La presse italienne s'emballe un peu. Même des publications économiques se mettent sur le coup et dézinguent des chipotages. Mais ici, on s'en tape, on garde une pépite au pays.
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La presse italienne s'emballe un peu. Même des publications économiques se mettent sur le coup et dézinguent des chipotages. Mais ici, on s'en tape, on garde une pépite au pays. Cet été, des journalistes de là-bas fustigent les constructions de clubs italiens qui parviennent à contourner le règlement du fair-play financier en faisant apparaître dans leur bilan des rentrées fantômes, des plus-values temporaires en trompe-l'oeil. La Repubblica écrit : Les plus-values, c'est le tapis rouge sous lequel le football italien cache le rouge de ses comptes.Il Sole 24 Ore, un quotidien économique, assimile les plus-values à une bombe à retardement et parle d'un symptôme pathologique de comptes en mauvaise santé. Tôt ou tard, le bac finira par se retourner sur les cochons. On garde donc notre pépite, " le futur patron de la défense des Diables ", comme le prévoient des initiés. Zinho Vanheusden. Le Standard a versé 12 millions à l'Inter pour son transfert définitif. Définitif ou presque. Parce qu'il est convenu que les Milanais le rachèteront pour le même prix, au minimum. Une plus-value parfaitement déguisée, donc. À 20 ans, Zinho Vanheusden est devenu le transfert entrant le plus coûteux de l'histoire de notre championnat. Le gamin est aujourd'hui à la relance après plusieurs mois d'infirmerie. Pas encore au top, on l'a bien vu dans deux gros matches récents, à Arsenal et à l'Antwerp. Mais il a un talent dingue et une élégance rare. Comment devient-on aussi cher, aussi jeune ? Analyse. 360 jours d'indisponibilité à cause de tracas physiques, tout ça en l'espace de trois ans. C'est énorme. Ça fait près d'un jour sur trois sans pouvoir jouer. Zinho Vanheusden a déjà pas mal dégusté. Mais il l'a fait avec la conviction de revenir chaque fois plus fort. " C'est un gars qui bosse dur sans faire de bruit ", nous dit Lieven Maesschalck, dont le gamin connaît les moindres recoins du cabinet, sur un quai d'Anvers. " Quand il vient chez moi en rééducation, il montre une détermination énorme. À 18 ans, je lui trouvais une maturité d'adulte. Chez lui, il n'y a aucun stress, il y a surtout de la volonté. Certains jours, il aurait pu trouver des excuses pour travailler moins. Mais ce n'est pas son style. " La dernière rééducation de Zinho Vanheusden s'est faite sur fond de longues séances chez Maesschalck, entrecoupées de longues heures passées entre les mains des kinés du Standard à l'Académie. Sans jamais se plaindre. Retour arrière sur ses galères. En octobre 2016, il joue avec la Primavera de l'Inter, sur un terrain de l'AS Rome. Dans un duel aérien, il prend le coude d'un adversaire en plein nez. Fracture. Il reste près d'un mois sur la touche. En septembre 2017, c'est bien plus sérieux. Il joue en Youth League, à Milan, contre le Dynamo Kiev. Il vient de vivre cinq matches de Serie A sur le banc, c'est prometteur, son entrée dans l'équipe Première se rapproche. Il s'écroule et le verdict ne pardonne pas : déchirure des croisés. Opération et rééducation à Anvers avec, entre-temps, le prêt au Standard. Il rejoue près de 200 jours plus tard, en play-offs, avec Ricardo Sa Pinto. Son deuxième match de la saison. Son dernier. En mai de cette année, c'est encore le même genou qui trinque. À l'entraînement, il ressent une douleur subite. Un morceau de cartilage s'est décroché. Nouvelle opération, nouvelle rééducation et une croix sur l'EURO U21. Johan Vanheusden, son père, connaît le foot et ses exigences. Il a fait une petite carrière à Seraing et au Beerschot dans les années 90. Il n'a pas épargné son fils, même quand celui-ci survolait des matches de jeunes avec le Standard. " Il était très critique ", a expliqué Zinho. " Quand on venait de gagner 10-0, j'avais envie de chanter, j'étais heureux. Jusqu'au moment où il commençait à me faire ses commentaires. Ça pouvait être très dur. Il m'est arrivé de pleurer dans la voiture en rentrant du