ne veux pas être associé à ce seul but. NGONGE: Voilà. Les gens ne doivent pas oublier que j'en avais déjà inscrit cinq avant celui-là. Je sais que chacun pense maintenant qu'il faut rehausser la barre, qu'on attend davantage de moi à cause de ce but. Tu as vécu à Londres et en Écosse, car ton père Michel Ngonge y jouait. Que peux-tu nous raconter sur ta jeunesse? NGONGE: Je suis un privilégié. J'ai passé l'essentiel de mon enfance à Uccle. Ce n'est pas l'endroit le plus moche de Belgique! J'étais bien encadré à la maison. Jusqu'à présent, mon frère et moi avons réussi notre parcours. Je suis devenu footballeur professionnel et mon frère a décroché un Master en Business Management à la Solvay Brussels School. Il vit de son cerveau, moi de mes pieds. J'étais un bon élève, mais je suis hyperactif et j'ai du mal à me concentrer longtemps. Lire un livre n'est pas facile. Jusqu'il y a peu, tu étais avant tout le fils de l'ancien footballeur professionnel Michel Ngonge. Sortir de l'ombre de ton père a-t-il été difficile? NGONGE: Je n'ai jamais été étouffé par mon nom de famille, mais mon père n'est pas d'un abord très agréable. Au fil des années, nos points de vue se sont éloignés, ce qui a suscité des conflits. En fait, il a toujours été dur à mon égard, et il l'est toujours aujourd'hui. Ça m'a aidé à progresser, humainement et sportivement. Il veut éviter que je commette les mêmes erreurs que lui. Je lui en suis reconnaissant. Le meilleur conseil qu'il m'ait donné? De vivre pour mon métier. J'essaie de le mettre en pratique au quotidien. Ton père a notamment joué pour Seraing, La Louvière, Harelbeke, Watford et Huddersfield. En principe, il te sera facile de faire mieux... NGONGE: Je lui aurais souhaité une plus belle carrière, comme il espère que j'y parviendrai. Vais-je le surpasser? Qui sait? Suis-je en bonne voie? Oui. Nous sommes tous deux des attaquants et il était très rapide aussi, mais pour le reste, nous sommes très différents. Je suis gaucher et mes mouvements sont plus élégants que les siens. Il était droitier, très costaud, très vif et il avait un formidable jeu de tête. Tu as effectué tes premiers dribbles à Anderlecht, où tu es resté jusqu'en 2014. Que retiens-tu de ton passage à Neerpede? NGONGE: À partir des U11, quand on a commencé à jouer à onze contre onze, il y a eu beaucoup de pression. Il fallait vraiment se battre pour sa place. À cet âge, on se met déjà pas mal la pression soi-même. Chacun veut être le meilleur, marquer de beaux buts alors qu'il faut apprendre à supporter les cris des parents le long de la ligne. Chaque année, mon évaluation était assortie du même commentaire. "Cyril est un garçon qui déborde d'énergie et de talent, mais il doit comprendre qu'il peut en tirer encore plus." Au terme de ma saison en U14, on m'a appris que je ne jouerais pas chaque match l'année suivante. Je n'étais pas considéré comme le principal talent de la génération 2000, dont Remco Evenepoel faisait également partie, mais je suis le seul à avoir éclos au plus haut niveau. On peut me comparer à Albert Sambi Lokonga et Alexis Saelemaekers, qui ont un an de plus. Ils n'émergeaient pas non plus et ont dû trimer pour réussir. L'un d'eux est maintenant à Arsenal, l'autre à Milan et ils sont régulièrement invités en équipe nationale. Explique-nous pourquoi, Bruxellois et Anderlechtois, tu as décidé de rejoindre le Club Bruges, le rival? NGONGE: J'avais besoin d'un nouveau challenge, car je ne me sentais plus le bienvenu à Anderlecht. C'est toutefois un des choix les plus difficiles que j'ai eu à faire. J'ai quitté ma famille et mes amis, j'ai dû m'habituer à un autre entourage scolaire, je suis resté en internat en semaine... La langue a été le principal obstacle. À Bruxelles, j'étais en secondaires et du jour au lendemain, j'ai dû suivre des cours de math et de biologie en néerlandais. Je ne comprenais rien et je perturbais les cours. J'ai joué les durs à cuire. Mon comportement n'était pas correct, ni à l'école ni au Club Bruges. Pendant deux ans, je n'ai pas été moi-même parce que je ne pouvais m'adresser à personne pour parler de mes problèmes. Je me suis donc endurci et j'ai tout gardé