Le contraste saute autant aux yeux qu'un bout de tissu jaune posé sur une tunique rouge. Pour accueillir Waasland-Beveren sur la pelouse de Sclessin, c'est Mehdi Carcela qui ouvre la voie. Responsabilisé par le brassard offert par son nouveau coach Mbaye Leye, dribblant ainsi Samuel Bastien et Arnaud Bodart dans la hiérarchie du vestiaire, avec le consentement de deux hommes sur lesquels l'aura de l'international marocain fait toujours son effet.
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Le contraste saute autant aux yeux qu'un bout de tissu jaune posé sur une tunique rouge. Pour accueillir Waasland-Beveren sur la pelouse de Sclessin, c'est Mehdi Carcela qui ouvre la voie. Responsabilisé par le brassard offert par son nouveau coach Mbaye Leye, dribblant ainsi Samuel Bastien et Arnaud Bodart dans la hiérarchie du vestiaire, avec le consentement de deux hommes sur lesquels l'aura de l'international marocain fait toujours son effet. Cinq mois plus tôt, quand le numéro 10 des Rouches s'engouffre tel un supporter pressé dans une Nissan Micra qui l'attend sur le parking du stade Maurice Dufrasne au bout d'une victoire contre le Cercle pour la première de Philippe Montanier, l'histoire entre Mehdi Carcela et le Standard semble pourtant proche de son troisième générique de fin. Le chouchou des tribunes n'a pas décollé du banc, et les supporters n'étaient même pas présents pour le réclamer à grands cris, huis clos oblige. Au fur et à mesure que la colère monte, les excuses se multiplient pour justifier l'absence de l'enfant de Droixhe au premier plan. Très effrayé par la situation sanitaire, avant d'être frappé lui-même par le Covid, Carcela peinerait à retrouver sa meilleure forme. Pendant la préparation, on a plusieurs fois entendu son nouvel entraîneur français élever la voix depuis son dug-out pour rappeler à son joueur les consignes collectives. Et puis, il y a évidemment ce contrat, parmi les plus élevés du club et dont l'expiration en fin de saison semble être une échéance trop lointaine pour un Standard en quête de liquidités. Si un an plus tôt, le plan rouche avait plutôt été de faire le vide autour de Mehdi Carcela, montrant la porte de sortie à ceux qui, aux yeux de certains décideurs, avaient un impact négatif sur son rendement, le club donne alors l'impression d'avoir décidé que c'était au tour de son gaucher de faire ses valises. Une théorie qui oublie de pointer du doigt l'incompatibilité du football du Carcela de trente-et-un ans avec le plan de Montanier. En misant avant tout sur une organisation défensive sans faille et des reconversions rapides - le deuxième point n'ayant jamais été à la hauteur des attentes alors que c'était l'une des constantes dans les expériences précédentes du coach français - le Normand préférait des profils plus rapides ou dynamiques, là où Carcela semble avoir perdu le coup de reins qui avait fait de lui l'une des attractions du début d'année 2018, le menant jusqu'à la Coupe du monde. S'il est revenu au premier plan depuis la prise de pouvoir de Mbaye Leye, c'est d'ailleurs dans un registre bien différent de celui du dribbleur virevoltant: théoriquement ailier droit, Mehdi passe son temps à l'intérieur du jeu en libérant le couloir pour son arrière latéral, et doit faire vivre le ballon par la passe plutôt qu'en le conduisant. Bien que le Standard de Mbaye Leye cherche encore sa constance, la voie choisie pour un jeu en progrès semble claire. Elle puise forcément son inspiration dans certaines idées de Michel Preud'homme, redevenu depuis quelques semaines un habitué des tribunes pour les matches des Rouches. L'animation asymétrique, avec un arrière gauche plutôt conservateur et un ailier qui cherche la largeur et la profondeur tandis qu'à droite, l'ailier s'insère au coeur du jeu et le latéral prend le couloir, rappelle le meilleur Bruges de MPH, avec Carcela dans le rôle de Lior Refaelov, Maxime Lestienne dans le costume de soliste de José Izquierdo et un Nicolas Gavory conservateur comme pouvait l'être Laurens De Bock. Pour jouer la partition autrefois exécutée sans fausse note par Thomas Meunier, Leye mise sur la jeunesse d' Hugo Siquet. "Quand j'ai été nommé coach, c'est le seul joueur que j'ai appelé", révèle le T1 sénégalais au sujet du jeune arrière droit dans la foulée de sa prestation quatre étoiles contre Waasland-Beveren. "Je voulais lui dire que j'avais confiance en lui." Comme un pied de nez à ceux qui suggéraient que le retour de Leye serait également celui des anciens du vestiaire, et que les jeunes pourraient faire un pas en arrière en termes de temps de jeu. Si l'histoire ne dit pas quel aurait été le premier onze de base du nouveau coach si Gojko Cimirot et Collins Fai avaient été disponibles, les prestations de Siquet, Nicolas Raskin et Damjan Pavlovic laissent envisager une porte encore ouverte pour les talents de l'Académie, redevenus le core-business d'un club plus vraiment capable financièrement de faire des transferts