foot. Aujourd'hui, je comprends pourquoi il a agi comme ça. Il voulait me rendre plus fort et plus dur. " Il est parti à l'Inter à 16 ans. Seul. La débrouille. La cuisine, la lessive, le métro pour aller à l'école, les billets d'avion à commander, les hôtels à réserver, il a dû apprendre tout ça très vite. Et puis, surtout, il a été obligé de s'endurcir dans le foot. Marche ou crève. Pendant des heures, on passait aux jeunes joueurs des vidéos consacrées aux meilleures façons de défendre. Comment placer le corps, comment gérer les coups francs adverses, etc. " C'était parfois épuisant mais je trouvais ça intéressant ", a débriefé Zinho. " Si tous ces aspects-là du foot ne t'intéressent pas, tu deviens fou. " Et il y a un homme qui a pris une importance capitale dans son développement en Italie. Stefano Vecchi, son entraîneur en Primavera. Un fou furieux qui ne laissait rien passer, qui ne parlait même pas entre quatre-z-yeux avec ses joueurs, qui ne voulait avoir aucun lien humain avec eux. Pour pouvoir mieux les casser. Quand un joueur commettait une erreur, il se faisait directement incendier devant tout le groupe. C'est arrivé plus d'une fois à Zinho Vanheusden, pas habitué à un traitement pareil, surtout qu'il était généralement le chouchou de ses coaches en Belgique. Au début, les engueulades qu'il recevait de Vecchi dans une langue qu'il ne comprenait pas, c'était compliqué. Les jeunes avaient peur de cet entraîneur mais le titre de champion était au bout de la route. " Je vous donne des infos sur Zinho mais ne citez pas mon nom, ça ne sert à rien et je n'ai pas besoin de publicité. " C'est la teneur d'une conversation avec Stijn Francis en mars dernier quand on avait consacré un reportage au Limbourgeois. Il est l'agent de Dries Mertens, Toby Alderweireld, Sven Kums, Paul-José Mpoku, Loïs Openda et donc Zinho Vanheusden. L'homme préfère l'ombre à la lumière, un cas à part dans cette profession. Il fait peu d'exceptions. Il y en a eu une, en mai de cette année, quand on l'a aperçu au gala du Footballeur Pro. Dans le tourbillon des affaires, la Pro League avait décidé de ne pas inviter d'agents à sa soirée. Mais Stijn Francis était présent, en tant qu'homme de confiance de Vanheusden, nommé pour le trophée de rookie de l'année. Dans le bouquin Propere Handen, paru il y a quelques mois, uniquement en néerlandais, on apprend que Mogi Bayat a tenté l'une ou l'autre approche pour essayer de glisser Zinho Vanheusden dans son portefeuille et ainsi étendre encore un peu plus sa mainmise sur la politique sportive du Standard. Il a échoué parce que le jeune défenseur est un fidèle. Il n'a pas voulu lâcher l'agent qui guide ses choix, toujours en concertation avec son père. Francis ne veut surtout pas que son poulain tombe dans le piège de contrats XXL dans des pays de foot qui ne lui correspondraient pas. Par exemple, il y a eu de l'intérêt concret de clubs turcs et russes quand il était à Milan, avec des propositions de salaires rocambolesques, mais l'agent a vite expliqué au clan Vanheusden que ce n'était que du court terme, qu'il n'avait pas intérêt à partir là-bas. Cet été, alors qu'il y avait encore des clubs intéressés, malgré sa blessure, il a fait savoir à Stijn Francis qu'il ne se sentait pas prêt pour repartir déjà à l'étranger : " Mon histoire en Belgique n'est pas finie. " Comme Johan Vanheusden, Stijn Francis a lui aussi fait une petite carrière de footballeur, passant par Westerlo, Geel et Louvain. Devenu avocat, puis agent, il a rédigé un livre : De failliete voetballer, un mode d'emploi pour les footballeurs professionnels, des conseils pour qu'ils évitent la banqueroute. Cet ouvrage part d'un constat : 60 % des joueurs du championnat anglais rencontrent des difficultés financières dans les cinq ans qui suivent l'arrêt de leur carrière. L'auteur donne 50 astuces aux joueurs pour qu'ils conservent le contrôle de leurs finances. En collaboration avec l'université d'Anvers, Stijn Francis a aussi mené une étude sur les chances de réussite des jeunes footballeurs belges en Angleterre. Chez les Vanheusden, on bouffe du foot. Quand Zinho jouait avec les