Hans Vanaken a failli ne pas monter à la fin du match contre la Finlande. Ça nous a fait marrer, les détracteurs des boeren en tête, une humiliation brugeoise aurait fait du bien à beaucoup de supporters de la Jupiler Pro League. On prend sa revanche comme on peut. Quand on n'est pas capable de gagner des titres, on se moque du gamin qui nous a roulé dessus quand il se noie dans le grand bain.
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Hans Vanaken a failli ne pas monter à la fin du match contre la Finlande. Ça nous a fait marrer, les détracteurs des boeren en tête, une humiliation brugeoise aurait fait du bien à beaucoup de supporters de la Jupiler Pro League. On prend sa revanche comme on peut. Quand on n'est pas capable de gagner des titres, on se moque du gamin qui nous a roulé dessus quand il se noie dans le grand bain. Combien ont pointé le joueur du doigt, en regardant le chrono défiler quand les Diables sur le terrain faisaient tourner interminablement le ballon de pied en pied? Un petit coup de coude dans l'épaule du copain, derrière son écran, et un ricanement mesquin: "Héhé, regarde-moi ce couillon, j'te parie qu'il montera pas". Et le Brugeois, mains sur les hanches et visage déconfit, de perdre le peu de charisme qu'il lui restait en attendant son heure au bord du terrain. Pour un gars si réservé, attaché à ses bases, pas sûr qu'un tournoi avec les Diables soit une expérience enrichissante. On le voit mal à l'aise, inadapté à un groupe de fortes personnalités. On l'a allumé dès qu'il a reçu quelques minutes en préparation, c'est injuste. C'est évident que le gars a juste besoin de temps. Mais on ne lui laisse ni le temps ni l'opportunité. À Bruges, c'est venu tout doucement. On a aussi vu qu'il était meilleur quand tout était fait pour le mettre dans les meilleures conditions. La vérité, c'est que parmi ceux qui critiquent sa place dans le noyau des Diables, très peu l'ont vu jouer en club. Alors oui, il a une allure particulière ce fin tiche un peu bossu, avec son visage triste. Oui, il s'habille chez E5 Mode. Oui, sans doute qu'il mange des tartines au pâté pour souper. Mais nos rêves à la con ne doivent pas être ceux de tous. On oublie que les joueurs sont parfois des êtres humains qui recherchent le bonheur et pas que les trophées. Vanaken a peut-être compris où se trouve le sien. Et tant mieux pour Bruges si ça signifie y finir sa carrière, op zijn gemak. Parce qu'il n'y a qu'en Venise du Nord qu'on lui octroie le respect qu'il mérite. Sûrement pas dans les tribunes adverses ou celles des supporters des Diables. C'est finalement une spectatrice qui a envahi le terrain de toutes ses formes et a permis à Vanaken de disputer deux minutes d'une compétition majeure. Une streaker dont le peu de tissu était floqué d'un logo publicitaire. Une pub pour une cryptomonnaie. Je veux pas jouer les anciens, mais à l'époque, les streakers, c'étaient des moustachus disgracieux qui déboulaient sur le terrain pour faire marrer leurs potes, le cul à l'air. Aujourd'hui, voilà, on vit dans une pub. Le monde est une pause publicitaire et l'EURO est un spot aseptisé, qui ne doit procurer que du plaisir pur, sans contour, de la dopamine en continu. Rien ne doit dépasser le sport, on élimine ce qui déborde. Le "politique". Pas de genoux à terre, s'il vous plaît. Pas de drapeau arc-en-ciel, merci. De la bière et de l'aspartame? Oui, bien sûr! Des cris de singe? Hmmm, pas certain. Mais bon, j'écris ça, on est jeudi passé, entre-temps, y a les huitièmes qui se sont joués et ma chronique ne sera qu'un point de vue de plus sur une demi-actualité qu'on aura déjà oubliée. Les racistes hongrois, les homophobes à l'UEFA, le silicone merchandisé, le Black Lives Doesn't Matter Anymore. Oubliés! On s'habitue à oublier alors pourquoi prendre encore la peine de s'insurger. Pourquoi sommer les coupables de se justifier quand une victoire, une défaite, une passe dé' ou un but nous fait passer à l'épisode suivant? Alors fin du spot pub. Retour au terrain pour les sourds, aux écrans pour les aveugles et à la tribune pour les racistes, les homophobes... et Vanaken.