Varsenare est une oasis de calme en ce jeudi matin. Le vent et les averses n'éloignent pas les gens du parking de l'église Saint-Maurice, où l'étal du poissonnier a du succès auprès de la population âgée. Les clients affluent également vers la camionnette du marchand de fruits et légumes.
...

Varsenare est une oasis de calme en ce jeudi matin. Le vent et les averses n'éloignent pas les gens du parking de l'église Saint-Maurice, où l'étal du poissonnier a du succès auprès de la population âgée. Les clients affluent également vers la camionnette du marchand de fruits et légumes. Derrière le café de l'ancienne maison communale, se trouve le complexe sportif. Outre une petite rampe destinée au skateboard, le krachtbal (Atlas, deux terrains), le football (KFC Varsenare) et le tennis (TC Ter Straeten) ont droit de cité dans ou aux alentours du stade Caloen. Alors que les employés communaux s'affairent à tailler les hautes haies autour du terrain principal, on constate que les plaines et les espaces naturels doivent progressivement laisser la place à des blocs d'habitations et à des lotissements. "Il y a deux ans, je suis venue vivre ici parce que c'était verdoyant", soupire une femme qui promène ses deux petits chiens. Maintenant, je suis un peu déçue, car le charme des polders disparaît avec ces nouveaux quartiers". De 2006 à 2008, c'est ici que l'on pouvait trouver CharlesDeKetelaere, au club portant le matricule 5222. Moins de deux kilomètres séparent le KFC Varsenare de Sint-Andries. Le magasin du Club et le Klokke, l'ancien stade des BlauwenZwart, ne se trouvent également qu'à un peu plus de trois bornes. C'est moins que la distance qui sépare le stade Jan Breydel du centre-ville brugeois. Un peu plus loin se trouve le cabinet de l'orthodontiste et chirurgien buccal FrancisDeKetelaere, qui exerce à l'hôpital Sint-Lucas de Bruges et qui est surtout le papa de Charles. "Son frère aîné Louis et ses amis jouaient déjà au football au KFC Varsenare, qui se trouvait à proximité. Mon ex-femme et moi étions également sportifs, mais jamais très compétitifs. Isabelle a joué au volley au niveau provincial, j'ai surtout bougé. Un peu de vélo, un peu de marche. Je suis allé à l'école chez les Frères. Il n'y a que là que je jouais au football. Mon frère est resté supporter du Cercle, pas moi. La carrière de Charles a décollé lorsque M. Brusseel a vu qu'il était doué ballon au pied. Varsenare a toujours eu une bonne réputation en tant que club sportif pour les jeunes et c'était un passage de Blauw en Zwart à Blauw en Zwart : ça ne pouvait pas mal se passer. Personnellement, je n'ai jamais été vraiment fan de foot. Avant que Charles ne joue au Club, je n'avais d'ailleurs pas d'abonnement, même si on allait de temps en temps voir les matches parce qu'on connaissait les familles de MarcDegryse et GertVerheyen." "J'ai eu le privilège d'entraîner Charles dans mon école de football et au KFC Varsenare", explique Rik Brusseel, professeur de sciences naturelles et d'éducation physique. "Finalement, ça n'a duré que quelques mois: à cinq ans à peine, il a immédiatement rejoint les U7 et s'y est tout de suite illustré parce qu'il jouait des deux pieds et agissait très rapidement. En seize ans d'AXA Sport, où on se concentre principalement sur la technique et les feintes, je n'ai jamais vu un gamin aussi doué. Charles vous dribblait du pied gauche, accélérait et subitement vous ne le revoyiez plus. Il vous en faisait voir de toutes les couleurs avec un simple mouvement à la Messi. Et il avait aussi un bon tir." Brusseel a rapidement transmis le nom de Charles De Ketelaere à feu IvesFaelens, qui travaillait à l'époque avec les jeunes du Club. "On ne voulait pas lui dissimuler ce talent naissant. De toute façon, il aurait été repéré par leur équipe de scouting, tôt ou tard. Les quelques fois où il a encore joué avec nous, lui et NicolasDaels ( désormais au KHO Wolvertem-Merchtem, ndlr) étaient au-dessus du lot. C'était aussi le cas en foot en salle, où le jeu est encore plus rapide." "Je me souviendrai toujours de lui comme d'un bon élève, attentif et intéressé, à qui l'on a enseigné certaines valeurs à la maison. Il ne ressentait aucune pression: la tranquillité et l'apprentissage progressif étaient privilégiés. Plus tard, j'ai été son entraîneur chez les U10 du Club. Là, on commençait déjà à parler de tactique et on voyait que Charles était encore davantage pris en tenaille par l'adversaire. Il a dû apprendre à réfléchir. Au début, on a choisi d'aligner Charles sur l'aile gauche, pour ses qualités de dribbles. Plus tard, son évolution physique, sa technique et sa vitesse l'ont amené à devenir un pion central, m'a expliqué StijnClaeys ( voir encadré)." Brusseel est enthousiaste en constatant l'évolution de son poulain ces dernières années. "Ça me touche et me rend heureux en même temps", dit-il. "Avoir déjà atteint un tel niveau à son âge... C'est chouette. J'admire sa modestie. S'il peut encore progresser physiquement et mentalement, il ne tardera pas à partir à