de renom. Sur le marché de janvier, le grand projet hivernal était pourtant très vite identifié. Dès la présentation de Mbaye Leye, le directeur général Alexandre Grosjean se joint au coach pour évoquer l'arrivée future d'un numéro 9 à Sclessin. Si Jackson Muleka n'a pas encore le rendement espéré lors de son atterrissage sur le sol belge, le Congolais conserve le bénéfice du doute, contrairement à des Felipe Avenatti et Obbi Oulare qui s'entraînent désormais avec le noyau B, et pour qui un transfert est la seule issue pour retrouver un terrain de jeu à la hauteur de leur statut, à en croire le discours livré par la direction liégeoise. Leur mise à l'écart a ouvert la porte à l'arrivée de João Klauss, déjà pisté il y a deux ans, mais alors jugé insuffisant par un Michel Preud'homme tout juste installé à la tête de la direction sportive liégeoise. L'attaquant brésilien a des airs de Laurent Depoitre et a d'ailleurs été pisté par Gand l'été dernier. À la Ghelamco Arena, tous n'étaient cependant pas convaincus par l'idée de dépenser plus de cinq millions d'euros pour un joueur qui ne faisait pas l'unanimité au sein de la cellule de scouting, même si son profil aurait forcément plu à Hein Vanhaezebrouck, désormais de retour chez les Buffalos. Cet hiver, c'est plutôt Malines qui a longtemps tenu la corde pour attirer l'attaquant d'Hoffenheim, en concurrence avec Felipe Avenatti dans l'esprit du Malinwa. Profitant de la lenteur des processus de décision du côté du KaVé, le Standard espère probablement faire d'une pierre deux coups en jetant son dévolu sur Klauss, forçant indirectement Malines à se consacrer à la piste Avenatti tout en se ménageant les services d'un attaquant plus adapté au pressing et au jeu construit que Leye souhaite mettre en place. C'est sans compter sur l'écueil salarial (Avenatti perçoit en brut le salaire de Klauss en net, à peu de choses près), qui amène finalement les Malinois à se diriger vers Ferdy Druijf (AZ Alkmaar) et prolonge le problème du salaire important de l'Uruguayen, dont les Rouches aimeraient se soulager pour quelques mois, au moins. Même si João Klauss venait à empiler les buts en Principauté, la question du numéro 9 de Sclessin pourrait vite revenir se classer au rang des sujets problématiques. L'option d'achat de l'attaquant brésilien, bien au-delà des cinq millions d'euros, semble en effet inaccessible pour les possibilités financières actuelles du Standard, et le plan A pourrait toujours être placé entre les pieds d'un Jackson Muleka qui devra profiter des prochains mois pour s'adapter au football à l'européenne avec une pression moins importante sur les épaules. Comme le montre à merveille la question du buteur des Rouches, les finances restent en effet une question épineuse sur les rives de la Meuse. S'ils ont longtemps éludé le problème, les membres du club ne s'en cachent plus, Mbaye Leye en tête. En prélude du déplacement au Cercle, le Sénégalais a joué cartes sur table: "On connaît la situation financière du club, et le talent qu'il y a dans l'effectif. Nous avons des joueurs qui pourraient recevoir une bonne offre et partir." Une déclaration qui fait écho à celle d'Alexandre Grosjean quelques jours plus tôt, expliquant que le club ne pouvait pas se permettre de conserver un noyau aussi large au vu de l'élimination européenne, mais qui met dans la balance le départ potentiel d'un ou plusieurs cadres du noyau liégeois. Déjà annoncé comme celui de l'exode, l'été dernier avait pourtant accouché d'un mercato relativement calme dans la Principauté. De quoi générer certaines frustrations? Homme fort du début de saison avant de vivre un creux interminable dans la foulée de sa blessure, Samuel Bastien a notamment confié sa destinée à l'un des agents les plus réputés de la planète foot, mais sa valeur actuelle est loin de celle de l'été. Si le Standard repousse pour l'instant les avances du Golfe pour Maxime Lestienne, plus généreuses en salaire qu'en indemnité de transfert, la donne pourrait être différente en cas d'offre conséquente pour Selim Amallah, qui semble retrouver sa meilleure forme depuis le changement de règne sur le banc de touche. En ajoutant à l'équation les départs potentiels de Cimirot ou de Kostas Laifis, déjà très proche de quitter le club l'été dernier, personne ne semble être à l'abri d'un départ de Liège en plein coeur de la saison. Et si tout le monde ne sera évidemment pas vendu en l'espace d'une dizaine de jours, encore moins avec la perspective d'un top 4 qui ne semble plus utopique, les deux prochaines semaines pourraient être mouvementées à Sclessin. Le calme reviendra-t-il enfin dans les prochains mois? Dans le milieu, on raconte avec de plus en plus d'insistance que le Standard est en quête d'investissements pour alimenter sa trésorerie, alors que François Fornieri n'aurait pas complètement abandonné ses rêves de pouvoir rouche. Quand elle traverse la Principauté, la Meuse n'est décidément plus un long fleuve tranquille.