Ça a d'abord été une surprise. Puis un murmure. C'était un mercredi du début du mois de décembre. Une soirée d'automne comme une autre. De celles qui sentent déjà l'hiver et les longues veillées passées sous un plaid, frigorifié, assis sur un banc, presque sans bouger. Tout ce qui était, jusqu'il y a peu encore, le quotidien de Rémy Descamps. Puis, une feuille de match est tombée, officialisant la nouvelle.
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Ça a d'abord été une surprise. Puis un murmure. C'était un mercredi du début du mois de décembre. Une soirée d'automne comme une autre. De celles qui sentent déjà l'hiver et les longues veillées passées sous un plaid, frigorifié, assis sur un banc, presque sans bouger. Tout ce qui était, jusqu'il y a peu encore, le quotidien de Rémy Descamps. Puis, une feuille de match est tombée, officialisant la nouvelle. Dans ces cas-là, il y a ceux qui savaient et puis il y a les autres. Ceux qui s'en réfèrent aux derniers matches, à la forme chancelante de Nicolas Penneteau et à la logique sportive pour justifier la première titularisation de Rémy Descamps et ceux qui pensent qu'on ne touche pas à une institution en période de crise. Un débat et une sentence: en quelques mois, Nicolas Penneteau aura glissé de dernier rempart fiable à vétéran contesté. Car si la mentalité de l'homme aux 710 matches pros n'a jamais été mise en défaut, ses performances de la saison en cours ont, elles, petit à petit écorché le mythe. Lui-même savait bien que tôt ou tard, la question finirait par se poser. Ne se cachant jamais au moment de confesser privilégier la saison de trop à celle du manque. À bientôt quarante ans, ça demandait du cran. Le même qui aura finalement poussé Karim Belhocine à se rendre à l'évidence au soir d'un déplacement à Eupen (3-1, le 27 novembre) où l'auto-but de Penneteau au retour des vestiaires allait participer à cochonner la partition carolo. Suspendu pour l'occasion, Belhocine était seul en tribune, puis le premier dans le car pour analyser à chaud la prestation de ses hommes. Et se poser enfin la question de l'alternance dans ses cages. "La discussion est arrivée pour la première fois à ce moment-là, c'est vrai", valide d'ailleurs Cédric Berthelin, entraîneur des gardiens et forcément en première ligne au moment de trancher. "On a un groupe WhatsApp sur lequel on parle beaucoup entre nous. On y évoque des sujets en tous genres, parfois jusque très tard dans la nuit. Après Eupen, c'est le cas de Nico et Rémy qui a pris le dessus. Depuis l'arrivée de Rémy, c'était la première fois que la question de son entrée dans le onze se posait vraiment parce qu'avant ça, Nico avait toujours été au-dessus du lot." Et Rémy Descamps, un second très patient. Presque étonnement docile pour un jeune homme longtemps habitué à faire partie des privilégiés au cours de sa formation au PSG. "Et je peux vous dire que ce n'est pas toujours facile quand vous avez été habitué à être dans la lumière pendant des années, d'apprendre à se contenter d'un rôle, disons, plus ingrat", analyse froidement Alec Georgen, ancien coéquipier de Descamps à Paris, aujourd'hui sur une voie de garage à Auxerre, en Ligue 2. "Rémy et moi, on est passés ensemble de la CFA au noyau pro du PSG en 2016. Au début, quand il a débarqué dans cette équipe de stars, il a, comme moi, ouvert des grands yeux. Mais très vite, il m'a aussi dit que si on en était là, ça ne devait rien au hasard." Mais beaucoup plus à une cote bondissante du côté du Camp des Loges. Là où les bonnes prestations répétées d'un jeune gardien aussi longiligne qu'élastique attirent tout doucement les regards de l'équipe première. Titulaire pendant deux saisons avec les U19 du PSG, Descamps se fait surtout remarquer sur la scène européenne. En deux campagnes de Youth League (2014-2015 et 2015-2016), le Nordiste passe d'une élimination en phase de poules la première année à une finale contre Chelsea la suivante. "Quand on a débuté en Europe, on s'est pris des gifles contre des clubs allemands, anglais, néerlandais", retrace fidèlement Yohan Demoncy, un des plus proches de Descamps dans le vestiaire parisien de l'époque. "En fait, on avait un problème, c'est qu'en France, on marchait sur la concurrence et en Europe, on prenait des claques." Et douze buts en deux matches notamment pour Rémy Descamps, contre l'Ajax de Donny van de Beek à l'automne 2014. "C'est là qu'on est devenus des hommes", se marre rétrospectivement un Dylan Batubinsika entre-temps émigré du côté de l'Antwerp. "Contre l'Ajax, c'était chaud. Le petit Nouri ( Abdelhak Nouri, aujourd'hui plongé dans un coma artificiel depuis juillet 2017, suite à un arrêt cardiaque, ndlr), il était vraiment au-dessus du lot. Il nous avait fait la misère. Et forcément, on a tous un peu dégonflé à l'époque." Heureusement pour les titis parisiens, la saison suivante sera plus aboutie. Et les avants-soirées de Remy Descamps beaucoup moins frustrantes. Irréprochable contre la Roma en quart de finale, décisif contre le Real en demi, il est l'homme par qui l'aventure parisienne