Dans le ciel carolo, on n'entend que les mouches voler. Les mouches, puis le ballon. Amin Nouri balance une longue touche sur un front ostendais. Puis un autre. Une trajectoire de montagnes russes qui finit sa course au fond des filets de Nicolas Penneteau, via le pied gauche de Zarko Tomasevic. Ostende arrache un partage inespéré, et Charleroi encaisse dans les arrêts de jeu, une période où il avait l'habitude de sembler toujours plus proche de faire trembler les filets adverses que de se retourner vers les siens.
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Dans le ciel carolo, on n'entend que les mouches voler. Les mouches, puis le ballon. Amin Nouri balance une longue touche sur un front ostendais. Puis un autre. Une trajectoire de montagnes russes qui finit sa course au fond des filets de Nicolas Penneteau, via le pied gauche de Zarko Tomasevic. Ostende arrache un partage inespéré, et Charleroi encaisse dans les arrêts de jeu, une période où il avait l'habitude de sembler toujours plus proche de faire trembler les filets adverses que de se retourner vers les siens. La reprise de Tomasevic est déjà le 24e but encaissé par Penneteau cette saison, alors que le Corse a manqué six matches de championnat. Si on ajoute les performances de Rémy Riou et de Parfait Mandanda, la facture carolo grimpe à 35 buts concédés depuis le mois de juillet. Du jamais vu, au Mambour, depuis que Felice Mazzù a pris en mains la destinée des Zèbres. Même lors de la saison 2013-2014, quand les Zèbres se contentent d'une place bien au chaud dans la colonne de droite, ils n'ont alors encaissé que 34 buts en 25 journées, pour finir la saison avec 40 buts contre. Deux ans plus tard, ils prennent 39 buts en 30 journées. Cette année-là aussi, le Pays Noir regarde les play-offs 1 à la télévision. Si Felice Mazzù grince toujours des dents quand on évoque l'étiquette d'équipe défensive pour qualifier ses Zèbres, force est de constater qu'une défense de fer est l'un des arguments récurrents des saisons conclues dans le top 6. La formule semble bien établie : encaisser moins de 31 buts et cumuler au moins dix clean-sheets sur l'ensemble de la saison. Deux objectifs qui, à cinq rencontres du coup de sifflet final de la phase classique, sont déjà hors de portée de ce nouveau Charleroi. Forcément, les yeux critiques se tournent vers l'arrière. Là où, paradoxalement, les choses ont le moins changé. Certes, les doutes qui ont entouré le dos de Penneteau en début de saison ont coûté des automatismes, quelques points et de la confiance aux Zèbres, mais ces quelques semaines d'absence ne suffisent pas à expliquer la fragilité inhabituelle rencontrée par l'arrière-garde carolo. La ligne arrière était presque devenue immuable. Sur la droite, Stergos Marinos a été en concurrence avec Clinton Mata, mais le Grec ne ressemblait jamais à un choix par défaut quand il était sur le terrain. Professionnel exemplaire, difficile à franchir en un-contre-un, il compensait un apport offensif léger par sa fiabilité défensive. Une telle garantie que le club s'est permis de se contenter du jeune Maxime Busi, aucun match de D1 au compteur avant sa première titularisation contre Ostende, comme doublure. La saison dernière, le pari Anthony D'Alberto avait tourné court pour préparer la succession du Spartiate du Mambour, après une prestation catastrophique à Malines quand Marinos était suspendu. À ses côtés, Javier Martos faisait de moins en moins l'unanimité. La saison dernière déjà, l'Espagnol semblait s'éloigner parfois dangereusement de son meilleur niveau, et beaucoup au sein du club voyaient pointer son chant du cygne. La succession était prévisible, mais c'est sur le tard que Gjoko Zajkov a été considéré comme " pas prêt " pour prendre le relais de son capitaine. Dans l'urgence suite à la blessure du Macédonien cet été, le club a donc fait venir Dorian Dervite, loin d'être à 100% physiquement et pas rassurant lors de ses sorties avec l'équipe réserve. Dans le dernier souffle du mercato estival, Mogi Bayat a donc fait parler ses bonnes relations avec la famille Pozzo, propriétaire de l'Udinese, pour attirer Gabriele Angella dans le Pays Noir. Immédiatement, le grand Italien a impressionné le staff par son sens du placement, son leadership et sa culture défensive tout droit venue de la Botte. Même si ce n'était qu'un prêt, le déclin progressif de Martos semblait temporairement colmaté. Le seul changement se situait, finalement, de l'autre côté du terrain. Là où Dorian Dessoleil - qui retrouvait la concurrence de Steeven Willems - était flanqué du jeune et parfois insouciant Nurio Fortuna. Redoutable contre-attaquant, le Portugais avait semé la terreur sur les flancs droits adverses à son arrivée, avant de rentrer dans le rang quand les autres équipes avaient appris à bloquer ses points forts et à exploiter ses faiblesses. Francis N'Ganga, moins spectaculaire mais plus routinier défensivement, avait alors repris le flambeau, avant d'être écarté en début de saison. Ses meilleures années étaient également derrière lui et Nurio, transfert le plus cher de l'histoire du club à son arrivée, ne pouvait sans doute pas s'éterniser sur le banc. S'il a énormément progressé, gavé de vidéos par le staff carolo pour pallier ses énormes manquements dans la culture défensive, Nurio et ses absences ont également coûté quelques points en début de saison, au point d'offrir à Willems un retour inattendu à l'arrière gauche. C'est avec le Français dans le onze que Charleroi a traversé sa meilleure période de la saison, avec une séquence de douze points sur quinze glanés aux abords du mois de novembre. Peut-être parce que les défenseurs zébrés se livraient moins offensivement, une contrainte qui semblait indispensable pour pallier les courses en transition d'un secteur offensif plus technique que jamais. En compagnie de Marco Ilaimaharitra, qui aime vivre de l'autre côté du rond central, Mazzù alignait alors Ali Gholizadeh, Cristian Benavente, Massimo Bruno et Victor Osimhen. Soit tous des joueurs débarqués depuis quelques mois seulement dans la culture footballistique carolo, à l'exception d'un Benavente dont le travail défensif n'était plus jamais critiqué. Tout comme Kaveh Rezaei avant lui, le Péruvien affichait un volume de jeu exceptionnel, qui rendait les premières passes adverses plus difficiles. Sans lui, Charleroi doit encore réinventer son organisation défensive. D'autant plus que les kilomètres avalés par Mamadou Fall et Amara Baby ont également quitté le Pays Noir. L'adaptation coûte forcément des buts. Et donc des points. Trop, peut-être, pour rêver du top 6.