Un certain goût pour l'ombre. Comme un héritage d'une carrière de joueur essentiellement menée loin des projecteurs, dans un rôle défensif qui attirait aussi peu les caméras que les louanges. Avec quatre buts distillés au milieu d'un CV qui arbore tout de même plus de 150 matches de D1, Karim Belhocine semble avoir soigneusement évité les occasions de faire parler de lui. Le coach des Zèbres, auteur d'un départ plus que réussi au point d'avoir installé ses hommes dans le bon wagon à mi-parcours de la phase classique, pourrait afficher le visage triomphant de celui qui a fait démentir les pronostics. Ce serait mal connaître le personnage, tellement allergique à la publicité médiatique qu'il décline poliment toutes les demandes d'interviews de journalistes désireux de connaître les recettes de son succès.

Belhocine s'est concentré sur les pelouses quand d'aucuns critiquaient son arrivée au Mambour. Son leitmotiv : se taire et travailler.

" Je préfère laisser parler le terrain ", s'était justifié d'emblée le Franco-Algérien lors de son arrivée dans le Pays Noir. Un parallèle évident avec Marco Ilaimaharitra, maître à jouer de son équipe et rarement emballé à l'idée de se poser face à un micro. " Parler dans la presse peut parfois se retourner contre vous en cas de moins bonne prestation, et être mal interprété ", se défend l'international malgache pour expliquer son désamour de l'exercice médiatique.

Une pensée qui semble également animer son coach, et qui explique probablement la relation particulière qui paraît s'être établie entre les deux hommes depuis le début de leur travail commun. Dans un mode de fonctionnement où les passe-droits sont rares, l'ancien Sochalien s'était pourtant retrouvé titulaire dès le premier match de championnat, malgré des vacances conclues tardivement suite à sa participation à la CAN. Quelques dents avaient alors grincé, mais Marco s'est tu dans le vestiaire et a répondu sur le terrain.

À l'image de son milieu de terrain, le coach Belhocine s'est concentré sur les pelouses quand d'aucuns critiquaient son arrivée au Mambour. Se taire et travailler, pendant que certains parlaient sans encore avoir pu se mettre le travail du nouveau mentor des Zèbres sous les yeux.

" C'est un choix de panique, certainement pas un choix logique par rapport à l'évolution du club ces dernières années ", entendait-on même dans le vestiaire. Les réponses sont venues avec des victoires et des performances qui ont permis de survivre à un calendrier initial très difficile avant d'émerger progressivement vers ce top 6 dont peu de gens osaient rêver ouvertement dans le Pays Noir au moment du premier coup de sifflet de la saison.

L'EFFORT AU COEUR DU JEU

Pour découvrir le véritable Karim Belhocine, il faut donc éviter les mots et plonger à hauteur de la pelouse, là où l'ancien coach éphémère d'Anderlecht est dans son élément. Sur la touche, derrière une ligne blanche qui ressemble parfois à un obstacle tant il est souvent sur le point de la franchir au gré des consignes hurlées vers Ilaimaharitra et Cristophe Diandy - ses relais sur le terrain - Belhocine ne tient pas en place. Il fait de grands gestes, applaudit, harangue ses troupes, met les doigts en bouche pour dégainer un coup de sifflet strident à l'intention d'un de ses joueurs. Et quand ses mains n'ont plus rien à faire, elles font machinalement tourner son brassard, généralement posé à hauteur de son poignet, comme un homme marié fait tourner son alliance.

L'effort ne se négocie pas chez Karim Belhocine et il est le premier à en montrer l'exemple. Dès les tests physiques du début de saison, il piquait au vif David Henen ou Chris Bédia pour les pousser dans leurs derniers retranchements, à la poursuite de l'intouchable Gaëtan Hendrickx. Il n'était pas rare qu'il demande à Philippe Simonin, le préparateur physique des Zèbres, d'en rajouter une couche sur le plan de la préparation athlétique de ses hommes.

Karim Belhocine donne ses instructions à Cristophe Diandy, l'un de ses relais sur le terrain., belgaimage
Karim Belhocine donne ses instructions à Cristophe Diandy, l'un de ses relais sur le terrain. © belgaimage

Champion de Belgique sous les ordres de Hein Vanhaezebrouck à Gand, là où il emmenait le peloton lors des courses chaudes de l'été en compagnie de Mustapha Oussalah, le Franco-Algérien s'est forcément converti aux doctrines de l'ancien coach à succès des Buffalos, maniaque de la VMA qui poussait systématiquement les joueurs au bout lors des périodes d'avant-saison.

