Quelques secondes avant les filets, ce sont les gants de Yohann Thuram qui tremblent. Benjamin De Ceulaer profite du cadeau, puis surgit une seconde fois pour offrir à Westerlo trois points précieux sur la pelouse de Sclessin. La onzième journée de championnat prend fin, et il faut descendre jusqu'au dernier rang pour retrouver la trace des Liégeois. Lanterne rouche.

Épargné par des supporters qui n'avaient pas fait preuve de la même tolérance envers Roland Duchâtelet une saison plus tôt, Bruno Venanzi fait tout de même grise mine. Le nouveau président des Rouches ne déclarait-il pas, dans la foulée de sa prise de fonction, que " le Standard se doit toujours de viser le top 3 ", et que " pour un club comme le nôtre, un trophée tous les deux ans est le minimum " ?

Les mots semblent alors sortis de la bouche d'un supporter rêveur, plutôt que d'un président réaliste. Comme si Venanzi oubliait que lors des quatre saisons de l'ère Duchâtelet, le Standard n'avait pas garni sa vitrine, malgré un titre manqué d'un souffle en 2014 après l'effondrement des hommes de Guy Luzon en play-offs.

Depuis 2011, et le chant du cygne commun de Lucien D'Onofrio, Steven Defour et Axel Witsel en rouche, sous forme d'une Coupe de Belgique remportée face à... Westerlo, le club mosan court après son palmarès. Le nouveau président compte bien y remédier, et cherche à s'entourer au mieux pour ramener le Standard vers une place plus digne de son statut.

LES ANNÉES NOIRES

Devenu l'un des hommes de confiance de Duchâtelet, Axel Lawarée ne résiste pas longtemps au festival de nouvelles têtes dans l'entourage de Venanzi. Le premier siège éjectable était pour Slavo Muslin, coach choisi par l'ancien président et rapidement remplacé par Yannick Ferrera, débauché à Saint-Trond après un départ canon à la tête des Canaris.

En tribune d'honneur, la présence incontournable d'Eric Gerets laisse un temps envisager un poste en vue pour le Lion de Rekem, mais c'est une autre figure marquante du football belge qui hérite finalement du poste de " conseiller du président ".

Daniel Van Buyten, qui avait déjà partagé sa table avec Venanzi au soir de son succès en Ligue des Champions avec le Bayern en 2013 grâce à leur ami commun Christophe Henrotay, débarque à Sclessin avec des pouvoirs aussi élevés que ses ambitions.

" Daniel veut ramener le Standard en Ligue des Champions ", déclare le président au printemps 2016, la Coupe de Belgique à la main et le sourire aux lèvres.

Ni Ferrera, ni Van Buyten ne survivent à l'hiver suivant. Le coach était déjà sur la sellette après avoir raté les play-offs 1. Les décideurs liégeois avaient d'ailleurs rencontré Mircea Rednic pour lui succéder, mais la victoire face au Bruges de Michel Preud'homme en finale de la Coupe avait offert un trophée aux Rouches et un sursis au coach liégeois, malgré les réticences de Daniel Van Buyten et d'Olivier Renard, nouveau venu dans l'organigramme.

Faire revenir Michel, c'était la clé pour construire quelque chose. Il a le leadership, le charisme et une vision. " - Alexandre Grosjean

L'ancien gardien aura le dernier mot, d'abord en remplaçant Ferrera par Aleksandar Jankovic, puis en voyant Big Dan quitter la maison liégeoise après des derniers mois marqués par des divergences d'opinion répétées. Quel aura vraiment été l'apport de celui que d'aucuns, au sein du club, surnommaient L'Allemand pour ses références répétées à son passé avec Pep Guardiola ?

Bruno Venanzi veut un Standard qui vise invariablement le top., Le Standard version 2019-20 a de l'allure.
Bruno Venanzi veut un Standard qui vise invariablement le top. © Le Standard version 2019-20 a de l'allure.

