La différence est si insignifiante qu'un oeil non averti prendrait la recommandation pour une blague. La Fédération prend contact avec un club de l'élite. Motif : le match de ses U16 est filmé d'un peu trop bas, ne respectant pas les dix mètres minimaux de hauteur. Impossible, dans ces conditions, d'en faire une analyse correcte. Entre excuses et rectification, les membres de la cellule vidéo du club passent également par une phase d'étonnement. La Fédé regarde donc tout. Même les matches de jeunes. Le tout avec une attention particulièrement prononcée. Le Diable se cache dans les détails.

Lors de la dernière Coupe du monde, l'ancien directeur technique Chris Van Puyvelde avait été impressionné par la possibilité de voir toutes les rencontres avec une caméra grand angle, qui permettait une vue tactique imprenable sur le terrain. " Dire que chez nous, nous sommes encore occupés avec des dessins sur un tableau. Dans ce domaine, nous devons encore progresser ", constatait alors celui qui a désormais pris en mains l'avenir du football chinois.

Même après son départ, le souhait a été exaucé : une partie des bénéficies du Mondial et une modeste contribution des clubs de la Pro League - 30.000 euros chacun - ont permis de faire bénéficier à toutes les entités professionnelles du pays des services de Hudl, une société américaine qui fournit désormais aux clubs belges des caméras, des logiciels d'analyse et une plateforme pour la distribution de vidéos et de données.

Rassemblés au sein de la Fédération, les analystes de tout le pays sont donc guidés par Luke Benstead, le très british chef du département analyse de l'Union Belge. Avec un CV impressionnant malgré son jeune âge, passé entre autres par Everton et Manchester United où il a travaillé sous les ordres de José Mourinho, Luke est l'un des hommes-clés de " l'équipe technique " du football belge, chargée de professionnaliser au mieux un football dont les résultats sur le terrain ont été plus vite que l'évolution dans les bureaux.

Je reste persuadé que la Belgique continuera à former de très bons joueurs. " Roberto Martinez

" Nous avons ajouté la vision et la structure à un succès qui existait déjà ", précisait à ce sujet Bart Verhaeghe quelques heures avant la victoire historique des Diables contre la Seleção de Neymar.

THE BELGIAN WAY

" Cette victoire contre le Brésil, c'était l'un de ces grands moments sur lesquels les générations futures pourront se faire une image de la Belgique ", s'enthousiasme Luke Benstead, déjà tourné vers le prochain EURO pour " avoir de nouveaux grands matches à disputer, et continuer à construire dans l'esprit des gens cette image de la Belgian Way. "

Au moment de définir cette Belgian Way, voie noire-jaune-rouge pour jouer au football, Luke Benstead renvoie la balle dans les pieds de Roberto Martinez. Le sélectionneur évoque " un héritage très important que l'équipe laissera au football belge ", et en distille les ingrédients au cours d'une interview donnée au bout du Mondial russe : " C'est le fait d'y croire, et de faire les choses avec un objectif : avoir le ballon, être flexible, être une véritable équipe, et dominer les événements tactiquement sur le terrain. "

Des objectifs atteints à la tête de la génération la plus brillante de l'histoire du territoire national, qui posent forcément la question de l'après " génération dorée ", déjà redoutée par certains suiveurs qui placent la date de décès des ambitions footballistiques belges aux alentours de la fin d'année 2022, la Coupe du monde au Qatar étant généralement considérée - par les plus optimistes, certains parlant même de l'EURO de l'été prochain comme échéance - comme le dernier grand rendez-vous de la génération d' Eden Hazard et Kevin De Bruyne.

Roberto Martinez donnant ses instructions à Timothy Castagne, l'un de ceux appelés à prendre la relève chez les Diables., BELGAIMAGE
Roberto Martinez donnant ses instructions à Timothy Castagne, l'un de ceux appelés à prendre la relève chez les Diables. © BELGAIMAGE

" Il sera compliqué de reproduire de tels joueurs, parce que le niveau individuel de ma sélection est particulièrement élevé ", concède Roberto Martinez. " Mais je reste persuadé que la Belgique continuera à former de très bons joueurs. " Bart Verhaeghe confirme : " Il y aura peut-être une période de vaches maigres, mais on peut compenser avec les systèmes, l'encadrement et le travail. "

FORMATION EN QUESTION

Hard work. Depuis son arrivée à la tête de la sélection, Roberto Martinez est sur tous les fronts, au point d'avoir accepté d'occuper ad interim le poste de directeur technique jusqu'à la fin de cette année, où il devra passer le relais pour se consacrer exclusivement à l'EURO. Chaque week-end, le sélectionneur a minutieusement écumé les stades du pays, assistant à des rencontres où aucun Diable Rouge potentiel ne semblait pourtant se promener sur la pelouse.

