Pas une victoire. Pas deux victoires. Mais trois victoires! En un gros mois et demi, c'est l'exploit réalisé par Chelsea face à Manchester City. Clairement, Thomas Tuchel a craqué le code de Pep Guardiola.
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Pas une victoire. Pas deux victoires. Mais trois victoires! En un gros mois et demi, c'est l'exploit réalisé par Chelsea face à Manchester City. Clairement, Thomas Tuchel a craqué le code de Pep Guardiola. Premier épisode. Demi-finale de la Cup, le 17 avril. Un triste match opposant deux équipes sortant d'obligations européennes. Ce soir-là, à Wembley, le plan de Tuchel fonctionne à merveille. Son équipe reste groupée et elle attaque le plus souvent via le flanc gauche, ce qui met à mal le côté droit de City et le duo Torres-Cancelo. Le but de la victoire est signé Hakim Ziyech. On pense que c'est un simple accident de parcours. Deuxième épisode. Chelsea se déplace à l'Etihad. Un visiteur de prestige pour une soirée qui doit sceller mathématiquement le titre de champion d'un Manchester encore euphorique d'avoir éliminé le PSG de la Ligue des Champions. En face, il y a aussi beaucoup d'euphorie. Parce que Chelsea, dans le même temps, a éliminé le Real. On assiste à une finale européenne avant la lettre dans le cadre de la Premier League. Guardiola aligne un onze alternatif. Kevin De Bruyne, légèrement blessé, est réduit à un rôle de spectateur. En pointe, Sergio Agüero et Gabriel Jesus sont associés. Le coeur de la défense est constitué de Nathan Aké, Aymeric Laporte et Rúben Dias. Chaque flanc est occupé par un seul homme. Tuchel a aussi prévu des corrections pour ce match. Il a changé quelques noms. Mais pas trop sa façon de jouer. Agüero rate un penalty et Marcos Alonso fait 1-2 dans le temps additionnel. La fête est reportée de quelques jours. Guardiola -Tuchel: 0-2. Mais pas de panique. Les choses sérieuses vont seulement arriver. Samedi 29 mai, Porto. Finale de Ligue des Champions. Pour la première fois dans ces trois clashes, Tuchel titularise Kai Havertz, associé à Timo Werner. Vitesse, mobilité, profondeur. Havertz est chargé d'une double mission: en perte de balle, il doit mettre la pression sur le milieu de City avec Mason Mount, N'Golo Kanté et Jorginho. Guardiola mise aussi sur la vitesse et la profondeur. Il a arraché le titre de champion d'Angleterre avec un football patient, mais pour cette finale, il veut autre chose. Raheem Sterling, qui a peu joué les derniers mois, est aligné à gauche. Phil Foden et De Bruyne se relaient comme faux 9 et Riyad Mahrez est posté sur le flanc droit. Quatre attaquants, donc, et Bernardo Silva derrière eux pour orienter les échanges. La tactique de Guardiola est plus audacieuse qu'il y a un an, quand il avait mis sur le pré une équipe à connotation surtout défensive contre Lyon - et ça s'était mal terminé pour City. Le but est de prendre Chelsea et son trio défensif à la gorge. Tuchel a sa réponse: un jeu bas, des longs ballons et de la vitesse en reconversion. Une méthode qui a fonctionné contre le Real. Tuchel n'a pas peur de la rapidité de Sterling parce que lui, il a Reece James. Et dans l'axe, il y a trois hommes pour bloquer Foden et De Bruyne. Dans sa tête, il a aussi un autre plan, qui a bien marché en Coupe d'Angleterre: construire via la gauche, dans le dos ou autour de Mahrez, plus brouillon défensivement. Balancer des longs ballons pour faire douter la défense de City, c'est une vieille tactique éprouvée. Tuchel espère que plus tard dans le match, les gars de Manchester s'attendent à un énième long ballon et ne réagissent pas de façon agressive quand Chelsea construira une action depuis l'arrière. Et donc, en début de match, Antonio Rüdiger balance. Puis c'est Thiago Silva qui le fait plusieurs fois. Souvent en direction de Havertz et Werner, mais aussi vers Ben Chilwell qui se défait du marquage de Mahrez. Après ça, on a droit au plan B. Pendant que City essaie de filer les ballons à De Bruyne et d'avoir le monopole de la possession, Chelsea se met à construire via le flanc gauche. Chilwell doit essayer de passer en une touche à Mount, à charge pour celui-ci de distribuer. À la seizième minute, ça marche une première fois. La suite de l'action est moins concluante. À la 39e, ça fonctionne une deuxième fois, mais à nouveau, il n'y a pas de suite. Par contre, le troisième essai est fructueux. Chilwell prolonge à nouveau en un temps pour Mount qui voit que Zinchenko, qui est censé prendre Havertz, est un rien en retard. Tout City est hors-position. Il n'y a pas de double rempart devant la défense pour couper la trajectoire. Game over. Encore plus quand, à la 55e minute, Rudiger sort De Bruyne. Déjà à la mi-temps, puis à nouveau après le match, des analystes s'en sont pris à l'approche tactique de Guardiola. On lui a reproché de n'avoir associé ni Fernandinho, ni Rodri à Ilkay Gündogan. Pour reconstituer le double pare-chocs qui n'avait quand même pas tenu en début de saison contre Leicester (2-5) même si ce jour-là, Guardiola avait mis Eric García et Aké dans l'axe de la défense, pas Dias et John Stones. Seul l'Espagnol est capable d'expliquer pourquoi il n'a pas reproduit en finale de la Ligue des Champions le concept qui lui a permis d'être champion avec une des meilleures défenses d'Europe. D'expliquer pourquoi, pour la deuxième fois seulement de cette longue saison, il n'a pas titularisé Rodri et Fernandinho. Des suiveurs réguliers de City et de Chelsea croient connaître la réponse. La saison passée, Rodri avait joué son plus mauvais match, depuis son arrivée à City, contre Chelsea parce qu'il avait été perdu dans le triangle formé par Mount, Pulisic et Willian. Et Fernandinho a de nouveau raté son match récemment contre Mount en FA Cup. Est-ce cela qui explique la décision de Guardiola? Quoi qu'il en soit, City a été insuffisant dans sa production offensive lors de cette finale. Aussi parce que De Bruyne n'a pas pu jouer son jeu, puis a dû sortir prématurément. Après avoir marqué, Chelsea a construit un mur bleu qui n'a jamais vacillé. "S'il n'a pas Lionel Messi, il ne sait rien faire": une conclusion qu'on va encore ressortir un bon moment. Ce sera peut-être pour l'année prochaine? Parce qu'il y a aussi cette statistique: au cours des dernières décennies, aucun club qui jouait sa première finale de Ligue des Champions n'a réussi à la gagner. Valence, Leverkusen, Monaco, Arsenal, Chelsea, Dortmund, Atlético de Madrid, Tottenham, le PSG et maintenant City: ça fait déjà dix " victimes" entre 2001 et 2021. Guardiola ne doit pas se décourager, mais constater que City n'est pas encore capable de jouer ce genre de matches comme si c'était une simple confrontation amicale. C'était le cas quand il entraînait Barcelone. De ce match à Porto, on retiendra aussi les larmes de Kevin De Bruyne. Ce rendez-vous devait être le summum de sa carrière.