L'hiver frappe à la porte du Pays Noir. Quelques semaines avant le froid, c'est le Cercle qui s'est installé sur la pelouse carolo. Les Zèbres mènent d'un but, quand Cristian Benavente est mis sur orbite par Ali Gholizadeh et fonce vers le but défendu par Paul Nardi. Au point de penalty, Victor Osimhen attend le ballon pour clore l'histoire de la rencontre.
...

L'hiver frappe à la porte du Pays Noir. Quelques semaines avant le froid, c'est le Cercle qui s'est installé sur la pelouse carolo. Les Zèbres mènent d'un but, quand Cristian Benavente est mis sur orbite par Ali Gholizadeh et fonce vers le but défendu par Paul Nardi. Au point de penalty, Victor Osimhen attend le ballon pour clore l'histoire de la rencontre. Benavente offre le but au Nigérian, et raconte sa passe décisive une petite heure plus tard, sous la tribune principale. " Je suis bien placé, mais je vois qu'il est encore mieux mis que moi. " Quand on lui signale qu'il y a deux ans, il aurait sans doute pris sa chance tout seul, le Péruvien acquiesce à demi-mot : " Peut-être, c'est possible. " Novembre 2016. L'hiver frappe à la porte du Pays Noir. Quelques semaines avant le froid, c'est Lokeren qui s'est installé sur la pelouse carolo. Les Zèbres mènent d'un but, quand Cristian Benavente est mis sur orbite par Mamadou Fall, et fonce vers le but défendu par Copa Boubacar. Au point de penalty, Chris Bédia attend le ballon pour clore l'histoire de la rencontre. Benavente oublie son coéquipier, voit sa frappe échouer sur le gardien, et évite soigneusement les médias après la rencontre. Un étage plus haut, en conférence de presse, Felice Mazzù élude la victoire et dégaine le bazooka : " On devait tuer ce match et faire 3-1. Quand un joueur ne se fond pas dans le collectif, cela me rend très fâché ! Celui qui ne donne pas tout pour le collectif empêche Charleroi de grandir. " Quelques jours plus tard, lors du retour en vidéo sur la rencontre, le coach épingle son talent péruvien devant tout le groupe. Beaucoup évoquent alors une cassure définitive entre l'homme fort du Mambour et celui qui avait été présenté comme " le Ronaldinho du Pérou " à son arrivée. Barré par Sotiris Ninis, voire par Djamel Bakar, Benavente passe l'essentiel de son temps en tribunes. La carrière semblait pourtant devoir s'écrire en majuscules. Même le lieu de naissance mêle l'anonyme et l'illustre. Alcalá de Henares, nichée entre Madrid et Guadalajara, a tout de la ville sans histoire, mais est pourtant le berceau de Miguel de Cervantés. C'est là qu' Agustín Benavente, ancien joueur de futsal de bon niveau, et Magalí Bristol, une volleyeuse péruvienne, donnent naissance à Cristian. Bercé entre deux sports, l'enfant en choisit un troisième. Quelques ballons caressés sur les terrains en terre battue de Vallecas, dans la banlieue de Madrid, suffisent à attirer l'oeil du grand Real. Le charme de la Casa Blanca est évidemment instantané, même si l'ère des Galácticos de Florentino Pérez n'a pas encore débuté. Dans le coeur du jeune Benavente, c'est Predrag Mijatovic qui avait décoché une flèche, en offrant au Real sa huitième Ligue des Champions en 1998. Quatre ans plus tard, l'histoire de Cristian s'écrit à l'encre blanche. Au centre d'entraînement de Valdebebas, Benavente gravit les échelons, jusqu'à se retrouver au sein de la prestigieuse Castilla, l'équipe B du Real, sous les ordres de Zinédine Zidane. Confronté à une concurrence trop forte, et à la suppression du Real Madrid C, qui permettait de garder certains talents jusqu'à un âge plus avancé, celui qui est devenu international péruvien doit chercher son avenir footballistique ailleurs. Des entraînements de José Mourinho ou de Carlo Ancelotti, qui l'invitent parfois avec l'équipe fanion, Cristian passe aux séances dispensées par Karl Robinson à Milton Keynes Dons, dans l'antichambre de l'élite du football anglais. Déjà sur la balle à l'époque, Mehdi Bayat est doublé par des agents qui promettent à Benavente une éclosion en Premier League dans les deux ans. L'histoire hollywoodienne prend rapidement des airs de script bidon. Amoureux du jeu léché, au point d'également attirer Sergio Aguza, ancien capitaine de la Castilla, dans la brume monotone d'une ville anglaise moderne mais sans âme, Robinson troque rapidement ses idéaux contre l'urgence des résultats. Baptisé par le vestiaire en dansant la " Macarena " avec Aguza, souvent accueilli au club par un groupe qui chante " La Bamba " en choeur, Benavente ne trouve pas sa place sur le terrain. " Aux entraînements, on voyait à quel point il était talentueux et phénoménal ", raconte le manager des Dons, " mais on a aussi senti qu'il n'était pas encore prêt pour avoir un impact réel sur le jeu de l'équipe. " Le raisonnement de Felice Mazzù est sensiblement identique. Dès les premières séances à Marcinelle, Cristian Benavente épate la galerie. Du gauche comme du droit, les lucarnes sont nettoyées avec une élégance rare. " Directement, on a vu que c'était un mec qui pouvait faire la différence balle au pied à tout moment ", se rappelle Clinton Mata. Les premières apparitions sur les pelouses belges sont du même tonneau. En une action, le Péruvien peut envoyer une défense dans les cordes et un stade au septième ciel. Pourtant, ses présences dans le onze de base sont rares. " C'est clair