" Daniel avait vu en arrivant qu'il y avait un terrible laisser-aller ", explique Yannick Ferrera. " Des joueurs arrivaient au dernier moment pour l'entraînement, d'autres mangeaient une tartine de choco dix minutes avant de monter sur le terrain... Il n'y avait aucune discipline. "

" Le gros problème du Standard, c'est qu'il n'y a aucune stabilité ", diagnostique Ivan Santini, buteur héroïque de la finale vendu à Caen au cours de l'été suivant. " C'est dur d'avancer en travaillant comme ça. Tant que le Standard sera instable, il ne gagnera rien. " La saison, pourrie par un vestiaire instable et un collectif aux abonnés absents, est encore pire que la précédente. Il n'y a même plus les chips de la Croky Cup pour faire oublier l'absence de bière. Les Rouches se noient en play-offs 2, et Jankovic n'arrive même pas au bout de la saison. Les tribunes, vides, sont devenues plus résignées que contestataires, véritable signe d'un amour en péril.

Le Standard version 2019-2020 emmène le peloton des outsiders et paraît prêt à enchaîner un troisième podium de rang.

LE RETOUR DE LA GRINTA

Olivier Renard dresse un constat catégorique : " Il manque quelques profils, il manque de la révolte. " Son président lui emboîte le pas : " Quand il y avait un Conçeição ou un Dragutinovic dans le vestiaire, c'était très différent. C'est ce genre de joueurs qui ont ramené la grinta au Standard. "

Prêt à ouvrir le portefeuille pour séduire son futur coach, Venanzi essaie d'attirer l'ancien Soulier d'or portugais, mais mise finalement sur l'énergie de son compatriote Ricardo Sa Pinto, dont les missions précédentes ont pourtant toujours tourné au court terme. Dans le même temps, il offre également des contrats princiers à Sébastien Pocognoli et Paul-José Mpoku, ramenés au bercail pour réveiller l'esprit endormi du géant principautaire.

Michel Preud'homme est l'homme de la situation sur le banc., Le Standard version 2019-20 a de l'allure.
Michel Preud'homme est l'homme de la situation sur le banc. © Le Standard version 2019-20 a de l'allure.

" Je pense que pour coacher au Standard, il faut être un peu fou ", avait un jour déclaré Mpoku. Pas d'erreur de casting avec Sa Pinto. Il suffit de quelques semaines au Portugais pour être en guerre avec tout le monde, et de l'arrivée de Mehdi Carcela au coeur de l'hiver pour transformer la guerilla rouche en machine de guerre. Le Standard est inexplicable et injouable.

" Ricardo s'est avéré être le meilleur choix pour le court terme, parce qu'il a su fédérer autour de lui ", raconte Venanzi avec le recul d'une saison finalement réussie (victoire en Coupe et titre de vice-champion). Pourtant, en octobre, la tension était à son comble et le président avait rencontré plusieurs candidats pour relayer le Portugais, dont Yves Vanderhaeghe. Finalement, Venanzi et Renard avaient décidé de faire confiance à Ricardo Coeur-de-Lion, pour éviter de replonger le club dans le tourbillon de l'instabilité permanente.

Un choix courageux au beau milieu d'une période avare en bons résultats, et d'une atmosphère qui surprend même un routinier des tribunes comme Pocognoli : " La pression, je ne me rendais pas compte qu'elle avait autant gonflé. En quatre ans, le niveau d'électricité dans le club a explosé. "

" Bruno est occupé à faire les choses de façon réfléchie, il a un plan. Mais ça ne va peut-être pas aussi vite que ce que les gens voudraient ", explique Paul-José Mpoku, très proche du président et spectateur privilégié de l'impatience liégeoise. Venanzi l'affirmait déjà dans la foulée de son premier trophée en bord de Meuse : " On essaie de faire des plans à moyen ou à long terme mais dans un club comme le Standard, il suffit de deux défaites d'affilée pour que certaines personnes se demandent s'il ne faut pas tout remettre en cause. "

LA STABILITÉ PAR MICHEL

Malgré sa deuxième Coupe et ses premiers play-offs 1, qui offrent au club un premier podium en quatre ans, Venanzi décide donc de se séparer d'un coach qui a réussi sa mission pour entamer une ère de stabilité sous les ordres de Michel Preud'homme. Le retour de l'entraîneur qui avait ramené le titre à Sclessin 25 ans après est évidemment entouré d'une aura qui protégera l'équipe des grognements parfois intempestifs des tribunes. MPH revient avec des pouvoirs presque illimités, et une légitimité hors-normes, rappelée par son président : " On a remplacé un coach instable par un coach qui n'a jamais été licencié. "

