Les sourires sont passés sur la table de multiplications. Ceux de Frank Defays et de Karim Belhocine sont discrets, presque éclipsés par le smile solaire d'un Mehdi Bayat visiblement heureux d'avoir enfin bouclé le dossier de la succession de Felice Mazzù, quelques jours à peine avant la reprise des entraînements. La bonne humeur semble avoir été distribuée à l'entrée de la salle de presse du Mambour, où règne une ambiance forcément optimiste avec l'administrateur-délégué des Zèbres en guise de chef d'orchestre.
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Les sourires sont passés sur la table de multiplications. Ceux de Frank Defays et de Karim Belhocine sont discrets, presque éclipsés par le smile solaire d'un Mehdi Bayat visiblement heureux d'avoir enfin bouclé le dossier de la succession de Felice Mazzù, quelques jours à peine avant la reprise des entraînements. La bonne humeur semble avoir été distribuée à l'entrée de la salle de presse du Mambour, où règne une ambiance forcément optimiste avec l'administrateur-délégué des Zèbres en guise de chef d'orchestre. Mehdi Bayat a soigné le scénario. Les premiers mots de la conférence de presse sont pour lui. Comme à son habitude, il devance les questions pour mieux les contourner. Au bout de son discours, vantant les mérites de son nouveau staff et expliquant les raisons de sa nomination aussi tardive, il n'y a visiblement plus personne pour relever que les noms d' Hein Vanhaezebrouck, Luka Elsner et Besnik Hasi étaient au-dessus de celui de Belhocine dans la pile des candidatures à la succession de Mazzù. Lors de sa traditionnelle rencontre avec la presse lors du stage estival, Mehdi B cite certes le premier, mais minimise le flirt avec le deuxième et occulte totalement le troisième larron. " On a voulu faire du Charleroi ", déroule l'homme fort du Sporting devant l'assemblée réunie en salle de presse. Avant de préciser ce qu'il entend par ce label local qu'il semble avoir breveté depuis 2012 : " On va donner sa chance à quelqu'un qui le mérite, et qui a travaillé pour. " Travail. Le mot paraît s'inscrire à chaque page du parcours de Karim Belhocine, présenté par son nouveau patron comme " un joueur pas très talentueux, mais qui travaillait plus que les autres. " Même le visage du nouveau T1 des Zèbres ressemble à celui d'un homme auquel la vie a décoché quelques uppercuts. Diplômé pour la première fois d'une école d'entraîneurs avant même sa majorité, le Lyonnais est rapidement devenu ce que les Italiens aiment appeler un allenatore sull campo, un coach sur le terrain. Cette expérience, Belhocine se l'est majoritairement construite en solo. Installé sur le banc de Courtrai suite au départ de Johan Walem, il n'a pas les diplômes requis pour poursuivre son bail à long terme, et doit donc s'effacer à deux reprises au profit d'hommes qui ont les " papiers ", mais pas l'expérience du terrain sur laquelle KB a construit son métier d'entraîneur. Des duos plus contraints que complémentaires, formés avec Patrick De Wilde puis Bert Van Lancker, qui expliquent sans doute pourquoi Belhocine a débarqué dans le Pays Noir avec la réputation d'un homme qui aime assumer la majeure partie du travail de terrain, déléguant peu de choses à ses adjoints. Sur les terrains de Marcinelle, Defays se contente ainsi, actuellement, d'un rôle plus en retrait, pendant que son T1 donne de la voix au centre de la pelouse, ne quittant jamais vraiment le coeur des opérations. La quarantaine encore fraîche, à peine plus âgé que le doyen de son effectif Nicolas Penneteau, le coach des Carolos aime vivre au sein de son noyau. " Sa jeunesse lui donne une certaine proximité avec les joueurs ", souligne Mehdi Bayat au moment de poser le diagnostic, confirmé par le principal intéressé : " Je crois beaucoup aux relations humaines. Les rapports entre les joueurs et moi, c'est très important. J'essaie de communiquer avec eux, de leur dire les choses comme elles sont. Je reste naturel. " À Anderlecht, nombreux étaient les jeunes joueurs qui se réfugiaient dans les conseils de Karim Belhocine, bien plus psychologue qu'un Hein Vanhaezebrouck qui n'hésitait pas à décocher les critiques face aux caméras alors que les joueurs auraient voulu qu'elles soient gardées dans l'intimité du vestiaire. Face aux médias, le discours de Karim est convenu. Comme s'il craignait à tout moment d'en dire trop. Dans les vestiaires, par contre, le ton peut monter et les esprits s'échauffer. Sans un caractère affirmé, impossible