Roberto Martínez

Il avait déjà été l'entraîneur de Romelu à Everton, et travaille de nouveau avec lui comme sélectionneur des Diables rouges.
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Il avait déjà été l'entraîneur de Romelu à Everton, et travaille de nouveau avec lui comme sélectionneur des Diables rouges. Romelu est-il devenu un autre joueur depuis le jour où vous avez travaillé avec lui pour la première fois? Qu'appréciez-vous le plus chez lui? La première fois que j'ai travaillé avec lui à l'entraînement, je me suis directement rendu compte qu'il se sentait dans son élément dès qu'il s'approchait du but. À 19 ans, il avait une finition un peu spéciale. L'intensité, le rythme et la puissance de sa finition étaient déjà uniques, y compris en match. Ses statistiques reflétaient des chiffres que seuls les plus grands joueurs sont capables d'atteindre. Romelu est animé par l'envie de progresser. Année après année, d'autres qualités se sont ajoutées à son sens du but exceptionnel. Je prévois qu'il deviendra encore un meilleur attaquant qu'il ne l'est actuellement, étant donné qu'il n'a que 27 ans. Il a formé une paire d'attaquants fantastique avec Romelu chez les jeunes du Lierse. Est-il exact que vous aviez inscrit, ensemble, plus de cent buts à l'époque? Oui. Il y a eu une saison où on a inscrit 125 buts. On était inséparables, sur et en dehors du terrain. Après les matches, on rappait sur des tubes de 2Pac et 50 Cent dans le bus. On est arrivés ensemble en test au Lierse et on a signé après deux entraînements au secrétariat des jeunes. Romelu est parfois resté dormir chez nous. Quand je me réveillais pendant les vacances, il était déjà à côté de son lit en train de faire des abdos. Si l'on en est déjà là à douze ans, ça veut dire qu'on est motivé. Romelu me disait déjà, à l'époque: "Je veux essayer d'aller le plus loin possible". Mais on nous adressait fréquemment des remarques. Par exemple, qu'on faisait la différence uniquement parce qu'on était grands et costauds, et que ce ne serait plus le cas lorsque les autres se seraient aussi développés physiquement. Avant chaque match, on devait tous les deux montrer notre passeport pour prouver qu'on n'avait pas dépassé l'âge autorisé dans la catégorie. Je me souviens aussi de nombreuses remarques racistes. Romelu se fâchait constamment, mais on a essayé de puiser dans le négatif la force de devenir meilleurs. J'entends aujourd'hui, dans la bouche d'autres jeunes joueurs d'origine africaine, que la situation n'a pas beaucoup évolué depuis lors. Après la faillite du Lierse, il était prévu que je parte à Anderlecht avec Romelu et quelques autres, mais mon grand-père a préféré m'envoyer à Westerlo. Il était le coordinateur des jeunes du Lierse et est allé chercher le tout jeune Lukaku à Wintam. En 2006, il est parti avec lui à Anderlecht, où il a travaillé avec les jeunes pendant dix ans. Aujourd'hui, il occupe de nouveau le poste de coordinateur des jeunes au Lierse. Qu'avez-vous remarqué, chez le jeune Romelu, qui le prédisposait à un passage à Anderlecht? Sa motivation. Il était souvent à mes côtés dans la voiture, car je suis allé le chercher à Wintam pour l'amener au Lierse. Il voulait être le meilleur à chaque entraînement. Cette mentalité de vainqueur explique en grande partie sa réussite. Car tout n'a pas été facile pour lui au Lierse. Il a souvent été victime de préjugés. Plus le racisme, qui l'a poursuivi jusqu'en équipe nationale, et contre lequel il s'est toujours battu. À tel point qu'il y a quelques années, il a même envisagé de mettre un terme à sa carrière internationale. Il n'en pouvait plus d'être encore sifflé, après toutes ces années. Lorsque le Lierse s'est retrouvé au bord de la faillite, je l'ai emmené à Anderlecht, avec cinq ou six autres joueurs. Son père, Roger, était fan du Standard, mais Romelu lui-même voulait aller à Bruxelles. Là-bas, la première chose qu'il a entendue, ça a été: "Encore un de ces joueurs typiques du Lierse, grands et forts". Dans les catégories de jeunes inférieures, on voyait davantage en lui un joueur de flanc qu'un attaquant de pointe. Il a constamment dû lutter contre les doutes. Sa force mentale et sa stabilité ont aidé