L'image a quelque chose de symbolique. Remplacé à la 85e minute, Ruud Vormer (32 ans) prend le temps d'enfiler le brassard de capitaine au bras de Hans Vanaken (28 ans). Cela fait quatre ans qu'ils s'entendent comme larrons en foire dans l'entrejeu. Le premier est arrivé à Bruges en août 2014, le deuxième, un an plus tard. Ils ont joué 225 matches ensemble et ont tout connu. Comme en football, on ne peut jamais jurer de rien, il n'est pas impossible qu'un transfert les sépare un jour. Ce serait le seul moyen de les retirer de l'équipe. Le Néerlandais est arrivé comme médian défensif, mais est devenu un numéro 8. Le Limbourgeois était un 10, mais il a souvent joué en 8 également. Ils sont parfaitement complémentaires : l'un est la tête, l'autre le coeur. L'un à droite, l'autre à gauche. Ils avalent des kilomètres et ont les pieds sur terre. Ils aiment leur famille, doivent beaucoup à leur père et à leur compagne. Ils savent qu'ils peuvent compter sur eux et ne cherchent pas l'aventure. Pas par manque d'ambition, mais parce qu'ils cherchent avant tout l'harmonie.
...

L'image a quelque chose de symbolique. Remplacé à la 85e minute, Ruud Vormer (32 ans) prend le temps d'enfiler le brassard de capitaine au bras de Hans Vanaken (28 ans). Cela fait quatre ans qu'ils s'entendent comme larrons en foire dans l'entrejeu. Le premier est arrivé à Bruges en août 2014, le deuxième, un an plus tard. Ils ont joué 225 matches ensemble et ont tout connu. Comme en football, on ne peut jamais jurer de rien, il n'est pas impossible qu'un transfert les sépare un jour. Ce serait le seul moyen de les retirer de l'équipe. Le Néerlandais est arrivé comme médian défensif, mais est devenu un numéro 8. Le Limbourgeois était un 10, mais il a souvent joué en 8 également. Ils sont parfaitement complémentaires : l'un est la tête, l'autre le coeur. L'un à droite, l'autre à gauche. Ils avalent des kilomètres et ont les pieds sur terre. Ils aiment leur famille, doivent beaucoup à leur père et à leur compagne. Ils savent qu'ils peuvent compter sur eux et ne cherchent pas l'aventure. Pas par manque d'ambition, mais parce qu'ils cherchent avant tout l'harmonie. Ruud est arrivé le premier. Ce qui ne veut pas dire que c'est lui qui a été choisi en premier. Mais il était moins cher. Sur le banc de Feyenoord, qui l'avait transféré gratuitement de Roda, il ne coûtait que 500.000 euros. En arrivant au Kuip, il était sûr de lui, mais après deux ans, il n'y croyait plus. On le trouvait... trop gentil ! Ce n'était pas un pitbull, mais un roquet. Ses parents l'ont élevé loin d'Amsterdam parce qu'ils estimaient que la ville n'avait rien à offrir aux enfants. Michel Preud'homme, qui l'a rencontré lorsqu'il entraînait Twente, l'a fait sortir de l'anonymat. Bruges est allé le voir, a apprécié son abattage, son physique et sa technique de frappe, mais aussi son prix. Birger Verstraete, Vadis Odjidja et Jesper Jörgensen sont partis. Cinq cents mille euros, ce n'était pas grand-chose. Très vite, Vormer a appelé son ami et compagnon de chambre de Roda, Davy De fauw, lui aussi transféré à Bruges quelques semaines plus tôt. Il avait déjà entendu parler de Bruges, d'Anderlecht et du Standard, mais c'était tout. À l'époque, il ne pensait pas du tout devenir un des leaders de l'équipe, encore moins son capitaine. " Mon premier objectif, c'est de jouer ", disait-il. À l'époque, Hans Vanaken était bien mieux placé sur la liste des priorités brugeoises. Après Lommel, où Franky Van der Elst ne disait que du bien de lui, il brillait avec Lokeren. En 2014, il y eut de nombreux contacts entre Bruges et Lokeren, mais Roger Lambrecht demandait huit millions d'euros. À la fin du mois d'août, Bruges est revenu à la charge, mais comme le montant ne baissait pas, il a décidé d'attendre un an. D'autant que certains doutaient. À Lommel, on le disait trop lent pour le haut niveau. À Lokeren parfois aussi. Lors d'un derby contre Waasland-Beveren, Peter Maes l'avait fait sortir en lui disant qu'il était trop mou. Il perdait trop de ballons parce qu'il utilisait mal son corps. Vanaken était frustré, ses équipiers étaient contents : " Enfin quelqu'un qui lui fait la remarque. " Maes l'épargnait cependant souvent parce qu'il avait beaucoup d'autres qualités. Point de vue qualité-prix, Ruud Vormer s'avère rapidement un maître-achat. Sa première saison est excellente : 29 titularisations, 2490 minutes jouées, sept buts, deux assists. Il est infatigable, son volume de jeu est énorme, il