Genk enfile, une nouvelle fois, son costume de fossoyeur zébré. L'enterrement n'est pas encore mathématique, mais une fin heureuse dans la course carolo aux play-offs 1 aurait désormais des airs de résurrection.
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Genk enfile, une nouvelle fois, son costume de fossoyeur zébré. L'enterrement n'est pas encore mathématique, mais une fin heureuse dans la course carolo aux play-offs 1 aurait désormais des airs de résurrection. Quelques mois plus tôt, les Limbourgeois avaient déjà exécuté les espoirs de trophée des hommes de Felice Mazzù, en s'imposant 1-3 dans un Mambour pourtant surchauffé par " l'objectif Coupe " seriné annuellement par Mehdi Bayat à ses troupes et à la presse. Une défaite d'autant plus douloureuse qu'elle survient au cours de la meilleure période de la saison du Sporting carolo, un 13/15 sillonné de matches contre Bruges et Gand et d'un déplacement dans la capitale. En août, déjà, Genk frappait là où ça fait mal. C'est la quatrième journée de championnat, et les Zèbres quittent le Limbourg avec trois buts dans les valises, dont les deux premiers d' Ally Samatta cette saison. Une prestation aboutie, mais des points qui tombent du mauvais côté à cause d'un manque d'efficacité dans les deux surfaces de vérité. Comme un roman policier dans lequel les indices sur l'identité du coupable sont savamment distillés lors des premières pages. La semaine, rendue morne par le 3/12 initial, est agitée par le départ de Kaveh Rezaei à Bruges. L'homme qui faisait gagner des matches fait désormais gagner des millions, mais Felice Mazzù cache mal sa colère suite au départ d'un attaquant qui regroupait ses qualités favorites. Le public accompagne la grogne ambiante, à l'occasion d'un match face à Courtrai où les tribunes font grise mine. S'ils ne sont que 7.474 (plus faible affluence de la saison), les fans carolos sont assez nombreux pour chanter leur colère. Le concert passe vite des ironiques " Merci Mehdi " aux plus virulents " Allez Bayat, casse-toi de chez nous ", entrecoupés de l'un des refrains préférés du kop carolo : " Le pognon tue le blason. " Hors des tribunes, le public - incarné par la plume des influents Storm Ultras - se montrait plus précis sur ses aspirations : " Le Sporting n'est plus dans une phase financière négative et Mehdi doit dès lors se montrer plus ambitieux et/ou malin en amenant des joueurs qui impactent directement. Il va être temps de rassurer le peuple carolo " Avide de noms ronflants, pas rassasié par le retour au bercail d'un Jérémy Perbet vieillissant, le Carolo fait passer Mehdi Bayat du costume de dirigeant à celui de supporter. S'il tente des coups typiques de la philosophie zébrée en attirant Victor Osimhen, espoir barré par la concurrence à Wolfsburg et David Henen, ex-enfant prodige du football belge dont l'unique but chez les pros remonte à 2015, sur une pelouse de League One (la D3 anglaise), il casse aussi les codes locaux et le portefeuille en offrant à son public et à son coach des profils plus brillants. Derrière, Gabrielle Angella débarque en prêt de l'Udinese, avec 50 matches de Serie A et une petite centaine de D2 anglaise au compteur. Sur les flancs, Massimo Bruno n'est plus à présenter. Et devant, Adama Niane peut se targuer d'avoir fini meilleur buteur de Ligue 2 une quinzaine de mois plus tôt. Parmi les cinq coups du bout de l'été, trois sont sur la pelouse au coup d'envoi contre Genk. Bruno et Niane, sans doute les transferts les moins risqués, débutent tous les deux sur le banc. L'ailier belge, gêné par une pubalgie lors de son arrivée et jamais vraiment à son affaire, hormis une période faste au milieu de l'automne, n'affiche que trois buts et autant de passes décisives en 21 matches. Pour Niane, c'est encore pire : après des débuts en fanfare (deux buts et une passe décisive en quatre matches), le Malien est resté désespérément muet. L'ancien buteur de Troyes a mal vécu la concurrence d'Osimhen, apparaissant souvent frustré de ne plus être le premier choix, et son début d'année 2019 a été chamboulé par un drame familial. Le pari Osimhen, débarqué avec des doutes concernant une blessure qui l'avait fait manquer ses tests physiques à Zulte Waregem et à Bruges, est finalement le coup le plus fumant de l'été zébré. Comme souvent, Mazzù trouve rapidement la bonne formule. L'équation est pourtant plus complexe qu'à l'accoutumée. Avec douze nouveaux joueurs accueillis cette saison, Charleroi est bouleversé, là où ses saisons conclues dans le top 6 étaient généralement plus paisibles (8, 6 et 6 transferts sur l'exercice lors des trois qualifications). Les premiers pas sont encore hésitants, avec huit points sur