Une manière de prendre la température du football national qu'a également expérimentée Luke Benstead, pourtant déjà familiarisé au championnat belge par ses années en Premier League : " Il y avait beaucoup de talents venus de Belgique qui s'installaient en Angleterre, et qui réussissaient. Forcément, je m'étais intéressé à ce qu'il se passait ici. Mais en arrivant, j'ai visité beaucoup de clubs, rencontré ceux qui y travaillaient et discuté avec les staffs pour comprendre comment ils travaillaient. "

Une fois accoutumés à la belgitude version ballon rond, Martinez et ses hommes ont imposé leur vision pour réduire l'incertitude liée au futur du football national. Notamment en interrogeant certaines habitudes. " Roberto a constaté que la majorité de nos entraînements sont donnés entre les deux rectangles, alors que c'est précisément à l'intérieur des surfaces que les matches se décident ", raconte Chris Van Puyvelde.

" On s'est trop longtemps occupé de la formation, et peut-être pas assez de la victoire et de l'efficacité. " L'éducation footballistique nationale, focalisée sur le dribble et les initiatives individuelles suite au plan Vision 2000 lancé dans la foulée du fiasco de l'EURO disputé en terres belges, découlait alors sur l'éclosion de joueurs trop amoureux du ballon, parfois plus enclins à le garder dans leurs pieds qu'à le déposer au fond des filets.

PROFILS DIFFÉRENTS

Vantée suite aux excellents résultats obtenus par la sélection depuis une petite dizaine d'années, la formation nationale récoltait les lauriers d'une génération en grande partie éclose à l'étranger. Lille avait fourni Kevin Mirallas avant Eden Hazard, l'Ajax s'était occupé de polir les talents de Thomas Vermaelen, Jan Vertonghen et Toby Alderweireld, et les Pays-Bas avaient sauvé les carrières en péril de Dries Mertens et Nacer Chadli.

Les plans de la fédération sont là pour s'installer au niveau des Pays-Bas, du Portugal ou de la Suisse, dans l'antichambre de l'élite mondiale.

Aujourd'hui, les derniers joueurs à intégrer la sélection du coach catalan présentent un profil bien différent, généralement nourri d'une centaine de rencontres disputées dans le championnat local : Youri Tielemans, Leander Dendoncker et Yari Verschaeren ont brillé sous le maillot mauve, Brandon Mechele et Hans Vanaken font encore les beaux jours des Blauw en Zwart, tandis que Leandro Trossard et Timothy Castagne ont arpenté les flancs du Limbourg.

" Eden était parti à Lille parce qu'Anderlecht ne lui proposait pas de projet. Aujourd'hui, c'est différent ", argumente Chris Van Puyvelde. Seulement arrivé à maturité bien après la vingtaine, Trossard est l'incarnation d'un football belge qui a minutieusement élaboré son scouting. Sur un territoire de onze millions d'habitants, au coeur d'un vivier forcément bien inférieur à ceux de la France, de l'Allemagne ou de l'Espagne, la Belgique ne peut pas s'offrir le luxe de laisser un talent passer entre les mailles du filet.

Une donnée désormais intégrée à la réalité nationale depuis plusieurs années, avec les équipes nationales Futures, mises en place pour offrir un développement individualisé aux joueurs à la maturité physique plus tardive. " Parfois, on a tendance à juger trop vite un jeune joueur ", explique Luke Benstead. " C'est pour ça que ce programme pour les late matures est un excellent projet. Certains jeunes doivent attendre leurs 22 ou 23 ans pour devenir de grands joueurs. "

DÉVELOPPEMENT INDIVIDUALISÉ

C'est ainsi que la Fédération n'a jamais vraiment perdu de vue Yari Verschaeren, pourtant négligé dans certaines catégories d'âge de la sélection. " On doit être attentif à offrir un développement individualisé à chaque joueur ", reprend Benstead. Une tâche ambitieuse facilitée par les bases de données créées pour tous les talents prometteurs à partir de leur arrivée à l'âge d'intégrer une équipe première grâce aux vidéos compilées par Hudl sur les terrains de jeunes chaque semaine.