En plus d'être une conviction, la plénitude physique était un pré-requis indispensable pour que les Zèbres puissent mettre en place le pressing plus ambitieux souhaité par leur nouveau coach. Attendre en bloc bas devant sa surface, atout majeur des années sous les ordres de Felice Mazzù, ne devait plus être le plan A des Carolos. Même face aux Limbourgeois de l'ancien mentor local, alors que Genk avait été mis en difficulté par des blocs bien regroupés lors des semaines précédentes, Belhocine n'a pas souhaité laisser ses idées au placard : " J'étais face à un dilemme toute la semaine et puis je me suis dit qu'on allait faire notre match à nous, en exerçant notre pressing. "

DES JOUEURS QUI FONT LA DIFFÉRENCE

Pas question, pour autant, d'oublier de mettre en avant le travail de ses joueurs. À une époque où le travail des entraîneurs est extrêmement valorisé, parfois à l'excès, le coach des Zèbres n'omet jamais de rappeler qu'il n'est qu'un accompagnateur et que ce sont ses joueurs qui font la différence. Ovationné par ses supporters suite à ce succès face à Genk, appelé face aux Ultras par un : " Et on part pas sans Belhocine " qui était autrefois réservé à Felice Mazzù, le Franco-Algérien avançait à reculons vers cette tribune qui scandait son nom. Il a refusé d'aller recueillir les applaudissements sans ses joueurs, signe d'humilité contrarié par Marco Ilaimaharitra et Massimo Bruno, qui freinaient le groupe dans le dos de leur coach pour lui offrir secrètement ses lauriers en solo.

" C'est quelqu'un de très simple, il ne veut pas être dans la lumière ", pose Bruno à l'heure de définir son nouveau coach. Au moment où il est interrogé sur l'existence d'un Belhocine Time suite au succès de ses troupes dans les derniers instants face à l'Antwerp, deux semaines après avoir déjà arraché un point au bout du suspense contre Gand, le coach évoque un Charleroi Time, plaçant la rage presque génétique du club au-delà de considérations individuelles comme l'identité du coach. Sans doute une façon d'éviter de ramener sans cesse l'ombre de Felice Mazzù au-dessus du Mambour, pour mieux gérer un héritage lourd à porter. Au sein du club, rares sont d'ailleurs ceux qui évoquent l'ancien entraîneur quand le nouveau est dans les parages.

Belhocine veut nous convaincre qu'on sait jouer au foot. " Massimo Bruno

" Il veut nous convaincre qu'on sait jouer au foot ", ajoute Massimo Bruno quand il est amené sur le terrain des nouveautés amenées par Belhocine dans le Pays Noir. " La saison passée, j'attendais qu'on perde la balle et je ne faisais que défendre. Là, je vais demander le ballon, je fais jouer l'équipe ", renchérit Cristophe Diandy dans les colonnes de La Nouvelle Gazette. Le Sénégalais, auteur de deux passes décisives lumineuses - une pour Ryota Morioka à Sclessin, l'autre pour Ali Gholizadeh face à Mouscron - depuis le début de saison, est le symbole de cette métamorphose visuelle du Sporting zébré. En treize matches, il a distillé autant d'assists que lors de ses 182 premières sorties sous le maillot noir et blanc.

DU FOOT ET DES CHIFFRES

Comme pour faciliter la transition suite au bouleversement inhérent au changement d'entraîneur, après six années de règne de Felice Mazzù, Belhocine mise sur un groupe qui se connaît presque par coeur, et peaufine les automatismes en faisant confiance en une équipe-type presque inamovible.

Mis à part le poste d'attaquant de pointe, passé d'Adama Niane à Kaveh Rezaei via Chris Bédia et Shamar Nicholson, et le flanc droit où Maxime Busi et Ali Gholizadeh semblent avoir pris progressivement le dessus sur Stergos Marinos et Mamadou Fall, le onze carolo est quasiment immuable, articulé autour de Diandy et Ilaimaharitra, soutenus par un Dorian Dessoleil qui a hérité du brassard de capitaine suite au départ de Javier Martos.

Habitués à se faire une place occasionnelle dans l'équipe, David Henen et Gaëtan Hendrickx voient leur temps de jeu réduit à néant. Le petit format belge, devenu une valeur sûre du noyau carolo au fil des saisons, a même vu Nicholson remplacer Diandy à Malines dimanche dernier, alors que tout indiquait qu'il allait enfin recevoir sa chance.