prend forme. "L'année où on atteint la finale, c'était plus qu'un gardien de but", conforte François Rodriguez, l'homme le mieux placé pour en parler puisqu'entraîneur des U19 du PSG à l'époque. "Il avait dépassé ce rôle-là en s'imposant comme un vrai leader dans un vestiaire qui ne manquait pourtant pas de forts en gueule. Personnellement, j'ai toujours pensé que c'était lié au fait qu'à la même époque, il s'entraînait déjà avec les pros et était le numéro 3 d' Unai Emery. Ce qui avait eu le mérite de lui offrir une grosse confiance en lui." Et aide aujourd'hui à mettre en perspective les analyses d'observateurs qui pointeraient un manque de charisme dans le chef du portier carolo. "Vous savez, Rémy, au PSG, il est arrivé tard dans un groupe qui se connaissait déjà depuis quatre-cinq ans, mais il a su s'intégrer rapidement parce que c'est avant tout un gars très intelligent", précise encore Demoncy, ancien capitaine des U19 de Rodriguez. "D'ailleurs, très vite, il s'est retrouvé à faire des tournois Fifa chez moi avec Presnel ( Kimpembe, ndlr) et les autres. Il faisait partie de la bande. C'était un discret, qui se transcendait une fois sur le terrain. Du genre à pouvoir t'engueuler dans le vestiaire à la mi-temps pour une connerie que tu aurais faite. Et il fallait oser gueuler sur Presnel! ( Il rit.)" Des cris et une prise de conscience. Celle qui veut qu'avec du cran, on peut bousculer les codes. "L'inconvénient, c'est qu'en tant que jeune formé au PSG, tu sais déjà qu'il en faudra beaucoup pour qu'on t'offre une vraie chance", avance Dylan Batubinsika. "En cela, pour notre génération, l'arrivée de Giovani Lo Celso a été un coup dur. Quand tu vois que ton club va chercher en Argentine un gars qui fait la même chose que faisait chez nous un Yohan Demoncy, tu te dis que tu ne verras jamais la Ligue 1. Pour nous, ça a été la preuve qu'à un moment, il fallait partir." Ce que se décidera finalement à faire Rémy Descamps en janvier 2018, direction Tours puis Clermont, en Ligue 2, après un an et demi passé en tribune dans l'ombre de Kevin Trapp et Alphonse Areola. Le tout seulement auréolé de six petits passages sur le banc parisien. "Le problème du PSG, c'est que tu sais que tu as beau faire tous les meilleurs résultats du monde, ça reste compliqué pour un jeune de s'imposer dans un club qui ne pense qu'à gagner la Ligue des Champions", enfonce Yohan Demoncy, actuellement actif à l'US Orléans, au troisième échelon du football hexagonal. "Le pire, c'est que je crois que le club aimait bien Rémy à l'époque, mais tant qu'ils n'auront pas gagné la CL, ils n'oseront pas lancer de jeunes. Ils l'ont parfois regretté, comme avec des gars du style de Moussa Diaby ( transféré en juin 2019 à Leverkusen, ndlr), Christopher Nkunku ( en juillet 2019 à Leipzig, ndlr), Jonathan Ikoné ( en juillet 2018 à Lille, ndlr) ou Jean-Kévin Augustin ( en juillet 2017 à Leipzig, ndlr). Sans parler de Kingsley Coman ( en juillet 2014 à la Juventus, ndlr), mais c'est comme ça. Et c'est aussi un peu de la politique." Quand ce n'est pas de la clairvoyance. Parce que pour savoir si Rémy Descamps a encore une chance d'intégrer cette liste prestigieuse de talents parfois bradés par la formation parisienne, le Nordiste va maintenant devoir franchir un cap. Et prouver que mieux qu'une solution de rechange, il peut devenir un premier choix en vue de la saison prochaine. Ce que ses performances récentes ne laissent pas forcément présager. La faute à un gardien unanimement décrit comme assez propre techniquement, mais dont on dit qu'il peut encore trop souvent disparaître sous le poids de la pression. "À ce niveau-là, je crois qu'il a surtout les défauts de ses qualités", pointe lui Eric Gelard, entraîneur des gardiens de Descamps lors de son passage à Clermont en 2018-2019. "Il a une bonne formation, qui lui permet d'être très à l'aise des pieds, grâce à son passage par le PSG, mais un petit manque de caractère, probablement lié au fait qu'il a trop longtemps été dans l'ouate à Paris. Du coup, quand il a signé à Charleroi, j'ai tout de suite su que ça prendrait du temps avant qu'il s'impose comme numéro 1. D'autant qu'il se bagarre avec un mec comme Penneteau, qui doit être du genre à vouloir gagner tous les matches aux entraînements, à s'arracher sur chaque ballon du matin au soir. Rémy, lui, n'était pas toujours très compétiteur." Un manque de grinta souvent rédhibitoire dans le Charleroi de Karim Belhocine que seuls les loupés répétés de Nicolas Penneteau auront fini par combler. Et qui fait dire qu'aujourd'hui, Rémy Descamps livre plus une bataille contre lui-même que contre son ancien supérieur hiérarchique. "Depuis le début, on sait qu'un des enjeux, c'est que Rémy prenne un peu de masse", avance par exemple Cédric Berthelin. "Bien sûr, il ne fera jamais cent kilos, ça restera toujours une grande perche. S'il prend dix kilos de muscles, il perdra en explosivité ce qu'il pourrait gagner en puissance, c'est donc un mauvais calcul. Non, ce qu'il doit faire maintenant, c'est rester lui-même." Et définitivement imposer son style.