L'analyse se poursuivra en équipe première, au sein d'une Pro League vouée à devenir le tremplin de la sélection nationale grâce à sa faculté à offrir une chance précoce à de jeunes talents et à les envoyer vers les grands championnats du continent. Rendre le championnat plus fort doit donc, à terme, être un atout pour les Diables rouges.

" Je pense que la Pro League et la Fédération doivent travailler ensemble pour définir le futur de la jeunesse belge ", avance Roberto Martinez. Un souhait qui a été mis en oeuvre dans plusieurs domaines, dont celui de l'analyse vidéo. Luke Benstead mène ainsi des formations avec les analystes de tous les clubs professionnels du pays, pour partager méthodes de travail et idées autour du métier.

" Ce sont tous des compétiteurs, mais une fois qu'ils arrivent ici, ils enlèvent cette casquette de membre d'un club pour devenir des gens qui réfléchissent à la meilleure manière de faire progresser le football belge dans leur domaine ", s'enthousiasme le jeune Anglais.

L'union fait la force, en somme. Une devise nationale qui a visiblement attendu d'être confrontée à des regards anglais ou espagnols pour véritablement s'appliquer aux pelouses noires, jaunes et rouges.

© BELGAIMAGE

La colonne vertébrale du futur

Toute la Belgique semble déjà chercher avec crainte la date de péremption de sa génération dorée. Les talents hors-normes d' Eden Hazard et Kevin De Bruyne seront indéniablement difficiles, voire impossibles à remplacer, mais les sélections de Roberto Martinez laissent déjà entrevoir la future colonne vertébrale de l'équipe nationale.

Au coeur du jeu, Youri Tielemans enfilera inévitablement le costume du patron. Installé dans le circuit depuis tellement d'années, le milieu de terrain de Leicester nous ferait presque oublier qu'il n'a aujourd'hui que 22 ans, et devrait donc faire profiter la Belgique de son talent pendant la totalité de la décennie à venir.

Devant lui, les Diables pourront très probablement compter sur Yari Verschaeren, appelé à devenir le nouveau key-player du secteur offensif national grâce à ses dribbles, son aisance sous pression et sa faculté à se montrer décisif à tout moment.

Derrière cette animation mauve, c'est le Rouche Zinho Vanheusden qui est appelé à devenir le futur boss du secteur défensif national. Son leadership et sa personnalité devraient l'installer au coeur de la défense diabolique pour de longues années, prenant ainsi la succession de Vincent Kompany.

Et si Thibaut Courtois devait raccrocher les gants plus tôt que prévu (mais à 27 ans et au but, il devrait encore être bon pour le service pendant une dizaine d'années), Genk prépare déjà son successeur : dans le Limbourg, Maarten Vandevoordt est vu comme un véritable crack entre les perches, et devrait assurer la pérennité du talent devant les filets belges.

Autour de cette colonne vertébrale qui semble armée pour guider le futur national, d'autres talents pourraient venir se greffer au gré de la progression de leur carrière. Anderlecht couve des joueurs comme Albert Sambi Lokonga, Jérémy Doku ou Landry Dimata, Bruges offre de plus en plus d'opportunités à Loïs Openda et Charles De Ketelaere, et l'étranger fait grandir le potentiel d'Orel Mangala, Dodi Lukebakio, voire Sebastiaan Bornauw.

La Belgique sera-t-elle aussi forte que celle qui est montée sur le podium planétaire en Russie ? Probablement pas. " Au ranking FIFA, nous sommes actuellement placés au-dessus de notre valeur réelle ", concédait Bart Verhaeghe lors du Mondial, alors que les Belges ne s'étaient pas encore installés au sommet de la hiérarchie du ballon rond. " Nous connaîtrons plus de hauts et de bas que l'Allemagne ou la France, à cause de nos limites démographiques ", ajoute Chris Van Puyvelde. Mais les plans de la fédération sont là pour tenter d'amortir au maximum la chute annoncée, et s'installer au niveau des Pays-Bas, du Portugal ou de la Suisse, dans l'antichambre de l'élite mondiale.