À Liège, on ne parle plus que de projet et de stabilité. Michel Preud'homme lance le mot d'ordre dès sa conférence de presse inaugurale : " L'important n'est pas de faire un one-shot, c'est de stabiliser le club au top. " Alexandre Grosjean, l'un des rares survivants de 2015, embraie : " Aujourd'hui, on veut avancer à travers un projet et plus dans la précipitation. Faire revenir Michel, c'était la clé pour construire quelque chose. Il a le leadership, le charisme et une vision. "

Dans ses bagages, Preud'homme emmène Emilio Ferrera, garant d'un football de circuits censé effacer du jeu liégeois les symptômes d'irrégularité trop souvent aperçus la saison précédente. Personne, au sein des têtes pensantes du club, n'a oublié que les exploits du printemps sont nés d'un miracle en seconde période face à Ostende, lors du dernier match de la phase classique. Laissé sur le banc au coup d'envoi, Mehdi Carcela avait imposé sa montée au jeu à la mi-temps, pour renverser le match en 45 minutes et écrire la première page d'un sprint final exceptionnel seulement interrompu par un but de Jelle Vossen synonyme de titre brugeois.

L'important n'est pas de faire un one-shot mais de stabiliser le club au top. " - Michel Preud'homme

Entre le méticuleux tacticien bruxellois et les talents irréguliers de la Principauté, la sauce ne prend jamais. C'est donc un nouveau ménage qui se prépare en coulisses à Liège, pendant que le Standard sauve des play-offs laborieux à la dernière journée, terminant sur le podium pour la deuxième saison consécutive. Une première depuis la fin des années 2010, quand la régularité du club l'avait finalement mené à deux titres de rang.

Le début de l'été est marqué par les départs d'Emilio Ferrera, remplacé par Mbaye Leye dans un staff où l'idée directrice est à nouveau dictée par Preud'homme, et d'Olivier Renard, effacé par le coach omnipotent dans le processus de recrutement. Une fois encore, Venanzi a testé la cohabitation de deux têtes pensantes pour la stratégie sportive du club, avant de trancher dans le vif au bout de quelques mois de cohabitation.

PODIUMS EN SÉRIE

Ses pouvoirs renforcés, Preud'homme lance le mercato le plus tôt possible. Une deuxième révolution en autant de saisons, un an après avoir été plus calme que jamais ces dernières saisons sur le grand marché d'été. Cette fois, le Standard bouge beaucoup, mais assez tôt pour avoir les idées claires dès le coup d'envoi. Les titres successifs de Bruges et de Genk, auteurs de départs en fanfare, ont rappelé l'importance de réussir ses débuts lors de la phase classique, même si le Standard n'a jamais été aussi brillant en play-offs que quand il démarrait le sprint final dans le costume de l'outsider.

Construit pour le football de Michel Preud'homme, à base de centres, de profondeur et de courses verticales, le noyau du Standard semble laisser une place à Mehdi Carcela, pourtant placé sur la liste des joueurs à transférer voici quelques semaines. Favori des tribunes et capable, comme aucun de ses coéquipiers, de faire basculer l'histoire d'un match, l'international marocain s'est refait une réputation auprès des décideurs sportifs, bien moins pressés à l'idée de le voir quitter le club.

Par contre, Mpoku et Pocognoli, onéreux garants de " l'esprit Standard " souvent relégués en tribunes, sont toujours sur le marché. Après avoir accompli leur mission grinta, les deux hommes sont aujourd'hui considérés comme excédentaires au sein d'un Standard qui semble reconstruit psychologiquement.

Sorti parfaitement des starting-blocks pour la fameuse deuxième saison de Michel Preud'homme avant le couac à Saint-Trond, le Standard semble enfin avoir digéré le changement de règne de 2015 et les premiers épisodes tumultueux de l'ère Venanzi. Le président, arrivé au premier plan après des débuts discrets pour démêler le conflit entre Olivier Renard et Daniel Van Buyten, semble retourné dans l'ombre décisionnelle pour laisser les clés de la maison rouche à son vice-président de coach, habitué à tout gérer depuis l'époque de son omnipotence brugeoise.

