Le malentendu s'explique en un coup de talon. Celui que Radja Nainggolan a popularisé dans ses highlights italiens et ses apparitions internationales. Un tacle télégénique qui bloque le ballon entre le talon et la cuisse pour le garder en jeu, et transformer la récupération en geste offensif. Comme un témoignage discret que le Ninja pense avant tout au but adverse. Les coaches de ses meilleures années italiennes l'ont compris: si la signature du Diable rouge est un tacle, sa place de prédilection est plus proche de la surface adverse que de la sienne. Rudi Garcia, puis Luciano Spalletti l'installaient dans une position où les dialogues avec Edin Dzeko étaient plus fréquents que ceux avec Daniele ...

Le malentendu s'explique en un coup de talon. Celui que Radja Nainggolan a popularisé dans ses highlights italiens et ses apparitions internationales. Un tacle télégénique qui bloque le ballon entre le talon et la cuisse pour le garder en jeu, et transformer la récupération en geste offensif. Comme un témoignage discret que le Ninja pense avant tout au but adverse. Les coaches de ses meilleures années italiennes l'ont compris: si la signature du Diable rouge est un tacle, sa place de prédilection est plus proche de la surface adverse que de la sienne. Rudi Garcia, puis Luciano Spalletti l'installaient dans une position où les dialogues avec Edin Dzeko étaient plus fréquents que ceux avec Daniele De Rossi. Quand le charisme hors normes de l'Anversois revient sur sa terre natale et entre les mains de BrianPriske, le Danois n'a pas d'autre choix que celui de lui faire une place au coeur du jeu. Si l'ancien coach de Midtjylland aurait probablement adoré le Ninja des grandes années, sans même jeter un oeil à son CV, le Nainggolan actuel est plus éloigné des standards de son entraîneur, amateur de milieux disciplinés et généreux. Puisque Radja n'a jamais vraiment eu la première qualité, et que les années ont entamé la seconde, c'est à ses côtés que Priske doit installer mouvement, énergie et rigueur. S'il tente dans un premier temps de poser KojiMiyoshi en numéro 10, le Danois renvoie finalement le Japonais vers un flanc pour densifier l'axe: BirgerVerstraete aux côtés de Nainggolan dans le double pivot, et l'inusable PieterGerkens pour compléter le triangle axial. Dans cet environnement de marathoniens, le Ninja est aux antipodes de ses atouts d'hier. Il est plus souvent le volant que l'accélérateur, l'arc que la flèche. Le volume de jeu d'exception qui lui permettait de rouler sur une Serie A encore aplatie par les rois de l'exubérance physique ( PaulPogba en tête) n'est plus qu'un lointain souvenir, et Nainggolan doit devenir un joueur qui fait courir le ballon après avoir si longtemps aimé courir après lui. L'expérience est, jusqu'à ce jour, loin d'être concluante. Si les points s'accumulent, l'Antwerp peine à dicter le rythme de ses rencontres, notamment parce que son milieu de terrain n'est pas le plus apte à donner des leçons de tempo. Dans les transitions, qui ont toujours été l'une des marques de fabrique du football de Priske, les jambes du Ninja sont presque un obstacle, et même les frappes à distance qui ont fait sa légende semblent manquer de fraîcheur. Si futuriste dans l'Italie du milieu des années dix, Nainggolan est-il déjà devenu un joueur du passé?