pour moi. Comment as-tu surmonté cette mauvaise passe? NGONGE: Par une combinaison de facteurs. J'ai eu des cours privés et un coach mental m'a appris à m'ouvrir aux autres. J'ai aussi serré les dents. À partir des U17, j'ai enfin montré ce dont j'étais capable. En décembre 2018, Ivan Leko t'a titularisé trois fois d'affilée, contre le Standard, Waasland-Beveren et l'Atlético de Madrid. Ensuite, tu as royalement joué huit minutes, dont une minute lors du dernier match de PO1 contre l'Antwerp. As-tu dû prendre sur toi? NGONGE: Un gamin de 18 ans n'a rien à dire, surtout pas avec un entraîneur comme Leko, qui veut que les jeunes écoutent et se taisent. Je me rappelle qu'Emmanuel Dennis revenait de blessure. L'entraîneur-adjoint est venu me dire que je n'entamerais pas le match. J'ai fait comme si je comprenais la décision, car je ne voulais pas passer pour une grande gueule. Par la suite, j'ai fait banquette une dizaine de fois sans même monter au jeu, mais j'aurais pu faire mieux si l'entraîneur m'avait aligné à mon meilleur poste et pas sur le flanc. Avais-tu déjà décidé de quitter le Club Bruges à ce moment? NGONGE: Je voulais en effet partir, mais Vincent Mannaert m'a convaincu de rester. Il m'a dit que Philippe Clement allait offrir leur chance aux jeunes et que je serais le numéro 2 à ma place, après Krepin Diatta. La teneur du discours a changé après le stage: Clement m'a conseillé d'aller jouer ailleurs, en prêt. Bizarrement, tu as été loué un an au PSV, avec option d'achat. NGONGE: Mark van Bommel a été clair dès le premier jour: j'allais jouer en Espoirs, mais je pouvais m'entraîner avec l'équipe première. Je devais prouver que j'étais le meilleur en Espoirs. J'ai inscrit cinq buts lors de mes huit premiers matches en Eerste Divisie et peu après, j'ai été deux fois sur le banc, contre l'AZ et le Sparta Rotterdam. En décembre, Van Bommel a été limogé et comme le nouvel entraîneur, Ernest Faber, préférait d'autres joueurs, j'ai achevé la saison en Espoirs. Tu as dû être très déçu en apprenant que le PSV ne levait pas ton option. À moins que tu ne l'aies senti venir? NGONGE: Le club devait lever l'option en mars et durant le premier entretien, en janvier, le directeur technique John de Jong m'a rassuré: il comptait m'intégrer définitivement au noyau A. Puis la pandémie a éclaté. Mon indemnité de transfert, 750.000 euros, est subitement devenue problématique. Le PSV m'a préféré Noni Madueke, qui ne coûtait rien puisqu'il était issu de son école. Fair enough. Ce n'était qu'une question d'argent. Sans la pandémie et avec Van Bommel, je jouerais maintenant pour le PSV. Un élément est frappant: cette saison, tu as marqué contre le PSV, Heerenveen, Twente et l'AZ. La saison précédente contre Feyenoord et Twente. Tu marques davantage contre les meilleurs clubs. Par contre, tu es muet contre des formations comme Cambuur ou le PEC Zwolle. NGONGE: Les grands matches me subliment. Je manque peut-être de motivation dans les rencontres moins importantes. Un grand attaquant inscrit aussi trois buts contre une petite équipe et fait ainsi la différence en fin de saison. Tu en es à sept buts en quinze rencontres. Es-tu capable de marquer vingt goals? NGONGE: Parcourez mes quatre dernières saisons. J'ai été le meilleur buteur en Espoirs du Club Bruges et du PSV ainsi qu'au RKC Waalwijk. Je suis en bonne voie pour devenir l'un des meilleurs réalisateurs de Groningen et à ce rythme, je vais arriver à 17 ou 18 buts, ce qui est très bien.Depuis 2019, tu t'es produit pour le Club Bruges, les Espoirs du PSV, le RKC Waalwijk et le FC Groningen. N'est-il pas temps d'acquérir une certaine stabilité et de disputer plusieurs saisons au sein du même club? NGONGE: Certainement pas! En théorie, j'ai encore largement le temps de franchir un palier supplémentaire, mais quand je vois où Albert et Alexis en sont, je ne vois pas pourquoi je devrais attendre. Plus vite j'atteindrai mes objectifs, mieux ce sera. Cette saison, j'ai déjà gravi un échelon ici et si j'y suis prêt, je veux viser plus haut la saison prochaine. Par contre, j'exclus un départ en hiver, même si j'ai déjà franchi le cap des dix buts à ce moment-là.