Si l'impressionnante armada des Blauw en Zwart empêche tout autre club d'être considéré comme un candidat au titre, le Standard version 2019-2020 emmène probablement le peloton des outsiders, et paraît prêt à enchaîner un troisième podium de rang. En slalomant entre les crises et les critiques, Bruno Venanzi aurait donc relevé son pari, en ramenant les Rouches vers les sommets du football national. Risible après deux saisons manquées, sa déclaration d'investiture qui précisait que " le Standard se doit toujours de viser le top 3 " s'est en tout cas transformée en réalité. Si Daniel Van Buyten n'a pas réussi à ramener les Liégeois en Ligue des Champions, Michel Preud'homme semble s'être bien armé pour relever le défi.

Les hommes du président

En un peu plus de quatre années de présidence, Bruno Venanzi a fait évoluer son entourage à maintes reprises, se séparant de plusieurs associés après des collaborations plus ou moins fructueuses. Retour sur les figures marquantes du règne du président des Rouches.

AXEL LAWARÉE

Devenu l'homme de confiance de Roland Duchâtelet lors de discussions avec le Standard alors qu'il était l'agent de Felice Mazzù, celui qui était devenu l'un des décideurs sportifs majeur du club lors du changement de présidence n'a pas résisté longtemps face aux réseaux de Daniel Van Buyten et à l'aura de l'ancien du Bayern. L'ex-attaquant n'avait pas la personnalité et l'autorité suffisantes pour assumer une telle fonction en des temps tumultueux.

CHRISTOPHE HENROTAY

Ami de longue date de Venanzi, il était l'agent de la maison lors des premières années de la nouvelle présidence. Artisan principal des venues de Van Buyten, puis d'Olivier Renard. À l'initiative de nombreux transferts, notamment celui de Matthieu Dossevi, il a perdu son pouvoir au sein du club quand Van Buyten a été poussé vers la sortie suite à ses divergences d'opinion avec Olivier Renard.

DANIEL VAN BUYTEN

Annoncé en grandes pompes, avec un salaire royal et un titre de " conseiller du président " qui lui permettait de prendre des initiatives en solo dans de nombreux domaines de la gestion sportive, il n'a jamais véritablement pu justifier ses émoluments royaux, même si ses relations avec Christophe Henrotay ont permis au club de réaliser quelques bons coups. Au moment de trancher entre Renard et lui, Venanzi a opté pour l'ancien gardien.

OLIVIER RENARD

Après une rencontre avec Henrotay lors d'un match en Roumanie, il était devenu le nouveau directeur sportif du Standard suite au départ de Lawarée. Au bout d'une lutte interne avec Van Buyten, il a eu la voie libre et la confiance du président Venanzi, dégotant quelques joueurs au profil intéressant comme Konstantinos Laifis ou Razvan Marin. L'arrivée de Preud'homme l'a fait faire un pas de côté dans la hiérarchie, et les désaccords répétés l'ont poussé vers la sortie.

MICHEL PREUD'HOMME

Arrivé avec les pleins pouvoirs et une mission à long terme, seuls moyens de le faire revenir en bord de Meuse, le coach belge n'a pas tardé à poser sa griffe sur le club. Ses rencontres avec Bruno Venanzi, en loges ou sur un parcours de golf, ont fait naître l'idée de ce retour orchestré par Mogi Bayat, à qui MPH avait confié ses intérêts. Avec les départs de Renard et d'Emilio Ferrera, son pouvoir sportif est devenu plus important que jamais.

MOGI BAYAT

Blacklisté du temps de Roland Duchâtelet, l'agent franco-iranien s'est progressivement réinstallé dans le club de la Principauté. D'abord prodigue en conseils généreux (" ne prends pas trop de Français ", avait-il dit au jeune président Venanzi), ensuite réintroduit dans les bureaux suite au transfert de Dieumerci Ndongala, et enfin agent le plus influent de la maison après avoir dirigé le retour au bercail de Preud'homme. Aujourd'hui, la plupart des deals entrants du dernier mercato portent sa griffe.