à sa réussite. Il ne s'est jamais laissé abattre, il a toujours gardé sa motivation et sa bonne humeur. Au Lierse, il avait l'impression d'être une exception. Ce n'est que dans le monde multiculturel d'Anderlecht qu'il s'est réellement épanoui. On a beaucoup travaillé avec lui, surtout dans l'ancienne salle couverte voulue par Tomislav Ivic: ses contrôles de balle, ses mouvements de pivot, etc. J'ai toujours cru en lui, mais je n'aurais jamais imaginé qu'un jour, tout le jeu de l'Inter serait basé sur lui. Il était déjà le directeur de la formation des jeunes d'Anderlecht lorsque Lukaku est arrivé du Lierse en 2006. Est-il exact que Romelu a failli atterrir au Standard plutôt qu'à Anderlecht lorsqu'il a quitté le Lierse? Je me souviens que Roger nous a mis sous pression après un an, en nous montrant des propositions d'internats de grands clubs étrangers. Nos jeunes talents Dries Mertens et Sven Kums passaient plus de temps dans le bus qui les amenait à la Topsportschool de Louvain que sur les terrains d'entraînement. Nous avons pris conscience que si nous ne trouvions pas rapidement une meilleure solution pour combiner le football et l'école, nous allions perdre Romelu. C'est ainsi qu'est né le programme Purple Talents, un accord de collaboration avec des écoles des environs. Nous le devons donc à Romelu. Ce que je retiens de ces années où il a débuté, c'est son envie insatiable de trouver le chemin du but. De ce point de vue-là, il n'a pas changé. Avec les années, il est devenu un footballeur plus complet, et je ne me prive jamais d'en faire la remarque aux autres joueurs de Neerpede: on peut toujours apprendre et ajouter d'autres facettes à son jeu. Romelu a diversifié sa palette. Tous les entraîneurs ont beaucoup travaillé avec lui pour développer ses aptitudes techniques, et il était demandeur. Il voulait toujours progresser. Le gardien d'Anderlecht était dans le but lors du tout premier match international de Romelu Lukaku chez les U15, et l'a retrouvé bien plus tard chez les Diables rouges. Qu'avez-vous retenu de cette période avec Romelu, lorsque vous aviez quatorze ans? Qu'il y a quelques années, lorsque j'ai été appelé chez les Diables rouges alors que je n'étais que le modeste gardien d'Eupen, il est venu vers moi en me disant: "Hé, Hendrik, comment ça va après toutes ces années?" Comme si les U15, c'était hier. Cette réaction chaleureuse démontre le caractère de Romelu. À l'époque, il n'était encore qu'un diamant brut, qui devait encore être poli. Il a beaucoup travaillé pour se perfectionner. Et il l'a fait de lui-même. Je le constate encore aujourd'hui chez les Diables: il se demande toujours ce qu'il peut faire pour encore progresser. La grande clé de sa réussite, c'est le fait qu'il n'a jamais cessé de travailler. Il a donné sa chance à Lukaku en équipe première d'Anderlecht. Qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans le parcours de Romelu jusqu'à aujourd'hui? Le fait qu'il a longtemps eu une relation très compliquée avec l'équipe nationale. C'était déjà le cas lorsqu'il était jeune, lorsqu'on le considérait davantage comme un flanc gauche que comme un attaquant de pointe. Il s'en était offusqué, au point qu'à un moment donné, il ne voulait plus être sélectionné dans les équipes nationales de jeunes. Finalement, le problème a été résolu parce qu'un étranger, Dick Advocaat, l'a convoqué sans préjugé. Romelu n'en a jamais beaucoup parlé, même pas à moi. Tout comme il ne s'est jamais plaint lorsque, en équipe nationale A, il a longtemps été sifflé. Il n'en demeure pas moins qu'il y a quelques années, il était décidé à mettre un terme à sa carrière. Romelu veut résoudre ce genre de problème lui-même. Il encaisse et réagit avec des actes plutôt qu'avec des paroles. Et plus précisément avec ce qui est le plus important dans le football: inscrire des buts. Il a joué à Anderlecht avec le jeune Romelu Lukaku qui venait d'intégrer le noyau. Avez-vous blagué avec lui, à l'époque? Je ne m'en souviens pas. Romelu avait déjà une forte présence physique, mais n'était encore qu'un jeune talent qui devait progresser. Mais il était avide d'apprendre et se donnait toujours à fond à l'entraînement. La dernière fois