l'étranger. Parfois, Charles a encore des moments d'absence dans un match. C'était déjà le cas lorsqu'il était jeune. C'est bien de voir qu'il s'impose également en tant que numéro 9. Charles n'est pas RobertLewandowski ou BasDost, qui ont besoin d'être alimentés par les flancs. Il doit pouvoir bénéficier de la liberté qu'il reçoit à ce poste, se déplacer et chercher de l'espace. On ne peut certainement pas trop l'enfermer dans un carcan rigide. Une chose est sûre: il ne se laissera jamais marcher sur les pieds." Francis De Ketelaere sourit après avoir entendu cette remarque. "J'ai été surpris en apprenant qu'il pouvait signer au Club", admet-il. "Je n'en attendais pas grand-chose. Je pensais plutôt qu'il devait encore progresser, voir ce que ça pouvait donner, et éventuellement regarder plus loin si c'était positif. Mais saison après saison, on nous disait qu'il progressait bien. Au début, c'était spécial, mais au fil du temps, c'est devenu normal." En raison de son emploi chargé, Francis a longtemps suivi de loin l'évolution de son fils. "Je travaillais aussi le samedi matin et j'étais souvent de service. Si je pouvais, j'allais voir ses matches le samedi après-midi. Charles comprenait aussi que nos jumeaux Louis et Renée méritaient autant d'attention que lui. Ce n'est que lorsque Charles a reçu sa chance contre le PSG en Ligue des Champions, il y a deux ans, que j'ai réalisé qu'il avait vraiment du talent. Au début, j'étais sceptique: peut-il vraiment réussir à ce niveau-là? Heureusement, j'étais dans le stade lorsque Charles a été lancé dans le grand bain, et j'ai vu ce dont il était capable. J'ai ensuite dû reconnaître que je l'avais sous-estimé. C'est fou comme il a progressé. Ce qu'il accomplit me rend extrêmement fier. Le talent, c'est un don, et je trouve fantastique la manière dont il l'a utilisé: avec dynamisme, passion, autodiscipline et persévérance. Je suis admiratif. Il ne faut pas sous-estimer la charge qu'implique le sport de haut niveau, et qu'il a dû combiner avec son travail scolaire au collège Sint-Lodewijks. Chapeau." Néanmoins, le papa De Ketelaere reste calme et réaliste devant le statut de son plus jeune fils. "J'estime toujours que Charles devrait avoir un plan B dans un coin de la tête", ose-t-il même. "Je n'ai jamais dû être derrière lui. Charles a tout fait lui-même, de manière très indépendante. Avec une telle attitude, on peut aller loin, même dans la vie normale. Il faut faire ce que l'on aime, mais toujours avec un objectif en tête. C'est aussi ma devise: fais bien ce que tu as à faire et ne regarde pas en arrière. Charles ne se vantera jamais, il est très modeste. J'aime la façon dont il se positionne dans le groupe de joueurs. Aujourd'hui, je suis son premier supporter, on le soutient en tout. Mais on agit de la même manière vis-à-vis de Renée et Louis. Comme il étudie à Gand, mon beau-fils et lui jouent maintenant pour le plaisir dans un club corporatif, le KG Witte Beer. Charles va parfois les soutenir." YannickBousson est le contact sportif du KFC Varsenare, le responsable technique des jeunes et un fervent supporter du Club Bruges. "Il était écrit dans les étoiles que Charles était un sportif doué", explique l'enseignant de l'école primaire municipale De Triangel à Sint-Andries. "En tennis également, Charles a longtemps figuré parmi les meilleurs joueurs de sa catégorie d'âge. Avec nous, il s'est rapidement distingué. Il n'a pas fallu longtemps pour qu'il soit repéré par des équipes réputées. Il a suivi les traces de SvenDhoest et de BirgerMaertens, qui ont également joué ici et ont réussi à intégrer l'équipe première du Club. Sans oublier Thibo Somers du Cercle, avec lequel nous avons un accord de collaboration. Ça reste très agréable d'assister à une telle éclosion. Un garçon qui fait fureur sur la scène internationale à un si jeune âge, c'est un sujet de conversation hebdomadaire." Jusqu'à il y a deux ans, son frère aîné Louis jouait encore avec l'équipe U21 du KFC Varsenare. Selon Bousson, lui aussi avait des qualités. "Un gars super. Explosif, très bon attaquant. Mais il ne croyait pas assez en ses propres qualités. Trop terre à terre, comme le reste de la famille. Et Charles, oui... Cette petite tête blonde, avec les yeux qui pétillent: on ne pouvait pas le manquer sur le terrain. Charles a ému tout le monde, ici. On ne voit ça qu'une fois dans sa vie." Il fait également l'éloge de l'esprit collectif dont a toujours témoigné De Ketelaere. "Charles ne voulait pas marquer tous les buts, il voulait partager sa joie avec les autres. Il voulait être l'ami de tout le monde. Outre sa rapidité et sa tête bien faite, il a un grand coeur. Charles est un exemple pour les jeunes. Son impact ici reste énorme, car nos jeunes l'imitent déjà à l'entraînement. Tout le monde se prend un peu pour Charles. Il donne de l'éclat à notre club et on est fiers qu'il soit actuellement le NuméroUno pour nos talents de demain. Et vice versa, je pense. Charles ne reniera jamais ses racines. Il sait très bien d'où il vient. C'est tout à son honneur."