Quelques secondes avant les filets, ce sont les gants de Yohann Thuram qui tremblent. Benjamin De Ceulaer profite du cadeau, puis surgit une seconde fois pour offrir à Westerlo trois points précieux sur la pelouse de Sclessin. La onzième journée de championnat prend fin, et il faut descendre jusqu'au dernier rang pour retrouver la trace des Liégeois. Lanterne rouche. Épargné par des supporters qui n'avaient pas fait preuve de la même tolérance envers Roland Duchâtelet une saison plus tôt, Bruno Venanzi fait tout de même grise mine. Le nouveau président des Rouches ne déclarait-il pas, dans la foulée de sa prise de fonction, que " le Standard se doit toujours de viser le top 3 ", et que " pour un club comme le nôtre, un trophée tous les deux ans est le minimum " ? Les mots semblent alors sortis de la bouche d'un supporter rêveur, plutôt que d'un président réaliste. Comme si Venanzi oubliait que lors des quatre saisons de l'ère Duchâtelet, le Standard n'avait pas garni sa vitrine, malgré un titre manqué d'un souffle en 2014 après l'effondrement des hommes de Guy Luzon en play-offs. Depuis 2011, et le chant du cygne commun de Lucien D'Onofrio, Steven Defour et Axel Witsel en rouche, sous forme d'une Coupe de Belgique remportée face à... Westerlo, le club mosan court après son palmarès. Le nouveau président compte bien y remédier, et cherche à s'entourer au mieux pour ramener le Standard vers une place plus digne de son statut. Devenu l'un des hommes de confiance de Duchâtelet, Axel Lawarée ne résiste pas longtemps au festival de nouvelles têtes dans l'entourage de Venanzi. Le premier siège éjectable était pour Slavo Muslin, coach choisi par l'ancien président et rapidement remplacé par Yannick Ferrera, débauché à Saint-Trond après un départ canon à la tête des Canaris. En tribune d'honneur, la présence incontournable d'Eric Gerets laisse un temps envisager un poste en vue pour le Lion de Rekem, mais c'est une autre figure marquante du football belge qui hérite finalement du poste de " conseiller du président ". Daniel Van Buyten, qui avait déjà partagé sa table avec Venanzi au soir de son succès en Ligue des Champions avec le Bayern en 2013 grâce à leur ami commun Christophe Henrotay, débarque à Sclessin avec des pouvoirs aussi élevés que ses ambitions. " Daniel veut ramener le Standard en Ligue des Champions ", déclare le président au printemps 2016, la Coupe de Belgique à la main et le sourire aux lèvres. Ni Ferrera, ni Van Buyten ne survivent à l'hiver suivant. Le coach était déjà sur la sellette après avoir raté les play-offs 1. Les décideurs liégeois avaient d'ailleurs rencontré Mircea Rednic pour lui succéder, mais la victoire face au Bruges de Michel Preud'homme en finale de la Coupe avait offert un trophée aux Rouches et un sursis au coach liégeois, malgré les réticences de Daniel Van Buyten et d'Olivier Renard, nouveau venu dans l'organigramme. L'ancien gardien aura le dernier mot, d'abord en remplaçant Ferrera par Aleksandar Jankovic, puis en voyant Big Dan quitter la maison liégeoise après des derniers mois marqués par des divergences d'opinion répétées. Quel aura vraiment été l'apport de celui que d'aucuns, au sein du club, surnommaient L'Allemand pour ses références répétées à son passé avec Pep Guardiola ? " Daniel avait vu en arrivant qu'il y avait un terrible laisser-aller ", explique Yannick Ferrera. " Des joueurs arrivaient au dernier moment pour l'entraînement, d'autres mangeaient une tartine de choco dix minutes avant de monter sur le terrain... Il n'y avait aucune discipline. " " Le gros problème du Standard, c'est qu'il n'y a aucune stabilité ", diagnostique Ivan Santini, buteur héroïque de la finale vendu à Caen au cours de l'été suivant. " C'est dur d'avancer en travaillant comme ça. Tant que le Standard sera instable, il ne gagnera rien. " La saison, pourrie par un vestiaire instable et un collectif aux abonnés absents, est encore pire que la précédente. Il n'y a même plus les chips de la Croky Cup pour faire