quinze après la fin du mercato pour conclure le premier tiers de la phase classique avec onze points, mais la suite est plus encourageante : le deuxième tiers du championnat est bouclé avec 19 points sur 30, et a complètement remis les Zèbres dans la course au top 6. Le retour en grâce est marqué par l'explosion du duo Victor Osimhen - Cristian Benavente. Sur les 19 buts marqués en dix matches par les Zèbres, 14 voient le Nigérian et/ou le Péruvien directement impliqués. Osimhen en plante sept, Benavente huit. C'est la réussite de la politique carolo classique : des joueurs piochés avec de vraies références chez les jeunes, mais pas encore révélés au sein du monde professionnel. Choyés et éduqués au jeu des adultes par Mazzù et son staff, les deux hommes sont accompagnés par un Ali Gholizadeh qui faisait également office de pari à son arrivée, tout comme Marco Ilaimaharitra, autre homme en vue de la bonne période zébrée qui stagnait en Ligue 2 avant son transfert au Mambour. La bonne forme offensive compense les quatorze buts concédés sur la même période. Garantie de solidité défensive, l'arrière-garde des Zèbres ne vit pas sa meilleure saison. Perturbée en début d'exercice par la blessure de Nicolas Penneteau, compensée par le transfert en catastrophe de Rémy Riou suite à l'interim raté de Parfait Mandanda, la défense carolo a été frappée de plein fouet par le vieillissement de Javier Martos et Stergos Marinos, moins irréprochables qu'au temps de leur splendeur. Mais même avec leurs concurrents sur la pelouse, comme au Stayen, Charleroi a souffert. Au sein du premier rideau défensif, les courses folles d' Amara Baby et de Mamadou Fall ont été remplacées par des profils plus techniques et créatifs, mais moins enclins à l'effort défensif. Là aussi, Charleroi a tenté de franchir un palier, mais ses bonnes vieilles recettes lui ont souvent manqué à l'heure de verrouiller un résultat. En transition, le noyau carolo rêve tout de même d'exploit après un succès inespéré au Jan Breydel, qui efface la déception d'une défaite à domicile contre les Rouches de Paul-José Mpoku juste avant la trêve. Le coup de grâce est porté dans les jours qui viennent, avec une offre venue du Moyen-Orient posée sous les yeux d'un Cristian Benavente qui perd ses moyens quand les millions s'alignent sur la table. Le château de cartes de Mazzù s'effondre une nouvelle fois, à l'aube d'un triptyque Waasland-Beveren - Mouscron - Ostende qui doit théoriquement installer les Zèbres dans le top 6 avant un sprint final délicat. Trois matches et deux points plus tard, le départ de Benavente frappe les rêves carolos en plein coeur. Plus acide et virulent que jamais suite à ce nouveau transfert sortant, Felice Mazzù digère mal ce coup fatal porté à une saison de poursuite éreintante. Les derniers espoirs s'envolent sur la pelouse synthétique de Saint-Trond, où Yohan Boli est bien plus efficace que Victor Osimhen, encore trop jeune et inexpérimenté pour porter seul l'attaque d'un club ambitieux. Le coup de mou du Nigérian face au but est le coup de grâce des ambitions du Sporting. Décevante sur le terrain, la saison est-elle pour autant un fiasco ? Charleroi a réalisé deux énormes plus-values, et prépare déjà la troisième avec la vente programmée d'Osimhen l'été prochain, dont l'option d'achat sera levée pour mieux faire sourire les caisses carolos. Des bénéfices qui permettent au club de compenser la perte financière que constitue une absence en play-offs 1, mais aussi d'avancer dans la croissance du club à plus grande échelle. Les investissements prévus dans le futur, comme le nouveau stade dont Mehdi Bayat a commencé à parler ouvertement depuis le début de saison, et surtout ce centre d'entraînement qui doit permettre à Charleroi de franchir un palier. Depuis plusieurs années, les trajets quotidiens entre les vestiaires du Mambour et les terrains de Marcinelle sont considérés comme le gros point noir de l'évolution zébrée. Cadre de plus en plus influent du vestiaire, Nicolas Penneteau pointe souvent cet aspect du doigt quand il est questionné sur les progrès que le club doit encore faire pour se rapprocher du top. Les millions de Rezaei et Benavente, probablement bientôt rejoints par ceux d'Osimhen, devraient donner un coup de fouet au dossier et réduire les délais d'évolution du club zébré. Charleroi peut même envisager les semaines à venir avec optimisme. Il y a trois saisons, c'est en passant par les play-offs 2 que les Carolos avaient tutoyé l'Europe jusqu'au bout, cédant seulement en barrage. Face à Genk, évidemment. Et cette fois, la bête noire limbourgeoise semble trop bien armée pour se retrouver à la quatrième place au bout des play-offs 1.