dirige, contrôle, presse et s'infiltre. Il s'entend bien avec Preud'homme, qui le fait jouer dans un rôle qu'il n'avait jamais soupçonné lui-même. Pas en médian défensif type pitbull, mais en 8. " Un chouette rôle. " Bruges remporte la phase classique, mais se plante lors des play-offs au profit de Gand, où Vormer habitait, et contre qui il était toujours très motivé par ceux qui le charriaient en rue. Il remporte cependant son premier trophée : la Coupe de Belgique. Sous Preud'homme, avec Claudemir ou Simons dans son dos, il a beaucoup d'espace pour attaquer et marque souvent. À l'époque, il délivre moins d'assists. C'est la tâche de Vázquez et de Refaelov, parfois de Gedoz puis d' Izquierdo. Il ne s'occupe pas encore non plus des phases arrêtées qui, plus tard, vont devenir une arme. En 2015, Lokeren se montre moins gourmand et Vanaken débarque pour environ quatre millions d'euros. " Ça va, ramollo ? ", lui demande chaque matin l'Amstellodammois, toujours un des premiers au club. Fasciné par les voitures, il écume chaque jour les sites internet à la recherche des derniers modèles. Ramollo... C'est l'effet que lui fait alors Vanaken, toujours calme, parfois trop. Le Limbourgeois n'en a cure, c'est son caractère. Difficile de le déstabiliser, sauf aux cartes ou au billard. Là, il peut s'énerver. Son père a toujours dit que son caractère l'aiderait beaucoup dans le monde du football. Ce n'est pas le genre de gars qui se tracasse vite, qui rumine pendant des heures après un mauvais match ou une occasion ratée. La pression n'a aucune emprise sur lui. Dans les mauvais jours, c'est un atout. Les premières semaines et les premiers mois ne sont pas faciles. Arrivé à Bruges à l'âge de 22 ans, Vanaken connaît des débuts à la Ceulemans : compliqués. Son entraîneur lui demande énormément de flexibilité sur le plan tactique et il fait souvent la navette entre la tribune, le banc ou le terrain. En fonction du système de jeu (3-4-3, 3-5-2 ou 4-3-3), il se retrouve à côté de Vormer dans l'entrejeu, en soutien du centre-avant et plus près de Vazquez ou en 10 avec de jeunes ailiers. Il doit s'adapter et chercher sa place dans une équipe qui ne gagne pas toujours. Le 16 juillet 2015, à la Ghelamco Arena, Vormer et Vanaken sont titularisés pour la première fois conjointement, à l'occasion de la Supercoupe. La Gantoise l'emporte 1-0 (but de Depoitre). En barrage pour la Ligue des Champions, Bruges se fait laminer par Manchester United (0-4), puis il s'incline à Waregem. Des moments difficiles pour le duo. Le 11 septembre, à Mouscron, Bruges perd une nouvelle fois. À la 17e minute, Vanaken offre un but à Vormer. C'est la deuxième fois que ça arrive. La première fois, c'était à Courtrai, en août. Mais ça reste rare. Il va ensuite falloir attendre le 15 mai 2016 pour voir une combinaison entre les deux joueurs se terminer par un but. Bruges bat Anderlecht 4-0 et est champion. Cette fois, c'est Vormer qui délivre l'assist (son cinquième de la saison) à Vanaken, qui inscrit de la tête son dixième pion de la saison. Comme il a également délivré onze passes décisives, les statistiques du Limbourgeois pour une première année ne sont pas si mauvaises. Il a d'ailleurs remporté la lutte interne avec Victor Vázquez : en hiver, l'Espagnol a été vendu à Cruz Azul, au Mexique. La saison suivante, Michel Preud'homme mise à fond sur le duo Vormer-Vanaken : le coeur et la tête, donc. Mais alors qu'il est pratiquement toujours positif envers le Batave, toujours de bonne humeur à l'entraînement, il tente de faire en sorte que Vanaken soit moins lent. Lors d'un entraînement précédant le match de Coupe d'Europe à Leicester, il demande à De Bock de rentrer dans Vanaken, de façon à ce que celui-ci soit prêt à affronter les Anglais. Vexé, Vanaken s'énerve sur l'entraîneur. Dans son profil, Bruges avait noté qu'il était perfectionniste, mais Preud'homme estime que Vanaken veut y arriver tout seul et ne demande jamais d'aide. Il le dit lui-même : " Je sais très bien ce que je veux, mais les gens ne s'en aperçoivent peut-être pas. " Il a un point commun avec Vormer : les deux hommes font souvent référence à leur père respectif, tous deux des connaisseurs de football. En matière de statistiques, Preud'homme n'a pas à se plaindre, même si Bruges n'est pas champion : à la fin de la saison 2016-2017, Vormer a inscrit neuf buts et délivré neuf assists, Vanaken, dix buts et trois passes dé'. Il devient davantage buteur que passeur. À noter cependant qu'une