Spectaculaire sur le papier, le choix de faire monter un attaquant à la place d'un milieu défensif était pourtant très pragmatique. Face au danger malinois sur phase arrêtée, les centimètres du Jamaïcain étaient un atout précieux dans la gestion du trafic aérien. Reste que le message adressé aux joueurs et au public était prometteur. L'image d'un football plus ambitieux dans les esprits, qui ne se retrouve pourtant pas dans les chiffres.

Avec 10,7 tirs par match, dont 3,8 cadrés, les Zèbres font par exemple moins bien que lors de leurs deux saisons précédentes, qui avaient pourtant connu des destins contrastés (troisièmes puis neuvièmes). La possession de balle moyenne a également diminué, descendant à 44,1% après treize journées. De quoi faire des Carolos l'un des " mauvais élèves " de la classe nationale en la matière, en compagnie d'Ostende, de Malines ou de Waasland-Beveren. Au nombre de passes réussies par match, Charleroi porte même le bonnet d'âne belge, en étant la seule équipe de l'élite à voguer à une moyenne inférieure à 300 passes par match (289,9), très loin des 542 passes par rencontre des Mauves.

DU NEUF AVEC DE L'ANCIEN

À l'inverse, les chiffres défensifs se sont améliorés par rapport aux dernières saisons : depuis cinq ans, les hommes du Mambour n'ont jamais concédé aussi peu de tirs (9,92 par match) et de frappes cadrées (3,25). Si la réussite défensive les fuyait en début de saison, peut-être à cause des qualités moindres du noyau dans ce secteur, les trois clean-sheets réalisées lors des quatre dernières sorties ont rééquilibré les comptes carolos, et permis aux Zèbres de remonter au classement. En pressant plus haut, les hommes de Belhocine empêcheraient-ils plus souvent leurs adversaires de se retrouver en position de frappe ?

Là aussi, le tableau est à nuancer. Après la défaite à domicile face à Saint-Trond, les Zèbres ont fait un pas en arrière dans l'ambition de la hauteur de récupération du ballon, pour retourner à une attitude défensive plus conforme à ce qui faisait leur force ces dernières saisons. Le pressing s'opère un cran plus bas, et offre plus d'opportunités sur les reconversions offensives, qui mettent en lumière les qualités de Kaveh Rezaei en la matière et celles de Ryota Morioka pour armes les contre-attaques.

Presque du Charleroi à l'ancienne. Toujours relatif à l'heure d'évoquer l'apport d'un entraîneur, Karim Belhocine ne le niera probablement pas : un changement de chef d'orchestre ne rime pas toujours avec une nouvelle mélodie.