jeunes de l'Inter, son père voyait presque tous ses matches sur place, il lui arrivait d'y aller en voiture (Hasselt - Milan : 880 km). Ils en profitaient ensuite pour assister ensemble au match de l'équipe Première de l'Inter. Et le lendemain, Johan rentrait en Belgique. " Quand je vois mon père au bord du terrain pendant l'échauffement, je me sens tout de suite mieux ", nous avait confié Zinho quand il était en Italie. Zinho adore le foot mais fuit ses à-côtés. " C'est zéro exubérance ", lâche Jean-François Remy, adjoint de Johan Walem en Espoirs. " Il n'est pas timide mais discret, pudique. Il reste sur la réserve quand il ne connaît pas. Il ne cherche pas le dialogue pour le plaisir mais il est toujours attentif, à l'écoute. Il a un discours et une personnalité analytiques. " Les soirées, le bling-bling, la vie privée étalée sur les réseaux sociaux, ce n'est pas pour lui. Il sort très peu. Il avoue qu'il a très peu d'amis et qu'il est très famille. Il craint toujours que de nouveaux amis débarquent simplement parce qu'il est footballeur professionnel, il préfère " les amitiés sincères, durables, qui n'ont rien à voir avec ma carrière. " Sa vie, c'est bosser pour le foot, pour sa carrière. Avant de quitter le Standard pour l'Inter, il avait fait quelques entraînements avec les pros, alors qu'il n'avait pas encore 16 ans. Le staff avait été impressionné par sa force de travail. Et dans les séances de travail physique pur, il déchirait. " Il faisait des entraînements chiants sans râler, il avait déjà le sens du devoir ", nous confie Carlos Rodriguez, le préparateur physique de l'époque. Il mate aussi un maximum d'images, pour être préparé mentalement à toutes les situations de jeu qu'il pourrait rencontrer. Il veut être capable d'anticiper à tout moment. " Tactiquement, il a sept ans de plus que son âge ", a lâché un coéquipier. En janvier de cette année, il a dû arrêter un entraînement pendant le stage en Espagne, parce qu'il avait subitement ressenti une petite gêne. Ses coéquipiers l'ont vu pester, ils ont découvert un gars en colère, frustré de ne pas pouvoir se défoncer. Il ne stresse pas la nuit qui précède un match, il a un sommeil profond. C'est complètement différent après le match. Il le visionne le soir même, parfois avec son père. Ils ne sont pas toujours d'accord et le paternel ne fait toujours pas dans la complaisance. Une fois qu'il a fini le visionnage, il s'offre généralement une série. Après ça, la nuit est agitée. Il dit qu'il dort en moyenne deux heures. " Alors, quand on a trois matches par semaine, je suis parfois comme un zombie. " Zinho Vanheusden reste persuadé que sa carrière " passe par Milan et son stade mythique. " Mais il dit aussi que le Standard reste le club de son coeur. Son père avait autrefois un abonnement à Sclessin et il y emmenait son fils. Il existe des photos sur lesquelles on le voit grimé de rouge et blanc le soir de la finale de Coupe de Belgique perdue contre Bruges en 2007. Il affirme que " l'ambiance à Sclessin est phénoménale, vraiment magique " et il compare ce stade à un " parc d'attraction. Je ne suis pas du genre à stresser mais il faut tout de même savoir contrôler ses émotions quand on entre dans un stade pareil. " Pour le tout premier match qu'il a commencé cette saison, Michel Preud'homme lui a offert le brassard. Tout un symbole pour lui. Il s'est entre-temps réinstallé dans l'axe de la défense. En compagnie de Kostas Laifis, qu'il considère comme " le meilleur défenseur du Standard peut-être, mais les médias ne s'en rendent pas compte. J'ai l'impression qu'on le sous-estime, tout simplement parce qu'il ne fait pas de vagues. " Il a récemment marqué son premier but avec les Espoirs. Prochaine étape : les Diables. Roberto Martinez a déjà cité son nom. Et il l'a appelé pendant sa rééducation. " C'était assez spécial ", dit Vanheusden. " Ça veut quand même dire qu'il continue à me suivre et qu'il croit en moi. Je serais peut-être déjà chez les Diables si j'avais joué l'EURO des Espoirs. Mais je n'ai pas de boule de cristal. Chacun suit son chemin. Et sur le mien, il y avait une blessure au genou. "