Tout semble se confondre dans une histoire de mots. Ceux qui sortent péniblement de la bouche de Karim Belhocine, dont les discours d'après-match semblent depuis longtemps automatiques et anecdotiques. Et ceux de Mehdi Bayat, attendus avec fermeté par des supporters qui retardent le coup d'envoi du dernier match de la saison en transformant la pelouse du Pays Noir en plaine de festival, les yeux tournés vers une tribune où viendra finalement s'exprimer l'homme fort d'un club en crise identitaire. La défaite contre Eupen, scellée en première période par un triplé de Smail Prevljak au coeur d'une défense qui n'a plus rien à voir avec la forteresse des grandes années, n'est finalement qu'un clou de plus sur le cercueil d'une saison zébrée bien enterrée. En 2021, personne n'a pris moins de points que Charleroi, et son triste neuf sur 45. La saison s'achève prématurément, au bout d'une longue marche funèbre de mauvais résultats.
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Tout semble se confondre dans une histoire de mots. Ceux qui sortent péniblement de la bouche de Karim Belhocine, dont les discours d'après-match semblent depuis longtemps automatiques et anecdotiques. Et ceux de Mehdi Bayat, attendus avec fermeté par des supporters qui retardent le coup d'envoi du dernier match de la saison en transformant la pelouse du Pays Noir en plaine de festival, les yeux tournés vers une tribune où viendra finalement s'exprimer l'homme fort d'un club en crise identitaire. La défaite contre Eupen, scellée en première période par un triplé de Smail Prevljak au coeur d'une défense qui n'a plus rien à voir avec la forteresse des grandes années, n'est finalement qu'un clou de plus sur le cercueil d'une saison zébrée bien enterrée. En 2021, personne n'a pris moins de points que Charleroi, et son triste neuf sur 45. La saison s'achève prématurément, au bout d'une longue marche funèbre de mauvais résultats. Parfois, les mots valent moins que les images. Là, il y a celle de Mehdi Bayat, toujours perché dans la tribune, mais silencieux et désabusé après avoir vu Lukasz Teodorczyk manquer un face-à-face en or massif en seconde période. Le Polonais quittera le Mambourg au terme d'une saison sans la moindre titularisation, et avec un petit but en Coupe de Belgique contre Westerlo pour toute lettre de noblesse. Il est l'incarnation la plus frappante des maux de l'année carolo. Un nom d'hier plus que des prestations d'aujourd'hui, un statut qui déséquilibre un vestiaire connu pour sa stabilité, mais des performances inférieures à celles des hommes qui faisaient briller le Zèbre la saison dernière. Le constat vaut également pour Saido Berahino et, dans une moindre mesure, pour Guillaume Gillet, toujours combatif, mais souvent à contre-temps. Ne voir aucun de ces trois hommes encore se rayer de noir et blanc l'été prochain serait tout sauf une surprise. Serait, surtout, l'aveu d'une politique de transferts qui doit se remettre en question. Sur le boulevard Zoé Drion, on a fini par trouver une formule aux coups fumants des derniers mercatos carolos. Ici, on appelle ça "faire du Charleroi". L'arrivée conjointe de Victor Osimhen et Adama Niane est l'un des exemples les plus emblématiques. Le second débarque dans le Hainaut avec le statut de meilleur buteur de Ligue 2, pendant que le premier est presque recueilli, alors que son état physique lui a fermé les portes de Bruges ou de Zulte Waregem. Le Malien ne fait jamais son trou chez les Zèbres, le Nigérian explose, affamé de réussite et déterminé à donner des litres de sueur à la pelouse qui lui a offert sa chance. Un esprit qui plaît aux tribunes, au marquoir et au compte en banque. Une logique oubliée, au moment de faire venir des noms plutôt que de les créer. Dans le vestiaire, l'arrivée de ces anciens au passé prestigieux n'a pas fait l'unanimité. Si l'ambiance est toujours restée bonne, le groupe était finalement trop large, contraignant par exemple Karim Belhocine à renvoyer hors du noyau un Modou Diagne insuffisant, loin de l'état d'esprit qui a toujours régné en bords de Sambre. La saison prochaine, le noyau devrait d'ailleurs profiter des fins de prêts et de contrats pour revenir à des proportions plus raisonnables, probablement avec une hiérarchie plus claire. Car dans la situation actuelle, où ils sont parfois trois à se battre pour un poste, il n'y a que des mécontents, entre les deux qui restent sur le banc et celui qui joue avec les jambes qui flagellent, sachant qu'une prestation moindre conjuguée au statut de ses concurrents ne lui permettra pas de rester dans l'équipe bien longtemps. Si le discours de façade restait à l'ouverture, Karim Belhocine évoquant le futur au jour le jour et les séances d'entraînement prévues pour occuper les semaines à venir, le sort du coach franco-algérien est bel et bien scellé. Le staff sportif connaîtra une mue, qui pourrait être importante, dans les semaines à venir, car la volonté de Mehdi Bayat est de boucler le dossier du nouvel entraîneur avant de devoir vaquer à ses occupations internationales avec l'EURO qui se prépare à grands pas. Les tout derniers résultats n'ont pas eu d'influence sur le sort du coach des Zèbres, qui ne semblait plus capable depuis de longues semaines de trouver la bonne formule ou de transcender ses joueurs comme lors de ses premiers mois à la tête du Sporting carolo. S'il a terminé la saison, c'est avant tout parce que son administrateur-délégué aime tirer le bilan au bout d'un exercice complet, et surtout par crainte d'être emprisonné avec un nouveau profil qui aurait redressé la barre sur le court terme, forçant par des résultats ponctuels une prolongation qui aurait manqué de stratégie à longue échéance. Reste donc à voir qui héritera de la lourde tâche de remettre Charleroi dans le droit chemin, au bout d'une saison de désillusions. La plupart des noms qui avaient circulé au moment de l'intronisation de Karim Belhocine sont désormais sous contrat ( Luka Elsner à Courtrai, Hein Vanhaezebrouck à Gand), et les expériences du dernier mercato pourraient amener Mehdi Bayat à se montrer réticent face à l'idée de recycler l'un des noms portés par son frère. Les pronostics sont difficiles, car les Zèbres ont rarement dû se pencher sur le marché des coaches ces dernières années, et en ont toujours sorti des noms surprenants, sans véritable expérience fixe sur le banc d'un club de l'élite (Belhocine avait assuré l'intérim à Anderlecht et n'était pas officiellement coach à Courtrai vu son problème de diplôme). Les supporters ont eu les mots. En petit comité la semaine dernière, en nombre et en public avant le match contre Eupen, et encore via un Facebook live prévu ce mercredi. Ils attendent maintenant les actes. Les prochaines semaines dans le Pays Noir, ce sera un stade complètement vide, mais des journées bien remplies.