oublier l'absence de bière. Les Rouches se noient en play-offs 2, et Jankovic n'arrive même pas au bout de la saison. Les tribunes, vides, sont devenues plus résignées que contestataires, véritable signe d'un amour en péril. Olivier Renard dresse un constat catégorique : " Il manque quelques profils, il manque de la révolte. " Son président lui emboîte le pas : " Quand il y avait un Conçeição ou un Dragutinovic dans le vestiaire, c'était très différent. C'est ce genre de joueurs qui ont ramené la grinta au Standard. " Prêt à ouvrir le portefeuille pour séduire son futur coach, Venanzi essaie d'attirer l'ancien Soulier d'or portugais, mais mise finalement sur l'énergie de son compatriote Ricardo Sa Pinto, dont les missions précédentes ont pourtant toujours tourné au court terme. Dans le même temps, il offre également des contrats princiers à Sébastien Pocognoli et Paul-José Mpoku, ramenés au bercail pour réveiller l'esprit endormi du géant principautaire. " Je pense que pour coacher au Standard, il faut être un peu fou ", avait un jour déclaré Mpoku. Pas d'erreur de casting avec Sa Pinto. Il suffit de quelques semaines au Portugais pour être en guerre avec tout le monde, et de l'arrivée de Mehdi Carcela au coeur de l'hiver pour transformer la guerilla rouche en machine de guerre. Le Standard est inexplicable et injouable. " Ricardo s'est avéré être le meilleur choix pour le court terme, parce qu'il a su fédérer autour de lui ", raconte Venanzi avec le recul d'une saison finalement réussie (victoire en Coupe et titre de vice-champion). Pourtant, en octobre, la tension était à son comble et le président avait rencontré plusieurs candidats pour relayer le Portugais, dont Yves Vanderhaeghe. Finalement, Venanzi et Renard avaient décidé de faire confiance à Ricardo Coeur-de-Lion, pour éviter de replonger le club dans le tourbillon de l'instabilité permanente. Un choix courageux au beau milieu d'une période avare en bons résultats, et d'une atmosphère qui surprend même un routinier des tribunes comme Pocognoli : " La pression, je ne me rendais pas compte qu'elle avait autant gonflé. En quatre ans, le niveau d'électricité dans le club a explosé. " " Bruno est occupé à faire les choses de façon réfléchie, il a un plan. Mais ça ne va peut-être pas aussi vite que ce que les gens voudraient ", explique Paul-José Mpoku, très proche du président et spectateur privilégié de l'impatience liégeoise. Venanzi l'affirmait déjà dans la foulée de son premier trophée en bord de Meuse : " On essaie de faire des plans à moyen ou à long terme mais dans un club comme le Standard, il suffit de deux défaites d'affilée pour que certaines personnes se demandent s'il ne faut pas tout remettre en cause. " Malgré sa deuxième Coupe et ses premiers play-offs 1, qui offrent au club un premier podium en quatre ans, Venanzi décide donc de se séparer d'un coach qui a réussi sa mission pour entamer une ère de stabilité sous les ordres de Michel Preud'homme. Le retour de l'entraîneur qui avait ramené le titre à Sclessin 25 ans après est évidemment entouré d'une aura qui protégera l'équipe des grognements parfois intempestifs des tribunes. MPH revient avec des pouvoirs presque illimités, et une légitimité hors-normes, rappelée par son président : " On a remplacé un coach instable par un coach qui n'a jamais été licencié. " À Liège, on ne parle plus que de projet et de stabilité. Michel Preud'homme lance le mot d'ordre dès sa conférence de presse inaugurale : " L'important n'est pas de faire un one-shot, c'est de stabiliser le club au top. " Alexandre Grosjean, l'un des rares survivants de 2015, embraie : " Aujourd'hui, on veut avancer à travers un projet et plus dans la précipitation. Faire revenir Michel, c'était la clé pour construire quelque chose. Il a le leadership, le charisme et une vision. " Dans ses bagages, Preud'homme emmène Emilio Ferrera, garant d'un football de circuits censé effacer du jeu liégeois les symptômes d'irrégularité trop souvent aperçus la saison