Nous n'en sommes encore qu'à la 23e minute du match, et Thierry Correia doit déjà quitter le terrain en boitillant. Lors du match au sommet de la cinquième journée de Liga, son équipe de Valence affronte le Real Madrid. Au moment de se blesser, l'arrière droit se projette vers l'avant et espère ainsi atteindre la ligne de fond pour adresser un centre, mais il se heurte à un joueur des Merengues. Cela se traduit par un solide épaule contre épaule aux abords de la surface de réparation, où le joueur madrilène ne s'en laisse pas compter et utilise son corps pour empêcher Correia d'aller au ballon. Ils courent ensemble jusqu'à la ligne de fond. Le Portugais de 22 ans se tâte directement la cuisse. Match terminé pour lui.
...

Nous n'en sommes encore qu'à la 23e minute du match, et Thierry Correia doit déjà quitter le terrain en boitillant. Lors du match au sommet de la cinquième journée de Liga, son équipe de Valence affronte le Real Madrid. Au moment de se blesser, l'arrière droit se projette vers l'avant et espère ainsi atteindre la ligne de fond pour adresser un centre, mais il se heurte à un joueur des Merengues. Cela se traduit par un solide épaule contre épaule aux abords de la surface de réparation, où le joueur madrilène ne s'en laisse pas compter et utilise son corps pour empêcher Correia d'aller au ballon. Ils courent ensemble jusqu'à la ligne de fond. Le Portugais de 22 ans se tâte directement la cuisse. Match terminé pour lui. Cette action défensive, on la doit à Eden Hazard. Un joueur qui doit quitter le terrain après avoir été au contact avec le capitaine des Diables, ça doit être un fait unique. Se replier jusqu'à la ligne de fond pour défendre, ce n'est pas non plus la marque de fabrique du Brainois. On a donc découvert la nouvelle version d'Eden, un Hazard 2.0. en quelque sorte, né après deux ans de galères. Le numéro 10 diabolique semble de nouveau sur la bonne voie. Enfin. Comment l'expliquer? Le 1er juin, les sourcils se froncent lorsqu'on apprend que Carlo Ancelotti est le nouvel entraîneur du Real Madrid. N'était-il pas censé prendre sa retraite? N'a-t-il pas été considéré comme "dépassé" et "trop soft" au Bayern Munich? Et n'est-il pas aussi l'homme qui, lors de son premier passage à la Casa Blanca, a été poussé vers la sortie sans beaucoup de ménagement, parce qu'il n'avait pas remporté le moindre trophée lors de sa deuxième saison? L'Italien de 62 ans n'a pas débarqué dans la capitale espagnole avec un a priori favorable, mais après quatre mois à Valdebebas, force est de constater qu'il est bien l'homme de la situation. Les seuls sourcils qui se froncent encore, ce sont les siens, lorsqu'il adresse une remarque à ses troupes. Et il le fait à bon escient, avec un objectif en tête. L'arrière-goût amer et l'odeur de moisi que Zinédine Zidane a laissés dans le vestiaire la saison dernière se sont estompés sous Ancelotti. À l'époque, les Merengues attendent avec impatience la fin du championnat, minés par les blessures et guidés par un coach qui place la barre très haut pour les jeunes talents comme Vinícius et Rodrygo. Le crédit de la vieille garde, en contrepartie, semble illimité. Ça peut se comprendre, car c'est avec ces hommes-là que Zizou a remporté trois fois la Ligue des Champions. La relève est encore jugée trop tendre. Le meilleur exemple? Martin Ødegaard. La saison dernière, le Norvégien recevra sa chance à deux reprises dans le onze de base, mais sans convaincre Zidane. Après un prêt à Arsenal en janvier, les Gunners le transfèrent définitivement cet été. Ødegaard, recruté en 2015 alors qu'il n'avait que seize ans, symbolisait un peu la nouvelle philosophie que Florentino Pérez souhaitait initier: moins de stars mondiales, mais davantage de jeunes prometteurs, avec l'objectif de les faire mûrir au Real puis de les revendre avec plus-value. Le prodige norvégien était la figure de proue d'une génération qui comprenait aussi Brahim Díaz, Andriy Lunin, Takefusa Kubo, Vinícius Júnior et autres Rodrygo. Mais Zidane n'a utilisé ces jeunes qu'avec beaucoup de parcimonie, estimant qu'ils n'étaient pas encore prêts pour les grandes manoeuvres. C'était aussi le cas pour Vinícius, le concurrent de Hazard sur le flanc gauche. La donne est complètement différente avec Ancelotti. L'Italien a largement ouvert les fenêtres du vestiaire et a laissé entrer de l'air frais. Carletto est un adepte de la rotation et a promis du temps de jeu à tout le monde, y compris aux jeunes joueurs que Florentino Pérez aimerait tant voir sur le terrain. Car leur valeur marchande doit augmenter. Ancelotti n'a jamais commencé deux matches d'affilée avec la même équipe, et il a notamment fait confiance à Vinícius. Le Brésilien de 21 ans le lui a bien rendu: il joue mieux et de manière plus efficace que jamais. Deuxième point sur lequel le nouvel entraîneur insiste depuis le début de la saison: il faut davantage soigner la