Si vous n'êtes pas trop jeune, vous vous souvenez sans doute du passage de Jean-Marc Guillou à Beveren. Le Français avait créé une académie à Abidjan, qui a produit un bon nombre de talents: Yaya Touré, Romaric, Emmanuel Eboué, Gervinho ou encore Didier Zokora. Guillou voulait récolter lui-même les fruits de son travail et a envoyé une équipe entière à Beveren. Celle-ci a atteint la finale de la Coupe de Belgique et ses meilleurs éléments sont partis dans de grands clubs européens, souvent après avoir coupé les ponts avec leur père spirituel. Ce dernier a rencontré des problèmes à Abidjan et s'est retiré. L'ASEC Mimosas est restée orpheline.
...

Si vous n'êtes pas trop jeune, vous vous souvenez sans doute du passage de Jean-Marc Guillou à Beveren. Le Français avait créé une académie à Abidjan, qui a produit un bon nombre de talents: Yaya Touré, Romaric, Emmanuel Eboué, Gervinho ou encore Didier Zokora. Guillou voulait récolter lui-même les fruits de son travail et a envoyé une équipe entière à Beveren. Celle-ci a atteint la finale de la Coupe de Belgique et ses meilleurs éléments sont partis dans de grands clubs européens, souvent après avoir coupé les ponts avec leur père spirituel. Ce dernier a rencontré des problèmes à Abidjan et s'est retiré. L'ASEC Mimosas est restée orpheline. Mais la source de talents ne s'est pas tarie. C'est du moins ce qu'affirme Patrick Mörk, un agent de joueurs suédois qui réside en Espagne. Il collabore avec Marc Benson. Leur objectif: continuer à envoyer les footballeurs ivoiriens les plus talentueux en Europe. Souvent via la Scandinavie. En 2019, l'un de ceux-ci a atterri à Bruges, après un petit détour par la Suède: Odilon Kossounou. Le petit garçon qu'il était encore il y a un an et demi est devenu adulte dans la Venise du Nord. Kossounou a grandi à Tiapoum, près de la frontière avec le Ghana. Un scout de l'ASEC l'a découvert, séduit par sa taille, sa puissance, sa touche de balle et surtout sa vitesse. À quinze ans, il intègre donc le centre de formation du club d'Abidjan, où il loge à l'internat. Un an plus tard, il participe à la Gothia Cup à Göteborg: un grand tournoi international où Kossounou se met en évidence. Le club d'Hammarby IF tombe sous le charme. "Le règlement de la FIFA interdit les transferts avant 18 ans", peste Mörk. "Je trouve que c'est discriminatoire. Si l'on découvre un jeune talent de quinze ans à l'Île Maurice ou à Madagascar, pourquoi ne peut-on pas lui offrir la possibilité de développer ses aptitudes en Europe?" Mais Mörk trouve le moyen de contourner le règlement: le club suédois et Kossounou signent un pré-contrat, dans l'attente de pouvoir signer un contrat pro à 18 ans. Le joueur effectue alors des allers-retours, avec une succession de visas touristiques de trois mois chacun. Ça lui permet de s'entraîner en Suède et de jouer des matches amicaux. "Odilon est peut-être le meilleur footballeur que l'ASEC ait jamais produit", estime Mörk. "Après un match amical, nous avons reçu une demande émanant d'un club de Ligue 1. Et lorsqu'il s'est entraîné avec l'équipe A, l'attaquant Nikola Durdic, la vedette de l'équipe, a déclaré qu'Odilon était le meilleur défenseur contre lequel il avait joué." Bruges a été séduit à son tour. Malgré les petites erreurs qu'il commet encore lors de ses débuts en D1 suédoise, le Club n'hésite pas à verser trois millions d'euros, plus bonus, pour acquérir ses services. Un an et demi plus tard, les progrès sont visibles à l'oeil nu. "Au début, il commettait encore régulièrement des petites erreurs: dans le contrôle du ballon, le positionnement", se souvient Hugo Broos. "Mais c'est du passé. Kossounou est devenu un défenseur très fiable, qui participe aussi à la construction." Autre connaisseur du Club, Birger Maertens confirme: "Il a tout d'un grand: il est rapide, bon technicien. Et il est bien aidé par les cadres qui l'entourent. Lorsqu'on voit son évolution, on peut en déduire qu'Odilon apprend vite. Et il dispose en Philippe Clement de l'entraîneur idéal, puisqu'il jouait lui-même à cette place-là. Tout comme l'assistant Carl Hoefkens." Ils ne sont pas les seuls à être tombés sous le charme de l'Ivoirien, mais un ancien grand défenseur tient à apporter quelques nuances: "Il manque encore d'efficacité dans le rectangle. Odilon est tellement rapide que, loin de son but, il compte sur sa vitesse pour rectifier une petite erreur. Mais dans le rectangle, ce n'est pas possible. C'est un aspect qu'il doit encore travailler. Mais pour le reste, c'est un excellent défenseur." Broos et Maertens estiment cependant qu'il est trop tôt pour songer à un départ. "L'AC Milan ou Arsenal, c'est encore un autre niveau", juge Maertens. "Je pense qu'il pourrait l'atteindre à l'avenir, mais ce n'est pas encore le cas." "Je pense qu'il a encore besoin d'une année pour gommer ses défauts", estime Broos. "Il y a deux ans, c'était encore un illustre inconnu. Il s'est affirmé cette saison. Mais de là à partir en Angleterre?" Sur le net, les rumeurs fusent: Arsenal, l'AC Milan, Wolverhampton... Info ou intox? "L'intérêt est grandissant ces dernières semaines", confirme Mörk. "Les plus grands clubs des plus grands championnats m'appellent. Mais l'intérêt n'est pas toujours concret. Je préfère donc éviter les spéculations. Et je ne dirai jamais qu'il doit partir à tout prix. Ce serait un manque de respect envers Bruges." Le Suédois est en effet très satisfait de la collaboration avec les Blauw en Zwart. "Odilon lui-même veut être certain d'effectuer le bon choix. Par le passé, il aurait déjà pu rejoindre une grande équipe, mais a opté pour Bruges en âme et conscience. Les faits lui ont donné raison. L'été dernier, nous étions un peu inquiets. Odilon ne jouait pas beaucoup, et lorsqu'il était aligné, c'était le plus souvent sur le flanc. Odilon et moi avons consulté Vincent Mannaert. Il était proche d'un prêt, mais finalement, il a quand même décidé de rester et de signer un nouveau contrat. Et nous en sommes aujourd'hui très heureux." Mörk ne veut toutefois pas fermer la porte aux clubs intéressés: "Mon sentiment, ce qu'Odilon s'améliore chaque semaine. La saison est encore longue, nous verrons où il en sera dans quelques mois. Si des propositions concrètes arrivent, nous devrons peser le pour et le contre. En concertation avec le Club. Odilon apprend vite et je pense qu'il y a de fortes chances qu'il joue dans un grand championnat la saison prochaine." C'est alors que Kiev est arrivé. Peut-être un simple accident de parcours. Mais jeudi passé, vers minuit, nous avons reçu un message de l'ancien grand défenseur: "Vous avez vu le but du Dynamo? C'est de ça dont je voulais parler."