seule de leurs combinaisons a amené un but, face à Saint-Trond, l'équipe d' Ivan Leko. À la 52e minute, Vormer dépose un corner sur la tête de Vanaken. Le match se termine sur un nul et le style de jeu de Bruges fait forte impression. Lorsque, fatigué, Preud'homme demande qu'on cède le flambeau à Philippe Clement, la direction de Bruges préfère opter pour... Leko. Ce qui fait beaucoup de bien à Vormer et à Vanaken. Les débuts de Leko ne sont pas faciles. Bruges joue en 4-2-3-1 ou en 3-4-3 et seul Dennis brille. Vanaken n'en touche pas une. Leko l'a connu à Lokeren, il sait qu'il est bon en 10, mais surtout très fort en 8. S'il veut jouer en 3-4-3, il ne peut aligner qu'un attaquant de pointe alors que Bruges en compte quatre dans son noyau. Il passe donc en 3-5-2. Contre l'avis de Vormer, qui trouve que c'était bien mieux avec Preud'homme. Leko plie sous la pression du groupe, mais après l'élimination européenne, il joue son va-tout : en l'absence d'un buteur, Vormer et Vanaken doivent gagner des matches. Ces deux joueurs sont en effet capables d'inscrire plus de dix buts et de délivrer plus de dix assists chacun. Il a raison : les deux joueurs explosent. En 2017-2018, Vormer marque treize fois, délivre 18 passes décisives et est appelé en équipe nationale oranje. Vanaken inscrit lui onze buts et en offre dix de plus à ses équipiers. Ils combinent victorieusement à deux reprises : Vanaken sur une passe de Vormer et inversement. À noter que Vanaken marque neuf fois sur onze au stade Jan Breydel. C'est également devant son public qu'il délivre toutes ses passes décisives. Ce qui énèrve d'ailleurs prodigieusement Leko. Lors des play-offs, Vanaken ne fait plus la différence et, lors du match à Charleroi, l'entraîneur le met sur le banc. Touché dans son orgueil, le Limbourgeois entre au jeu et fait basculer le match. Quatre jours plus tard, Bruges est champion et Vanaken est élu Footballeur Pro de l'Année. Quelques mois plus tôt, Vormer avait remporté le Soulier d'Or. Au fil du temps, Vormer est de plus en plus devenu passeur. Il obtient un nouveau contrat et quitte Gand pour la côte, mais n'a pas le temps d'aller à la plage. Leko en demande énormément à ses joueurs. À force de courir, Vormer s'épuise et se retrouve parfois sur le banc. Quand il n'est pas remplacé en cours de match. Ça l'énerve. Il délivre encore pas mal d'assists, mais marque de moins en moins. Vanaken, lui, arrive à maturité. Il a un pied dans 33 buts en une saison (seize buts et 17 assists), deux de moins que le record de Mbark Boussoufa. Trois de ces buts sont inscrits sur une passe de Vormer. Il est sélectionné chez les Diables rouges et tire désormais les penalties à la place de son compère. De retour, Philippe Clement en revient au système Preud'homme. Vormer est content, mais lorsqu'il s'avère qu' Okereke ne marque pas, Clement repasse au système Leko. Avec certaines nuances : plus de liberté, plus de changements de positions pour surprendre l'adversaire et des constructions sur l'autre flanc. Alors que, par le passé, presque tout passait par la gauche, on joue désormais surtout sur la droite, le côté de Vormer. Celui-ci marque peu - seulement deux buts, mais il devient le meilleur passeur du championnat (17 assists). Il est de plus en plus populaire auprès des fans qui, lors de chaque coup-franc ou corner, scandent son prénom. Il a conquis leur coeur, il est devenu le coeur de l'équipe. Vanaken, lui, joue avec la tête, il voit clair et a un bon timing. Il délivre moins d'assists, mais inscrit plus de buts. Lors d'une saison amputée par la crise sanitaire, il en marque 17, dont quatre sur un assist de Vormer. " Hans ne doit pas toujours avoir le ballon ", dit Clement, qui demande beaucoup de mouvements afin d'éviter le marquage à la culotte adverse. Vanaken décroche logiquement un deuxième Soulier d'Or. Le ramollo est, de loin, devenu le meilleur joueur du championnat de Belgique. Cette tendance se poursuit cette saison. Vanaken a déjà inscrit quatre buts (deux fois grâce à Vormer) et délivré deux assists, tandis que Vormer a marqué une fois et compte trois passes décisives. Ce qui est nouveau, c'est que, lorsque Charles De Ketelaere joue, Vanaken est encore plus libre, car il est débarrassé de l'arrière droit lorsque l'adversaire dédouble le flanc. Au gamin de faire avec, puisqu'on dit de lui qu'il est le successeur de Vanaken. Après un début de saison difficile, cette nouvelle adaptation ne peut que faire du bien au duo Vanaken-Vormer.