que j'ai joué contre lui, c'était lors d'un match amical à Los Angeles, alors qu'il venait de débarquer à Manchester United. C'était déjà beaucoup plus difficile de défendre face lui, mais il était resté le chouette gars que j'avais connu plus tôt. Romelu a toujours gardé le coeur sur la main et les pieds sur terre. Il a joué, tout comme Jelle Van Damme, avec le jeune Romelu à Anderlecht. Qu'avez-vous retenu du Romelu d'autrefois? Grâce à sa puissance physique, il était déjà l'un des meilleurs à l'entraînement, mais depuis le début, il s'est montré très respectueux, avide d'apprendre et très coachable. Il était déjà très ambitieux à l'époque, travaillait dur et restait souvent sur le terrain après l'entraînement. Il était obsédé par les statistiques et les trophées, un point commun avec Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. La déception qui se lisait sur son visage, après avoir échoué en finale de l'Europa League l'an passé, en dit long sur ses ambitions. Romelu était très populaire dans le groupe, s'intéressait à tout et s'entendait bien avec tout le monde. Il riait tout le temps. Comme il était très respectueux, on le respectait aussi. Aujourd'hui encore, lorsque je lui envoie un message, il me répond toujours. Et chaque année, il me souhaite un bon anniversaire. Il a coaché Romelu Lukaku à cinq reprises en équipe nationale Espoirs. Avez-vous été surpris que Romelu quitte aussi rapidement les Espoirs pour intégrer l'équipe nationale A? Je ne l'ai eu à ma disposition que pour quelques matches en 2009, car il a rapidement été appelé chez les A. Lorsque vous avez goûté aux Diables rouges, il est préférable de ne plus revenir en Espoirs, car ce n'est plus aussi motivant. J'ai gardé plus de souvenirs de lui à l'entraînement qu'en match. Ses frappes faisaient sensation. Il ne se contentait pas de frapper fort, il savait aussi utiliser sa technique. J'ignorais encore quel niveau il allait atteindre. On ne peut jamais savoir si un jeune de 18 ans gardera la même motivation au fil des années. Ce qu'il réussit en Italie, il le doit également à un entraîneur qui lui voue une confiance aveugle. Il a été appelé en équipe nationale par Dick Advocaat, lors du dernier match du Néerlandais contre la Croatie en février 2010, en même temps qu'un autre débutant, le jeune Romelu Lukaku. Lequel de vous deux était le plus nerveux pour votre première sélection? Avez-vous chanté une chanson pour vos débuts? Romelu a chanté et j'ai raconté une blague. Pour moi, ça a été une expérience fantastique. Je m'étais retrouvé à l'arrière droit à Zulte Waregem, parce que le titulaire était blessé, et quelques mois plus tard, j'étais appelé en équipe nationale à ce poste. Romelu n'avait encore que 17 ans, moi j'en avais 23, et je ne jouais que à Zulte Waregem. C'était le point d'orgue de ma carrière. Pour lui, ce n'était que le début. Il a succédé à Advocaat comme sélectionneur des Diables rouges et a convoqué Lukaku pour son deuxième match, le 19 mai 2010. Quel type d'attaquant était-il à cette époque? Son deuxième match était un amical contre la Bulgarie, devant 7.000 spectateurs payants et 6.000 invités. Il avait envie d'apprendre, il observait constamment ses aînés. Je trouvais qu'il ressemblait encore à un gros nounours, avec beaucoup de points à travailler, mais il n'a jamais rechigné. Romelu était un perfectionniste. C'est bien, mais parfois il en faisait trop, il fallait le freiner. Lorsqu'on demandait de répéter cent fois le même exercice, il avait tendance à le faire deux cents fois, si on ne le freinait pas. Avec De Sart, nous avons convenu de ne pas lui faire faire constamment la navette entre les Espoirs et l'équipe A. Romelu était très impatient, c'est une caractéristique que l'on retrouve fréquemment chez les perfectionnistes. Par exemple, lorsqu'il ne jouait pas ou peu à Chelsea, il s'impatientait. Il voulait avancer. La patience, c'est une vertu qu'il a fallu lui inculquer. Et freiner, c'est un mot que l'on ne retrouvait pas dans son dictionnaire. Il voulait aller trop vite, tout réaliser à court terme, oubliait parfois qu'il n'avait que 18 ans. Il était cependant ouvert à la discussion, il a toujours été un chouette gars. Lorsque