Un certain goût pour l'ombre. Comme un héritage d'une carrière de joueur essentiellement menée loin des projecteurs, dans un rôle défensif qui attirait aussi peu les caméras que les louanges. Avec quatre buts distillés au milieu d'un CV qui arbore tout de même plus de 150 matches de D1, Karim Belhocine semble avoir soigneusement évité les occasions de faire parler de lui. Le coach des Zèbres, auteur d'un départ plus que réussi au point d'avoir installé ses hommes dans le bon wagon à mi-parcours de la phase classique, pourrait afficher le visage triomphant de celui qui a fait démentir les pronostics. Ce serait mal connaître le personnage, tellement allergique à la publicité médiatique qu'il décline poliment toutes les demandes d'interviews de journalistes désireux de connaître les recettes de son succès. " Je préfère laisser parler le terrain ", s'était justifié d'emblée le Franco-Algérien lors de son arrivée dans le Pays Noir. Un parallèle évident avec Marco Ilaimaharitra, maître à jouer de son équipe et rarement emballé à l'idée de se poser face à un micro. " Parler dans la presse peut parfois se retourner contre vous en cas de moins bonne prestation, et être mal interprété ", se défend l'international malgache pour expliquer son désamour de l'exercice médiatique. Une pensée qui semble également animer son coach, et qui explique probablement la relation particulière qui paraît s'être établie entre les deux hommes depuis le début de leur travail commun. Dans un mode de fonctionnement où les passe-droits sont rares, l'ancien Sochalien s'était pourtant retrouvé titulaire dès le premier match de championnat, malgré des vacances conclues tardivement suite à sa participation à la CAN. Quelques dents avaient alors grincé, mais Marco s'est tu dans le vestiaire et a répondu sur le terrain. À l'image de son milieu de terrain, le coach Belhocine s'est concentré sur les pelouses quand d'aucuns critiquaient son arrivée au Mambour. Se taire et travailler, pendant que certains parlaient sans encore avoir pu se mettre le travail du nouveau mentor des Zèbres sous les yeux. " C'est un choix de panique, certainement pas un choix logique par rapport à l'évolution du club ces dernières années ", entendait-on même dans le vestiaire. Les réponses sont venues avec des victoires et des performances qui ont permis de survivre à un calendrier initial très difficile avant d'émerger progressivement vers ce top 6 dont peu de gens osaient rêver ouvertement dans le Pays Noir au moment du premier coup de sifflet de la saison. Pour découvrir le véritable Karim Belhocine, il faut donc éviter les mots et plonger à hauteur de la pelouse, là où l'ancien coach éphémère d'Anderlecht est dans son élément. Sur la touche, derrière une ligne blanche qui ressemble parfois à un obstacle tant il est souvent sur le point de la franchir au gré des consignes hurlées vers Ilaimaharitra et Cristophe Diandy - ses relais sur le terrain - Belhocine ne tient pas en place. Il fait de grands gestes, applaudit, harangue ses troupes, met les doigts en bouche pour dégainer un coup de sifflet strident à l'intention d'un de ses joueurs. Et quand ses mains n'ont plus rien à faire, elles font machinalement tourner son brassard, généralement posé à hauteur de son poignet, comme un homme marié fait tourner son alliance. L'effort ne se négocie pas chez Karim Belhocine et il est le premier à en montrer l'exemple. Dès les tests physiques du début de saison, il piquait au vif David Henen ou Chris Bédia pour les pousser dans leurs derniers retranchements, à la poursuite de l'intouchable Gaëtan Hendrickx. Il n'était pas rare qu'il demande à Philippe Simonin, le préparateur physique des Zèbres, d'en rajouter une couche sur le plan de la préparation athlétique de ses hommes. Champion de Belgique sous les ordres de Hein Vanhaezebrouck à Gand, là où il emmenait le peloton lors des courses chaudes de l'été en compagnie de Mustapha Oussalah, le Franco-Algérien s'est forcément converti aux doctrines de l'ancien coach à succès des Buffalos, maniaque de la VMA qui poussait systématiquement les joueurs au bout lors des périodes d'avant-saison. En plus d'être une conviction, la plénitude physique était un pré-requis indispensable pour que les Zèbres puissent mettre en place le pressing plus ambitieux souhaité par leur nouveau coach. Attendre en bloc bas devant sa surface, atout majeur des années sous les ordres de Felice Mazzù, ne devait plus être le plan A des Carolos. Même face aux Limbourgeois de l'ancien mentor local, alors que Genk avait été mis en difficulté par des blocs bien regroupés lors des semaines précédentes, Belhocine n'a pas souhaité laisser ses idées au placard : " J'étais face à un dilemme toute la semaine et puis je me suis dit qu'on allait faire notre match à nous, en exerçant notre pressing. " Pas question, pour autant, d'oublier de mettre en avant le travail de ses joueurs. À une époque où le travail des entraîneurs est extrêmement valorisé, parfois à l'excès, le coach des Zèbres n'omet jamais de rappeler qu'il n'est qu'un accompagnateur et que ce sont ses joueurs qui font la différence. Ovationné par ses supporters suite à ce succès face à Genk, appelé face aux Ultras par un : " Et on part pas sans Belhocine " qui était autrefois réservé à Felice Mazzù, le Franco-Algérien avançait à