précédente. Personne, au sein des têtes pensantes du club, n'a oublié que les exploits du printemps sont nés d'un miracle en seconde période face à Ostende, lors du dernier match de la phase classique. Laissé sur le banc au coup d'envoi, Mehdi Carcela avait imposé sa montée au jeu à la mi-temps, pour renverser le match en 45 minutes et écrire la première page d'un sprint final exceptionnel seulement interrompu par un but de Jelle Vossen synonyme de titre brugeois. Entre le méticuleux tacticien bruxellois et les talents irréguliers de la Principauté, la sauce ne prend jamais. C'est donc un nouveau ménage qui se prépare en coulisses à Liège, pendant que le Standard sauve des play-offs laborieux à la dernière journée, terminant sur le podium pour la deuxième saison consécutive. Une première depuis la fin des années 2010, quand la régularité du club l'avait finalement mené à deux titres de rang. Le début de l'été est marqué par les départs d'Emilio Ferrera, remplacé par Mbaye Leye dans un staff où l'idée directrice est à nouveau dictée par Preud'homme, et d'Olivier Renard, effacé par le coach omnipotent dans le processus de recrutement. Une fois encore, Venanzi a testé la cohabitation de deux têtes pensantes pour la stratégie sportive du club, avant de trancher dans le vif au bout de quelques mois de cohabitation. Ses pouvoirs renforcés, Preud'homme lance le mercato le plus tôt possible. Une deuxième révolution en autant de saisons, un an après avoir été plus calme que jamais ces dernières saisons sur le grand marché d'été. Cette fois, le Standard bouge beaucoup, mais assez tôt pour avoir les idées claires dès le coup d'envoi. Les titres successifs de Bruges et de Genk, auteurs de départs en fanfare, ont rappelé l'importance de réussir ses débuts lors de la phase classique, même si le Standard n'a jamais été aussi brillant en play-offs que quand il démarrait le sprint final dans le costume de l'outsider. Construit pour le football de Michel Preud'homme, à base de centres, de profondeur et de courses verticales, le noyau du Standard semble laisser une place à Mehdi Carcela, pourtant placé sur la liste des joueurs à transférer voici quelques semaines. Favori des tribunes et capable, comme aucun de ses coéquipiers, de faire basculer l'histoire d'un match, l'international marocain s'est refait une réputation auprès des décideurs sportifs, bien moins pressés à l'idée de le voir quitter le club. Par contre, Mpoku et Pocognoli, onéreux garants de " l'esprit Standard " souvent relégués en tribunes, sont toujours sur le marché. Après avoir accompli leur mission grinta, les deux hommes sont aujourd'hui considérés comme excédentaires au sein d'un Standard qui semble reconstruit psychologiquement. Sorti parfaitement des starting-blocks pour la fameuse deuxième saison de Michel Preud'homme avant le couac à Saint-Trond, le Standard semble enfin avoir digéré le changement de règne de 2015 et les premiers épisodes tumultueux de l'ère Venanzi. Le président, arrivé au premier plan après des débuts discrets pour démêler le conflit entre Olivier Renard et Daniel Van Buyten, semble retourné dans l'ombre décisionnelle pour laisser les clés de la maison rouche à son vice-président de coach, habitué à tout gérer depuis l'époque de son omnipotence brugeoise. Si l'impressionnante armada des Blauw en Zwart empêche tout autre club d'être considéré comme un candidat au titre, le Standard version 2019-2020 emmène probablement le peloton des outsiders, et paraît prêt à enchaîner un troisième podium de rang. En slalomant entre les crises et les critiques, Bruno Venanzi aurait donc relevé son pari, en ramenant les Rouches vers les sommets du football national. Risible après deux saisons manquées, sa déclaration d'investiture qui précisait que " le Standard se doit toujours de viser le top 3 " s'est en tout cas transformée en réalité. Si Daniel Van Buyten n'a pas réussi à ramener les Liégeois en Ligue des Champions, Michel Preud'homme semble s'être bien armé pour relever le défi.