de faire la loi dans un groupe de Courtrai où se côtoyaient les fortes têtes d' Hervé Kagé, Teddy Chevalier, Idir Ouali ou encore Romain Métanire. Lancé dans l'aventure du coaching professionnel au stade des Éperons d'or, c'est pourtant quelques kilomètres plus à l'est que Belhocine a parfait son écolage du métier. Loin des bancs de l'Union belge, qui ne servent parfois aux yeux des " étudiants " qu'à obtenir un permis de travail, Karim s'est formé à l'école de Vanhaezebrouck. Tous les joueurs sont inévitablement marqués par les coaches avec lesquels ils gagnent. Et sous les ordres du Flandrien, Karim Belhocine est devenu champion de Belgique avec les Buffalos. Il avait été le premier transfert du trio Hein-Mogi- Louwagie à la Ghelamco Arena et, s'il avait passé peu de temps sur le terrain, sa gestion psychologique du vestiaire s'était avérée capitale. Le Franco-Algérien dirigeait avec la voix et apprenait avec les yeux, ajoutant à son arsenal toutes les armes footballistiques enseignées par Vanhaezebrouck. " Avec Hein, on ne fait que courir. Ce matin on a eu un entraînement très physique, là on sort d'un match amical, et demain matin on va courir au bois ", s'étonnait un joueur tout juste arrivé à Gand au bout d'un match de gala d'avant-saison sur la pelouse de la Ghelamco Arena voici quelques étés. L'exubérance physique des Gantois, atout indispensable pour pratiquer leur jeu fait de courses répétées, a marqué Belhocine. Le travail. Encore lui. " C'est dans la mentalité carolo et dans la mienne de travailler beaucoup ", a exposé le Lyonnais lors de sa présentation, ne glissant côté footballistique qu'une formule convenue : " J'aime que mon équipe joue au foot, tout en étant organisée défensivement. Mais bon, c'est ce que vous diront tous les coaches. " Sur les terrains de Marcinelle, les séances physiques proposées par Philippe Simonin, pourtant réputé comme exigeant en matière de préparation, paraissent souvent trop soft aux yeux de Belhocine. Le coach veut des athlètes prêts à mordre les chevilles adverses le plus loin possible de son but. " C'est ce qui me marque le plus, c'est un coach qui base énormément son travail sur le pressing ", décrypte David Henen entre deux sourires adressés aux flashes le jour de la photo officielle du Sporting. " La reconversion en perte de balle, c'est un moment capital pour lui. Là, ça doit vraiment aller très vite. " En distillant ses consignes lors du premier match de la préparation, laborieusement gagné face à une équipe louviéroise tout juste promue en D1 amateurs, Belhocine insiste sur la présence physique et la hauteur de la ligne de pression, qui doit s'installer loin dans le camp adverse. Il n'hésite pas à le rappeler, en donnant de la voix et des gestes. " Je vis vraiment le match avec eux ", raconte-t-il après la rencontre. " J'ai été à leur place, je sais ce qu'ils ressentent. " L'expérience du terrain, peut-être la seule chose qui donne à Karim un coup d'avance sur son prédécesseur. La hargne qu'il déployait sur les pelouses, Belhocine l'a conservée de l'autre côté de la ligne de touche. L'ancien défenseur n'a pas son pareil pour haranguer ses troupes, les inciter à appuyer un peu plus fort dans les duels, à l'aide de mots qui dépassent parfois les limites du raisonnable. Une manière de donner la bave aux lèvres à ses troupes, face à des adversaires qu'il estime toujours pouvoir surpasser grâce aux qualités des siens. Ainsi, il avoue en privé ne pas être un grand adepte des analyses vidéo, et ne jamais vouloir s'adapter aux armes de l'adversaire, à l'image de ce qu'affirmait un Vanhaezebrouck qui préférait mourir avec ses idées que bouleverser sa tactique en fonction des hommes qui se présentaient en face des siens. Sur le terrain d'entraînement, d'aucuns affirment qu'il est actuellement difficile de déceler une ligne de conduite tactique dans les consignes parfois éparses du nouveau T1 des Zèbres. Avant de souligner qu'à sa décharge, il mène ses séances à la tête d'un groupe composé de beaucoup de joueurs de retour de prêt, qui semblent en transit, et attend toujours des renforts pour enfin diriger une équipe apte à lutter pour le top 6. S'il a jonglé entre plusieurs systèmes lors des matches de préparation, le travail autour d'une défense à quatre éléments s'est accentué ces dernières semaines, et ce sont des Carolos disposés dans un système de jeu classique qui devraient aborder le championnat. Avec du pressing et de la grinta. Et du travail, évidemment.