qu'à son arrivée, il manquait de maturité ", rembobine Cristophe Diandy. Felice Mazzù confirme : " Il est arrivé avec des qualités au-dessus de la moyenne, mais dans un style qui ne correspondait pas à celui de notre club. Je lui disais que je croyais en lui par rapport à ce que je voyais à l'entraînement mais du coup, il ne comprenait pas pourquoi il ne jouait pas. " Frustré, Benavente peut compter sur des alliés jamais bien éloignés pour résister au spleen de l'étranger débarqué dans un championnat qui ne semble pas comprendre son football. Sa famille, d'abord, présente à moins de deux heures d'avion, qui lui rend visite dans le Pays Noir quand ce n'est pas lui qui s'envole pour Madrid. Mehdi Bayat, ensuite, qui soutient toujours le joueur en maintenant la ligne de conduite prônée par son coach. Et Javier Martos, enfin, qui présente le double avantage de parler espagnol et de connaître l'atterrissage douloureux que représente le passage d'un géant d'Espagne à un club anonyme. " Partir d'un club d'une telle dimension pour arriver à Charleroi, c'est comme débarquer dans le football réel ", détaille le capitaine des Zèbres, qui aide le Péruvien - installé dans son voisinage - à s'adapter à une vie et un football pleins de nouveauté. Établi en ville, pour limiter des trajets en voiture qui lui déplaisent et qui l'avaient rapidement rendu allergique à la ville artificielle de Milton Keynes, Benavente slalome entre les coups de blues et intensifie ses cours de français pour faciliter son intégration dans un vestiaire qui, à l'exception de Sotiris Ninis, est exclusivement francophone. " Cet effort d'apprendre la langue, ça a été un moment décisif. Ce n'est jamais facile de changer de pays, mais parler français lui a permis de mieux s'intégrer ", affirme Diandy. Une fois intégré dans un vestiaire qui adorait le charrier sur son accent, et qui l'affuble du surnom de " La Quica " (trouvé par Francis N'Ganga) en référence à Dandedy Muñoz Mosquera, le tueur à gages préféré de Pablo Escobar qui joue un rôle en vue dans la série Narcos, Benavente passe à l'étape suivante de son acclimatation : celle qui doit le rendre incontournable sur le terrain. " Il doit encore trouver l'équilibre entre l'individuel et le collectif, apprendre à ne pas perdre le ballon dans des zones dangereuses ", explique alors Felice Mazzù. Devant le dug-out du Mambour, il n'est pas rare de voir le coach sortir de ses gonds quand son Péruvien tente une talonnade au point de corner. " Le dribble c'est risqué mais si on ne prend pas de risque, on ne marque pas de but ", rétorque Benavente, qui se trouve des affinités footballistiques avec Hamdi Harbaoui après avoir matché rapidement avec Jérémy Perbet, qui aimait réveiller ses connaissances en espagnol en parlant avec Cristian de son expérience à Villarreal. Le déclic attendra pourtant l'arrivée d'un nouvel attaquant dans le Pays Noir. Quand Kaveh Rezaei débarque sur les pelouses de Marcinelle avec son anglais dans les bagages, c'est souvent Benavente qui lui sert de premier interprète au milieu des exercices animés par Felice Mazzù ou Mario Notaro. Les liens tissés par la langue se prolongent jusqu'aux pieds, et le duo enflamme la saison des Carolos, une fois que Benavente envoie David Pollet sur le banc et le 4-4-2 du début d'année au rayon souvenirs. " Parmi les joueurs que j'ai eus sous ma direction, c'est sans doute celui dont l'éclosion a mis le plus de temps ", analyse Mazzù avant les derniers play-offs. " Pourtant, paradoxalement, c'est le plus doué que j'ai entraîné. Il a souvent été fâché, mais il est toujours resté respectueux, réceptif et positif. C'est l'une des grosses parties de ce travail qui lui a permis d'arriver là où il en est aujourd'hui. " Huitième du dernier Soulier d'or, ex-aequo avec Kaveh Rezaei, Benavente applique de mieux en mieux les consignes venues de l'autre côté de la ligne de touche. " Il n'a pas mis très longtemps à comprendre qu'il n'avait pas seulement besoin d'être doué techniquement, mais aussi de l'être tactiquement et physiquement pour jouer au haut niveau ", souligne Diandy. Aujourd'hui, le Péruvien vogue dans le groupe de tête des tests physiques effectués par Philippe Simonin, et fait toujours partie des meilleurs élèves zébrés sur la feuille des courses à haute intensité et des kilomètres parcourus après chaque rencontre de championnat. Surveillé de près par les plus grands clubs du pays, au point que Bruges s'est renseigné sur son prix l'été dernier avant de se concentrer sur Siebe Schrijvers suite à la somme importante précisée dans la réponse zébrée, Cristian Benavente grandit vite. Plus vite que Charleroi. Les meilleurs chiffres de Neeskens Kebano (12 buts et 8 passes décisives en une saison) sont sur le point d'être rangés dans les archives par le rythme infernal du Péruvien. Même Ricardo Gareca, le sélectionneur du Pérou, ne peut plus ignorer sa montée en puissance, et l'a intégré au groupe après la Coupe du monde. " Il va faire une grande carrière, j'en mets ma main à couper ", disait de lui Felice Mazzù, alors qu'il partageait le temps de son talent sud-américain entre le banc de touche et la tribune. Il fallait juste de la patience. Benavente confirme : " J'ai eu besoin de beaucoup de temps pour trouver ma place ici, et maintenant je suis heureux. "