La différence est si insignifiante qu'un oeil non averti prendrait la recommandation pour une blague. La Fédération prend contact avec un club de l'élite. Motif : le match de ses U16 est filmé d'un peu trop bas, ne respectant pas les dix mètres minimaux de hauteur. Impossible, dans ces conditions, d'en faire une analyse correcte. Entre excuses et rectification, les membres de la cellule vidéo du club passent également par une phase d'étonnement. La Fédé regarde donc tout. Même les matches de jeunes. Le tout avec une attention particulièrement prononcée. Le Diable se cache dans les détails. Lors de la dernière Coupe du monde, l'ancien directeur technique Chris Van Puyvelde avait été impressionné par la possibilité de voir toutes les rencontres avec une caméra grand angle, qui permettait une vue tactique imprenable sur le terrain. " Dire que chez nous, nous sommes encore occupés avec des dessins sur un tableau. Dans ce domaine, nous devons encore progresser ", constatait alors celui qui a désormais pris en mains l'avenir du football chinois. Même après son départ, le souhait a été exaucé : une partie des bénéficies du Mondial et une modeste contribution des clubs de la Pro League - 30.000 euros chacun - ont permis de faire bénéficier à toutes les entités professionnelles du pays des services de Hudl, une société américaine qui fournit désormais aux clubs belges des caméras, des logiciels d'analyse et une plateforme pour la distribution de vidéos et de données. Rassemblés au sein de la Fédération, les analystes de tout le pays sont donc guidés par Luke Benstead, le très british chef du département analyse de l'Union Belge. Avec un CV impressionnant malgré son jeune âge, passé entre autres par Everton et Manchester United où il a travaillé sous les ordres de José Mourinho, Luke est l'un des hommes-clés de " l'équipe technique " du football belge, chargée de professionnaliser au mieux un football dont les résultats sur le terrain ont été plus vite que l'évolution dans les bureaux. " Nous avons ajouté la vision et la structure à un succès qui existait déjà ", précisait à ce sujet Bart Verhaeghe quelques heures avant la victoire historique des Diables contre la Seleção de Neymar. " Cette victoire contre le Brésil, c'était l'un de ces grands moments sur lesquels les générations futures pourront se faire une image de la Belgique ", s'enthousiasme Luke Benstead, déjà tourné vers le prochain EURO pour " avoir de nouveaux grands matches à disputer, et continuer à construire dans l'esprit des gens cette image de la Belgian Way. " Au moment de définir cette Belgian Way, voie noire-jaune-rouge pour jouer au football, Luke Benstead renvoie la balle dans les pieds de Roberto Martinez. Le sélectionneur évoque " un héritage très important que l'équipe laissera au football belge ", et en distille les ingrédients au cours d'une interview donnée au bout du Mondial russe : " C'est le fait d'y croire, et de faire les choses avec un objectif : avoir le ballon, être flexible, être une véritable équipe, et dominer les événements tactiquement sur le terrain. " Des objectifs atteints à la tête de la génération la plus brillante de l'histoire du territoire national, qui posent forcément la question de l'après " génération dorée ", déjà redoutée par certains suiveurs qui placent la date de décès des ambitions footballistiques belges aux alentours de la fin d'année 2022, la Coupe du monde au Qatar étant généralement considérée - par les plus optimistes, certains parlant même de l'EURO de l'été prochain comme échéance - comme le dernier grand rendez-vous de la génération d' Eden Hazard et Kevin De Bruyne. " Il sera compliqué de reproduire de tels joueurs, parce que le niveau individuel de ma sélection est particulièrement élevé ", concède Roberto Martinez. " Mais je reste persuadé que la Belgique continuera à former de très bons joueurs. " Bart Verhaeghe confirme : " Il y aura peut-être une période de vaches maigres, mais on peut compenser avec les systèmes, l'encadrement et le travail. " Hard work. Depuis son arrivée à la tête de la sélection, Roberto Martinez est sur tous les fronts, au point d'avoir accepté d'occuper ad interim le poste de directeur technique jusqu'à la fin de cette année, où il devra passer le relais pour se consacrer exclusivement à l'EURO. Chaque week-end, le sélectionneur a minutieusement écumé les stades du pays, assistant à des rencontres où aucun Diable Rouge potentiel ne semblait pourtant se promener sur la pelouse. Une manière de prendre la température du football national qu'a également expérimentée Luke Benstead, pourtant déjà familiarisé au championnat belge par ses années en Premier League : " Il y avait beaucoup de talents venus de Belgique qui