Le Sporting vit avec son temps. Il s'est bien rendu compte que, l'été, les interminables sagas télévisuelles ne faisaient plus recette. De quoi rendre le dossier Clinton Mata, qui a fait la Une des journaux pendant plusieurs semaines, terriblement particulier dans un quotidien zébré qui, en cette période, préfère afficher une quiétude de façade avant de frapper par surprise.
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Le Sporting vit avec son temps. Il s'est bien rendu compte que, l'été, les interminables sagas télévisuelles ne faisaient plus recette. De quoi rendre le dossier Clinton Mata, qui a fait la Une des journaux pendant plusieurs semaines, terriblement particulier dans un quotidien zébré qui, en cette période, préfère afficher une quiétude de façade avant de frapper par surprise.Mehdi Bayat, qui pilote les opérations du mercato carolo, a ainsi pris l'habitude de négocier en secret pour attirer de nouvelles recrues dans son Pays Noir. Annoncé lors de la conférence de presse de reprise, le transfert de Nurio Fortuna, le nouveau latéral gauche portugais du club, a surpris toute l'assemblée. Personne ne s'attendait à voir débarquer un joueur à ce poste, alors que le Sporting avait annoncé qu'il ne recruterait qu'en cas de départ. Et à l'heure actuelle, ni Francis N'Ganga ni Benjamin Boulenger n'ont fait leurs valises pour quitter le Mambour.Si Mehdi a été dribblé par la presse pour l'annonce de l'arrivée de Kaveh Rezaei, c'est seulement parce qu'un journaliste a croisé, par hasard, le joueur et ses agents à la sortie des bureaux du club, mais surtout parce que l'Iranien a posté une photo de lui, arborant fièrement la vareuse zébrée sur la pelouse du stade du Pays de Charleroi, sur Instagram. Là encore, avant cet "incident", personne n'avait vu venir l'attaquant, loin du profil des recrues habituelles du Sporting ces dernières saisons : Kaveh ne parle pas français, manie péniblement quelques mots d'anglais, alors que Mehdi Bayat déclarait il y a quelques mois qu'il tenait compte, dans son recrutement, du fait que son entraîneur était plus à l'aise avec des joueurs qu'il pouvait haranguer dans la langue de Molière.Pour ses premières recrues, Charleroi a donc mêlé sa discrétion habituelle à un casting différent. Mehdi pousse de nouvelles portes, et celle qui menait à Nurio ne s'est pas ouverte gratuitement, puisque la venue du Portugais constituerait la plus grosse dépense du club depuis sa reprise par Mehdi Bayat et Fabien Debecq en 2012. Les 500.000 euros offerts à l'Hapoel Petah Tikva pour Dudu Biton auraient donc été dépassés pour s'octroyer les services de l'ancien latéral de Braga.La somme historique déboursée pour Nurio aurait pu rapidement être effacée des tablettes, puisque le club est exposé médiatiquement pour la suite de son marché. Le nom de Jérémy Perbet circulait avec beaucoup d'insistance dans les couloirs, et sa tête avait été mise à prix par Gand pour un million d'euros. Mehdi Bayat espérait mettre à profit ses talents de négociateur pour décrocher la signature de Perbut à moindre coût, mais l'apparition de Bruges dans le dossier a pris tout le monde de court. "On ne fait plus que des transferts payants, maintenant", rit-on au Mambour, habitué des coups fumants à moindres frais. Le remplaçant de Damien Marcq, qui a embarqué dans le train footballistique qui relie directement Charleroi à Gand, devrait aussi atterrir au Sporting en échange d'une somme d'argent. La faute, notamment, à un transfert imprévu. Là où le Mouscronnois Mickaël Tirpan était déjà prêt à se vêtir de noir et blanc en cas de départ de Clinton Mata pour Anderlecht, Marcq semblait plutôt " parti pour rester", comme le veut la folle expression à la mode tous les étés. Le Français, qui rêvait d'être associé à Ruud Vormer, joueur qu'il admire, au sein du milieu de terrain brugeois, a finalement cédé aux insistantes sirènes gantoises, permettant à Charleroi de recevoir 2,5 millions d'euros dans l'aventure. Une somme inespérée pour un joueur de 28 ans, sans doute proche de so n plafond footballistique, et bienvenue dans des caisses carolos qui espéraient être renflouées par l'indemnité promise par Anderlecht pour Mata.Prise au dépourvu, parce qu'elle "ne pensait pas que Gand allait mettre ce prix", la direction zébrée a donc dû activer des dossiers en retard, là où elle a l'habitude d'agir en amont. Les lois du marché étant ce qu'elles sont, les prix risquent d'augmenter, puisque les interlocuteurs des Carolos savent que le club est en demande.Charleroi est devenu plus riche, mais reste réticent à dépenser des fortunes, Mehdi Bayat tenant beaucoup à son business-model qui ne lui vaut que des réussites depuis maintenant trois ans. L'administrateur-délégué croit en son plan, en une croissance progressive, et ne voudrait pas brûler sur un transfert ce qu'il a mis tant d'années à redresser.Si Jérémy Perbet pouvait faire figure d'exception, c'est parce qu'il constitue une garantie : il connaissait le club, sa collaboration avec l'entraîneur avait été fructueuse, et ne pas le voir inscrire une quinzaine de buts la saison prochaine en cas de retour aurait été une surprise. Et comme l'a dit Felice Mazzù lors de sa première conférence de presse de la saison : "Quand on recherche un attaquant, l'objectif principal est qu'il puisse mettre des buts." Confronté à ce problème offensif depuis de longs mois, Mehdi Bayat avait déjà délié les cordons de la bourse pour assumer une partie du salaire d'Hamdi Harbaoui, et aurait pu donc poursuivre son "exception de l'attaquant" dans le dossier Perbet. Finalement, confronté au départ de son ancien buteur dans la Venise du Nord, le club devrait confier les clés de son secteur offensif à Chris Bedia.Pour le reste, la prudence financière reste donc de mise. De quoi rendre le marché belge moins attractif pour des Carolos qui avaient pris l'habitude " d'acheter local", notamment en puisant généreusement dans les divisions inférieures. Mais depuis la réforme, l'antichambre de l'élite a revu ses tarifs à la hausse, et amène les plus gros talents de D1B à opter directement pour de grosses écuries. Manuel Benson, le virevoltant ailier du Lierse, a contraint Genk à sortir le portefeuille, tandis que Charleroi a été dribblé par le riche Ostende de Marc Coucke sur la piste de Nicolas Rajsel.Le Lierse s'est aussi montré trop gourmand aux yeux carolos pour un Dylan De Belder qui est loin de constituer une garantie de buts au sein de l'élite. Quant à Stef Peeters, profil très apprécié par Mazzù, une première prise de contact avec Saint-Trond a suffi pour constater que son prix était hors de portée des normes zébrées."Je dois être capable d'aller chercher des joueurs qui sont encore inconnus ", soulignait Mehdi Bayat en début de saison dernière. La recette ne change pas, mais les lieux d'achats semblent devenir différents. Il faut dire que manger local, c'est terriblement cher.Par Guillaume Gautier