ça ne tournait pas, il venait souvent chercher le ballon. Or, cela l'empêchait d'utiliser sa principale qualité: foncer dans l'espace. Son premier but chez les Diables, en déplacement en Russie, l'a libéré. Ce jour-là, il a déposé sa carte de visite internationale. Il aime aussi aider les autres, il veut se sentir apprécié. Antonio Conte l'a bien compris. Je trouve qu'il a pris un pari osé en quittant l'Angleterre. Notre gros nounours est devenu un grand Monsieur. Responsable de la communication chez les Diables rouges. Trouvez-vous que Romelu Lukaku a beaucoup changé depuis que vous l'avez rencontré pour la première fois? Je retiens surtout qu'il est devenu un vrai leader, un rôle qu'il remplit aussi sur le terrain. Ce qui me frappe également, ce sont ses connaissance, sa capacité à emmagasiner les données. Lors du dernier stage en novembre 2019, on a organisé un quiz. L'une des questions était: qui a marqué lors du 8-1 contre Saint-Marin en 2019? Il a cité tous les buteurs, même celui qui a marqué contre son camp. Mieux encore: après le match amical contre le Costa Rica, avant la Coupe du monde en Russie, mon fils a pu poser en photo avec Romelu et un ami. Cet ami avait encore joué contre Romelu lors d'une compétition scolaire, plus de dix ans auparavant. Romelu se souvenait encore de tous les détails de ce match. Il n'avait pas oublié que l'arbitre avait été très mauvais ce jour-là. En plus, il est doué pour les langues. Chaque année, j'ai l'impression qu'il devient encore plus polyglotte. Il parle couramment de nombreuses langues, comme si elles étaient toutes sa langue maternelle: le français, le néerlandais, le lingala, l'anglais, l'espagnol, le portugais et maintenant l'italien. Ces dernières années, il est devenu plus adulte. Ça se reflète dans le regard qu'il porte sur son sport, avec des observations critiques sur tous les changements tactiques - je pense qu'il deviendra un très bon entraîneur, plus tard - mais aussi sur l'impact de son sport sur la société et son combat personnel contre le racisme. Ne sous-estimez pas sa culture générale et sa mentalité de vainqueur. Ce quiz qu'on avait organisé, il voulait à tout prix le gagner. Il sautait chaque fois qu'il accentuait l'avance de son équipe. Thierry Henry était de la même trempe. Ils discutaient du moindre détail parce qu'ils voulaient toujours avoir raison. Ancien entraîneur du RWDM et scout de Chelsea depuis la nuit des temps. Vous avez vu à l'oeuvre de nombreux jeunes talents durant votre carrière. Pourquoi avez-vous conseillé à Chelsea d'acheter directement Romelu? Romelu est et reste mon attaquant préféré. J'ai eu mal au coeur lorsqu'il a quitté Chelsea. Il est parti parce que José Mourinho ne l'alignait pas, car il le trouvait trop jeune. Mon ami Frans Bouwmeester effectuait toujours des missions de scouting pour moi. Un jour, il est venu me trouver et m'a dit: "Viens, on prend la voiture, car il y a un gamin en or à Anderlecht". On est allés à un tournoi auquel Romelu participait alors qu'il avait quinze ans. Je voulais le prendre directement, mais je n'y suis pas parvenu tout de suite. J'ai continué à le suivre. Lukaku n'était pas seulement un joueur fantastique, c'était aussi une personne fantastique: très ouvert, une véritable bête de football animée d'une vision et d'une motivation incroyables. Il prenait énormément de plaisir à jouer. Il frappait de toutes les positions, du gauche, du droit, de la tête. Il avait tout. À Everton, toutes ces qualités se sont rapidement exprimées. Il est donc revenu à Chelsea, où il s'est entraîné de façon formidable durant la préparation, mais devant, il était barré par Didier Drogba, un monument. Mourinho trouvait que Lukaku était bon, mais estimait qu'il devait attendre son tour. Romelu, lui, voulait jouer. Il aurait pu réussir à Chelsea, car après Drogba, aucun autre attaquant n'est arrivé dans ses parages. J'ai encore essayé de le faire revenir, mais il était déjà sous contrat à Manchester United. Dommage. Assistant-coach à Everton où son frère Ronald était entraîneur lorsque Lukaku a débarqué... pour la deuxième fois. Que reste-t-il aujourd'hui du Romelu Lukaku que vous avez connu à Everton? Sa verticalité, sa manière