s'installaient en Angleterre, et qui réussissaient. Forcément, je m'étais intéressé à ce qu'il se passait ici. Mais en arrivant, j'ai visité beaucoup de clubs, rencontré ceux qui y travaillaient et discuté avec les staffs pour comprendre comment ils travaillaient. " Une fois accoutumés à la belgitude version ballon rond, Martinez et ses hommes ont imposé leur vision pour réduire l'incertitude liée au futur du football national. Notamment en interrogeant certaines habitudes. " Roberto a constaté que la majorité de nos entraînements sont donnés entre les deux rectangles, alors que c'est précisément à l'intérieur des surfaces que les matches se décident ", raconte Chris Van Puyvelde. " On s'est trop longtemps occupé de la formation, et peut-être pas assez de la victoire et de l'efficacité. " L'éducation footballistique nationale, focalisée sur le dribble et les initiatives individuelles suite au plan Vision 2000 lancé dans la foulée du fiasco de l'EURO disputé en terres belges, découlait alors sur l'éclosion de joueurs trop amoureux du ballon, parfois plus enclins à le garder dans leurs pieds qu'à le déposer au fond des filets. Vantée suite aux excellents résultats obtenus par la sélection depuis une petite dizaine d'années, la formation nationale récoltait les lauriers d'une génération en grande partie éclose à l'étranger. Lille avait fourni Kevin Mirallas avant Eden Hazard, l'Ajax s'était occupé de polir les talents de Thomas Vermaelen, Jan Vertonghen et Toby Alderweireld, et les Pays-Bas avaient sauvé les carrières en péril de Dries Mertens et Nacer Chadli. Aujourd'hui, les derniers joueurs à intégrer la sélection du coach catalan présentent un profil bien différent, généralement nourri d'une centaine de rencontres disputées dans le championnat local : Youri Tielemans, Leander Dendoncker et Yari Verschaeren ont brillé sous le maillot mauve, Brandon Mechele et Hans Vanaken font encore les beaux jours des Blauw en Zwart, tandis que Leandro Trossard et Timothy Castagne ont arpenté les flancs du Limbourg. " Eden était parti à Lille parce qu'Anderlecht ne lui proposait pas de projet. Aujourd'hui, c'est différent ", argumente Chris Van Puyvelde. Seulement arrivé à maturité bien après la vingtaine, Trossard est l'incarnation d'un football belge qui a minutieusement élaboré son scouting. Sur un territoire de onze millions d'habitants, au coeur d'un vivier forcément bien inférieur à ceux de la France, de l'Allemagne ou de l'Espagne, la Belgique ne peut pas s'offrir le luxe de laisser un talent passer entre les mailles du filet. Une donnée désormais intégrée à la réalité nationale depuis plusieurs années, avec les équipes nationales Futures, mises en place pour offrir un développement individualisé aux joueurs à la maturité physique plus tardive. " Parfois, on a tendance à juger trop vite un jeune joueur ", explique Luke Benstead. " C'est pour ça que ce programme pour les late matures est un excellent projet. Certains jeunes doivent attendre leurs 22 ou 23 ans pour devenir de grands joueurs. " C'est ainsi que la Fédération n'a jamais vraiment perdu de vue Yari Verschaeren, pourtant négligé dans certaines catégories d'âge de la sélection. " On doit être attentif à offrir un développement individualisé à chaque joueur ", reprend Benstead. Une tâche ambitieuse facilitée par les bases de données créées pour tous les talents prometteurs à partir de leur arrivée à l'âge d'intégrer une équipe première grâce aux vidéos compilées par Hudl sur les terrains de jeunes chaque semaine. L'analyse se poursuivra en équipe première, au sein d'une Pro League vouée à devenir le tremplin de la sélection nationale grâce à sa faculté à offrir une chance précoce à de jeunes talents et à les envoyer vers les grands championnats du continent. Rendre le championnat plus fort doit donc, à terme, être un atout pour les Diables rouges. " Je pense que la Pro League et la Fédération doivent travailler ensemble pour définir le futur de la jeunesse belge ", avance Roberto Martinez. Un souhait qui a été mis en oeuvre dans plusieurs domaines, dont celui de l'analyse vidéo. Luke Benstead mène ainsi des formations avec les analystes de tous les clubs professionnels du pays, pour partager méthodes de travail et idées autour du métier. " Ce sont tous des compétiteurs, mais une fois qu'ils arrivent ici, ils enlèvent cette casquette de membre d'un club pour devenir des gens qui réfléchissent à la meilleure manière de faire progresser le football belge dans leur domaine ", s'enthousiasme le jeune Anglais. L'union fait la force, en somme. Une devise nationale qui a visiblement attendu d'être confrontée à des regards anglais ou espagnols pour véritablement s'appliquer aux pelouses noires, jaunes et rouges.