reculons vers cette tribune qui scandait son nom. Il a refusé d'aller recueillir les applaudissements sans ses joueurs, signe d'humilité contrarié par Marco Ilaimaharitra et Massimo Bruno, qui freinaient le groupe dans le dos de leur coach pour lui offrir secrètement ses lauriers en solo. " C'est quelqu'un de très simple, il ne veut pas être dans la lumière ", pose Bruno à l'heure de définir son nouveau coach. Au moment où il est interrogé sur l'existence d'un Belhocine Time suite au succès de ses troupes dans les derniers instants face à l'Antwerp, deux semaines après avoir déjà arraché un point au bout du suspense contre Gand, le coach évoque un Charleroi Time, plaçant la rage presque génétique du club au-delà de considérations individuelles comme l'identité du coach. Sans doute une façon d'éviter de ramener sans cesse l'ombre de Felice Mazzù au-dessus du Mambour, pour mieux gérer un héritage lourd à porter. Au sein du club, rares sont d'ailleurs ceux qui évoquent l'ancien entraîneur quand le nouveau est dans les parages. " Il veut nous convaincre qu'on sait jouer au foot ", ajoute Massimo Bruno quand il est amené sur le terrain des nouveautés amenées par Belhocine dans le Pays Noir. " La saison passée, j'attendais qu'on perde la balle et je ne faisais que défendre. Là, je vais demander le ballon, je fais jouer l'équipe ", renchérit Cristophe Diandy dans les colonnes de La Nouvelle Gazette. Le Sénégalais, auteur de deux passes décisives lumineuses - une pour Ryota Morioka à Sclessin, l'autre pour Ali Gholizadeh face à Mouscron - depuis le début de saison, est le symbole de cette métamorphose visuelle du Sporting zébré. En treize matches, il a distillé autant d'assists que lors de ses 182 premières sorties sous le maillot noir et blanc. Comme pour faciliter la transition suite au bouleversement inhérent au changement d'entraîneur, après six années de règne de Felice Mazzù, Belhocine mise sur un groupe qui se connaît presque par coeur, et peaufine les automatismes en faisant confiance en une équipe-type presque inamovible. Mis à part le poste d'attaquant de pointe, passé d'Adama Niane à Kaveh Rezaei via Chris Bédia et Shamar Nicholson, et le flanc droit où Maxime Busi et Ali Gholizadeh semblent avoir pris progressivement le dessus sur Stergos Marinos et Mamadou Fall, le onze carolo est quasiment immuable, articulé autour de Diandy et Ilaimaharitra, soutenus par un Dorian Dessoleil qui a hérité du brassard de capitaine suite au départ de Javier Martos. Habitués à se faire une place occasionnelle dans l'équipe, David Henen et Gaëtan Hendrickx voient leur temps de jeu réduit à néant. Le petit format belge, devenu une valeur sûre du noyau carolo au fil des saisons, a même vu Nicholson remplacer Diandy à Malines dimanche dernier, alors que tout indiquait qu'il allait enfin recevoir sa chance. Spectaculaire sur le papier, le choix de faire monter un attaquant à la place d'un milieu défensif était pourtant très pragmatique. Face au danger malinois sur phase arrêtée, les centimètres du Jamaïcain étaient un atout précieux dans la gestion du trafic aérien. Reste que le message adressé aux joueurs et au public était prometteur. L'image d'un football plus ambitieux dans les esprits, qui ne se retrouve pourtant pas dans les chiffres. Avec 10,7 tirs par match, dont 3,8 cadrés, les Zèbres font par exemple moins bien que lors de leurs deux saisons précédentes, qui avaient pourtant connu des destins contrastés (troisièmes puis neuvièmes). La possession de balle moyenne a également diminué, descendant à 44,1% après treize journées. De quoi faire des Carolos l'un des " mauvais élèves " de la classe nationale en la matière, en compagnie d'Ostende, de Malines ou de Waasland-Beveren. Au nombre de passes réussies par match, Charleroi porte même le bonnet d'âne belge, en étant la seule équipe de l'élite à voguer à une moyenne inférieure à 300 passes par match (289,9), très loin des 542 passes par rencontre des Mauves. À l'inverse, les chiffres défensifs se sont améliorés par rapport aux dernières saisons : depuis cinq ans, les hommes du Mambour n'ont jamais concédé aussi peu de tirs (9,92 par match) et de frappes cadrées (3,25). Si la réussite défensive les fuyait en début de saison, peut-être à cause des qualités moindres du noyau dans ce secteur, les trois clean-sheets réalisées lors des quatre dernières sorties ont rééquilibré les comptes carolos, et permis aux Zèbres de remonter au classement. En pressant plus haut, les hommes de Belhocine empêcheraient-ils plus souvent leurs adversaires de se retrouver en position de frappe ? Là aussi, le tableau est à nuancer. Après la défaite à domicile face à Saint-Trond, les Zèbres ont fait un pas en arrière dans l'ambition de la hauteur de récupération du ballon, pour retourner à une attitude défensive plus conforme à ce qui faisait leur force ces dernières saisons. Le pressing s'opère un cran plus bas, et offre plus d'opportunités sur les reconversions offensives, qui mettent en lumière les qualités de Kaveh Rezaei en la matière et celles de Ryota Morioka pour armes les contre-attaques. Presque du Charleroi à l'ancienne. Toujours relatif à l'heure d'évoquer l'apport d'un entraîneur, Karim Belhocine ne le niera probablement pas : un changement de chef d'orchestre ne rime pas toujours avec une nouvelle mélodie.