défense. "Dans le football moderne, défendre avec sept ou huit joueurs ne suffit plus", a-t-il souligné lors d'une conférence de presse. Lorsque le Real n'a pas le ballon, il demande de la concentration et des efforts à tout un chacun. Le message est passé. Y compris chez Eden Hazard. "Hazard n'a pas joué une seule minute à San Siro!" Lors du premier match de la phase de poules de la Ligue des Champions, notre compatriote est resté nonante minutes sur le banc. Sa place dans le onze de base avait été prise par Lucas Vázquez, lui-même remplacé en cours de match par Rodrygo. "Pauvre Eden", pouvait-on lire dans la presse. Encore deux joueurs qui l'ont dépassé dans la hiérarchie? Quelques jours plus tard, Ancelotti a donné l'explication: "Nous devons être prudents avec Eden. Lui faire jouer deux matches d'affilée, c'est compliqué." Dans le contexte de la succession de blessures qu'a connue Hazard, c'est la logique même. Il faut aussi se souvenir de ses prestations avec les Diables rouges à l'EURO. Eden s'était blessé au moment où il venait de passer deux fois nonante minutes sur le terrain. Roberto Martínez n'aurait-il pas dû le faire sortir plus tôt, lors du huitième de finale contre le Portugal? La question a été posée après coup, car cette blessure a privé le capitaine du quart de finale contre l'Italie. Ancelotti ne veut pas prendre ce risque. Cette saison, lorsque Hazard commence le match comme titulaire, il sort aux environs de la septantième minute. Pour l'Italien, ce n'est pas le nombre de minutes qui compte, mais la qualité de jeu produite. Il n'est donc plus question de laisser le "diesel" Hazard s'échauffer en accumulant des minutes en match dans la perspective des grands rendez-vous. Désormais, la mission est de prester de la première à la dernière minute qu'il passe sur le terrain. Qu'importe l'adversaire, chaque match est un examen, et ça ne vaut pas uniquement pour Hazard. Après, le professeur Carletto distribue les notes. Avec les sourcils froncés, évidemment. Bien davantage que la saison dernière, lorsque Hazard était toujours préparé en vue d'un certain match pour ensuite retomber, on semble enfin savoir quand et comment utiliser Eden. Comme si Ancelotti avait enfin trouvé le mode d'emploi. Sur le terrain, la connexion avec ses équipiers semble également meilleure (voir encadré), alors que la saison dernière, il courait parfois dans le vide. Un problème qui avait été souligné par René Vandereycken dans sa chronique du Nieuwsblad. Selon l'ancien sélectionneur des Diables, les coéquipiers de Hazard ne savaient toujours pas comment il fallait le servir. En sélection, presque tous les ballons passent par Hazard, mais il n'a pas le même statut au Real Madrid. Comme si certains de ses coéquipiers n'étaient toujours pas convaincus qu'il était capable de faire la différence. Vandereycken l'expliquait de la sorte: "Si Eden ne touche que cinq fois le ballon par mi-temps, il ne fera évidemment pas la différence. Non, il doit toucher le ballon au moins quinze fois par mi-temps. Lorsque c'est le cas, il peut aussi - comme Kevin De Bruyne le fait à City - donner de temps en temps une passe latérale ou vers l'arrière, pour ensuite mieux repartir avec une action surprenante. Il doit donc toucher plus souvent le ballon." Sur ce plan-là, on constate une amélioration cette saison. Dans les matches qu'il a disputés avec le Real depuis le début de la saison, il était davantage présent que dans n'importe quel match de la saison dernière. Mais il est encore loin du statut qui est le sien sous la tunique nationale. Là, le fait qu'il manque à l'appel est d'office considéré comme une lourde perte. S'il est absent dans les rangs du club madrilène, ce n'est pas directement considéré comme très grave. C'est une grande différence, et ça ne changera que quand Eden aura livré des grosses prestations à Madrid. " Buenas sensaciones." C'est avec ces mots qu'un Hazard souriant a débuté son interview après le premier match de championnat du Real cette saison, contre Alavés. Il a ajouté, dans un espagnol encore un peu hésitant: "J'ai chassé cette cheville de mon esprit." Les tests médicaux qu'il a passés en début de saison au Real ont révélé que sa cheville droite est désormais en parfait état. Il faudra donc accumuler de la confiance pour que les buenas sensaciones perdurent. Hazard semble en tout cas être débarrassé des soucis et des appréhensions qui le hantaient lorsqu'il était sur le terrain la saison dernière: prudent dans les duels, préférant plutôt adresser une petite passe latérale que tenter un dribble, avec au final peu d'impact sur le jeu. Ce n'est plus le cas désormais. Hazard n'a plus peur d'aller au duel et défend même jusqu'à la ligne de but. Simplement, il n'est pas encore capable de le faire pendant nonante minutes, et il lui manque des buts et des assists. Une question de temps? Sans aucun doute, car le nouvel Eden est arrivé!