de foncer droit vers le but, sans aucun détour. Il était obnubilé par le fait d'inscrire des buts, y compris à l'entraînement. Je n'ai connu aucun autre joueur qui était aussi direct dans sa finition. Il travaillait énormément cet aspect du jeu, s'adonnait souvent à des séances d'entraînement supplémentaires, sans qu'on le lui demande: frapper en force, mais aussi en finesse, centrer, contrôler le ballon, rentrer dans le jeu, pivoter: il ne négligeait aucun détail pour s'améliorer. Et oui, c'était un garçon très gentil, apprécié de tous. Parce que c'était une bonne personne, mais aussi parce qu'il offrait la garantie de vingt à 25 buts par saison. À United, j'ai été surpris qu'on n'ait pas été patient avec lui et qu'on ne lui ait pas fait confiance. Pour lui, ressentir la confiance est très important. Je suis content d'avoir pu travailler une année avec lui. Si je suis surpris qu'il ait aussi bien réussi en Italie? Avec ses qualités, il peut réussir partout. Il a joué avec Lukaku chez les Espoirs nationaux et chez les Diables rouges. Reconnaissez-vous encore le Romelu que vous avez côtoyé chez les Espoirs? Il a appris à sentir le bon moment: quand temporiser et quand plonger dans l'espace. Sa vitesse, surtout, est impressionnante, étant donné son gabarit. Heureusement pour lui, sur ce corps musclé, il y a une bonne tête. Il a toujours ce désir de s'améliorer, sa motivation est incroyable. Il n'est jamais satisfait. Mais il est resté un bon garçon, à l'esprit clair. Il n'a jamais de caprices de vedettes, il est toujours à l'écoute des autres, avec un seul objectif: continuer à apprendre. Éditoraliste néerlandais, ancien team manager de l'Ajax et fervent supporter de l'Inter depuis sa plus tendre enfance. Il a écrit un livre sur les Nerazzuri. Avez-vous été surpris lorsque l'Inter a recruté Lukaku? Lorsqu'il est arrivé, oui, j'étais un peu surpris. L'Inter avait-elle besoin d'un attaquant aussi atypique pour le championnat d'Italie? Mais il m'a réellement étonné. Je trouve que Lukaku est un phénomène, précisément parce qu'il est différent de l'attaquant-type de Serie A. Il sait également entraîner une équipe derrière lui. À l'Inter, tout le monde joue pour le mettre en bonne position. Antonio Conte s'est rendu compte qu'il pouvait bâtir une équipe performante autour d'un tel joueur. L'Inter s'est adaptée à Lukaku, et pas l'inverse. Si l'Inter s'était adaptée à Lautaro Martínez, l'équipe aurait joué vingt mètres plus haut, mais elle ne l'a pas fait. L'Inter joue donc vingt mètres plus bas pour offrir de l'espace à Lukaku. L'Inter a remporté le titre, il est le héros de l'équipe, son porte-drapeau. Chez les Diables, par contre, il y a tellement de joueurs de qualité que je ne pense pas qu'ils s'adapteront à lui. Il a débuté comme attaché de presse à Anderlecht lorsque Lukaku a intégré le noyau A. Quelle impression a fait le jeune Romelu sur le nouvel attaché de presse que vous étiez? Ma première saison à Anderlecht a coïncidé avec l'éclosion de Romelu Lukaku, qui avait seize ans à l'époque. Un enfant avec un corps de géant. Un enfant intelligent. Romelu est un vrai champion. Animé d'un souci de perfection qui n'est pas donné à tout le monde. Il veut toujours repousser la barre plus haut. S'il a terminé la saison avec quinze buts, il voudra en inscrire vingt la saison suivante. Big Rom veut toujours s'améliorer, y compris en dehors du terrain. Il était suspendu à mes lèvres lorsque je le briefais sur l'interview qu'il allait donner. Lukaku veut toujours apprendre. Il n'avait pourtant pas besoin d'être très encadré. Car il est intelligent. C'est ça, son secret. C'est le Eddy Merckx du football belge. Il veut être le meilleur. Romelu est à l'image d'Anderlecht: il veut toujours gagner, et avec la manière. Même Merckx avait énormément de détracteurs, c'est incompréhensible. Les critiques, non fondées à mon sens, sont sans doute dues à la mentalité belge, où l'on préfère le statut d' underdog. On préfère les athlètes qui accusent des faiblesses et connaissent des contretemps. Mais ces critiques le rendent plus fort. Plus on s'acharne sur Romelu Lukaku, plus il atteint de nouveaux objectifs. En Italie, c'est déjà un Dieu. À juste titre.